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Full text of "Vol 36 Fasc. 2: Bulletin de l'Institut d'Egypte (1953-1954)"

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BULLETIN 


DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


TOME XXXVI 

(fascicule 2 ) 

SESSION 1953-1954 


X 





LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 
D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

* 


1955 


nO_v 









INSTITUT D’ÉGYPTE 


COMMUNICATIONS ET PROCÈS-VERBAUX 



JDùr 







L'institut n assume aucune responsabilité au sujet des opinions emises par 



les auteurs 


BULLETIN 

DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


TOME XXXVI 

(fascicule 2 ) 

SESSION 1953-1954 


LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 
D’A KCHEOLOGIK O lit ENTA LE 


1955 





LES MONUMENTS ARCHAÏQUES 


VI (». LA TABLETTE EN IVOIRE D’UN HAUT FONCTIONNAIRE 
DU ROI DE LA I rc DYNASTIE WENE WTY-OUENEPHES W 

PAR 

VLADIMIR V1KENTIEV 


La tablette, portant le nom d’un haut fonctionnaire du roi de la l'° 
dynastie Wenewty-Ouénéphès fut découverte au début de cette année 
dans une tombe à Saqqarah-Nord par la mission de VEgypts Exploration 
Society sous la direction du Prof. W. Emery. Sa conservation est parfaite. 
L’ivoire a à peine jauni (pi. I B et fig. i) 

En tête de la tablette se trouve le signe habituel de la jeune pousse { 
hU-sp, indiquant qu'il y est question des événements de l’année en 
cours. Bien qu’il n’y ait pas de ligne de séparation, il est évident que 
nous avons devant nous deux registres superposés de hauteur égale. 

Au registre supérieur notre attention est attirée d’emblée par l’hié¬ 
roglyphe ([j. Beaucoup de tablettes, aussi bien que les « Annales de 
Païenne», le contiennent et en soulignent parfois l’importance en le 
peignant en vert ( * 2 * 4 5 h II veut dire « création» d’un emblème divin, sous 
forme humaine ou animale (6 h 

f,) Les cinq premiers articles de cette série ont paru dans les Annales du Service 
des Antiquités de l'Egypte, t. XXXlll-XXXIV, XLI et XLVJII, et dans le Bulletin 
de VInstitut d'Egypte, t. XXXII. 

(2) Communication présentée à l’Institut d’Egypte, le 2 novembre 19 53. 

{S) Voir ce que je dis à propos de la lecture du nom à la page 3o3. 

(4) Reproduit d’après la photo, parue dans le n ü 1 2 35 de la revue Images 
du Caire. 

(5) Cf. Emery-Saad, The Tornb of Hemaka, pl. XVIII. 

«Je connais le dieu (sc. Osiris) dans ses manifestations, et je le créerai (ms-t sw) 
conformément à sa forme originaire» (Pieper, Neferhotep , 1. A). [Suite à la page 2 9 A]. 

Bulletin de VInstitut d'Egypte, t. XXXVI. 2 5 










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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 



F%- ‘ — TabJette en ivoire ( a g™die) de Sedj-sekhem-ka-Hor-Wenewty, haut fonctionnaire 
du roi Wenewty-Ouénéphès. 


ans notre cas il s agit d’un oiseau, gravé à gauche du signe ff). 4 
en juger d apres ia forme du corps, le cou grêle et le long bec ce serait 
mi echass.er (héron), symbole du dieu anonyme Djébaouty, « Celui de 
jebaout-Bouto», identifié de bonne heure avec Horus (fig a ) Un 
oiseau en tous points pareil figure sur un fragment de tablette, portant 
c nom » roi — t edem (fig. 3). Son identité y est attestée par le 


^ , • • • -- j r- , ^ J f J " ' 

orfèvres StatU6 ,I Osiris ) ' ' ' ' P rendre sa place dans l’usine des 
evres (lit-nb) pour que soient creees (ms) les beautés (i. e. les ornements) de sa 
majesté et de son Ennéade» (ibid., 1 . 19 ). 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


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Fig. 2 .— Quelques spécimens d’échassiers (hérons). 

Sans aigrette (forme archaïque) : Avec aigrette (forme plus récente) : 

a. Masse d’armes du roi Nâr-ba. e. Temple funéraire d’Aménophis I. 

b. Tablette de Hémaka-Hor-Wedeni. J- Palais d’Apriès. 

c. Tablette de Sedj-sekhem-ka-Hor- 

Wenewty. 

d . Tablette de Hor-Aha. 



Fig. 3. — Fragment de tablette portant le nom du roi Wédéni. 


2t) . 






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faucon lui faisant face, adoré au même endroit, et davantage par le nom 
de la ville Dep-Bouto, gravé entre eux<D. Un autre parallèle, non moins 
probant, nous est fourni par une tablette portant le nom du roi *• 
Djer. Nous y retrouvons le signe ffjj] et le héron, reconnaissable d’après 
son aigrette (pl. II B et fig. 9 ). Énfin on pourrait citer une autre tablette, 
datant du même règne (fig. k A »> et 8 «) où les deux oiseaux, héron 
et laucon, toujours se faisant face, sont désignés comme étant ''“y”' 
«les deux seigneurs de Bouto». 

Notons en passant que le héron fut confondu anciennement avec 
1 oiseau benou et de ce fait mis en rapport avec le phénix. 

Les deux signes, (fj et suggéreraient donc la «création» d’un simu¬ 
lacre du patron divin de l’ancienne capitale sacrée du Nord, Djébaout- 
Bouto. 

A droite du signe (fj sont gravés, l’un au-dessous de l’autre, trois 
hiéroglyphes. Le premier fjJh hnt < 4 >, pourrait être un adjectif ou une 
préposition. En tant qu’adjectif, ce serait une épithète, désignant le 
dieu Horus de Djébaout en tant que patron d’un sanctuaire. Au pre¬ 
mier abord, cette signification semblerait acceptable, étant donné que 
1 hiéroglyphe |f[j] est suivi de la figure d’un édifice. Seulement on ne 
tarde pas à se rendre à l’évidence que la forme de celui-ci ne saurait 
convenir à un sanctuaire d’IIorus de Djébaout. Par contre, un pareil 
édifice pourrait représenter une sépulture et, pourquoi pas, le tombeau 
précis d où a ete retirée la tablette? Ici et là, c’est la même forme rectan¬ 
gulaire, les mêmes créneaux. Et, de plus, il y a à l’intérieur du rectangle 


' * 1 fl- U, v. J, pl. XI, 5 = pl. XIV, 1 2 . A côté du héron et à sa droite, tout comme 
dans notre tablette de Saqqarah, se trouve le signe fjj et au-dessus les deux 
pavillons jubilaires avec la désignation lib sd. L’association du dieu Horus de Djé¬ 
baout avec le Heb Sed est d’ailleurs bien connue, en tant que présidant à la partie 
nordique des rites jubilaires. 

1 1 Emery-Saad, The Tomb oj Hemalca, fig. 8 et pl. XVII. 

Reproduit d après S. Schott, Hieroglyphen, pl. VII, lig. 16 . 

4 Les trois jarres, formant le signe hnt, semblent porter des bouchons en terre 
(sui lesquels on roulait les cachets cylindriques). Les deux côtés du bâti, les main¬ 
tenant debout, semblent flotter en l’air, comme cela était d’usage dans l’épigraphie 
archaïque. 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


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Fig. A. —■ Deux tablettes portant le nom du roi Djer. 







































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LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


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S 3 désignation. Elle est eciite, comme cela est d usage à l’époque 
archaïque, avec le moins possible de signes et sans déterminatif. II y a 
en tout et pour tout deux hiéroglyphes. Nous croyons reconnaître 
dans le premier la tête de harpon ^ krs, et dans le second son complé¬ 
ment phonétique (I s. Somme toute, il s’agirait du mot knt, 

«sépulture». 

Dans Je cas où nous voyons juste, le mot ffj|] hnt ne serait pas un 
adjectif, mais une préposition, signifiant «devant». 

Une tombe rectangulaire à créneaux, du type nordique, dit de Bouto, 
s accorderait bien avec le héron divin, lui aussi de Bouto. 

Il y a au-dessous du rectangle le signe Nous en parlerons plus 
loin (p. 3oi-3oa). 

Pour le moment, les choses se présenteraient de la manière suivante. 
Le début de 1 inscription nous ferait connaître que pendant une cer¬ 
taine annee on avait exécuté le simulacre d’un dieu, pour être érigé 
devant le tombeau, qui serait celui de Saqqarah-Nord. Pour parvenir à 
une certitude dans ce sens, il nous faudrait établir deux choses : i° qu’il 
y avait en effet l’effigie d’un dieu devant le tombeau de Saqqarah, et 
9 ° que I effigie en question était celle d’Horus Djébaouty de Bouto. 

La première preuve pouvait ne demander de notre part aucun effort, 
étant fin prête, et même, non pas au singulier, mais au pluriel. Les 
fouilleurs n’ont-ils pas établi que devant le tombeau de Saqqarah se 
trouvait bon nombre de simulacres, tous pareils? Aucun effort, avons- 
nous dit, mais tout de même, la chose ne serait pas aussi simple que ça. 
Car les simulacres en question n’étaient pas des hérons. Sur tout 
le pourtour de la sépulture étaient alignées des centaines de têtes 
bovines aux larges cornes dont quelques-unes furent retrouvées in situ 
(pi. IA) O. 

Notre interprétation des cinq signes, jusqu’à présent s’accordant si 
bien entre eux, serait-elle sur le point de s’avérer fausse, à cause des 
têtes bovines, se trouvant là où l’on s’attendait à voir des hérons? Elle 
serait tout au moins sujette à caution si un monument, provenant d’un 


(1) Reproduit d’après la photo parue dans le n° ia35 de la revue Images. 


endroit peu éloigné de Bouto, ne nous faisait pas connaître le dieu Horus 
de Djébaout, précisément, mis forme de taureau à larges cornes. Il n y 
a aucun doute quant à son identité, le nom © ( civilement 

écrit devant lui (fig. 5) 

Rien ne nous empêche donc de voir dans les têtes bovines des simu¬ 
lacres d’Horus de Djébaout^. Elles étaient multiples; et, à en croire les 
fouilleurs, elles entouraient le tombeau de tous les côtés (pl. I, A). 



Les têtes bovines ont l’air d’être enfoncées dans le gradin jusqu’à la 
mâchoire supérieure. A moins que ce ne soit un effet du temps, ce qui 
est peu probable, on se demande si l’on ne voulait pas exprimer l’idée 
que le corps des taureaux se trouvait au-dessous de la sépulture, autrement 
dit, que les simulacres d’Horus de Djébaout la portaient sur leur dos en 
guise de protection et de soutien inébranlables. 


O L. Habachi, Sais and ils monuments , dans Ann. Serv. Ant., t. XLTÎ, p. 386, 
fig. 107. 

(2) Le héron, désignant le dieu Djébaouty, ne serait donc dans ce cas qu’un 
signe hiéroglyphique, tout comme, disons, & désignant le dieu Thot sous forme 
de babouin accroupi (Bruyère, Tombes thébaines de Deir el Medineh, pl. IV et p. 4A). 
Voir aussi ce que je dis à propos des deux haches du titre mdhwy. Par conséquent 
il 11 ’y a aucun lieu de s’étonner que le héron (un oiseau) désigne un dieu sous 
forme de taureau (un quadrupède). 



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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Sous ce rapport il nous souvient ce texte des Pyramides (§ 1 068) : 

îll.1Tf<LA 

* 

« [Aussi bien que] le nom d’Horus à Djébaout est stable, ...stable 
est cette pyramide, stable est son ouvrage à tout jamais». 

Passons maintenant à la partie gauche du registre supérieur, conte¬ 
nant le titre et le nom du haut fonctionnaire du roi Wenewly-Ouénéphès. 

Le titre est écrit avec une paire de signes identiques ^ ^. Tous 
ceux qui les ont vus à Saqqarah peu après que la tablette fut retirée du 
tombeau, ont été intrigués au plus haut degré par leur singulière appa¬ 
rence. Nous-même, nous ne pouvions pas nous souvenir d’avoir jamais 
vu quelque cho*e de pareil parmi les centaines de symboles hiérogly¬ 
phiques. Mais a la longue, deux fils conducteurs se présentèrent à nous. 

En premier lieu, nous avions affaire à une tablette commémorative 
de 1 époque protodynastique. On devait par conséquent s’attendre à y 
trouver un titre de haut fonctionnaire, suivi de son nom. En fait de 
titres, d y en a deux se retrouvant le plus souvent, sinon toujours, dans 
les tablettes, à savoir m htmty (ou : sdlwly?) bity et + Y\ mdliwy 
riiswt. Dans notre cas, ce sont les deux étranges hiéroglyphes qu’on 
pourrait, a la rigueur, mettre en rapport avec le signe qui les précède, 
en formant de la sorte le groupe fïî. Il n’y aurait de ressemblant 
avec les titres précités que le fait qu ici et là d y a une combinaison de deux 
hiéroglyphes. Quant, à la graphie, elle est toute différente. Ainsi, au 
début, le rapprochement du titre présumé dans la tablette de Saqqarah 
avec 1 un des titres auquel on pouvait s’attendre, paraissait peu pro- 
mettant. 

11 ne restait en faveur du rapprochement que le fait que, tant dans le 
titre ^ que dans le groupe ^ ^ | , le second élément était double . 

Il y avait encore sa proximité avec le nom Horus du roi, ce qui est d’usage 
tant qu il s agit du titre d’un haut fonctionnaire gravé dans les tablettes 
protodynastiques. 

Si peu encourageant que cela pût paraître, nous ne voulûmes pas 
abandonner la partie, sans avoir tenté d’établir l’équivalence phonétique 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


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entre les deux paires d’hiéroglyphes, autrement dit de voir si les deux 
mvstérieux signes ^ ^ dans la tablette de Saqqarah ne se lisaient pas, 
pareillement aux deux haches V\ dans les autres tablettes, mdhwy . Nous 
savions bien que la racine mdh pouvait être écrite (ou déterminée) avec 
l’hiéroglyphe de la couronne du bandeau ou de la ceinture 
et qu’elle avait trait au «lien» de telle ou telle sorte. Il restait à retrou¬ 
ver s’il n’y avait point de cas où le mot mdh fût écrit (ou déterminé) 
avec notre signe ^ . 

Le cas en question se présenta à nous dans le § 12 i4 des Textes 
des Pyramides. Le signe y figure sous une forme simplifiée et moins 
archaïque. Sa valeur phonétique est attestée par la partie phonétique, 
ainsi : C’était bien le premier pas décisif vers l’acceptation 

de l’équivalence phonétique entre les signes ^ et 

Voici le passage des Textes des Pyramides où figure le mot mclh : 

—V hf ( var - -*) Yiiv Y, -Vi 

Il est question auparavant des enfants de No ut, dont les têtes et les 
cous portent des ^ J ^ ^ «couronnes de fleurs». x4près il est dit 

d’eux qu’ils font verdir les couronnes du Nord (dans?) les canaux des 
Champs des Offrandes pour Isis, la Grande, laquelle fit l’action de 
tj mdh à Chemmis (quand) elle apporta son étoffe (ou vêtement de lin 
dlis) et répandit l’arôme (ou fit une fumigation?) devant son fils Horus, 
enfant mineur. 

Le passage cité figure dans trois pyramides. Dans deux (P. M.) le 
mot mdh est déterminé par une variante du signe figurant dans la tablette 
de Saqqarah (P. M. ^). Dans la troisième pyramide (N.) il est déter¬ 
miné par la couronne ou la ceinture ( c> v). 

L’équivalence phonétique mdhwy des deux graphies, V\ et ^ une 
fois établie, il nous reste à justifier la présence dans notre tablette de 
Saqqarah de l’hiéroglyphe ^ devant les deux signes \ ^. Nous avons 

25 .. 

















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BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


dit que l’équivalent phonétique de ces derniers V\ était d’habitude 
précédé du signe ^ désignant le roi du Sud, nyswt à quoi vient 
s’ajouter le fait que le mot ^ «Nord» n’est pas employé d’ordinaire 
comme désignation du roi bity. Seraient-ce là deux observations rendant 
impossible le rapprochement suggéré? Peut-être, non. 

La première objection n’est pas rigoureusement catégorique, car l’on 
connait des cas où le groupe Y\ est précédé, non pas du signe mais 
de l’abeille Autrement dit, à part l’habituel mdhwy nyswt, il 

existait aussi le titre mclhwy b)ty « m. du roi du Nord ». Le remplacement de 
l’abeille par le signe dfr serait certes quelque peu original. Toutefois 
notre tablette de Saqqarah nous fait connaître plusieurs autres graphies 
exceptionnelles dont l’une a trait au remplacement du signe, ^ par ^, 
autrement dit, de la «déesse du Nord» par le «Nord» représenté par 
la couronne verte. Ce serait là un cas approchant du nôtre («Nord» au 
lieu du «Roi du Nord»). D’ailleurs, pareille substitution du tout à une 
partie (l’inverse de pars pro toto ) ne serait aucunement unique en son 
genre, tant qu’il s’agit du roi, de même que de la reine. Ne disait-on 
pas 53 «grande Maison» pour désigner son habitant, le «Roi», et 
«Ciel» au lieu de «Celle qui habite au Ciel», sc. la «Reine»? 

Quant aux graphies inusitées, dont s’était servi le graveur de notre 
tablette, il n’y a qu’à se souvenir des deux signes du titre mdhwy % ^, 
remplaçant les deux haches, et, comme nous le verrons plus loin, du 
signe combiné $ remplaçant le groupe __9 J. Donc il est permis de 
supposer que le mot lui aussi, fait montre de cet esprit d’originalité 
qui est propre à notre tablette, et qu’il signifie non pas le «Nord», 
mais le « Roi du Nord» 


(1) Pareil cas se présente dans la tablette portant le nom Horus du roi Kl-. 
Le titre habituel mdhwy nyswt y figure également (R. T., v. II, pl. XII, 6). 

<_) Cf. la suggestion de H. Junker ( Turah, 8) à propos des signes ^ et 
en tant que titres, respectivement, du «Roi de la Haute Egypte» et du «Roi de 
la Basse Egypte». 

Aux particularités épigraphiques de la tablette de Saqqarah, que nous venons 
de relever, il y a lieu d’ajouter la place inusitée du titre du fonctionnaire, figurant 
d’ordinaire au-dessus du monogramme, aussi bien que le fait que le signe de 
1 an s’arrête à mi-hauteur, au lieu de descendre jusqu’au bas de la tablette. 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


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Nous allons maintenant nous occuper du nom du haut fonctionnaire 
figurant dans la tablette de Saqqarah. Il comprend le serekh du roi 
Wenewty-Ouénéphès et un monogramme formé de quatre signes. Celui- 
ci fut découvert, pour la première fois, il y a plus de cinquante ans, à 
Abydos (1 >. Il y figure dans des tablettes comme la nôtre et dans des 
empreintes de sceaux cylindriques, d’ordinaire sans élément roval et 



Fig. 6. — Tablette en bois (fragment) portant le nom de Sedj-sekhem-ka-Hor-Djer. 


sans le titre mdhwy. Notre fonctionnaire occupait alors les charges de 
\l-mr, sc. d’intendant des domaines royaux 1 (2) . Enfin, et c’est un fait à 
relever, là où le nom abydénien comprend celui du roi, ce dernier n’est 
pas Wenewty, mais Djer (fig. 6) ( 3) . Il s’ensuit que notre haut fonction¬ 
naire avait exercé des fonctions administratives sous le prédécesseur 
immédiat du roi Wenewty, mais était parvenu au faite de sa carrière 
sous le règne suivant. Il a dû jouir de la confiance des deux rois de la 
I re dynastie. Et l’on se demande si le fait d’avoir échangé un nom royal 
contre un autre ne doit pas être tenu pour une preuve de son esprit 
diplomatique et de son souci de s’assurer davantage les bonnes grâces 
du souverain régnant. 

Le monogramme comprend trois mots [1 ’ v ~) sd, j shm et [J kl. Le tout, 


(1) Publié dans Fl. Petrie, Royal Tombs, vol. II, pl. XII, 3. 
« Ibid., v. I, pl. XVIII. 

< 3 > Ibid., v. II, pl. XII, 3. 









































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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


monogramme et nom Horus du roi, signifiant « Que la puissance du ka 
d’Horus Wenewty fracasse (ses ennemis) » 1 2 3 (1) . 

Il est a remarquer que l’élément ka, faisant partie du nom du fonc¬ 
tionnaire, est basé sur le «nom Horus» du roi. Il n’aurait pas pu en être 
autrement, car le ka royal s'accorde toujours avec l Horus royal, à l’exclu¬ 
sion de tout autre titre. Nous le voyons en effet étroitement associé avec 
le serekh, le signe [J soutenant ce dernier, parfois posé sur la tête d’un 
personnage mâle le personnifiant, qui tient d’une main le masque royal 
au haut d’un pavois et de l’autre une plume d’autruche ^ 2) , 

Pour bien préciser les choses, il faut donc dire que le nom de notre 
haut fonctionnaire a pour base non pas le nom Horus, mais le ka liorien 
du roi. 

A part cela il est à remarquer que du roi Wenewty, aussi bien que 
de ses prédécesseurs, on ne connait que le nom Horus. Ceux de nyswt- 
b)ty et nbty ne sont attestés qu’à partir des rois Wédéni et Semsou 


(1) Des noms basés sur ceux des rois, précédés du verbe sd à l’optatif, se retrou¬ 
vent à d’autres époques. Ainsi, de la IV e dynastie il nous est parvenu le nom 
Sd-hwfw «Que le roi Chéops fracasse (ses ennemis)» (Fl. Petrte, Abydos, t. III, 
pl. IX, n° i4). Je tiens le second signe du monogramme et ses autres variantes, 
faisant partie du nom du haut fonctionnaire, pour shm, et non pas pour 'bî, bien 
que la graphie de ce dernier soit identique, surtout en hiératique (cf. les deux 
signes dans Sethe, Dram. Texte, 1 . 83 a), pour cette raison que shm exprime la 
«puissance» (Séracs), une signification convenant à notre cas, tandis que 'b\. 
désigne un sceptre, tenu par le roi à la main. La «puissance» du ka d’Horus» 
est à comparer avec | © « puissance de Râ», faisant partie du nom royal Shm-rl- 
hw-tUvy. « Que la puissance du ka de Râ protège les Deux Pays», etc. Il est à remar¬ 
quer, tant qu’il s’agit de la graphie du signe shm, telle qu’elle se présente dans 
notre tablette et ailleurs (cf. p. ex. Garstang, Mahâsna and Bêt Khallâf, pl. X, II, 
Ny- ( nh-S h m t), qu’elle rappelle de près les formes hiératiques (cf. Moller, Hier . 
Paléographie, v. I, n° 44g ; Prisse, Illahun, Sinuhe). Pour la graphie ÿ, figurant 
dans la tablette de notre fonctionnaire du temps du roi Djer voir Moller, /. /. : 
Golén., Ebers. (Garstang, op. cit., pl. XIX, 22). 

(2) Cf. p. ex. Lepsius, Denkmaler, t. III, 55 b, etc. 

(3) Le nbty mn, proposé par Rorchardt et agréé par tant d’autres, est extrêmement 
douteux. Tout dernièrement J. Spiegel (Pas Werden, etc. § 190 ) s’est fait l’écho 
de la dite suggestion erronée. Voir nos articles, infra, p. 317 , n. 2 . 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


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Il est aussi à relever que, de par le fait même que le fonctionnaire 
portait le nom, basé sur la «puissance du ka » horien, il le faisait 
sien. De sorte que, en fin de compte, c’était lui, Sedj-sekhem-ka-Hor- 
Wenewty, qui était puissant et tenait en échec ses ennemis. Ainsi, par 
la vertu magique.de son nom, notre haut fonctionnaire s’identifiait avec 
le roi, voire se substituait à lui. 

La même chose serait à dire à propos de quelques autres hauts fonc¬ 
tionnaires du Nord possédant de vastes sépultures dans la même nécro¬ 
pole, tels que Héma-ka^\ Ankh-ka et Ny-sw-ka ^. Tous les trois sont de 
l’époque du roi Wédéni. Le nom du fonctionnaire fut trouvé dans 
sa tombe à côté du nom Horus du roi^. Il est à présumer que 
le nom complet était N y-s w-k Hr- Wdm «Il appartient au ka d’Horus 
Wédéni». 

Le nom du chancelier HJ (tombe de 4i x 99 m.) avait, à son tour, 

\ et doit, 


à côté de lui le nom Horus du roi Wédéni, ainsi : LU 


par conséquent, être lu 'nh-k ’- flr-Wdm « Que le ka d’Horus Wédéni 


vive» 


On notera que, tout comme dans le cas du haut fonctionnaire du roi 
Wenewty, le serekh royal se trouve ici placé entre le monogramme et le 
titre (hrp hry-)b ) du chancelier et ne figure qu’en tant que partie du 
nom de ce dernier. Il en est de même dans le cas du chancelier jj^jj, 


son nom n’étant qu’une abréviation de 


i> 

U 


UEO ' 


hml-kl-Hr- Wdn) 


« Que le ka d’Horus Wédéni repousse (?) (ses ennemis)». 

Maintenant que l’on connait la lecture du registre supérieur, on ai¬ 
merait être renseigné sur le rapport entre la désignation du tombeau 
et le nom du haut fonctionnaire, lui faisant suite. 


(l) Emery-Saad, Tomb of Ilemaka. 

’ 2) W. Eîviery, Great Tombs of the First Dynasty , p. 71 sniv. 107 sniv. 7 (Junk.). 
W Ibid., p. 109, fig. 61 A. 

^ Ibid., p^ 7.5, fig. 37. 


















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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


307 


Deux cas seraient à envisager. L’un présupposerait l’omission d une 
préposition entre le titre du fonctionnaire et la désignation du tombeau, 
ce qui arrive couramment dans les inscriptions archaïques. La prépo¬ 
sition en question serait O m> et elle nous suggérerait que le tombeau 
était exécuté « par» les bons soins du fonctionnaire. 

Pareille interprétation est possible, et la seule objection qu’on puisse 
faire, est que dans ce cas il y manquerait le nom du titulaire du tom¬ 
beau. La seule objection, disons-nous, mais qui serait d’importance. 

Je viens de dire qu’on pourrait voir le rapport de deux manières 
différentes. Nous venons de prendre connaissance de l’une. Quelle serait 
donc l’autre? 

Le rapport entre le nom du haut fonctionnaire et la désignation du 
tombeau pourrait être de genre génitival direct. Dans ce cas il n y aurait 
point d’omission de quelque mot que ce soit. Et, en outre, nous 
serions renseignés sur le titulaire du tombeau. Celui-ci ne serait autre 
que le haut fonctionnaire en personne. 

La traduction du premier registre se présenterait alors de la manière 
suivante : 

L’an (où a eu lieu) la création (des simulacres) du dieu Horus de Djé- 
baout devant la sépulture du Chancelier (du roi) du Nord , Sedj-sekhem-ka- 
Hor- Wenewty . 

Somme toute, la première alternative nous présenterait le fonction¬ 
naire comme homme de confiance, chargé de l’exécution du tombeau, 
et la deuxième — comme son propriétaire. 

Nous verrons par la suite laquelle de ces deux alternatives a le plus 
de chance de s’avérer juste. 

Le régistre inférieur comprend deux petits textes se faisant face, ce 
qui indique qu’ils sont en étroit rapport entre eux. 

Le texte du côté droit (fig. 7 ) débute par le signe | c lf signifiant 
«station», au singulier ou au pluriel. Ce mot figure souvent en tant que 
désignation des rites, célébrés devant ou dans les sanctuaires de divers 
dieux. Cette signification convient à notre cas ou le mot 7/ c est suivi 
des sanctuaires du Sud et du Nord, inscrits à l’intérieur d’une cons¬ 
truction ou d’une enceinte ornée de hkrw. 


Les sanctuaires portent au-dessus d’eux les effigies, respectivement 
de Nekhbet et d’Ouadjyt. Pour une raison qui nous échappe, cette 
dernière n’est pas, comme d’habitude, un cobra, mais la couronne du 
Nord { - wldyt, ce qui revient au même quant au nom de la déesse (I b 
Les deux effigies sont placées l’une à côté de l’autre. On les voit 
ainsi déjà dans la fameuse tablette de Naqada (pl. II A). On a prétendu, 



Fig. 7. — Effigies bovines du dieu Diébaoutv devant la tombe 
d’où a été retirée la tablette en ivoire de Sedj-sekhem-ka- Ilor-Wenewty. 

et l’on prétend encore de nos jours, qu’on ne saurait lire les deux signes 
qu 'ensemble nbtv, avec la signification de «les deux maîtresses», et que 
c est là une preuve que l’objet (on le tient pour un signe) au-dessous 
d’elles est l’hiéroglyphe üü, représentant, soit le nom nbty du roi 
Ménès, soit celui du sanctuaire mn nbty. 

La figure au bas de la nouvelle tablette de Saqqarah, nous semble-t-il, 
met fin aux affirmations dans ce sens et confirme notre thèse selon 
laquelle dans la tablette de Naqada les deux déesses-protectrices se rap¬ 
portent, l’une et l’autre séparément, aux deux sièges, placés au-dessous 

(1) Cette même couronne figure dans la tablette de Djer, pl. IIB et fig. AB, à côté 
du nom de la ville Dep-Bouto. 

(5) Elle fut formulée pour la première fois en 19 33 dans les Ann. Scrv. Ant., 
t. XXXIII, p. 208 et suiv. ; et reprise ihid., t. XLÏ et XLVIII. 


308 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


d’elles. C’est le seul fait que ceux-là se trouvent accolés l’un à l’autre 
qui donne l’impression qu’on est en présence d’un seul objet, voire 
du signe mn. 

Tout doute, quant à la lecture séparée des deux signes, est exclu là 
où les noms des déesses protectrices sont écrits en toutes lettres, cha¬ 
cun au-dessus de son sanctuaire respectif. Ainsi, par exemple, dans la 
« Pierre de Païenne», où il est question de Sahoura, dédiant des monu¬ 
ments à diverses divinités (verso, 1. 3, n° î), nous lisons, entre autres 
choses, 


TJ 


— es 





IX 

cm 

1 


« Nekhbet-Maîtresse du Pr-wr » — « Ouadjyt-Maîtresse du Pr-nsr ». 
La lecture séparée de leurs noms est attestée tant par le fait d’être 
écrits phonétiquement que par le trait vertical de séparation entre eux. 

Les deux sanctuaires, du Sud et du Nord, en tous points pareils à 
ceux de la tablette de Saqqarah, se retrouvent sur une paroi du coffre 
à rideaux de la femme de Snofrou W. Ils y font partie de la légende 
suivante : 


jïl m I IQLzlüD ~ i® GUI 


Bien qu’il n’y ait dans la tablette de Saqqarah qu’un seul sanctuaire 
du Sud et un seul du Nord, il est probable qu’il s’agit de plusieurs, 
dans un cas et dans l’autre, voire qu’on est en présence des dieux du 
royaume prenant part in corpore à une grande solennité. Il y aurait une 
indication dans ce sens dans la partie gauche du même registre dont 
nous allons maintenant nous occuper. 

Celui-ci débute par le signe extrêmement curieux jjj?, jamais vu jus¬ 
qu’à présent. On dirait une jambe tordue. Heureusement que le con¬ 
texte, et d’autres légendes similaires, sont là pour nous donner une 
idée de ce dont il s’agit. 


(,) W. Stevenson Smith, The Tomh of Helep-heres /. dans Bull . Mus. Fine Arts. n° •> 8 /i, 
juin 1953 , fig. n. 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


309 


C’est que l’étrange signe fait partie d’une formule, se retrouvant 
le plus souvent, comme ici, au registre inférieur des tablettes proto- 
dvnastiques. Tous les hiéroglyphes qui en font partie nous sont fami¬ 
liers. 

Etant donné que la formule débute immanquablement par les signes 
du protome de lion et de l’escalier J, il est permis de voir dans 
la «jambe tordue» la fusion de ces deux hiéroglyphes. Pareilles combi¬ 
naisons quasi-grotesques sont assez fréquentes dans l’épigraphie archa¬ 
ïque. Dans le cas où notre suggestion s’avérerait juste — et nous croyons 
qu’elle a de grandes chances de l’être — il s’agirait de la formule habi¬ 
tuelle abrégée J l l >tt Ut \m\ htyw Hr «meilleur produit pro¬ 

venant des Echelles d’Horus». La fusion des deux signes serait, peut- 
être, motivée par le manque d’espace; et pour la même raison la for¬ 
mule ne comprendrait que deux mots sur quatre. 

Les « Echelles d’Horus» représenteraient les coteaux delà Cyré¬ 
naïque, et cela, à part d’autres indications dans ce sens, serait confirmé 
par la mention fréquente dans les tablettes similaires du produit ) * 
llinw, de genre, croyons-nous, aromatique, une autre désignation, figu¬ 
rant au même endroit que le produit thehenou étant précisément ^ 
Wdt htyw «parfum des Echelles (d’Horus)»^ 1 ^. 

Vient ensuite le mot ^ * m rsw > désignant un mets rituel, connu 
d’après d’autres tablettes, à partir de celle du roi Aha de Naqada et 
des inscriptions archaïques sur poteries et vases. 

La mention du « meilleur produit», à côté du mot in, est très fré¬ 
quente. Il semblerait que le premier, comme nous venons de le suggé¬ 
rer, de genre aromatique, faisait partie du second, soit comme condi¬ 
ment, soit comme ingrédient spécial. 

En dernier lieu nous relevons la désignation de la quantité du mets 
rituel « 1100 het»®\ La quantité varie d’une tablette à l’autre, 

(J) R. T ., v. 1, pl. XVII, 36 . Qu’il s’agit bien des «coteaux» ou des «terrasses» 
d’Horus , est confirmé par la présence du groupe dans la même tablette 

et ailleurs. 

Le volume d’un ht nous est inconnu. Le W B. n’a enregistré que le mot «lit 
ein Weinmass», sans autre précision (v. III, p. 33 9 , 9 ). Il faudrait encore 
savoir si c’est le même mot que le des tablettes protodynastiques. 














310 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


311 


allant d’une centaine à mille deux ou trois cents, ce qui est, très pro¬ 
bablement, en rapport avec le nombre des participants. 

L’énorme quantité du mets rituel, mille cent mesures, est une indication 
que la consécration des effigies bovines du dieu Horus de Djébaout- 
Bouto, sur le pourtour du tombeau, à laquelle, comme nous l’avons sug¬ 
géré, prirent part les divinités du Sud et du Nord de la Vallée du Nil, 
avait été faite avec un grand concours de notables. Cela nous donne une 
bonne idée de l’importance du propriétaire de l’imposante sépulture 
de Saqqarah. 

MISE EN REGARD AVEC LA TABLETTE DE DJER 

Il est tout indiqué de comparer la tablette de Saqqarah avec celle 
de Djer (1) 2 dont il existe deux exemplaires, l’un à Berlin (fig. 8 ) et 
l’autre au Caire (pi. II B). 

Au premier registre de la tablette de Saqqarah; comme nous l’avons 
vu, il y a la phrase ffi^| 1 Th a ’ au deuxième, le groupe suivant 
(fig. 7 ). Voyons maintenant ce qu’il y a en regard dans la tablette de 
Djer. Nous y trouvons, également au premier registre, les signes et 
figures ci-contre (fig. 9 ). D’emblée l’on reconnaît dans les deux ta¬ 
blettes plusieurs signes et figures identiques. Ce sont l’oiseau (héron), 
le signe [jj]] hnt, l’édifice rectangulaire «= (respectivement avec et sans 
créneaux), le signe | 7 ï, et la chapelle du Nord. Il est probable qu’en 
regard des chapelles du Sud, dans la tablette de Saqqarah, il y aurait 
aussi de ces chapelles dans celle de Djer, s’il y avait là plus de place 
disponible. 

En resserrant davantage les rapprochements, il devient possible 
d’établir des parallèles, non seulement entre des signes séparés, mais 
aussi entre des groupes de signes. Et même, en fin de compte, on arri¬ 
verait à établir une quasi-équivalence des deux inscriptions au complet. 


(1) La tablette du Caire est publiée dans J. E. Quibell, Excavations at Saqqara 
igi 2 -igiâ, pi. XI, 2 - 3 , celle de Berlin, dans A. SchariT. Die Altertümer der Vor- 
und Frühzeit Agyptens, v. II, p. 171 fig. 92 pi. XXXVI. 

(2) Reproduit d’après S. Sciiott, Hieroglyphen, pl. IV, fig. i5. 


Ainsi en regard du groupe %rfïli a nous trouvons le rectangle avec 
les deux signes à l’intérieur (fig. 8 ). Il s’agit ici de la même chose que 
dans la tablette de Saqqarah, autrement dit, d’un tombeau et des 
simulacres d’Horus de Djébaout, placés en dehors de celui-là. Le fait 
que l’échassier, bien que gravé à l’intérieur du rectangle, est censé se 
trouver en dehors, est suggéré d’une manière ingénieuse, à savoir au 



moyen de deux lignes, partant des pattes de l’oiseau et convergeant 
vers la sortie. 

Il ne faut pas nécessairement s’imaginer que le ou les simulacres 
du dieu de Bouto devaient figurer ici de la même manière que dans le 
tombeau de Saqqarah, c’est-à-dire, sous forme de têtes bovines. Il 
est possible que, pareillement à la plupart des cas, le simulacre du dieu 
Horus de Djébaout fût unique et se présentât sous forme de héron 
perché en haut d’un pavois. 

Le dieu figure sous cette forme devant la rangée des sanctuaires du 
Nord dans les temples funéraires des pharaons, en commençant par 
celui de Snofrou, déblayé récemment par le D r Ahmed Fakhry. 

La mise en regard de la rangée des sanctuaires du Nord, séparés par 
des palmiers, dans la tablette de Djer, avec le même sanctuaire unique 



312 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


dans la tablette de Saqqarah, confirme notre supposition que ce der¬ 
nier, aussi bien que la chapelle du Sud, à côté de lui, était multiple. 

La similitude entre les deux tablettes comprend aussi les quelques 
signes au registre supérieur de la tablette de Djer, que nous avons jus¬ 
qu’à présent passés sous silence’. Il nous faudra aussi dire quelques 
mots à propos de la formule du mets rituel au registre inférieur. 

A part les signes au registre supérieur, que nous venons de passer 



en revue, nous trouvons à gauche le groupe (fig. to) correspondant, 
trait pour trait, au groupe, lui aussi placé dans la partie gauche de la 
tablette de Sedj-sekhem-ka-Hor-Wenewty (fig. 1 1 ). Ici et là nous trou¬ 
vons des noms de hauts fonctionnaires en rapport avec le tombeau res¬ 
pectif. Les deux noms ont comme base le nom du roi régnant. Etant 
donné que Djer était le prédécesseur immédiat de Wenewty et 
(jue Sedj-sekhem-ka-Hor -Wenewty était au temps de Djer administra¬ 
teur des domaines royaux, il est à supposer que le sieur 
Dr «Qu’IIorus Djer m’accorde (ses faveurs)» était à cette époque son 
supérieur et occupait le poste de chancelier ou trésorier du roi, soit du 
Nord (htmty tiity), soit du Sud [mdhwy nyswt ). 

Nous passons maintenant à la formule au bas de la tablette d’Imi- 
ni-Hor-Djer. Nous y trouvons l’habituelle désignation du « meilleur 
produit des Echelles d’Horus», écrite sans omission d’aucun mot, suivie 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 


313 


de la quantité. Dans l’exemplaire du Caire (pl. II B) il y a le chiffre 
« 4oo». Dans celui de Berlin (fig. 8) nous relevons en regard le signe 
P). Celui-ci est trop haut pour désigner « dix» dont la graphie archa¬ 
ïque est A ou n . Et, en effet, il désigne un nombre de beaucoup plus 
supérieur à dix. Le scribe avait dans son esprit le même nombre que 
dans l’exemplaire du Caire (et il ne pouvait pas être autrement), 
c’est-à-dire, «4oo». Seulement il l’a écrit à la manière hiératique , la¬ 
quelle est yJ ou, simplifiée davantage, /}. 

Le mot ^ ^ est exactement le même que dans la tablette de Saqqa¬ 
rah et dans celle d’ c Aha de Naqada. Seulement, tout comme dans cette 
dernière, le mot in finw) du Sud est doublé de dflw mhw «mets du 
Nord). Les deux pourraient représenter une seule et même chose. 

Donc, encore en ce qui concerne la formule du mets rituel, le paral¬ 
lélisme entre les deux tablettes est parfait. 


À PROPOS DU TITULAIRE DE LA TOMBE 

Avant de terminer, il nous reste à ajouter quelques mots à propos 
du titulaire du tombeau de Saqqarah. Etait-ce le roi Hor-Wenewty ou 
son haut fonctionnaire, Sedj-sekhem-ka-Hor-Wenewty? 

La réponse définitive à cette question, cela va de soi, ne pourrait être 
donnée qu’après la publication de tous les documents, épigraphiques et 
autres, retirés du tombeau. Et c’est aux fouilleurs, en tout premier lieu, 
qu’il incombe de nous éclairer sur ce point. Mais d’ores et déjà 
certaines choses se précisent. 

L’attribution de la sépulture au roi se baserait principalement i° sur 
les grandes dimensions du tombeau, sa magnificence et le soin apporté 
à sa construction, et 2 ° sur la présence du' nom du roi Wenewty dans 
la tablette en ivoire et sur d’autres documents provenant du même 
endroit. 

Il n’y a pas à dire, le tombeau est énorme, 5i X 21 in., et, avant 
d’être incendié et ruiné par le temps, il devait être imposant au-dehors 
et magnifique au-dedans avec ses boiseries, recouvertes de feuilles d’or. 
Mais la grandeur et la magnificence, à elles seules, ne prouvent pas 
Bulletin de l’Institut il*Egypte, l. XXX VI. 2 O 









314 BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

qu’on soit en présence d’une sépulture royale. Le mastaba peu éloigné 
de Hémaka-Hor-Wédéni, chancelier ou trésorier du roi Horus Wédéni, 
encore plus vaste ( 57 x 26 m.) donne en tout cas à réfléchir. Et il y a 
d’autres grandes tombes, tant à Saqqarah qu’ailleurs, qui ne sont aucu¬ 
nement royales. 

Le second argument, à savoir la présence du nom du roi Wenewty 
dans la tablette en ivoire, est encore moins sûr. Il y figure non pas 
pour son propre compte, mais en tant que partie de celui du haut fonc¬ 
tionnaire. Les noms à base d’un nom royal sont très fréquents. Il est 
parvenu à notre connaissance que d’aucuns se demandaient s’il 11 e fal¬ 
lait pas voir dans le monogramme Sedj-sekhem-ka un autre nom du roi 
Wenewty. Ce ne pourrait être alors que le nom nbty , le nom nyswt- 
b)ty , on les deux ensemble. Cependant, s’il en était ainsi, on devrait 
s’attendre à ce que le monogramme fût précédé des titres en question, 
autrement dit, respectivement, des deux déesses-protectrices et des signes 
héraldiques du Sud et du Nord. Mais il 11 ’y a aucune trace ni de ceci ni 
de cela. Et en outre, que ferait-on alors du titre mdhwy, précédant le 
nom Horus du roi, et anonyme? 

A moins qu i! n’y ait parmi les autres documents, pour le moment 
inaccessibles, une indication nette que le tombeau était celui d’un roi, 
la possibilité qu elle appartenait au haut fonctionnaire, nous semble-t-il. 
ne doit pas être exclue. 

POST-SCRIPTUM 

L’éventualité du signe ^ se rapportant, comme épithète, au mot qui 
le précède (rectangle crénelé), laquelle j’ai envisagée au premier abord, 
ne me paraît plus probable, bien qu’elle puisse tenter ceux qui sont 
en faveur de « deux tombes» royales (l’une dans le Sud et l’autre dans 
le Nord). Même en admettant leur point de vue, il ne pourrait pas être 
question de deux sépultures-/trs£. On s’attendrait dans ce cas à deux 
désignations différentes. A comparer, par exemple, la Stèle d’Ahmès I er , 
au Musée du Caire oii nous trouvons les dites désignations différentes, 
l une pour le tombeau, au sens exact du mot, h, et l’autre pour le 
cénotaphe, ml/t. fl serait difficile de s’attendre à i adjonction de 


LES MONUMENTS ARCHAÏQUES. 315 

l’épithète mhw «nordique» ou «se trouvant dans le Nord» dans une 
inscription protodynastique, pour laquelle le laconisme était de rigueur. 
Et même s’il en était ainsi, la tombe du Nord ne serait-elle pas plutôt 
désignée par le mot phwy «celle de derrière» (par rapport à hnty 
«celle de devant» i.e. du Sud)? 




B.— Tablette do Sedj-sekhem-ka-Hor-Wenewty (photo agrandie). 
















CONTRIBUTION NUMISMATIQUE 


À LA QUESTION DES «NOMES” 

(CIRCONSCRIPTIONS PROVINCIALES ÉGYPTIENNES) <■> 

PAR 

* 

MARCEL JUNGFLEISCH 


Depuis longtemps discuté mais n’ayant pas encore été résolu défini¬ 
tivement, le problème relatif aux nomes égyptiens est remis périodique¬ 
ment en question. 

Les recherches sur ce sujet ne peuvent progresser que pas à pas, 
au fur et à mesure de la découverte de nouveaux éléments qui outre 
leur rareté, se prêtent trop souvent à des interprétations contradic¬ 
toires. 

De telles antinomies découlent de transformations au cours des âges : 
la création des nomes (circonscriptions provinciales égyptiennes) remonte 
à une époque fort ancienne, jusqu’à la nuit des temps protohistoriques ; 
à l’initial ce furent des districts dont la délimitation correspondait aux 
différentes obédiences religieuses locales, obédiences qui se distin¬ 
guaient entre elles par des emblèmes totémiques. Sans jamais perdre 
tout à fait leur caractère fondamental, les nomes ont évolué durant des 
millénaires; comme les gouvernements, de religieux iis ont tendu 
à devenir politiques, à se transformer en divisions administratives du 
pouvoir central. Sur le déclin, à l’époque de la domination romaine, 
l’organisation et la délimitation territoriale des nomes se plièrent de plus 
en plus aux nécessités économiques ou militaires du moment : ils de¬ 
vinrent de simples préfectures. Suivant sa date, tout document concer¬ 
nant les nomes peut donc revêtir des significations assez différentes et 


Communication présentée en séance du 1 i janvier 19 5A. 




318 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


par suite son examen exige une discrimination préalable pour chaque 
cas particulier. 

En ce qui concerne la dernière période — celle de l’administration 
romaine à laquelle nous nous attacherons exclusivement — l’apport 
numismatique est, sinon absolument décisif, tout au moins de première 
importance, il constitue un témoignage concret. 

A partir de Domitien (81-96), nous rencontrons des monnaies que 
leurs légendes nous disent avoir été frappées pour tel ou tel nome. 
Cette série spéciale a été continuée sous Trajan (98-117), Hadrien 
(117-138), Antonin ( 1 3 8-161) et Marc-Aurèle (en tant que César). 
Elle présente cette particularité curieuse de n’avoir été émise (ou tout 
au moins, de ne porter les dates) pour chacun de ces souverains que 
pendant quelques années peu nombreuses de leurs règnes; Domitien, 
11 0 et 1 4 e ; Trajan, 1 2 e 1 3 ° 1 4 ° 1 5 P et 20'; Hadrien, 7 e 8 e 1 o e et 11° ; 
Antonin (et Marc-Aurèle, César), 8 e alors que les émissions ordinaires, 
bien que variables en abondance, ne présentent guère de solutions de 
continuité dans la chaîne des années. Malaisé à expliquer, ce fait a porté 
certains auteurs à conclure, peut-être un peu trop hâtivement, que les 
monnaies des nomes constitueraient des frappes commémoratives. Par 
suite, des chercheurs se sont ingéniés à échafauder des hypothèses plus 
ou moins vraisemblables quant aux anniversaires auxquels ces monnaies 
exceptionnelles pourraient être rapportées. Nous n’entrerons pas dans ce 
débat qui reste prématuré aussi longtemps que la série ne sera pas 
mieux connue dans son ensemble, condition indispensable pour 
aboutir à des conclusions qui soient définitives. 

D’autre part, il y a lieu de douter que les émissions propres aux 
nomes se soient arrêtées brusquement à la 8 e année d’Antonin. Ce fait 
semble évident pour les bronzes mais la série aurait été continuée un 
certain temps encore et cela sous des aspects quelque peu modifiés 
(plomb, verre). 

Le principal obstacle qui retarde l’étude des monnaies relatives aux 
nomes, est leur rareté : leur nombre dans les trouvailles, par rapport aux 
monnaies ordinaires, ne dépasse pas l’ordre de grandeur d’une sur cinq 
mille. Dans ces conditions, les exemplaires les plus pauvrement conser¬ 
vés, demeurent trop précieux pour être jetés au rebut. Nous nous trou¬ 


CONTRIBUTION NUMISMATIQUE. 


319 


vons ainsi portés à faire état d’exemplaires frustes alors que le moindre 
détail dans la légende ou le sujet présenterait une importance évidente. 
En fait, la plupart de ces pièces sont si mal conservées que le 
plus habile photographe ne réussit pas à en tirer des reproductions 
acceptables. Quant aux anciens catalogues des 16 e au 19 e siècles, ils 
témoignent souvent d’une brillante imagination plutôt que de fidélité ou 
d’esprit critique. Par surcroît des faussaires au burin habile sont venus 
ajouter au chaos par la retouche des légendes. On connaît la mésaven¬ 
ture de ce numismate du 18 e siècle qui s’était assigné de décrire une 
monnaie pour chacun des nomes mentionnés dans les listes — d’ail¬ 
leurs variables — des historiens. Quand longtemps après lui, la pièce 
manquant de la série fut enfin trouvée, elle était — fort heureusement 
— tout à fait différente de celle qu’il avait imaginée. 

Un aussi long préambule a pour but de bien mettre en évidence qu’à 
propos de cette question des nomes et au point de vue numismatique, 
la période préliminaire de la recherche et de l’interprétation des docu¬ 
ments est encore loin d’être close. Il faut publier le plus possible sans 
trop viser à conclure. 

* 

* * 

Nous sommes ainsi amené à parler du nome Pélusiaque, le nome de 
la grenade. 

Jusqu’au début de ce siècle, il n’avait pas été trouvé de monnaies de 
ce nome antérieures à l’année onzième d’Hadrien. De bons esprits en 
avaient déduit que ce nome était de création tardive ; certains avaient 
même été jusqu’à y voir une faveur accordée par Hadrien à l’occasion 
de son passage en Egypte. 

Faisant le point, vers 1820, Tôchon d’Annecy (Recherches histo¬ 
riques et géographiques sur les monnaies des nomes ou préfectures de 
l’Egypte, p. 1 5 1 à 1 56 ) se demandait : « Hadrien a-t-il voulu honorer 
particulièrement Péluse en faisant frapper pour elle des médailles comme 
il l’a fait pour toutes les préfectures de l’Egypte»? Il reconnaît toute¬ 
fois [pasmn, p. 20) que «l’on a voulu rattacher cette émission LIA à 
1 époque de ses voyages en Egypte ; mais d’après les recherches qui ont été 
faites, il ne paraît pas avoir visité cette province en l’an 1 1 de son règne». 











320 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

Ce dernier point (où malgré le défaut de citation, nous serions tenté 
de reconnaître un sage avis de Letronne) mérite que nous nous y arrê¬ 
tions un instant afin d’établir une fois pour toutes qu’il n’y a aucun 
lien chronologique entre le voyage d’Hadrien en Egypte et ses 
émissions de monnaies des nomès. Il s’est produit toute une série de 
malentendus au sujet des voyages d’Hadrien et plus particulièrement 
en ce qui concerne l’Egypte. Certains auteurs du temps ayant parlé des 
vo 1/âges (au pluriel) qui ont conduit cet empereur jusqu’aux rives du 
Nil, quelques historiens modernes ont écrit jusqu’à ces derniers jours 
qu’il y était venu deux fois. Ne sachant à quelle date situer son pre¬ 
mier passage, certains l’ont fait remonter jusqu’au voyage d’Occident 
(121-128 J.) d) qui s’était terminé en 123 J. par l’Espagne, la Mau¬ 
rétanie et la Numidie, mais sans poursuivre jusqu’à l’Orient. Le travail 
bien documenté (et considéré maintenant comme définitif) de Julius 
Dürr, Die Reisen des Kaisers Hadrian, Wien 1881 —-a établi qu’Ha¬ 
drien avait ensuite fait deux tournées en Orient. 

Le premier circuit, de 123 à 126 J. a compris la Crète, le Nord de 
l’Asie Mineure, les îles grecques, la Thrace, la Macédoine, la Grèce 
Centrale, Athènes, le Péloponèse et la Sicile, sans toucher l’Egypte. 

Le second de 129 à 1 34 J. passa par Athènes, le Sud de l’Asie 
Mineure, la Syrie, la Judée, l’Arabie, l’Egypte (de juin i 3 o à juin i 32 : 
Péluse, Alexandrie, la Haute-Egypte—où Antinoüs se noie le 3 o octobre 
i 3 o — Thèbes, Bérénice, Alexandrie) la Libye, de nouveau l’Egypte 
via Alexandrie, la Judée et la Syrie d’où il rentre à Rome en mai 1 34 J. 

Au pied de la lettre, les auteurs de l’antiquité étaient fondés de dire 
qu’Hadrien était venu plusieurs fois en Egypte puisqu’il en était sorti 
puis y était aussitôt rentré à l’occasion d’excursions aux Oasis et en 
Libye, mais ces pérégrinations eurent lieu au cours d'un seul et même 
voyage. Le quiproquo moderne est né du fait d’y avoir vu deux voyages 
distincts et surtout de s’être efforcé de les dater en conséquence. 

Ici même, feu notre collègue Dutilh dans sa communication décisive 
« L’arrivée exacte de l’empereur Hadrien en Egypte d’après une mon¬ 
naie de grand bronze du médailler de Guizeh» ( B. I. E. 3 “ série, n° 5 . 


Cette date et celles qui vont suivre, sont exprimées en années « juliennes». 


CONTB1BUTION NUMISMATIQUE. 


321 


p. 5 o et sq.) a prouvé qu’Hadrien était arrivé en Egypte à la fin de 
l’année LI F (i 3 °) du comput égyptien (i 3 o J.) et avait fait son entrée 

à Alexandrie dans les premiers jours de l’année LI A (i 4 °) du même 

comput (i 3 o J.). Or. la pièce du nome Pélusiaque pour Hadrien est 
datée de l’année LIA ( 1 1 0 = 126-127 soit plus de trois ans avant 
son arrivée ici. 

Malgré cela, car les fictions ont parfois une persistance plus tenace 
que les réalités, il a fallu pour en finir avec une supposition gratuite, 
que Dattari publie dans son «Numi Augg. Alexandrini» n° 6345 , p. 4 18. 
pl. 34 , une monnaie — cette fois-ci de Trajan, datée de sa 1 2 0 année 

(LIB = 108-109 . 1 .). Il lui attribue la légende de revers rmxoYCi- 

oy th c. nomoc nome Pélusiaque, qui est parfaitement régulière. 

Nous avons eu la chance d’en rencontrer une autre, légèrement dif¬ 
férente et encore plus intéressante dont voici la description : 

D/ lin cercle de grènetis puis légende circulaire centripète : 

AY'r. KXI TpXIXN.CGB. 1*G|>. AXKIK 

Dans le champ, buste nu de Trajan, la tête laurée vers la droite 
l’aegide sur l’épaule gauche. 

R/ Un cercle de grènetis puis légende circulaire commençant en haut 
à droite : 

noxGCDC. mixoYCiOYTCDii 

Dans le champ, à gauche LI, à droite r (i 3 p année de Trajan, 109- 
110 J.). Un personnage nu jusqu’à la ceinture, barbu, les cheveux 
longs, coiffé de la couronne hem-hem (Harpocrate). Son vêtement roulé 
autour du bas du corps est replié sur le bras gauche. Il est tourné vers 
la gauche et porte sur sa main droite étendue, une grenade. Dans le 
champ gauche, une petite déité nue. la tête coiffée d’une calotte ronde, 
tournée vers la gauche, tend de la main droite un rameau feuillu (branche 
de grenadier?); dans la main gauche, une bourse. 

[Représentation de Mercure qui d’après Saint Clément d’Alexandrie 
avait la grenade pour emblème (,) . Le nom même de Péluse semble dé¬ 
rivé du nom copte de la grenade. | 


Voir : Crazannes (baron Chaudruc de). Sur trois monuments relatifs au 
culte de Mercure. Borne archéologique. année, p. 29.9 et sq. 

















322 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 



Fig. i.— (3545 A). 


Diamètre : 3 ^ mm. Poids : 24 gr. 64 . 

Par sa légende, cette monnaie nous apporte un élément nouveau. 

Le nome civil (qui n’était plus, nous l’avons vu, l’ancien nome reli¬ 
gieux) dans la forme sous laquelle il était alors stabilisé, constituait une 
circonscription territoriale administrative, une province ou si l’on veut, 
un département. Il possédait une capitale (où subsistait le centre du 
culte régional) et parfois d’autres agglomérations urbaines qui pou¬ 
vaient dépasser la capitale en population ; en principe, il n’était jamais 
limité a une cité seule, si grande fut-elle. 

Dans le cas actuel, la légende nous le précise explicitement, il ne s'a¬ 
git plus du nome Pélusiaque comme sur l’exemplaire de Dattari mais 
bien des citadins (littéralement : habitants fixes, résidants) de Péluse. 
Cette qualification voulue constitue le témoignage en leur faveur d’un 
statut administratif privilégié, témoignage dont en Egypte on ne con¬ 
naissait guère d’autres exemples sur le bronze Il faut sans doute y 
voir la reconnaissance officielle d’une situation tout à fait particulière : 
i° au point de vue politique, Péluse, place forte, gardienne de la fron¬ 
tière la plus exposée aux attaques (elle fut souvent assiégée) ; 2° au 
point de vue économique, Péluse, port par où passait un transit consi¬ 
dérable (qui côtoyait l’Egypte plutôt qu’il ne la traversait), fut 

(D Celui de Naucratis qui — comptoir d’échange et ville franche elle aussi — 
présenterait la plus grande analogie avec Péluse, ne nous a pas procuré de légende 
pareillement significative. Celui d’Hypsélé reposant uniquement sur la terminai¬ 
son YYHAl au lieu d’YVHAH reste fragile. La conjecture fournie par AAEE. X 
est affaiblie par l’abréviation. 


CONTRIBUTION NUMISMATIQUE. 


323 


une sorte de comptoir international, peut-être même un « port franc». 
Dans ces conditions, nous apprendrions sans étonnement qu’elle fut 
à certains moments administrée par un Sénat local. 

Les émissions des nomes, en plomb et en verre, semblent tantôt con¬ 
temporaines de celles en bronze, tantôt tardives alors qu’il n’était plus 
frappé sur le bronze de monnaies de nomes. L’une comme l’autre de 
ces hypothèses peut se trouver vérifiée suivant les cas. C’est ainsi que 
les jetons en plomb tant de Memphis que du nome Memphite semblent 
d’après la composition des trouvailles avoir eu cours en même temps 
que les bronzes d’Hadrien et d’Antonin auxquels ils sont mélangés. Au 
contraire, les petits jetons en verre de Bouto — métropole plutôt que 
nome et à laquelle on n’a pas jusqu’à maintenant réussi à attribuer avec 
certitude des monnaies en bronze—, semblent dater d une époque plus 
récente puisqu’ils se trouvent mêlés avec des monnaies constantiniennes 
et même in situ jusque dans les premiers niveaux byzantins. 

Le nom de Bouto fait surgir une difficulté au sujet de la géographie 
de l’Egypte ancienne et malheureusement elle est loin d’être la seule 
dans son genre. Il a existé plusieurs « Bouto», certainement deux, peut- 
être trois, ou même quatre (?) 

La Bouto la plus ancienne et la mieux connue tire son origine d’un 
temple dédié à Horus et remontant à une fort haute époque, temple au 
voisinage duquel s’étaient formées deux agglomérations jumelles (Tell 
el-Feraïne, à î 2 kilomètres au Nord-Ouest de Dessouk) ; son totem était 
1 Horus enfant assis sur une fleur de lotus ou les deux éperviers affron¬ 
tés. Cette Bouto qui, par moments fut à la fois capitale du nome Phté- 
néotes et capitale de toute la Basse-Egypte, se trouvait à une vingtaine 
de kilomètres au Sud du Lac Borollos (Butus), à cheval sur la branche 
sébennytique du Nil, branche dont l’engorgement graduel contribua à 
faire tomber la ville en décadence. 

De fondation plus récente, l’autre Bouto se trouvait sur remplace¬ 
ment de Tell Faraoun, à 18 kilomètres au Nord-Est de Facous et à la 


(l) Elles sont à rechercher parmi celles qui portent seulement la date LB aux 
côtés d’un échassier. 











CONTRIBUTION NUMISMATIQUE. 


325 


324 BUL LETIN DE L'INSTITUT D'ÉGYPTE. _ 

même distance au Sud-Est de Tanis, soit à une trentaine de kilométrés 
au Sud de l’actuel lac Menzaleh. Cette ville fut la capitale du 19 e nome 
du Delta ; on y commémorait une victoire des échassiers (improprement 
qualifiés d’ibis) sur des serpents envahisseurs venus de l’Est. Cette par¬ 
ticularité jointe à la proximité du centre verrier alors réputé de Tennis (,j 
porte à conjecturer que ces jetons furent émis par la seconde Bouto alors 
devenue plus florissante que la première. 

La troisième Bouto que certains situent au Sud de Naucratis aurait 
honoré une déesse léontocéphale, de même tout à fait vers 1 Est, une 
quatrième (?). L’une et l’autre semblent hors du débat actuel. 

Ces jetons sont unifaces. Iis portent en légende circulaire centripète 
BO^VTO. Dans le champ, un échassier allant vers la gauche (sa silhou¬ 
ette 11’est pas celle d’un ibis, ni d'un flamant, ni d’une cigogne; elle 
ressemble davantage à celle d’un serpentaire ou d’une spatule, cette 
dernière ayant un bec aplati) (2) . 



Nous en connaissons deux modules dont I un est le double 
de l’autre : 

À. Diamètre : i 3 mm.; poids : o gr. 70 

B. Diamètre : 16 mm.; poids : 1 gr. 48 

c’est-à-dire des poids fort exacts du demi-triens et du triens d or : 
serions-nous là en présence de la genèse des exagia byzantins en verre? 
La forme des lettres et la nature du verre subissent des variations sen¬ 
sibles qui portent à supposer une suite d’émissions se poursuivant 
durant de nombreuses années. Le verre est de coloration verte, tantôt 

U) Maintenant recouvert par le Menzaleh dont les eaux ont noyé les trois nomes 
les plus riches du Delta. L’Egypte pourrait recouvrer là un demi-million de bons 
feddans arables. 

(2) Pline mentionne sous le nom de «Boeto» une espèce d’échassier aquatique 
dont l’identification zoologique n’a pu être établie de façon certaine. 


franche, tantôt tirant sur le brun ou sur le bleu. II renferme parfois 
à l’état d’inclusions superficielles, des parcelles d’or en feuille, fantaisie 
redevenue de mode à l’époque fatimite, plusieurs siècles plus tard. 

Des jetons en verre de ce genre portent des sujets (avec parfois des 
légendes abrégées) se référant à des nomes. On en connaît une dou¬ 
zaine de types dont certains, ceux-ci bifaces, constatent l’alliance entre 
deux nomes contigus, par exemple I Héracléopolite et l’Arsinoïte. 

En Egypte, le plomb a été employé à de multiples fins (poids, jetons, 
tessères, marques de douane, sceaux, etc.) dont la principale fut le 
monnayage municipal émis par les capitales de certains nomes et par 
quelques grandes cités jouissant de privilèges spéciaux. On en connaît 
une vingtaine de types ayant eu cette destination (voir à ce sujet, « Cata¬ 
logue oj Alexandrian coins in the Ashmolean Muséum », par John Grafton 
Milne). Nous rappelerons à cette occasion que Dattari a justement attri¬ 
bué à Péluse (passim, n° 6435 , p. 4 ^ 8 , pl. 36 ) un jeton en plomb 
portant la légende HPGüOC qui présente au droit un buste d’Harpocrate 
devant lequel se trouve une grenade. 

Dans la catégorie des jetons en plomb d’émission municipale se range 
une pièce qui avait été découverte et publiée par Dattari ( passim, 
n° 64 s 3 , p. 247, pl. 36 ) mais son médiocre état de conservation 
11’avait pas permis à ce savant d’en donner une description suffisante. 
Cette espèce sortant de l orclinaire, avait été mise en circulation non 
par le nome, mais bien par les citadins d’Arsinoe (Fayoum). Un troi¬ 
sième exemplaire, celui-ci en parfait état, se présente ainsi : 

D/ Un cercle de chenillé. Dans le champ, un buste coiffé du pschent 
ceint d’un uraeus, tourné vers la droite, une barbiche postiche sous le 
menton. Devant lui, à droite un roseau (ou plutôt une tige de sorgho 
terminée par un épi). 

R/ Un cercle de chenillé puis légende circulaire centripète rétrograde 
(sic) NGÜTION6CPA. CtüEAOn 

puis une couronne formée de deux branches croisées. Dans le champ, 
sur un socle, un crocodile tourné vers la droite, la tête surmontée d’un 
disque (ou d’une boule). Indice indéchiffrable sous le nœud qui 
attache les deux branches. 




BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


320 



Fig. 4. —(3535 B). 


Diamètre : 26 mm. Poids : 5 gr. 60. 

Remarquons d’abord que les sujets du droit et du revers sont imités 
des monnaies d’Hadrien pour le nome Arsinoïte. Le droit est copié du 
revers des n os 6210 et 6211 de Dattari ( passim, p. 4 o 3 , pi. 35 ); le 
revers est inspiré par le revers du n° 6212 de Dattari ( passim, p. 4 o 3 , 
pi. 35 ). Les seules innovations consistent dans la couronne de feuillage 
(couronne civique), la légende du revers et le socle sous le crocodile. 
Bien plus, la différence de taille entre les deux sujets du droit et du 
revers est la même que celle existant entre les deux bronzes d’Hadrien, 
lesquels sont de modules inégaux. Par contre, le travail n’a plus rien 
d’artistique et sa rusticité est encore accentuée par 1 inversion maladroite 
de la légende. 

Il est impossible d évaluer les parts respectives qui peuvent revenir 
à la quasi-barbarie d’une fabrication provinciale soit à une tardivité 
possible ; la date de ce plomb reste donc indéterminable mais « posté¬ 
rieure à la 11 e année d’Hadrien» dont on a reproduit les monnaies. 

Ces deux légendes : 

— les citadins de Péluse ; 

— les citadins d’Arsinoe; 

présentent entre elles une évidente similitude qui les lait s’éclairer 
mutuellement. Il en résulte une nouvelle contribution numismatique à 
l’étude du problème général des nomes de l’Egypte à l’époque greco- 
romaine. 

Septembre, 1 g 53 (l) (1) . 

(l) Je me fais un agréable devoir de remercier d’une aide atteignant à la colla¬ 
boration : M.le professeur Paul Balog, qui est parvenu à photographier des verres ; 
M. Louis Christophe, l’historien qui m’a aidé à débrouiller l’énigme des Bouto. 


MONNAIES ISLAMIQUES KAIIES 

FATIMITES ET AYOUBITES 1 ' 1 

PAR 

PAUL BALOG 


FATIMITES 


La littérature spéciale mentionne, à part les dinars fatimites, d’assez 
nombreux exemplaires de quarts ou roub\ Ces quarts ont été presque 
tous frappés à Mansouriya, Mahdiya ou surtout sous Moustansir, en 
Sicile : les roub c siciliens de Moustansir sont ceux qu’on rencontre 
le plus souvent. 

Les Fatimites ont aussi émis des quarts de dinar en Egypte et Syrie, 
mais bien peu de pièces ont été conservées. Voici la liste de celles que 
nous avons pu noter en nous en tenant aux publications les plus 
connues : 


Tripoli de Syrie : 

Mo f ezz : 364 H. Miles : Fatimid, N° 2 5 . 
365 H. — — N° 26. 

365 H. Coll. Farouk 
Hâkim : 407 H. — 

Misr : 


Zâhir : 4 1 4 H. Miles : Fatimid, N° 21 5 . 

421 H. - N° 221, Br. M., IV, N ü 117. 

— 426 H. — — N° 226, Br. M., IV, N° 121 D 

Moustansir : 444 H. — N° 343 , Br. M., IV, N° i 5 o. 

Akka : 


Moustaly : 488 H. — N° 3g8. 

4 g 3 H. — — N° 3 g9. 

Br. M., IV, N" 195. 

Br. M., IV, N° 196. 


3 7 


(1) Communication présentée en séance du 2 novembre 19 53 . 
Bulletin de l’Institut d’Egypte, t. XXXVI. 















328 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


Sans atelier : 

Amir : 536 H. Miles : Fatimid, N° 607, Br. M., IV, N° a 3 i. 

— Br. M., IV, N os 225-226-227. 

Mentionnons encore que Lagumina ( Le Monde Arabiche délia Biblioleca 
Municipale di Palermo, N° 179) a décrit un quart de dinar de Moustansir 
frappé en Sicile en l’an 455 H. présentant trois légendes circulaires, 
faciès inhabituel pour la Sicile et qui ne se trouve d’ordinaire qu’en 
Egypte et en Syrie. 

Nous ajoutons à cette série deux nouvelles monnaies : 


1. Quart de dinar de Moustansir-billah, frappé en Sicile l’an 434 II. 
Droit : 

Légende circulaire extérieure centriluge, écrite entre deux 

cercles linéaires : 

.... ^ A**o 

Un bandeau circulaire lisse, puis un double cercle linéaire * puis 
une légende circulaire intérieure centrifuge : 

.... ^1^ AaAj 

Un cercle linéaire, puis légende centrale sur une ligne horizon¬ 
tale : 

Revers : 

Légende circulaire extérieure centriluge, écrite entre deux 

cercles linéaires : 

0^ ôjJàJ 3^ ^3 .^ J y*^ ^ 

Un bandeau circulaire lisse, ensuite une légende circulaire inté¬ 
rieure centrifuge : 

3 3 ao^ j aa^ ^ 

Ensuite un cercle linéaire, puis légende centrale sur une ligne 
horizontale : 

AU, Diam. i 5 mm. 
Poids o gr. 98 


r 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


329 


Le khalife al c Aziz-bilIah avait déjà émis des roui/ avec deux légendes 
circulaires limitées par des cercles linéaires, mais l’inscription dans le 
champ central est une innovation qui sera à son tour imitée sur les mon¬ 
naies de MoustaTv, Hâfez et Âmir. 


2. Quart de dinar de Moustansir, frappé à la Mecque l’an 442 II. 
Trois légendes circulaires centrifuges comme le N° 2 55 de Lavoix III. 
La formule de la frappe : 


j\J (jA SjL j\b A*/ 


AU, Diam 20 mm. 
Poids 1 gr. 28 


La seule monnaie fatimite connue, qui aurait été frappée à la Mecque, 
semble être le dinar N° 5 1 du Br. M., IV, d’Aziz-billah de l’an 366 H. : 
son poids est faible : 2 gr. 75. 


Monnaies « Etrennes» du Jeudi des Lentilles. 

ATTRIBUTION CONJECTURALE. 

Makrizi écrit dans sa « Description Historique et Topographique de 
l’Egypte» (dans Sylvestre de Sacv, Bibliothèque des Arabisants Français , 
Impr. cle l’Inst. Fr. d’Archéologie Orientale^ Le Caire, 1905, p. 62- 
63 ) qu’à l’occasion du jeudi des lentilles (Jeudi Saint, jeudi des ser¬ 
ments), célébré trois jours avant Pâques, les Fatimites faisaient frapper 
de petites pièces d’or, des «kharrouba» d’or qu’on distribuait à titre 
de gratification parmi les ministres et hauts fonctionnaires du gouver¬ 
nement. 

Makrizi dit ( op . cit ., p. 62) qu’avec 5 oo dinars on frappait 20.000 
kharrouba, soit avec chaque dinar quarante kharrouba qui auraient 
donc pesé o gr. 106 l’une. Ceci est peu vraisemblable. Plus loin il 
écrit qu avec les 5 00 dinars on frappait 10.000 kharrouba qui alors 
auraient pesé o gr. 212 l une. Pour éviter des confusions nous devons 
signaler qu il doit s’agir de kharrouba poids d’orfèvre (o gr. 212) et 
non pas de kharrouba poids monétaire (o gr. 196). 


27. 



















330 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 




ün retrouve dans la littérature la description de quelques petites pièces 
d’or qui pourraient faire partie de cette curieuse sérié de monnaies- 
étrennes : 

Moustansir : Br. M., IV, N° 190 : o gr. 37 

Br. M., IV, N° 191 : (attribution douteuse) 

Lavoix, III, N° 3 16 : o gr. 64 

Lavoix, III, N° 3 18 : o gr. 45 

Lavoix, III, N° 4 o 3 : o gr. 65 

Âmir : Miles : Fatim. N° 438 : o gr. 62 

Mousta'li : Gottevieille-Giraudet : Revue Num ., 1935, p. ao 4 : 

0 gr. 52 5 . 

Il existe encore quelques pièces qui pèsent o gr. 75 ou plus; nous 
ne les avons pas présentées dans la série des étrennes, car à notre avis 
malgré leur faible poids, elles sont de simples quarts de dinars destinés 
a la circulation. 

Nous présentons deux nouvelles monnaies « kharrouba d’or» : 

3 . Al Zahir-li- c Azâz-Dine-Illab. (<u'l <jo J J*) jaIÜ') 

Droit : 

Deux légendes circulaires centrifuges et une légende centrale. 

Trois cercles linéaires concentriques accompagnent les inscrip¬ 
tions . 

Circulaire extérieure : 

J-d jd Je. jd 4.J j j Xy. 

Circulaire intérieure : 

Centre : . 

Revers : 

Légendes comme sur le droit. 

Circulaire extérieure : 

a) M -û»! N 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


331 


Circulaire intérieure : 


«tül 




Centre : 


Je- <ud Jj*jj J£- 
JAc. 


AU, Diam,. 1 1 mm. 
Poids o gr. 53 


Cette piécette présente le même faciès que le dinar N° 1 1 7 du Br. M., 
IV, frappé en 42 1 IL à Misr et que le quart de dinar N° 221 décrit par 
Miles : Fatimid, frappé également à Misr en 42 1 H. Notre monnaie, 
d’un diamètre très réduit, ne présente que les deux légendes intérieures. 
L’inscription marginale qui porterait le lieu de frappe et la date 11’existe 
pas. Les dinars de Zâhir avec la légende centrale Ja& furent frappés en 
420 H. (coll. Farouk), 42 1 H. (Br. M., Miles) et 42 2 H. (coll. Farouk). 
Par conséquent notre kharrouba d’or provient vraisemblablement d’une 
de ces trois années. 

4 . Al Àmir-bi-Ahkâm-Illah. (*ud 

Droit : 

Circulaire extérieure : traces 


Circulaire intérieure : 

«Ujl Je. jd 

Centre : 

j jjxW 

Revers : 

Circulaire extérieure : traces 
Circulaire intérieure : 

«jM J j Je. J Xr dbl NI à]\ ^ 

Centre : 


JW 

iW 


Ali, Diam. 1 2 mm. 
Poids o gr. 65 










332 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


La pièce est au faciès.habituel des monnaies d’or du khalife al Âmir. 
Vu que le lieu de frappe ne se trouve pas sur ce petit flan, il se pourrait 
que la monnaie soit le produit de l’atelier du Caire ou bien aussi celui 
d’une ville de Syrie. Si la pièce était réellement une monnaie-étrenne, 
sa frappe dans la capitale égyptienne serait plus vraisemblable puisque 
sa destination était les fonctionnaires du gouvernement qui siégeait au 
Caire. 


11 existe donc quelques monnaies d’or fatimites minuscules que l’on 
est tenté d’identifier avec les monnaies-étrennes mentionnées par Makrizi 
et qui se divisent en deux catégories : les unes pèsent de o gr. 64 à o gr. 65 
et se rapprochent ainsi du poids delà triple kharrouba, les autres au con¬ 
traire pèsent o gr. 37 à o gr. 45 seulement, ce qui corresponderait à 
la double kharrouba. Nous n’avons pas rencontré de pièces au poids 
d’une simple kharrouba. 

En prenant la moyenne de 4 gr. 2 5 pour le poids d un dinar, les 5 oo 
dinars pèsent 2 125 grammes d’or, ce qui correspond assez exactement 
à 10.000 kharrouba poids d’orfèvre (la kharrouba d’orfèvre = o gr. 
2 1 2). Logiquement les 10.000 kharrouba doivent représenter le chiffre 
correct, les 20.000 au contraire semblent être une erreur de graphie. 
Aussi ne faut-il pas supposer que le chiffre de 10.000 représente 
le nombre des pièces frappées, mais plutôt le poids de la totalité des 
monnaies-étrennes provenant des 5 00 dinars : suivant la taille des pié¬ 
cettes individuelles, leur nombre total pouvait donc varier de trois à cinq 
mille. 


«Kharrouba d’argent» 


Les Àgldabites frappaient déjà de minuscules monnaies d’argent d’un 
poids fixe de o gr. 24 à o gr. 25 (Lagumina, N os 5 o à 53 et 7 1 à 1 o 3 ). 
Les Fatimites ont continué l’émission de ces fractions minuscules; nous 
faisons suivre la liste des pièces que nous avons pu retracer dans les 
auteurs : 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


333 


f Aziz : Lagumina, N° 2A : o gr. 2A. 

Hàkim : Lagumina, N os Ag à 5 i : o gr. 1 5 -o gr. 19. 

Br. M., IV, N° io 3 : o gr. 19A. 

— — — N° 106 : o gr. 32/1. 

F. de Candia : Fatim. Bardo, N° 73 o gr. aA. 

Lavois ITT, N° 21 5 : o gr. 2.5. 

Zâhir : Lagumina, N os 129 à 1 3 1 : o gr. 2A-0 gr. 2.5. 

Kâim : Lavoix III, N° 86 : o gr. 3 g. 

(appartient-il encore à cette série? Est-ce une double kharrouba moné¬ 
taire? à laquelle son poids corresponderait exactement.) 

Nous présentons deux monnaies d’argent du khalife fatimite al Zâhir 
li- f Àzaz-Dine-Illah (^1 jlj*) jbÙz)\) qui ressemblent à celles décrites 
par Lagumina (N os 129-131). Les deux ont 9 mm. de diamètre et cha¬ 
cune pèse o gr. 21. Ni date ni lieu de frappe. 

5 . A et B. 

Droit : 

Circulaire extérieure manque. 

Dans un cercle linéaire, légende circulaire centrifuge : 

puis un petit cercle linéaire et un point central. 

Revers : 

Traces de la légende circulaire extérieure, puis une légende 

circulaire intérieure centrifuge : 

-il Jj-j # -W ^ a)1 ^ 

puis un petit cercle linéaire et un point central. 

Nous pensons que ces piécettes d’argent sont de menues coupures 
monétaires et non pas des émissions spéciales à l’occasion de jours de 
fête. En premier lieu, Makrizi ne mentionne pas qu’à part les kharrouba 
d’or on ait aussi frappé des kharrouba d’argent pour le jeudi des len¬ 
tilles; en deuxième lieu, cette institution des monnaies-étrennes semble 
avoir été introduite par les Fatimites qui employaient de nombreux 
Coptes chrétiens comme fonctionnaire du gouvernement d’Egypte. En 
Afrique Aghlabite, ces circonstances n’existaient pas. 








33 A 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Il est à noter que le poids de ces fractions de monnaies d’argent se 
rapproche tantôt de la kharrouba d’orfèvre (o gr. 2 1 5), tantôt de la 
kharrouba monétaire (o gr. 1 96). 


Dir 


Il EM S « EN 


étoile» siciliens de Moustansir ) 


Les dirhems de Moustansir sont rares. Seuls, les N os 1 9 3 du Br. M. 
IV, et 387 de Miles : Fatimid, portent trois légendes concentriques. Les 
N os /io4-4o6 de Lavoix III, et les N os 386 , 388 , 3 89, 3 qo, 3 qi et 
392 de Miles : Fatimid, présentent tous une légende centrale sur deux 
ou plusieurs lignes horizontales avec ou sans légende marginale. 

On ne connaissait pas de dirhems de Moustansir frappes en Sicile, 
nous présentons donc des pièces inédites en décrivant les quatre mon¬ 
naies que M. H. H. Abdulwahab de Tunis nous a offertes pour leur publi¬ 
cation. Malgré l’absence de légende marginale il ne fait pas le moindre 
doute que nous sommes en présence de dirhems frappés en Sicile : 
leur faciès ressemble parfaitement aux quarts de dinar caractéristiques 
des émissions siciliennes de ce souverain. 

Voici la description des quatre dirhems : Les légendes sont en cou- 
fique simple de bonne calligraphie là ou les caractères apparaissent net¬ 
tement. En plus des photographies, la description est accompagnée d’un 
dessin schématique présentant les légendes dans leur arrangement origi¬ 
nal, car par suite de la frappe négligée la lecture d’après les photogra¬ 
phies est difficile. 


G. 



1. 

2. 

3 . 

4 . 

5 . 

6 . 


Droit 

r 1 

A* 

(*\ 


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il 

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L.1I 

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Revers 

a) 

JL 

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1 N 
Ni 

à\ 

J; 


AR, Diam. 1 5 mm., Poids 1 gr. 4 9 


Droit 


Globule dans le segment ext. inférieur droit. 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


335 


Revers 


Ornement en forme de coude dans le segment ext. inférieur. 



2. 

3 . 

4 . 

5 . 


Droit, 

; 

■f» 

.NI 

- i 

r 

» J! 

A* 

il 

s* 

Lü 




A 


Revers : 


comme 
le précédent 


AR, Diam. i 5 mm., Poids o gr. 89 


Revers : 

Même ornement. 

8. 



Droit 

; 

, r \ 


9 - r 

> y) 

3. 

A*,* 

à. jÀ 

:J1 

5 . ... 

. . • 

6 . ... 



Revers : 


comme 
le précédent 


AR, Diam. 1 5 mm., Poids 1 gr. 45 


9. 



Droit : 


2. 

3 . 

4 . 


Revers : 


...1 .NI 

4) 1N 


.... 1 NI 

(sr >y. 



Jj 


. 

( y»* 

.... J, 


AR, Diam. 1 3 x 1 5 mm.. Poids o gr. q 4 












































336 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


D’après Lavoix III, note au bas de la page 121 , les quarts de dînai 
dont le globule central est accosté de deux points, auraient été frappés 
entre 442 et 446 H. Ceux avec le seul point central en 446 H. et les 
roui/ de 446 à 448 II. présenteraient six globules autour du point 
central. Si ces constatations de Lavoix, basées sur l’examen de nombreux 
exemplaires, sont exactes, nos premiers trois dirhems proviendraient des 
années entre 446 et 448 H. A noter que les deux premiers dirhems de 
notre série présentent six annelets au lieu de globules mais sans doute 
ont-ils la même signification. Le dernier dirhem de notre sérié a seu¬ 
lement le point central, il a donc été frappe en 446 H. 

Les deux premiers dirhems présentent dans le segment inferieui de 
l’extérieur un ornement curieux : L-. pouvant etre une décoration ou 
bien un signe cl atelier. 

Les légendes du droit, arrangées toutes de la meme façon, présentent 
quelques variations peu importantes ; celles du revers sont toutes 
les mêmes. A noter que les deux dernieres lignes du revers ne suivent 
pas les précédentes selon le sens du mouvement de l’aiguille de l’hor¬ 
loge ; après la lecture de la quatrième ligne il faut retourner en sens 
contraire et recommencer en haut à droite par 1 extrémité droite de la 
sixième ligne pour finir par la cinquième. 

Ces pièces d’argent d'un faible poids entre o gr. 90 et 1 gr. 5o vien¬ 
nent s’ajouter aux roub c tellement nombreux en Sicile ; il paraîtrait que 
la monnaie de petite valeur, d’usage pratique pour les transactions de 
modeste volume était fort populaire en Sicile fatimite. 


Monnaies fatimites en cuivre. 

Felous de Moustansir. 

Les fels de tous les souverains fatimites sont très rares. Voici les 
mentions que nous avons pu noter dans la literature : 

Le Cabinet des Médailles à Paris possède un fels du khalife al Âmir 
(Lavoix III, N° 438) ; un autre exemplaire se trouve au Musée de l’Ame¬ 
rican Numismatic Society à New York. L’Université de Yale a un fels du 
khalife al c Adid (Balog, Bull. Inst. d'Egypte, t. XXXIII, p. 12 ). Un fels 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


337 


de Hafez a été publié dans les Wiener Num . Monatshefte IV, p. 65 et deux 
autres ont été attribués aux Fatimites par Soret (p. 49 de sa 20 e lettre 
adressée a Fraehn) sans qu il précisât le souverain. Mentionnons finale¬ 
ment le IV 1935 du catalogue d’Oestrup, fels attribué par lui à Mahdy- 
billah. 

Les cuivres de Moustansir sont un peu plus fréquents ; nous avons 
retrouve la description de dix exemplaires. Les pièces publiées diffèrent 
les unes des autres par quelques details du protocole ou l’arrangement 
des légendes. Les publications qui les contiennent excepté le Lavoix, 
sont d accès difficile, aussi faisons-nous suivre la description de chaque 
fels tirée des articles originaux : 


Fietraszewski : Numi Moharmnedani. 


38q 


Droit : 

Circulaire centrifuge : 

JO j\\ jrul ywûJuJJ 

Centre : point 


Revers : 

Circulaire centrifuge : 

à\ JMl aJI M 

Centre : point 


3 9 4 

Circulaire 
Centre : 


manque 


y\ Axa ^UMI 
JOjU jy\ a. 


Circulaire : 

Centre : 

Ml *11 M 
J j Je- 


• • ^ 


3 9 5 

Circulaire : manque 
Centre : comme le précédent 

4oo 

Circul. centrifuge : 

lA*J lS-^I Ai* 


Circulaire : manque 
Centre : comme le précédent 

Circulaire centrifuge : 
jjS^îil 












338 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Centre : 

ju, ç\Si\ 

Il 

j 

Centre : 

à *J\ N 

Üfi J y* j ^ 

Jj J* 

4o9 


Circulaire : manque 

Centre : 

Circulaire : manque 

Centre : comme le précédent 

A** 

«U j j il -Le. 

C £*.jU 


Blau : Odessa,. 


Circulaire : ? 

Centre : 

f y\ f W 

j\\ ju\ 

Circulaire : ? 

Centre : 

-il ^ ^ 

j.? jp 


Blau : Nachlese . 


99 

Centre : 

’ d y 1 ^1 

4jù\) 

Centre : 

-il ^ 4 JI ^ 


Lavoix III 


^07 

Circulaire : ? 

Circulaire : ? 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


339 


Centre : 

J** 


4o8 


Centre : 

.... f t/fl 

<c0lj y*ûJÜuJÜ 


Centre : 

-il ^ *)1 m 

a) di; ys! N cA>- j 

J J Jt 


Centre : 

-il ^1 ... . 

a) dlj yJi ûA>* j 
•U)' J.. . . . 


4°q 

Circulaire : ? 
Centre : 


yuiüuJJ . . . 
jv»l oA> 

Oestrup : Catalogne Copenhague. 

1 9^5 

Son attribution à Moustansir paraît douteuse. 

Le protocole du khalife présente plusieurs variantes. Une variété est 
commune au N° 4oo de Pietraszewski et au N° 407 de Lavoix III. Une 
autre variété se trouve sur le N° 9/17 de Blau : Odessa, le N° 99 de 
Blau : Nachlese et le N° 407 de Lavoix III. Trois variétés de légendes 
du revers sont combinées au hasard avec différentes légendes du droit. 

Enfin une pièce présente des inscriptions circulaires centrifuges autour 
d un poirit central. Une seule légende est conservée, mais il est probable 
fju il en existait deux autres encore et que la pièce ressemblait aux 
dinars à trois légendes concentriques. 

Nous ajoutons à cette série quatre nouveaux fels. Le premier a fait 


Circulaire : 




Centre : 

-il ^ *J1 ^ 

J y*j 

.> 


r ! 





















340 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


partie du petit lot que M. H. H. Abdulwahab de Tunis m’a si généreu¬ 
sement donné. La petite pièce, recouverte d’une couche d oxyde, parais¬ 
sait être, elle aussi, un dirhem étoilé de Sicile. Le nettoyage a révélé 
quelle n’est point en argent mais en cuivre. Sur le droit, quelques frag¬ 
ments de légendes sont à peine lisibles ; l’étoile centrale est assez claire 
sur le revers, à peine perceptible sur le droit. Sur le revers, trois mots 
des légendes et les rayons de l’étoile permettent d’identifier ce 
fels comme appartenant aux séries des petites monnaies à faciès étoilé 
frappées en Sicile par Moustansir. 

Il est à noter que le point central est accosté de trois globules, fait 
non mentionné par Lavoix dans sa note p. 12 1. Etant donne que la date 
manque, l’année d’émission reste inconnue jusqu’à la rencontre d’exem¬ 
plaires plus complets. 



Les trois autres pièces de cuivres se rapprochent des types déjà pu¬ 
bliés ; étant donné qu’elles présentent des variétés de légendes nous les 
décrirons comme suit : 


Circulaire : traces 
Ensuite deux cercles linéaires. 
Centre : 

y) ç\^\ 

. ... J Al 


Circulaire : manque 
Deux cercles linéaires. 

Centre : 

à\ ^ à\ 'Û 

4.S viij jii ^ 

^ J& 

vù JJ 

CU, Diam. i 4 mm. Poids 1 gr. 34 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


341 


1 9 

Cercle linéaire. 

Centre : 

«ml 

jU jvd 

i 3 

Circulaire extérieure : manque 
Deuxième circulaire : 

A*/» 

Circulaire intérieure : 

«ml 

Entre les légendes : cercles 
linéaires ; au centre : point 


Cercle linéaire. 

Centre : 

-il ^1 4)1 N 
«m' Je 

CU, Diam. î 7 mm. Poids 9 gr. 79 

Circulaire extérieure : manque 
Deuxième circulaire : 

jaLJJ .... J-\il 

Circulaire intérieure : 

Entre les légendes : cercles 
linéaires ; au centre : point 

CU, Diam. i 5 mm., Poids 1 gr. 98 


A Y O U B I T E S. 

Salah-el-Dine pour son Suzerain Mahmoud ibn Zengui. 

Similaire au N° 5 96 du Br. M., III. La queue du ^ final de Zengui est 
tournée en bas au lieu de finir, comme sur l’exemplaire du British Mu-' 
seum, en une tournure élégante vers le haut. 

Le corpus des monnaies de Mahmoud ibn Zengi frappées en Egypte 
par Salah-al-Dine se présente comme suit : 

Or : Le Caire, 567 H., Khédivial Libi'ary, p. 345. 

Le Caire, 56 9 H., Br. M., III, N° 5 97 . 

Alexandrie, 567 H., Br. M., III, N° 5 9 6. 

Argent : Le Caire (vraisemblablement). Sans date. 

9 quarts de dirhem. 

3 demi-dirhems Balog, Bull. Inst. d’Egypte, XXXV, p. 4o8-4ii. 

Nous ajoutons un nouveau dinar frappé à Alexandrie en 567 H. : 

























BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


:U2 

14 

Diam. as mm., Poids !\ gr. 53 AU. 

Al 'Am Osman ibn Youssef. 

Sous les derniers Fatimites déjà, mais surtout sous les Ayouhites, le 
dinar d’or n’avait plus de poids fixe : il existe des pièces pesant moins 
de trois grammes alors que d’autres atteignent un poids dépassant six 
grammes. Quand nous rencontrons des pièces destinées sans doute à figu¬ 
rer des demi-dinars, leur poids est également plus ou moins différent du 
poids théorique. Voici un exemple qui sera suivi par plusieurs autres 
des règnes de Kamel Mohamed et Saleh Ayoub. 

r 

1 D 

Demi-dinar. Le Caire, 5 92 H. AU. Diam. 2 1 miyi. Poids 1 gr. 84 


Kamel Mohamed ibn al Àdel. 

1 6 

Dinar. Le Caire, 621 H. AU. Diam. 2 3 mm. Poids 6 gr. 9 5 

Appartient probablement à la dernière émission de Kamel avec 
inscriptions en coufique. Les légendes sont arrangées différamment des 
dinars de Kamel précédant cette année. 

*7 

Demi-dinar. Le Caire, 63 o H. AU. Diam. 2 1 mm., Poids 2 gr. 3 o 

Sous les Ommiades et 'Abbassides, Gaza (ôjt) était le siège d’un ate¬ 
lier monétaire. Depuis, nous ne connaissons plus d’émissions de cette 
ville. Il est donc intéressant de rencontrer trois dirhems frappés par 
Kamel Mohamed dans cette localité dont 1 importance était uniquement 
militaire. 

L’émission est au type ayoubite Syrien, c’est-à-dire au carré inscrit 
dans un cercle, les légendes en naskbv de bonne éxecution. Le protocole 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 343 

du khalife Moustansir figure sur le revers, celui de Malek al Kamel Mo¬ 
hamed sur le droit. Mais tandis que la première pièce présente Kamel 
comme «Al Malek al Kamel Abou-al-Ma c aly Mohamed» (et ne porte que 
l’unité de la date : £.>}, les deux autres sont au nom de «Al Malek 
al Kamel Nasir al Dounia wal Dine Mohamed.» L’un porte lui aussi, 
l’unité de la date : l’autre n’est pas daté. 

L’examen de plusieurs dirhems de Kamel, provenant de villes diffé¬ 
rentes, nous apprend que les deux variétés du protocole ont été employées 
sur les monnaies de 623 à 635 H., mais sans règle apparente. Nous 
11e pouvons donc pas fixer la décade de la date de nos dirhems : 

18 

Gaza. AR, — 624 ou 634 H. Diam. 20 mm., Poids 2 gr. 88 

Gaza. AR, — 626 ou 635 H. Diam. 22 mm., Poids 2 gr. 81 

20 

AR., Gaza. Diam. 20 mm., Poids 2 gr. 85 . 


Saleh Negm al Dîne Ayoub. 

Deux demi-dinars ont été examinés par nous ; frappés au Caire, le 
premier est de l’an 643 H., le second de 645 H. 

2 1 

Demi-dinar. Le Caire. 643 H. AU Diam. 20 mm., Poids 2 gr. i 3 


22 

Demi-dinar. Le Caire. 645 H. AU Diam. 20 mm., Poids 2 gr. 2 1 

Un troisième demi-dinar a fait partie de la collection Spina (ex-collec¬ 
tion Cora) à Milan; il est de 6A7 H. Cette pièce est similaire à toutes 
les autres de date antérieure; le protocole commence par «Al Malek» 
et pas par « Al Sultan al Malek» comme les derniers dirhems damascènes 
de la même année décrits par nous [Bull. Inst. d’Egypte , t. XXXIV, p. 3 7). 













BULLETIN DE L’INSTITUT D ÉGYPTE. 


344 

Finalement nous présentons un demi-dirhem inédit, frappé au Caire 
après 64 o H. car il porte le protocole clu khalife al Moustassem-billali. 
Il est à noter que ce demi-clirhem n’est pas globulaire, comme presque 
toutes les monnaies d’argent avoubites provenant de l’atelier du Caire 
frappés après la réforme de 622 H. Il fait partie de la série de dirhems 
au type du carré inscrit dans un cercle que nous avons décrite (Bull. 
Inst. d'Egypte, t. XXXIV, p. 26). 

23 

Demi-dirhem. Le Caire. AR Diam. i 5 mm., Poids 1 gr. 62 


Al Mo'azzam Toronchah ibn Ayoub. 

Le dirhem globulaire de ce roi est déjà connu; à présent nous 
publions un demi-dirhem au type du carré-dans-le-cercle. Il est fruste, 
la date et le lieu de frappe manquent, mais la pièce est quand même im¬ 
portante car elle est le premier demi-dirhem de Toronchah, parvenu à 
nous. Protocole avec «AI Malek». 


24 

Demi-dirhem. Pas de lieu de frappe. Pas de date. 

AR Diam. i 4 mm., Poids 1 gr. 38 


Droit : 


Cercle de perles, cercle linéaire, dans lequel est inscrit un carré 
pointillé puis un carré linéaire. 

Quatrième segment (à droite) : 


Centre : 

vîUU 

pUl 

Revers : 


Les cercles sont hors du Han. Présent le double carré pointillé 
et linéaire. 


MONNAIES ISLAMIQUES RARES. 


345 


Centre : 


\SÛ\ 



NâSIR YoüSSEF II IBN AL 'AziZ. 


Demi-dirhem au type du carré-dans-le-cercle avec le protocole du kha¬ 
life al Moustassem-billah. Pas de nom d’atelier, mais les dirhems au 
type du carré de Nâsir Youssef II, proviennent de Damas. De la date, 
seule l’unité existe : jlc . Mais puisque Nâsir Youssef a occupé Damas 
en 648 H. seulement et le khalife al Moustassem est mort en 656 IL, 
notre monnaie a dû être frappée en 648 H. 


25 

Demi-dirhem. Pas d’atelier. Date : ( 64)8 H. 
Droit : 


Revers 


Cercles hors du Han. Double carré pointillé et linéaire. 
Centre : ^ 

>U> 


Cercles hors du flan. Double carré pointillé et linéaire. 


Centre 


f 


.UNI 




r 

AR Diam. i 3 mm., poids 1 gr. 46 








40 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE 


ABRÉVIATIONS ET RÉFÉRENCES 

Miles : Fatimid = George G. Miles, F/itimid Coins in thc collections of the Université 
Muséum, Philadelphia, and the American Numismatic Society. Numismatic Notes 
and Monographs N° 121. A.N.S. New York 1901. 

Coll. Farouk = Vente des monnaies de Vex-roi Farouk. Le Caire, 19 54 . 

Br. M. — St. Lane-Poole, Catalogue of Oriental Coins in the British Muséum. 

La voix = Catalogue des monnaies musulmanes de la Bibliothèque Nationale. Paris. 

Lagumina = Catalogo delle monete arabe esistenti nella Biblwteca Comunale di Palermo. 
Compilalo dal Can. Bartolomeo Lagumina. Palermo, 189*2. 

F. UE Candia : Fatim. Barda = J. Farrugia de Candia, Monnaies Fatimites du Musée 
du Bardo. Revue Tunisienne, Nouvelle Série, N üs *27 et 28, 1936, 3 e et 
4 e trimestre et Idem, Premier supplément. Revue Tunisienne, N os 3 et 4 , 
3 e et 4 ' trimestre 1948. 

Pietraszewski = Ignatius Pietraszewki, Nurnmi Mohamedani. Berolini. 1843 . 

Blau : Odessa = Dr. Otto Blau, Die Orientalischen Münzen des Muséums der Kai- 
serlichen Historisch-Archaologischen Gesellschaft zu Odessa. Odessa, 1876. 

Blau: Nachlese = Dr. Otto Blau, Nachlese Orientalischer Münzen. Numismatische 
Zeitschrift, Wien 1876. Band VIII. 

Oestrup = J. Oestrup, Catalogue des monnaies arabes et turques du Cabinet Boijal 
des médailles etc. Copenhague. 1938. 

Khédivial Library = St. Lane-Poole, Catalogue of oriental coins in the Khédivial 
Library, Cairo 1897. 

Balog, Bull. Inst. d'Égypte = Bulletin de VInstitut d Egypte, Le Caire. 


PL I 






DIRHEMS AYOUBITES INÉDITS 

DU YEMEN 1 ' 1 

PAR 

PAUL BALOG 

Durant presque soixante ans, le Yémen fut une province ayoubite ; 
nous possédons plusieurs récits de chroniqueurs décrivant son histoire, 
ses villes et ses habitants. Cependant son histoire n’est pas encore bien 
connue et toute contribution à la connaissance des événements de cette 
période mérite que l’on s’y intéresse. 

Au mois de Rageb 569 H. Salaheddine confia à son frère ainé Tou- 
ranchah une expédition militaire destinée à la conquête du Yemen. La 
campagne fut de toute apparence militairement facile car l’armée ayou¬ 
bite soumit le pays de Zebid à Aden et d’Aden à San c aa dans l’espace 
de six mois. Malgré un riche butin Touranchah ne se plaisait guère dans 
sa nouvelle province car, avec la permission de Salaheddine il retourna 
à Damas dès 571 H., tout en continuant à gouverner le Yemen par l’in¬ 
termédiaire d’un lieutenant. Après la mort de Touranchah en 577 H. 
Salaheddine nomma un autre de ses frères au gouvernement du Yemen : 
ce fut Al Malek al c Aziz Seif el Islam Abou 1 Fawaris Toughteguine qui 
devait mourir deux ans plus tard, laissant le pouvoir à son fils Isma c il 
qui, après un règne peu marquant fut assassiné en 598 H. Le second 
fds de Toughteguine, Al Malek al Nâser Ayoub lui succéda ; il se main¬ 
tint cinq ans durant mais finit lui aussi, par succomber au poignard des 
assassins en 611 H. Al Malek Mass'oud Youssef, petit-fils de Malek al 
c Adel I er , roi d’Egypte et fils du prince héritier Malek al Kamel, fut envoyé 
au Yemen pour lui succéder. 

Mass'oud Youssef devait d’abord vaincre son cousin Al Mouzaflar Soli¬ 
man qui s’était approprié le pouvoir après l’assassinat de Nâser Ayoub. 
Aidé et conseillé par son général Aly ibn Rassoul, Mass c oud Youssef 

(l) Communication présentée en séance du i er mars 1954. 

Bulletin de VInstitut d’Égypte, t. XXXVI. 28 








BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


348 

s’empara de Soliman et établit son autorité sur tout le Ifemen. Les années 
suivantes virent l’extension du pouvoir ayoubite du Yemen au Hegaz 
mais en même temps raffermissement de l’influence rassoulide. En 626 
ou 627, Massoud Youssef quitta définitivement le Yemen pour s’établir 
comme gouverneur de Damas, mais il mourut en route avant meme d at¬ 
teindre la Syrie. Avant de partir il avait nomme un prince rassoulide, 
Noureddine c Omar comme son successeur ; ce qui marqua la fin des Ayou- 
bites et le début de la dynastie rassoulide au Yemen. 

Comparées aux monnaies ayoubites d Egypte, Syrie et Mésopotamie 
qui peuvent être étudiées sur un matériel très abondant, celles du Yemen 
sont assez peu connues. Avant 1 g 3 g trois dirhems seulement avaient 
été décrits, deux au British Muséum, le troisième au Cabinet des Mé¬ 
dailles à Paris. 

Dans un travail remarquable (1) , le D r George Miles en 1989 décrit 
soixante-dix-sept dirhems acquis par la Société Américaine de Numisma¬ 
tique : huit de Nâser Ayoub, cinquante trois de Massoud Youssef et les 
autres de la période terminale du règne ayoubite au Yemen. Deux pièces 
datées de 627 H. mentionnent le protocole de Malek al Kamel seulement; 
le premier roi rassoulide n’osa probablement pas encore rompre ouver¬ 
tement avec son suzerain d’Egypte. Les autres, frappées en 628 H. au 
protocole d’un certain Adel Seifeddine Abou Bakr Youssef ou ibn 
Youssef, pourraient constituer les témoins de la lutte sans espoir de 
quelque dernier tenant ayoubite contre le pouvoir croissant des Ras- 
soulides. 

Le D r Miles n’a pas seulement décrit ainsi une sene intéressante, il 
a fait connaître une branche nouvelle de la Numismatique ayoubite avant 
lui presque totalement ignorée. Mais les dirhems dont il a parle étaient 
tous frappés après 60 5 H. Il semblait donc que Malek al Nâser Ayoub, 
le quatrième prince de cette lignée, fut le premier Ayoubite a frapper 
monnaie au Yemen. Ou tout au moins qu aucun exemplaire anteneur a 
60 5 H. n’avait été conservé. 

Nous avons eu la chance de rencontrer sept dirhems au fond d un 


( l > George C. Miles, The Ayyubid Dynasty of the Yemen and their Comage, 
Num. Chron., Fifth Sériés, vol. XIX., 19^9, p. 62. 


DIRHEMS AYOUBITES INÉDITS DU YEMEN. 


349 


tiroir dans un magasin d’ameublement. Le propriétaire les avait rappor¬ 
tés du Yemen il y a plusieurs années de cela. 

Or, deux de ces monnaies au protocole de Nâser Ayoub, ont été frap¬ 
pées à San'aa en 60 5 et à Ta c ezz en 606 H. Elles ressemblent aux dir¬ 
hems décrits par Miles, sauf quelques détails dans le protocole et l’enca¬ 
drement du centre. Sur nos deux dirhems, les légendes centrales sont 
entourées d’un octalobe perlé et linéaire. Les légendes sont écrites en 
style coufique ayoubite avec influence mongole visible. 

Les cinq autres dirhems de ce lot présentent un intérêt particulier du 
fait qu’ils furent tous frappés de Malek al Mo'ezz Nasïr al Dounia wal Dîne 
Ispia'il ibn Toughteguine, troisième roi ayoubite du Yemen. Les ateliers 
et dates sont les suivants : Ta f ezz, 5 g 4 et 697 ; Aden, 5 g 4 et 5 g 6 , et 
Zebid 5 g 4 H. Ces monnaies nous apportent la preuve que les Ayoubites 
émirent déjà à partir de 5 g 4 H. au Yemen. 

Ces dirhems présentent une légende marginale centrifuge et une 
légende centrale inscrite dans un cercle puis dans un octogone étoilé à 
pointes inégales. La légende marginale du droit contient le protocole du 
prince : « Al Malek al Mo c ezz Nasïr al Dounia wal Dine Sultan al Mos- 
lemine Isma c il ibn Toughteguine» et le centre, celui du Khalife al Nâser 
lidine illah. Le revers présente la formule de la frappe avec lieu et date 
et une légende religieuse au centre. Les inscriptions sont en coufique 
ayoubite d’une facture assez soignée. 

Le protocole des princes ayoubites sur les monnaies du Yemen tient 
toujours compte de leur vassalité envers le roi d’Egypte; c’est pourquoi 
il est très intéressant à faire remarquer que les inscriptions des dirhems 
d’Isma il ne font pas mention d’un suzerain. Mieux encore, il se fait 
appeler « Sultan al Moslemine», titre de souverain indépendant auquel 
il ne semblait pas avoir réellement droit. 

D’après les planches de la publication du D r Miles, toutes les 
monnaies frappées après 61 1 II. c’est-à-dire après l’avènement de Mas- 
s oud Youssef et sous ses successeurs, les légendes sont écrites en naskhy. 
L écriture naskhy apparaît donc sur les monnaies ayoubites du Yemen 
dix ans avant son apparition sur les monnaies de Malek al Kamel en 
Egypte, apparition qui date ici de sa réforme monétaire de 622 H. 

Nous possédons donc actuellement des documents numismatiques de 

28 . 



















350 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


l’occupation ayoubite du Yemen à partir de 5 g 4 H. jusqu à la fin et 
même au delà de cette période. Des treize premières années, c’est-à-dire 
de règnes de Touranchah et Imughteguine nous ne connaissons jusqu a 
présent de monnaies. 

CATALOGUE 

Al Mo'ezz Nasïr al Dîne Isma il ben Iougiiteguine 

(593-598 H.) 

1. Ta'ezz 5 9/1 II. Légendes en coufique ayoubite. 

Droit : 

Un cercle de grénetis, puis un cercle lisse, puis légende circu¬ 
laire centrifuge : 

,j' 0^*" Ùl*^^ l-UII 

Puis un cercle lisse, à l’intérieur duquel est inscrit un carré étoilé à 
pointes alternantes, de trait lisse. Au milieu sur quatre lignes horizon¬ 
tales : 

jil jrwd 

Revers : 

Traces d’un cercle de grénetis. puis un cercle de trait lisse, puis 
légende centrifuge : 

(sic!) j-j g J iu. ys, 'Âft r ! 

Puis un cercle lisse, à l’intérieur duquel est inscrit un carré étoilé à 
pointes alternantes, de trait lisse. Un annulet dans chaque angle exté¬ 
rieur de l’étoile. Au milieu sur quatre lignes horizontales : 

Al M 


AR. Diam. 22 mm. 
Poids 1 gr. 88 


DIRIIEMS AYOUBITES INÉDITS DU YEMEN. 


351 


2. Taezz. 597 H. Comme le précédent. 

Droit : 

Légende circulaire : 

[sic!) \JjJl j*1I dUll 

Centre : 

r U^I 

j[\ j*\ 

Revers : 

Légende circulaire : 

(sic!) j JxZ) ^.ÀÂ L-J jip 


Centre 


-il ^ éüi V 
Z bl 


AR. Diam. 2 3 mm. 
Poids 1 gr. 88 


3 . Àden. 5 q 4 H. Arrangement comme le précédent. 

Droit : 

Légende circulaire : 

[sic!) Ij-01 j\À> dUIl 


l£fjl r U^l 

jW 


Centre : 



















35 ‘2 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


Revers : 

Légende circulaire : 

(sic J ^ Aa) ^Jjjl ^ AA L-J Cj^" A^ 

Centre : , 

AI a)' ^ 

J j** j ^ 

ai > ai 

aJic 

AR. Diam. 2 3 mm. 
Poids 2 gr. o 5 


4 . Aden. 596 H. Arrangement comme le précédent. 
Droit : 

Légende circulaire : 

Comme le précédent, mais se termine par : 
Centre : 

Effacé, excepté : 

.... 

A^l .... 


Revers : 


y • • • • 

(JO* 


Legende circulaire : 

( sic /j ^ aaai ^)A*) ^^a)^ ^ Aa 

Centre : 


Effacé, excepté : 


*11 ^ 



AR. Diam. 2 3 mm. 
Poids 2 gr. 1 o 


D1RHEMS AYOUBITES INÉDITS DU YEMEN. 


353 


5 . Zebid. 5 9/1 H. Arrangement comme le précédent. 

Droit : 

Légende circulaire : 

Comme le précédent, mais se termine par : 

Centre : 

r U^l 

A/f^l 4ü\ y a) 

(jÇ. 

Revers : 

Légende circulaire : 

^ [ j 'VAjtVl^ ^ ^ y' J ^(SIC ) -U i—iyJ» ç»~)\ ( s * c ) ^ 

Centre : 

à\ *\\ ^ 

J y* j 

4a1 ai 
aAc. 

AR. Diam. 21 mm. 
Poids 1 gr. 88 

Al Nâsir Abou al Mouzaffar Ayour ben Toughteguine 

J> ^y) jûiiU y\ sM 

(598-611 H.) 

N° 6. San'aa. fio 5 H. Légendes en coufique, avec influence mongole. 
Droit : 

Cercle de grénetis, puis cercle linéaire, puis légende circulaire 
centrifuge : 

(sic) jScil» (sic) ^ y \ yjâll y\ yj>\& ddl'j JiU' viiü' 

Cercle linéaire, puis octalobe de perles, puis octalobe linéaire fin. Au 
centre sur cinq lignes horizontales : 



















354 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


J* 

UN 

«uH Al 

* 

c>> 

Revers : 

Cercle de grénetis, puis cercle linéaire, puis légende circulaire 
centrifuge : 

(^sic^j ^ ^a,a u 

Cercle linéaire, puis octalobe de perles, puis octalobe linéaire fin. Au 
centre sur quatre lignes horizontales : 

O 

-W NI aJ\ N 

4 .ic 

ÀR. Diam. 2 1 mm. 
Poids 2 gr. 09 


N° 7. Ta'ezz 5 06 H. Arrangement comme le précédent. 
Droit : 

Légende circulaire : 

ùSsrib ( 5ic ) Uj)> j&L\\ J>\ LÎÜi^j JK; 


Centre 


j*p 

UH ^UNl 

jii 

Cfl * 9 


Revers 


Légende circulaire : 

( sic ! ) 0 \^ k» yc, ^ 'Âa ^ J' J' 


DIRHEMS AYOUBITES INÉDITS DU YEMEN. 355 


Centre : 

41 NI 4 N 

JjMij -Aÿ- 

41 ^ 


AR. Diam. 22 mm. 
Poids 2 gr. 12 















jÉâægfg 













À PROPOS DR LA NOUVELLE PYRAMIDE 

À DEGRÉS DE SAQQAIÎAH 1 * * * * * * * * 10 

PAR 

JEÀN-PIHLIPPE LA HER 

Après J’intéressant exposé de sa découverte par M. Zakaria Goneiin, 
inspecteur en chef du Service des Antiquités à Saqqarah, il nous paraît 
utile d’insister tout spécialement sur les particularités d’ordre archi¬ 
tectural ou constructif qui permettent d’assigner à cette nouvelle py¬ 
ramide une place fort précise dans la série des tombes royales. 

En tout premier lieu, le massif même de la nouvelle pyramide est 
constitué, comme l’a indiqué M. Zakaria Goneim, de tranches de 
maçonnerie inclinées d’une quinzaine de degrés, appliquées les 
unes contre les autres, et présentant des lits déversés perpendiculaire¬ 
ment aux faces de parement; cette structure et cet angle d’inclinaison 
caractérisent les pyramides à degrés, type de tombeaux royaux qui se 
rencontre sous la III e dynastie, c’est-à-dire vers le 28 e siècle avant J.-C. 

Nous connaissons actuellement, outre celle de Zoser et celle dont il 
est question, deux autres grandes pyramides de ce type l’une à 

(1) Communication présentée en séance du 3 mai 196/1. 

Outre les quatre grandes que nous énumérons ci-dessus, il convient de citer 

également quatre petites pyramides à degrés. La plus au nord est située à Silah, 

en lisière du Fayoum (cf. Borchakdt, A.S.A.E., t. I, p. 311-91&). La suivante 

est à Zaouiêt el-Maietîn près de Minieh (cf. R. Weill, Fouilles à Tounah et à Zaoutêl 

el-Maietîn, dans C. R. Acad. Iriser, et B. Lettres, 1912, p. 4 8/1-/190). La troisième 

est à Noubt, au nord de Nagada (cf. FL Petrie, Naqada and Ballas. p. 3 4 et 65 , 

ainsi que pi. I, A et LXXXV). La dernière enlin se trouve à El-Kôlah, au nord de 

Hiérakonpolis (cl. Chronique d’Egypte, n° 4 q, p. 42 - 45 ). Dans aucune de ces 
pyramides un accès conduisant de l intérieur à la chambre sépulcrale qu’elles 
devraient recouvrir n’a pu être trouvé, mais Petrie a constaté au centre de celle 
de Noubt 1 existence d’un puits rectangulaire qui ne put être construit, à son avis, 
qu’avant la superstructure de la pyramide. Ce fait donnerait-il la clef de l’énigme? 

Bulletin de l’Institut d’Égypte, t. XXXVI. 29 
















358 BU LLETIN UE L'INSTITUT D'ÉG YPTE. _ 

Zaouiet el-Arvân (à 6 kilomètres au sud des pyramides de Guizeli), dont 
l’attribution demeure incertaine 1 autre a Meïdoum, probablement 
construite par le roi Houni, dernier roi de la III e dynastie, et trans¬ 
formée par la suite en pyramide véritable, peut-être apres la mort de 



Fig. i. Etats successifs de la pyramide à degrés de Zoser. 


ce roi par son successeur Snefrou, fondateur de la I\ dynastie, a 
partir de qui l’on ne construisit plus en Egypte que des pyramides à 
faces triangulaires. La nouvelle pyramide à degrés de Saqqarali fut, par 
conséquent, antérieure à celle de Meïdoum. Elle fut, d autre paît, pos¬ 
térieure à celle de Zoser pour les trois raisons majeuies suivantes . 


m Reisnor avait tout d’abord attribué avec raison, croyons-nous, ce monument 
à l’Horus Khaba de la III' dynastie, dont le nom avait été retrouvé à différentes 
reprises gravé sur des vases découverts dans un cimetière adjacent de cette époque 
(cf. Bulletin Muséum of Fine Arts, vol. IX, déc. 191 î, n° 54 , p. 56 - 59 ). ,>lus tar(l 
(cf. The Development of the Efryptian Tomb, p. i 34 -i 36 ) il préféra situer ce monu¬ 
ment sous la II e dynastie afin de satisfaire à sa théorie très contestable de mastabas 
à deux puis à trois gradins qui, dès la I" dynastie, auraient acheminé vers la pyra- 
mi de à degrés. 




LA NOUVELLE PYRAMIDE À DEGRÉS 


359 


i° La pyramide à degrés de Saqqarah paraît bien avoir été le proto¬ 
type. Créée par le célèbre architecte Imhotep pour le tombeau de son 
royal maître Zoser, fondateur probable de la III e dynastie, elle recou¬ 
vrit en effet un mastaba initial de base carrée^, comportant un double 
revêtement en calcaire fin de plusieurs mètres d’épaisseur (voir fig. 1). 
Massif et revêtement de ce mastaba présentent des assises de pierres 
dont les lits sont disposés horizontalement. Ce premier monument fut 
ensuite agrandi de 8 m. 4 o vers l’est, afin d’incorporer dans sa masse 
une série de puits construits en lisière de sa face orientale et donnant 
accès à des tombes d’enfants royaux et à une plus importante, qui fut 
peut-être celle de la reine. Le plan devint ainsi légèrement oblong dans 
le sens est-ouest. 

C’est alors seulement que germa, semble-t-il, dans l’imagination 
d’Imhotep l’idée entièrement neuve de dresser vers le ciel un gigan¬ 
tesque escalier qui symboliserait l’ascension de l’âme du roi vers Rê, le 
soleil. Imhotep était, en effet, grand prêtre d’IIéliopolis ^ dont la 
doctrine, qui allait sous la V e dynastie faire du roi le fils du soleil, 
associait et comparait déjà le pharaon à cet astre divin : Zoser porte 
dans sa titulature le qualificatif de «soleil d’or»^b Une première 
pyramide à quatre degrés fut ainsi construite par-dessus le mastaba 
dont elle conserva le plan légèrement oblong depuis son allongement 
vers l est. Mais soucieux d’assurer la stabilité d’un édifice qui pour la 
première fois allait s’élever à plus de 4 o mètres de hauteur, Imhotep 
lui donna une structure toute différente de celle du mastaba. Au lieu 
de disposer les lits horizontalement comme dans ce dernier, il les 
déversa perpendiculairement aux plans des faces (voir fig. 2 en P) 
afin de rejeter tout le poids vers le centre de la construction, et com¬ 
partimenta la maçonnerie en tranches inclinées, de 2 m. 60 en moyenne 


(,) Cf. Lauer, Pyr . à degrés, t. I, p. 10-2 3 et t, II, pi. Vl-Xll et X 1 X-XX. 

(9) Cf. B. Gunn, A.S.A.E., t. XXVI, p. 192-195. 

(3) Cf. Firtii-Quibell, Step Pyr ., t. I, p. 5 i, et t. Il, pi. 16, 29, 1 et 43 , ainsi 
que Lauer, Pyr. à degrés, t. Il, pi. XXIV et XXXVI. Cf. également R. Weill, II e et 
III e Dynasties, p. 70-7 3 et surtout : H. Schafer, Mitt. des Deutschen Instituts in 
Kairo, Band IV (1933); p. 6 -1 4 . 



















BULLETIN L)E L’INSTITUT D’EGYPTE. 


300 

d’épaisseur, et s’appuyant les unes contre les autres ll) (voir fig. 3 aux 
points marqués de flèches). 

Enfin, par une dernière transformation qui étendit la pyramide vers 
le nord et vers l’ouest, le nombre de ses gradins fut porte de quatre a 
six. Nettement décentré par rapport au mastaba initial le monument 
atteignit alors une soixantaine de mètres de hauteur pour une base 
de 121 X i 09 mètres. 

Toutes ces recherches et ces modifications successives n indiquent- 
elles pas de façon assez manifeste que la pyramide à degres de Zoser dut 
être la première du type? 

2 0 Une seconde raison de l’antériorité du monument de Zoser par 
rapport à celui découvert par M. Zakaria Goneim réside dans la façon 
dont fut traitée la maçonnerie de leurs enceintes respectives. Si ces der¬ 
nières présentent un décor à bastions et à redans absolument 
identique, avec même indication par places de simulacres de portes a 
deux vantaux fermés, elles diffèrent cependant très nettement par leur 
structure proprement dite. 

En particulier, le calcaire fin n’est employé dans la nouvelle enceinte 
qu’avec parcimonie pour les blocs de parement même, alors qu a celle 
de Zoser il s’étend sur une épaisseur de 2 m. 35 ou de 4 m. 70, sui¬ 
vant qu’il s’agit de la courtine ou des bastions. Il semble donc 
que nous ayons là un pastiche du mur de Zoser que l’on réalisa éco¬ 
nomiquement : on aura voulu obtenir le même effet, mais a bien moin¬ 
dre frais. 

D’autre part, les hauteurs d’assises sont dans la nouvelle enceinte 
deux fois plus hautes qu’à la partie inférieure de l’enceinte de Zoser 


■*> Cette structure très particulière aux pyramides à degrés sera ensuite aban¬ 
donnée dans la construction des pyramides véritables. Seule la première d’entre 
elles, la pyramide rhomboïdale de Snefrou à Dahchour présente encore un cer¬ 
tain déversement des lits à sa partie inférieure; mais ce déversement n’est plus 
perpendiculaire au parement dont 1 angle par rapport à la verticale (près de 36 ) 
est bien supérieur à celui des pyramides à degres (i 5 ° a 20°). Pour conserver aux 
blocs un profil rectangulaire, il eut fallu, en eflet, donner aux lits un déversement 
beaucoup trop accusé ; ceci dut être I une des raisons de 1 abandon de cette riispo¬ 
sition dans les pyramides à faces triangulaires. 


j 



Fig. 9. L’amorce du revê¬ 
tement P à lits déversés 
delà première pyramide 
à degrés, contre l’angle 
nord-est du mastaba 
initial. 


Fig. 3. L’angle nord-est 
de la pyramide à degrés 
de Zoser montrant des 
tranches de maçonnerie 
à lits déversés. 

















BULLETIN DE L'INSTITUT D'ÉGYPTE. 


362 

( 5 o à 52 cm. au lieu de 24 à 26 cm.). Or, nous avions déjà signalé 
qu’au cours même de l’édification de l’ensemble des monuments de 
Zoser on peut constater une très nette tendance a 1 accroissement de la 
hauteur des assises et de la dimension des blocs Ainsi, tandis qu au 
mastaba initial les assises ont en" moyenne 28 centimètres de hauteur, 
celles-ci à la première pyramide à degrés varient de 3 o à 37 cm., pour 
atteindre à la pyramide finale une cinquantaine de centimètres. 
De même, au mur d’enceinte les hauteurs d’assises, qui sont en 
moyenne de 2 5 cm., à la partie inferieure, atteignent, au-dessus de 
la moitié du mur, de 3o à 4o cm., se rapprochant ainsi des 5 o centi¬ 
mètres de hauteur des blocs de la nouvelle enceinte. Cette tendance est 
d’ailleurs raisonnable; des pierres plus grosses, tout en assurant une 
meilleure stabilité, permettent une économie appréciable dans la taille et 
l’épannelage : on gagne du temps et il y a moins de perte de matière. 
Ceci explique parfaitement l’évolution en Egypte de la construction en 
pierre appareillée. Ce mode de construction issu ici de celui en brique 
crue, utilisa d’abord de petits blocs-; puis, au fur et à mesure que l’on 
devint plus habile dans les manutentions de lourdes masses, on n hé¬ 
sita pas à mettre en œuvre des blocs de plus en plus gros, ce qui 
entraîna une modification profonde du caractère de 1 architecture 
égyptienne dès le début de la IV e dynastie par rapport à celle des trois 
premières, dont l’ensemble funéraire de Zoser marque l’apogée. La 
nouvelle enceinte, tout en procédant encore nettement de la technique 
d’Imhotep, marqua un net acheminement vers le mégalithisme de 1 An¬ 
cien Empire. Elle appartient ainsi manifestement a cette période tran¬ 
sitoire si obscure de la seconde moitié de la III e dynastie et comble une 
lacune dans l’histoire de l’architecture. 

3 ° Une dernière raison, enfin, permettant d établir 1 antériorité de 
l’ensemble de Zoser par rapport à celui nouvellement découvert, résulte 
de la situation respective même de leurs plans dans la nécropole. Il paraît 
évident que si le magnifique emplacement qui fut dévolu a Zoser, s était 
trouvé encore disponible, il eût été préféré à celui beaucoup plus en 
retrait, dont on dût se contenter pour la nouvelle pyramide (voir fig. 4 ) 


Cf. Lauer, op. rit., t. I, p. 226-227. 


LA NOUVELLE PYRAMIDE A DEGRÉS 


363 


Pourquoi, cependant, cette dernière ne fut-elle pas érigée immédiate¬ 
ment au sud de l'enceinte de Zoser? 11 convient de noter tout d’abord 
de ce côté la carrière CG' d’ou l’on tira l’argile et les blocs du calcaire 
jaune siliceux utilisés pour les massifs des monuments de Zoser. Cette 
carrière s’étend à ciel ouvert sur plusieurs centaines de mètres d’est en 





Fig. h. Situation de la nouvelle enceinte par rapport à celle de Zoser. 


ouest, parallèlement à l’enceinte méridionale de la Pyramide à degrés, 
et sur une largeur d’une quarantaine de mètres. Immédiatement au sud 
de la vaste cavité ainsi formée nous connaissons, d’autre part, deux très 
importants tombeaux de la II e dynastie, orientés nord-sud, dont il ne 
subsiste plus que les chambres et les galeries souterraines. Le premier 
découvert, qui s’étend sous le temple d’Ounas, à quelques mètres à l’est 
de sa pyramide, et sur une longueur de plus de 120 mètres, contenait 
de nombreuses empreintes de sceaux sur bouchons de jarres en argile, 
aux noms des deux premiers rois de la II e dynastie, llotepsekhemoui 
et Ranib (I) . Quant au second, situé parallèlement au précédent mais 
i 3 o mètres plus à l’est, il traverse en souterrain la voie d’Ounas. Des 


(l) Cf. Barsanti, A.S.A.E., I. Il, p. 25 o- 2 o 3 , et t. III, p. 1 83 ; également 
Lauer, Pyr. à degrés, t. 1 , p. /i- 5 , où nous avons donné (fig. 2) un relevé de ces 
souterrains. 
















































BULLETIN UE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


3f>A 

empreintes de sceaux au nom du troisième roi de la II" dynastie, Neter- 
imou, y furent recueillis. Ces tombeaux qui comportent des apparte¬ 
ments souterrains tellement plus étendus que ceux de toutes les autres 
tombes connues de cette période pourraient fort bien avoir été les sépul¬ 
tures de ces rois, comme nous levions déjà suggéré 11 * * 1 . Leurs super¬ 
structures en brique crue furent vraisemblablement rasées lors de l’édi¬ 
fication du complexe funéraire d’Ounas à la fin de la V e dynastie; mais 
à la IIP on tenait encore à les respecter, ce qui interdisait ainsi 
de construire à moins de 170 mètres au sud de l’enceinte de la Pyra¬ 
mide à degrés. Il est fort vraisemblable, d’ailleurs, que d’autres 
grandes tombes de la 11° dynastie faisaient suite vers le sud à ces deux 
vastes tombeaux, et c’est ce qui expliquerait la nécessité où se trouva 
le successeur de Zoser de placer son monument ainsi en arrière-plan. 

Tels sont, en l’absence de tout document écrit, les éléments strictement 
architecturaux ou topographiques qui permettent dès à présent de situer 
cette nouvelle pyramide à degrés fort peu après celle de Zoser. L’identité 
du décor de leurs enceintes et leur quasi juxtaposition dans la né¬ 
cropole doivent même indiquer leur succession immédiate dans le 
temps. Il est, d’ailleurs, à remarquer que la séquence des quelques 
noms royaux de la III e dynastie, que nous ont jusqu’à ce jour livrés 
les monuments ou les fouilles, n’étant pas encore établie avec certitude, 
même lorsque M. Zakaria Goneim aura retrouvé, comme nous l’es¬ 
pérons bien, le nom du roi constructeur^, ce seront néanmoins encore 
les seuls données architecturales qui marqueront la place de ce nom 
après Zoser plutôt qu’avant. Cet exemple démontre une fois de plus 
toute la complexité des fouilles archéologiques qui exigent, pour les 
mener à bien, la collaboration confiante et assidue de chercheurs for¬ 
més à des disciplines très diverses. 


Cf. Lauer, ibidem, t. III, p. 53 . 

(*) Il était loisible de songer à l’Horus Sanakht souvent considéré comme le 
successeur de Zoser. Mais depuis la lecture de cette communication, le nom du 
roi a été retrouvé parmi des empreintes de sceaux sur des bouchons de jarres en 
argile : il s’agit de l’Horus Sekhem-khet demeuré encore inconnu jusque là. 


ISLAMIC SWORDS IN MIDDLE AGES" 11 ” 


BY 

Colonel A. R. ZAKÏ 

The sword is a weapon of offence consisting of a blade fitted into a 
hilt or handle, with a guard, the blade being formed to eut or to pierce, 
or more generallv to do both. 

Its forms and modifications and the naines under which in different 
shapes it lias been known in different lands, and in successive âges, 
are beyond computation. 

The blade may vary in lengtli. It may be furnished with a eutting 
edge on one side only, or both sides. 

To the Arabs, the sword was the most highly honoured of ail 
weapons. «Paradise, the Prophet Mohammad said, is under the shadow 
of swords», and one of the greatest of the early Moslem conquerors was 
dignified by the title : «Sword of Allah». 

Early Islande swords were straight-bladed having single edges ; though 
we find quotations of Arabie poetry mentioning dual edged Ju») swords. 

ilA—£ ûy j A j f* l3 

«Progressing and bringing near in battle by their steps, every sharp 
two edged Yemenite sword.» 

Although Arabie poetry and literature abounds in monograplis on Is¬ 
lande arms, especially the sword, yet the technical problems of the blade 
industry were not touchée! upon by a great number of Moslem savants. 
Al-Kindi, Al-Bairuni and later Al-Tarsoussi. contributed valuable trea- 
tises about médiéval Islamic blades, which helped us to a certain extent 
in writing tins paper We shall trv first to discuss the important points 
of these manuscripts. 


(1) Communication présentée en séance du 5 avril 1954. 

^ 2) Islamic swords in the west : Moslem Spain and North Africa are nottreated. 











366 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


/. The treatise of Al-Kindi on Arah Swords. 

The treatise D) of Al-Kindi, the Arab philosopher in qth century' 21 is 
included in the vith chapter of an invaluable manuscript (book IX) entit- 
led « Gamharet el-Islam that al Nafhr wa-al-Nitham » partly written and 
partly compiled by Amin el-Din Abu-el-Ghanayem el-Shaizari, who lived 
in the beginning of the 8th century II. (XIII A.D.). 

Most probably, the treatise in question was written by Al-Kindi to 
Al-Motassim bi-IHah, the Abbasside Caliph of Bagdad (ruled 833 - 
84 1 A. 1 ).). This view was supported by the Moslem author of a military 
manuscript entitled : Al-Soel wa-Al omineh fi taalim al furusieh 0 . 

As far as we know, von Hammer Purgstall, the Austrian orientalist 
(1774-1856) was the means of introducing of Al-Kindi’s treatise; and 
a summary of ît was pubhshed in the Journal Asiatique ^ one hundied 
years ago (fig. 1). 

Al-Kindi says that iron, from which swords are tempered is either 
or is (,3-U» ^S 151 ). The first sort cornes from the mines, and 
is classified into two kinds : 

1. Shabarqan or male iron is hard and dark ore ( ji-A» XX>- — jlSjAi.). 

2. Narmahan or female iron is soft 


(M Oriental Library at Leiden, Arab Manuscr. 287. Another copy exists in 
Istanbul University Library of which a copy is photographed in the Egvptian 
Library, Cairo, n° 9223 (Litt.). 

P) Abu Yusuf Yaqub Ibn Ishaq al Kindi (801-275) was an Arab philosopher, 
whose family came from Southern Arabia. He was born in Kufa’ and educated 
at Basra and Bagdad. Not much of his work lias survived in its original language 
but a good deal is still extant in Latin translation made by Gérard of Cremona 
and others. Beside his achèvements in mathematics, astrology, alchemy, optics, 
Al-Kindi wrote a treatise on swords, in which he enumerated more than twenty 
five vaneties according to the country of origin, from \emen to Geylon, Arabia 
to Persia and as far as France and Russia. 

W Egyptian Library, Cairo. L-ij 3- TA— J' JA • 

(*) De Hammer Purgstall : Sur les lames des Orientaux, Journal Asiatique, 5 e sér. 
( 3 ) 1 854 , p. 66-80. . 

i 5 > With (j-u. jj-d), Al Kindi means thaï it is treated artificially j» 

A. £l.— y • 


ISLAMIC SWORDS IN MIDDLE AGES. 


367 


Of these two sorts a third is composée! which is named the com- 
pound ( 05 ^ 11 ). 

Steel also mentioned by Al-Kindi, is an allov and is not 

taken directly from the mines; it means the «purified». The word 
« fulath » is originally Persian (Poulad) which is the steel resulting 
from a certain treatment, lately well-known under the name of 
«Damask» steel, a technique which originated in ancient India, and 
later developped by the Moslems. 

From steel three kinds of swords are tempered : 

a. Old steel swords (Ateek = J^t) 

y J 

h. New Steel swords (Mohdath = <^a£-). 

c. That which is neither Ateek nor mohdath (^jA£ N). 

Swords which are neither old or new are divided into (jèj 

A) ja ) Mowallad and ghir Mowallad : that is to say properly Arab or 
non pure-Arab. 

The classification into old, new, etc., refers, as Al-Kindi’s treatise 
points ont, specificaHy to the excellence of the quality of the blades. 
The term «ateek» refers to nobility exactly as horses are qualified (1 h 
It has nothing to do with time. 

Steel (foulad) is explained in Al-Kindi’s manuscript as thus : 

j \c ( p>ûll 

. ôAj J 

A. Old steel blades (Ateek = 

The author mentions three patterns of ateek sword-blades : 

1) Blades from Yemen 

2) Blades from Kalaa ( jAü) 

3 ) Blades from India (^1 jAxa /^Axa) 


(,) Al-Kindi : aJ 3 1 cil lr a, ^ J là ^ . 














BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


368 

i . Blades of Yemen : 

Yemen was notée! for its sworels ; it importée! steel blades from Cey- 
lon or from Beilman W. Yemenite sworels belong to tbe category of 
({Ghiv Mowallad» sworels (aS j* * 

The swords of Yemen were mu ch ejuoted in early Arab poetry ; tbus : 
_ ,^\ 

« He braveel terrors alone and was not accompanied except by tbe 
Yemeny sword full of notches.» 

Yemenite sworels elifier as follows : 

a . Broad-bladed, square, with a central groove till tbe end, wbich is 
fixeel in tbe hilt. 

b. The en grave d blade, hammered in tbe fashion of tbe Samsama 
blaele, tbe illustrions sword in Arab bistorv. 

c. The Chehadast? 

d. Sworels witb blades having three grooves running along tbe surface. 
Tl lese are two-edged sworels. 

9 . Bifides from Kalnah : 

J>\]\ iljL** 

Kalab on the Western coast of tbe Malay Peninsula, became a great 
marketing centre from wbich tin was distributed to various parts of 
the world. Near Kalab a fortifiée! enclosure was establisheel, in wbich 
armourers useel to forge good sworels (2) . 


(0 Beilman was notée! as a centre for sword making. À small town wbich lies at 
the bounelary jonction between Sind and India. Baiathury : Futuh-Al-Buldan, 
g. àho-Mi 9. Yacot mentions that it is Yemenite. 

(*) See référencé to the town of Kallaah by Ibn-Said (XII 1, the century) in G. Feu- 

iund, Relations des voyages et textes géographiques arabes , persans et turcs relatifs à 
R Extrême-Orient, etc. Paris 19 i 3 -191^1, t. II, [). 3 h A. 


ISLAM IC SWORDS LM MIDI) LE AGES. 


369 


3 . Blades J'rom India 

AJ-Kindi mentions tliat these are made of Narmahen iron. Irtdian 
swords notecl by their brightness are also nameel Manelali W. Indian 
sworels eliffer in their measure, and their blades bear figures. 

Indian swords or sworels made of Indian steel were mostly mention- 
ed by early Arab poets, tbus Hellal elescribing the llight of the Hem- 
varites says : 

jj f* s X)\j Ai^l^ ^f jp 

« but they lied under small bail (the clouels of arrows) quickly, wliilst 
hard Indian sworels werç prostrating them. 


B. Non-Ateek swords. 

The non-Ateek sworels are known as the Silmanieh, the Ceylonese, and 
al-Baid. Al-Bahang also is includeel. 

a. Al-Bahang swords are four inehes wide, having a rude watering. 

b. Al-Buthuth sworels are also four inehes wiele, sometimes less, 
having a minute grain ( Ai jiW j\io ) . 

c. Sworels hammered in Silman anel in Ceylon. 

d. Sworels of Khorassan, its iron cornes from Ceylon. 

e. Al-Mansurieh swords, its iron brought from Ceylon. 

j. Persian sworels, whose iron cornes from Ceylon, but maele 
in Persia. These are also calleel Impérial Kossrawaniya. 

g- Al-Bidh : which are manufacturée! at Kufa, a type of 

wbich is nameel Al-Zaidieh, from the maker’s naine : Zaid. Also at 
Kufa, a Persian type of sworels is made. 


9 Kazwini mentions that Mandai is a town in India where al-nad is found in 
large quantifies; al-nad is also named mandali or the Indian Kameroni. Arab 
Geographers of India by S. Moh. Husayn Mainar, Madras page 88. 














370 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


C. The Muwallada Swords 

Al-Muwalladah swords (S-OjH) : are subdivided into five sorts : 

a. Khorassaniya : whose iron cornes from the mines of Khorassan and 
are manufactured at the same locality. 

h. Bosriya : whose iron cornes from Bosra and is tempered at the 
same locality (1) . 

c. Damashkieh : swords tempered at Damascus. 

d. Egyptian swords which are made in Egypt. 

e. Other varieties made in various localities in smaller ejuantities. 

The Narmahen (female iron - . 

Narmahen swords are : a. those of Ghurat b. those of Rum l ,) . 
c. those of India. 

The swords of Churat and Rum are simple (Sathig), tliin, long, they 
hâve various measures. Their watering «jawhar» can be ulentilied. 


Characteristics of Swords 

Al-Kindi in his treatise dealt witli the characteristics of each sort clas- 
sifying them into groups. As regards the Shabarqan blades, lie divi- 
ded them into two groups : Al-Firingieh or Frankish, and the Silma- 
niyah. 

a. Silmaniyah swords : their iron is brought from Silman, in the Oxus 
where good blades are manufactured. Al-Kmdi says that their 
iron resembles that of the Firingieh swords. lhey bear no figurs and 
their lower part looks like the Yemenite swords. The Selmamyeh hâve 

(*î The blades of Bosra were mentioned in connection with Davidic cuirasses. 

( a ) Al-Kindi did not explain entirely Churat. The valley of Churat lies Southern 
of Al Bakai in Transjordan. 

( 3 ) The provinces of the Byzantine Empire were known collectiveiy to lhe Moslenis 
as Bilad-ar-rum, « the lands of the Greeks» ; the terni « Rum» standing for Romaioi 
or Romans being in early Moslem times the équivalent for «Christian» whethcr 
Greek or Latin. G. Le Strvnge, The Lands of the Eastern Caliphale, p. 127. 


ISLAMIC SWORDS IN MIDDLE AGES. 


371 


smaller and brighter blades. The two extremities of the blade are equal. 

b. Kaleih swords : they are made at Kaalah. 

c. Bosra swords (Mohdatha). 

Their iron is not purified before melting. The blades hâve grains 
like the Selmaniyah’s and their watering or jawhar is between black and 
dark, shining when exposed to the sunrays. Their edges are very 
sharp. The measures of the blades cliffer : broad, thin-long or short. 
Bosra swords were conveyed to Al-jibal for sale but not at the same 
price as the Yemenite (two and half dinars). 

d. Damascus swords : 

These eut extremely well if they were of old manufacture. They hâve 
long blades, which resemble the Selmaniyah. Their iron is of the same 
material as the «Beids» but their «jawhar» diiïers. Damascus blades 
(mowallid) arc the sharpest, their price amounting to i 5 or 20 dir¬ 
hams. 

e. Egyptian swords : (Missriyah). 

These are manufactured in Egypt, having long blades and smooth 
surface. Their iron cornes from Bosra. An Egyptian sword costs ten 
dirhams. 

f. Frankish swords are broad near the point, they are the same in 
measure as the Yemenite and hâve 011e large groove which runs 
through the whole length of the blade. 

2. Al-Bairuni on Islamic swords 

Another source of material on Islamic swords is Al-Bairuni s (97 3 - 
io 48 ). As a traveller, philosopher, mathematician, astronomer, geo- 
grapher and encyclopeadist, he is considérée! one of the greatest scien- 
tists of Islam. In the course of his travels in India he made a cleep 
study of Sanskrit literature and was influencée! in the transmission of 
scientifîc ideas between India and Islam. Al-Bairuni also determineel 
the relative densities of metals and precious stones W. In his book 


H. J. J. Winter, Eastern Science, pp. 70-71. 
















BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


372 

« Al-Gamhir fi maarefat al-Gawaher lie contributed a chapter on the 
manufacture of swords, especially in India. He shared most ol the 
yiews of Al-Kindi, mentioning the Narmahn, the Shabarqan iron and 
al-claus. From Shabarqan the swords of Rum, Russians and Slavs were 
wrought. He also mentioned al-Kaallai swords in detail and reinarked 
that Herat was famous for its steel. Among Islamic swords, he inclu- 
dcd those of Suraij, Qossas and Mashraf^. 

Al-Rairuni emphasized that Russian swords are ruade of mixçd Sha¬ 
barqan and Narmahn and that only the central part of the blacle being 
made of Narmahn. 

The Persian philosopher explainecl the process ol the « jawhar», or 
watering and its varieties, which play an important part in Orientai 
connoisseurship. This appearance îs the resuit of a crystalhsation 
which takes place during the cooling of the steel and appears to dépend 
partly on a mixture of iron ores, partly on the kinds ol wood, employed 
in heating the steel (3) . Although this treatment is known in the West 
as the«Damask» yet it originated in India (/,) . 

3 . Manuscript of Al-Tarsussi ^ 

Another work dealing with Islande arms and equipment ol war was 
written by Murda Ibn Ab el-Tarsussi during the reign of El-Sultan 

O) Al-Gamahir li Maarifat el-Gawaher, pubiished by the Society Olhmaniya Encyc . 
of Islam y 1 3 5 5 H . p p . a h 8 - a 5 8 . 

( 2 ) Su raj , An early Arab swordmaker-Qossas is a well-known mountain in Annenia 
famous for its iron-Mashraf : a collection of villages which lie in Southern Svria. 

( 3 ) G. F. Laking, Catalogue of Oriental arms and armour in the Wallace collection, 
London 191/1. 

^ J) Claude Cahen, Bull, d’Etudes Orientales, t. XII, années 19/17-1948, Beiroulh 
p. io 3 -i 63 . 

( 5 ) Enlightment to the masters of wisdom on the methods ol avoiding destruc¬ 
tion in combat, and getting informed about supporting instruments and weapons 
when dealing with the enemy, Bodleyan Library, Hunt 26/1. 
iJuJl *MpVI j . J vj^ 1 ^ v^Nl » 

. « JapVI .U1 J* âjlxaII oVVl j 

See, Claude Cahen, Bulletin d'Etudes Orientales, t. XII, années 19/17-19/18, 
p. 10 3 -i 63 . 


ISLAMIC SWORDS IN MIDDLE AGES. 


373 


Salah-el-Din el-Aiubi in Egypt (1188-1193). The author when writ- 
ing the treatise got in touch with a noted arrnsmith Abu El-Hassan 
Ibn-Al-Abraki from Alexandria, a contemporary of the Fatimides and the 
Ayubides and* so he was able to include varions war instruments among 
which were Islande swords ; he also mentioned nine different processes 
of steel manufacture for swords, or as he says in his own technical 
tenus, the cooking of steel, tempering and watering of the blades. 

The essential principle of these processes he indicated, was the inclu¬ 
sion of certain vegetable substances which when worked with melted 
iron provided the métal with carbon, and the addition of manganèse 
which serves perhaps to eliminate impurities (sand, phosphorous etc.). 

We said that Al-Tarsussi mentioned in his treatise nine processes of 
making swordsteel. A formula runs as follows : 

Take one rotl of iron (Narmahan) and half a rotl of male-iron 
(Shabarqan). Collect the mixture in a pot and put 011 it five dirhems 
ol magnesia and a handful of acid pomegrenate bark. Let the fire 
blow on it still the allov melts, then make an «egg» of it. Take it 
0ut and make the sword. 

The Damas k «Jawhar» process 

The process practiced by Moslem armourers and gunsmiths remained 
traditional, and if not familial* or secret, at least remained many years 
unpublished l'b On arms and their technique, Moslem authors with 
the exception of al-Kindi and Al-Beiruni did not contribute mucli until 
the 1 ith century, and even those who treated the subject later, did 
not deeply engage themselves with the details. 

About swordsmaking, writers on arms hâve with few if any 
exceptions, treated only some historical aspects of the subject and bave 
seldom noticed the reason whv certain types of swords were used among 
the various Islamic countries. The treatises which they wrote on the 
actual working of swords are ail too vague in their details. 


G. Sarton, Introduction to the history of Science, vol. III, part 11, pp. 117/1- 
1175. 

Bulletin de l’Institut d’Egypte , t. XXXVI. 3o 


/ 















3 7 4 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGŸPTE. 


ISLAM IC SWORDS IN MIDDLE AGES. 


375 


The industry clisappeared doubtless for the reason that the process 
was known to so few craftsmen, there were few that neither Mosleins 
in the Middle East nor Europeans hâve been able to revive at least to 
the îgth century. 

Yet the secrets of Moslem swordsmiths were attempted to reveal Ijv 
some European metallurgists. The most important problem, sear- 
ched, was that of watered or «damascened» blade. This Damascene 
process was tried by many western metallurgists, among whom 
Dr. Pearson (l) * Faraday® and Bréant, the Examiner-General of Essays 
at the Royal Mint, who presented to the Academy a paper on the 
composition of that Steel (3) * . For several years a few papers were pu- 
blished on the subject until General Anossoff, at Zlatoust in Russia 
conducted his investigations for séveral years. Finally in 1887, lie was 
able to say that the problem was solved. Beautiful swords manufac- 
tured by him bear testimony to this words®. 

Anossolf’s work gradually fell into oblivion, till Prof. I. Tschernoff, 
in the i86o’s paid a visit to Zlatoust and became interested in the 
«bulat». Tschernoff inspired and helped Colonel N. T. Belaiew who 
in 1907 began experiments at the Pulitoff and other steel works. He 
put soft Demidoff iron and graphite in crucibles (Persian Method) and 
continued the heating for more than two hours after melting. He sea- 
led the furnace and slowly cooled down. His alloys varied from 
0.45 % carbon up to 1.80 (5) . 

Belaiew’s conclusion was that the alloys used for the beautiful East- 
ern blades with the «jawhar» or «watered surface» were pure iron- 
carbon alloys, mostly byperentectoids, and very rich in carbon (fig. 
9 , 3). 


(1) G. Pearson, Phil. Tram, of the Royal Society, 1 798, vol. XVII. 

< s > Alloys of steel. By Stoddart and Faraday, Phil. Transactions, vol. CXU, 182a, 
p. 2 53 . 

(3) Bulletin de la Soc. d'Encouragement pour Vindustrie Nationale, 1823. 

On the Balat. « Gorny Journal » 18/11, and reprinted in 18/1 3 in trench in 
« Annuaire du Journal des Mines en Russie». 

l 5 > Colonel N. Belaiew, «Damascene Steel», Journal of Iron and Steel Instituts 
XCVII, 1918, part I, p. 417 and CIV (1921), part H, p. 181. 


I slamic Miniatures and sword illustrations. 

Unfortunately, until the 1 sth century, we hâve no illustrated 
references to Islamic amis, especially the sworcl. From the beginnings 
of the 1 3 th century on, miniatures provide accurate pictorial records, 
especially manuscripts of the Shah-Nameh which describe the arming of 
Persian heroes for single combats and for hattle (1) . 

1. Mahkamat-ül-IIariri : 

F lie illuminated manuscript of Mahkama-al-Hariri illustrated b y 
Al-Wassiti (1^37 A.D.), is attributed to the painting school of Northern 
Mesopotamia, which flourished circa the beginning of the i 3 th century. 
Three illustrations represent early Islamic straight swords. 

a. Al-IIarith in conversation relating his misadventures with a man 
of law. Three straight swords are portrayed (fig. 4). 

b. Two Arabs riding on camels one of them carrying a straight sword 
(British Muséum), (fig. 5 ). 

c. An Emir sitting on a cushion, surrounded by guards carrying 
straight swords (fig. 6). 

2. Al-Aghani of Al-Asphahani ^. 

This manuscript, including a religious illuminated picture portrays 
Mohammad the Prophet seatecl on a throne holding a straight sword 

(1) Arthur Pope, Survey of Persian Art Chapter on anus and annour, pp. 2 558 - 
2 563 . 

f2; Bibliothèque Nationale Paris. Manuscript n° 58/17. The Assemblies of Al- 
Hariri attributed to its author (io 54 -i 122 A. D.) a masterpiece which for eight 
centuries lias been esteemed as next to the Koran, the chief treasure of the Arabie 
language. The most important copy of Hariris Mahkamat is in the Bibl. Nal. was 
written and illustrated in the year A. H. 634-1237 by Yehia Ibn Mahmoud of 
Wasit, known as al-Wasiti. The magnificent illustration with large figures, give 
a realistic account of daily life. Al-Wasiti was doubtlesslva gréai painterwho crea- 
ted a new mohamedan style. 

(3) Bishr Faris, Une miniature Religieuse de l'Ecole Arabe de Baghdad. Livre des 
Chansons d'Abu'l Farag al-Asfahani, National Library, Cairo. Litt. 679. 

3 o. 


37G 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


(fig. 7). The illustration belongs to the School of Baghdad, but the 
painter’s name is still unknown. The chapter of Al-Aghani, which in- 
cludes the illustration is copied by Moll. Abi Taleb el Badri in the 
Year 64 1 H. (12 17-12 18) (1 b 

3 . The Zoology of Al-Gahiz. 

In an illustrated inanuscript containing the zoology ol Al-Gahiz 
(c. 775- c. 868) there are tbree illustrations which give us an idea of 
the shape of the Arabie sword 

These illustrations can be attributed to the Suljuki-Arabic school ol 
painting—■that school which is known by Art historians—the Mame- 
luke school—which flourishecl circa the 1 ùth century — and contem- 
porary to the illustrated inanuscript of Kalilah wa-Dimnah ( 1 3 5 5 - 
i 36 o) (2) and two manuscripts of the Makamat el-Hariri at the Natio¬ 
nal Library of Vienna, and at the Bodleyan Library (Oxford). 

a. A sitting rnan wearing a turban with a straight sword at his side, 
is reading a letter. To the right, behind the central figure, is a master 
of ceremonies with a stalf, to the left an attendant with a straight 
sword (fig. 8). 

b. A veiled woman sitting on a cushion beneath a drawn-back cur- 
tain receives the visit of a distinguished man with a heard and a long 
straight sword (fig. 9), 

c . A king (Alexander) wearing a crown and with a drawn straight 
sword is sitting upon an ornamented throne (fig. 10). 

4 . J amie el-Tawarikh of Rasheed el-Din. 

Tliis illustrated work of Rasheed el-l)in, vizier of the Emperor Gha- 
zan and Uljaitu is another important reference in which the author re- 
counted the history of the Mongols, in relation to the rest of the world. 
He presented the first volume to Lljaitu on April i 4 , i 3 o 6 . Ol the 

D. S. Puce, The Aghani Miniatures and religious painting in Islam. The 
Burlington Magazine , April 19 53 . Mr. Uice attributes the illustration to the Mosul 
school of painting and not to the Baghdad school. 

Ambrosian fragments of an illustrated manuscript containing the Zoology of Al- 
Gahiz, pis. I, X, XIII, Uppsala University arskrifty 1 9A6. 


ISLAM IC SWORDS IN MIDDLE AGES. 


377 


copies of made in his lifetime, only four fragments hâve survived. A 
manuscript dedicated in two parts, one dated 1307 A. D. is in the 
library of the Royal Asiatic Society in London. Two other copies of the 
i 4 th cent, exist at Top-Kapu Sérail Librarv in Istanbul. 

One of the illustrations (Edinburgh Manuscript M 1 3 1 4 A. D.) portrays 
Hamza and Aly who were sent by Mohammad the Prophet. The two 
envoys are riding horses and one of them is seen carrying a straight 
sword (fig. 11). 

5 . The Shah-Namah of El-Ferdawsi : 

Another valuable source of figures representing Islande arms especially 
the sword is the Shah-Namah. Firdawsi (935-1020) completed his 
work when he was past seventy. The great epic of So.ooo couplets 
at once caught the imagination of artists who prepared plenty of illust¬ 
rated manuscripts of this book, now scattered in ail libraries of the 
world. The earliest copies extant, however, belong to the early i 4 th 
century (incomplète volume in the Chester Beatty collection). There are 
also other 1 5 th and 1 6th centuries copiés in the Royal Asiatic Society 
and muséums of art. 

In these various copies of the Shah-Namah, the sword portrayed is 
either straight or slightly-curved but obviously not the Shamshir Ira- 
nian type the strongly curved. Although we know that artists exagge- 
rated in drawing the curvature of the sabre, yet from Islande patterns of 
swords still extant of the 1 5 th-16th centuries, it can he said that the 
two types were known during that period, until the strongly curved 
sabre entirely replaced the straight sword. 

Here, we give some examples of the illustrations portraying the Shah 
Namah sword. 

1. Straight sword : Irij, son of Faridon, King of Persia assassinated 
by his brothers Salm and Tur. (Herat. about i 43 o) Bibl. Nat. Paris. 

2. Straight sword : Rustum takes Bizhan from the pit, where he lias 
been plung by the orders of Afrasiab, King of the Turks. (Herat. about 
1 43 o) Bibli. Nat. Paris. 


(1) Rasheed-Eddin, Jami-el-Taivarikh' Circa i 3 i 4 A. 1). 













BULLETIN DE LTNSTÎÎUT D’ÉGYPTE. 


378 


3 . Slightly curved sivords : 

This is from a 1 5 th century copy of the Shah-Nameh, known as 
« Babur’s» now in the possession of the Royal Asiatic Society 
(London). 

Slightly-curved swords : 

a . Ruhhan and the sorcerer ; b. The siégé of Gang-Bihisht ; c. Gush- 
tasp slays the dragon ; d. Rustum drags the Khan of China from liis 
éléphant; e. The hattle between Gav and Talhand. 

4 . Strongly curved sabres. 

a. Rustum rescues Bizhan from the dungeon ; b. \azdigircl the last 
of the Sasanian dynasty hiding in the milh 

Early Islande swords in Top Kapu Serai Muséum , Istanbul. 

Very few early Islamic swords reached us ; the most important are : 

î. Straight sword of Caliph Moawiya, founder of the Omeyyad dy¬ 
nasty (Damascus) and fifth successor of the Prophet. 

2. Sword, with the name of the maker inscribed on the blade (not 
deciphered) also the date (10011.-719 A. D.) and the name of Omar Ibn 
Abdel Aziz, the Omayyad Caliph, who died cire. (101 h. - 720 A. D.). 

3 . Sword with a gildet handle and a silver quillon. The year 
1 o 5 II. is inscribed on the blade, also the name of Hisham Ibn Abdel- 
Malik, the Omayyid caliph who ruled from (724-743 h.) in Damascus. 

4 . A straight blade on which is inscribed the name of Saad Ibn Abada, 
a companion of the Prophet. The inscriptions and Damascening belong 
to a later period. 

5 . Sword bears the names of three Galiphs viz. Moawiya, Omar Ibn 
Abdel Aziz, Harun-el-Rashid and of the Mameluke Sultan kayit Bay, 




ISLAMIC SWORDS IN MIDDLE AGES. 


379 


which shows that it lias been successively in the possession of ali those 
rulers (fig. 12, 1 3 ). 

6 . Sword of El-Musttassim-Bil-Allah, the last of the Abbassides ( 64 o- 
656 H./i 242-1 258 A.D.) whose reign ended in Baghdad after the 
Mongol conquest. This sword w r as carried to Egypt by the caliph’s 
oncle and later was transfered to Istanbul when Egypt was conquered 
by Selini (1517) (fig. i 4 ). 


Conclusion 

To sum up, India was to the Moslem countries, in the Middle East 
an important centre of exporting steel, if not blades. Persia, too, with 
its iron-ore kept the industry of sword-making flourishing until the 
1 8‘‘“ century. The médiéval Islamic sword, like the Arabie sword, was 
straight, as is proved by contemporary illuminated manuscripts, and 
designs on pottery, glass, metalwork etc. The sligbtly curved blades 
must bave originated in Central Asia at an unknown period and came 
with the Mongols at about the 1 3 "' century. Islamic sabres, dated or 
datable, until the end of the i 4 ll “ century are very rare. Both types : 
the sword and the sabre are noticed to bave been in use during the 
1 5 “ 1 /16 lh centuries. 


A. Bahman Zakv. 














PI. I 







Fig- i —The firsl page in the manuscript ol'Al-Kindi. Fig. 3 .—Damascene hlade n° i 434 frora Wallace Collection 

Leiden : n° 9228 (Litt.). London. 












An Arab riding his camel. Makamat Al-Hariri 
British Muséum. Circa xmth century. 


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PI. IV 



g. 8.—A sitting man wearing a turban, with a straight Fig. 9.— \ veiied woman (Maisum) sitting on a cushion. 

sword at his side. The Zoology of Al-Gahiz. Circa receives the visit of a distinguished man (Moawiyah) with 

xivth centurv. a b ear d and carrying a straight sword (Al-Gahiz). 







10.—Iskander with a drawn slightly curved sword (Al-Gahiz) 



. 11.—'The Prophet sending his two envoys-Hamza and Ali 
(Rasheed el Din : Jami-el-Tawarikh). Circa i 3 i 4 . 













PL VI 



PL VII 



Fig. 1 5 .—Various Egyptian swords 
(xvlh-xvith centuries). Top 
Kapu Serai Muséum. 


Fig. i 4 .— The sword of Ai-Mutassim bi-Allah, lhe 
last Abbasid Calif (îabS) Top Kapu Serai Mu¬ 
séum. Istambul. 





















r 


] 


LES PORTEURS D’EAU DE DEIR EL-MÉDINEH 

PENDANT EE RÈGNE DE RAMSÈS IIP ' 1 * * 4 

PAR 

LOÜIS-A. CHRISTOPHE. 


Il est impossible d’évoquer le village où vécurent les artisans qui pré¬ 
paraient les hypogées de la Vallée des Rois, sans puiser largement dans 
1 œuvre de Bernard Bruyère qui a passé trente années de sa vie à décou¬ 
vrir et à interroger les moindres vestiges de ce site. 

« Le village de Deir el Médineh présente un certain nombre de caractères 
spéciaux qu il importe de -mettre en lumière pour. . . mieux connaître les con¬ 
ditions d’existence de ses habitants. 

« C est un village du désert... et non pas un hameau rural de paysans au 
milieu des terres cultivées 

C est « une bourgade fermée, reléguée dans le désert des nécropoles loin des 
cultures et du fleuve Gardé par ses deux étroites sorties vers le Nord et vers 
le Sud, facile à surveiller et invisible de la rive droite » W, Deir el-Médineli 
présente « le maximum d’avantages qu’on attend d’une agglomération con¬ 
damnée à la discrétion » W. 

Car c’est surtout le village de la nécropole ; ses habitants « sont des 
employés de cimetières.. . : architectes, maîtres de manœuvre, directeurs de tra¬ 
vaux, scribes, surveillants; des artistes : dessinateurs, sculpteurs, peintres; des 


(l) Communication présentée en séance du i cr mars 195/1. 

B. Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el-Médineh (193/1-1985), 3 e partie : 
Le village. . . (Fouilles de U Institut Français du Caire, t. XVI, Le Caire 1989), p. i 3 . 

^ B. Bruyère, op. cil., p. /1. 

(4) B. Bruyère, op. cil., p. 3 -û. 

Bulletin de VInstitut d’Egypte, t. XXXVI. 


3 











382 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


artisans : carriers, maçons ; des manœuvres : terrassiers, porteurs... de ma¬ 
tériaux', gâcheurs de mortier, apprentis » h . Et ces gens qui connaissent 
tous les secrets de la nécropole tbébaine ne doivent avoir aucun contact 
avec le monde extérieur. 

Le village qui, à l’origine, était construit «de part et d’autre de létroite 
venelle fermée à ses deux extrémités Nord et Sud par des poternes quon fermait 
la nuit»®\ comprenait, à la XX e dynastie, « deux parties distinctes : un 
noyau entouré d une enceinte et des quartiers excentriques » ^ ; soit « soixante- 
dix maisons à Fintérieur de l’enceinte et environ cinquante à l’extérieur» ^ ; 
autrement dit, «cent-vingtfoyers»^. 

Du fait de « leur relégation au désert, parmi les tombes» les habitants 
de Deir el-Médineh devaient être ravitaillés en toutes choses ; en eau 
comme en bière, en légumes comme en poissons, en vases comme en 
huiles, en vêtements comme en bois. Les résultats des fouilles de M. Bru¬ 
yère et l’étude des documents en majeure partie ramesside, papyrus 
et ostraca permettent de constater qu’une organisation remarquable 
satisfaisait à tous les besoins du village solitaire. A titre d’exemple, nous 
allons montrer comment était assuré le ravitaillement en eau des artisans 
de la nécropole thébaine. 

(U B. Bruyère, op. cil., p. i 3 . 

(2) B. Bruyère, op. cit., p. h. 

• 3) B. Bruyère, op. cit., p. 16. 

W B. Bruyère, op. cit., p. 9. 

B. Bruyère, op. cit., p. 16. 

(8) B. Bruyère, op. cit., p. i 5 . 

Fouilles de F Institut Français d'Archéologie Orientale, tomes I, II, III, IV, V, 
VI, VII, VIII, X, XIV, XV, XVI, XX, XXI et XXVI, Le Caire 199/1-1953. 

^ Pleyte et Rossi, Papyrus de Turin, Leide 1869-1876, p. 5 0-6 5 et pi. XXXV- 
XLV 1 II; Gardiner, Ramesside Administrative Documents, London 19/18, p. 45 - 58 ; 
Edgerton, The Strikes in Ramsès IIP's Twenty-ninth Year, dans Journal of Near East- 
ern Studies, vol. X, Chicago 1951, p. 187-1 45 . 

Hieratische Papyrus aus den kôniglichen Museen zu Berlin, III, Ostraka, Berlin 
1911; Gardiner, Thompson and Milne, Theban Ostraca, London 1918; Cerny, 
Ostraca hiératiques (Catalogue général du Musée du Caire), 4 fascicules, Le Caire 19 3 o- 
1935 ; CernV, Catalogue des ostraca hiératiques non littéraires de Deir el-Médineh ( Docu¬ 
ments de fouilles de F Institut Français d’Archéologie Orientale, tonies III, IV, V, VI et 
VII), Le Caire 1935-1951. 


LES PORTEURS D’EAU. 


383 


I. L’organisation du ravitaillement a Deir el-Medineh 

En l’an xxix de Ramsès III, le second jour du premier mois du Prin¬ 
temps (Tybi), l’un des portiers de Deir el-Médineh, Khâemouaset, pro¬ 
bablement accusé de négligence, déclarait sous serment, en présence 
du scribe de la nécropole royale, des deux équipes d’artisans et de leur 
chef respectif, qu’il n’avait pas failli à sa mission : il affirmait qu’il avait 
soigneusement organisé l’approvisionnement des habitants du village, 
en recrutant notamment 2 4 porteurs d’eau, 12 pour chacune des deux 
équipes réglementaires, celle de droite et celle de gauche O. 

Le papyrus qui nous fournit ces renseignements nous donne des pré¬ 
cisions supplémentaires. Ceux qui ravitaillaient Deir el-Médineh venaient 
déposer leur charge aux portes du village. Mais ne venait pas qui voulait. 
Nous savons déjà que l’un des portiers devait fixer le nombre des fournis¬ 
seurs. Nous apprenons par un autre passage de notre document que tous 
ces fournisseurs étaient nommément désignés * (2) 3 4 et qu’ils assuraient leur 
service par roulement. Pour faciliter le contrôle, on dressait un «tableau 
de service», sans doute quotidien, et double, puisqu’il y avait deux 
équipes à ravitailler. 

Nous avons conservé deux de ces tableaux de service : le premier, 
non daté mais sensiblement contemporain du second, comprend le nom 
du portier du jour et ceux de 6 porteurs d’eau, de 3 fournisseurs de 
légumes, de 3 fournisseurs de bois, d’un blanchisseur, d’un fournisseur 
de plâtre, d’un fournisseur de vases et de 4 fournisseurs de poissons ^ 3) . 
Le second qui a été établi pour le second jour du 3 e mois de la saison 
de l’Inondation (Hathor), an xxix de Ramsès III, donne le nom d’un 
autre portier et ceux de 6 autres porteurs d’eau, de 3 autres fournisseurs 
de légumes et de leurs aides, de 3 autres fournisseurs de bois, d’un autre 
blanchisseur, d’un autre fournisseur de plâtre, d’un autre fournisseur 
de vases et de 4 autres fournisseurs de poissons 

Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. h 9, 1 . 4-12. 

(2) L’étude approfondie de différents documents permet encore d’établir que 
généralement la charge de ravitailler Deir el-Médineh se transmettait de père en iils. 

(3) Gardiner, op. cit., p. 45 , 1 . 1-11 et 46 , 1 . i- 5 . 

(4) Gardiner, op. cit., p. 46 , 1 . 7-15 et 47, 1 . 1-9. 









384 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


La plupart des personnages mentionnés sur ces deux tableaux de 
service nous sont connus par d’autres documents. En étudiant notam¬ 
ment les ostraca découverts à Deir el-Médineh, il nous a été, semble- 
t-il, possible d’établir que la première liste ravitaillait l’équipe de droite, 
et la seconde, celle de gauche W. "On pourrait cependant supposer que 
les préposés au ravitaillement du village étaient partagés en deux grou¬ 
pes, l’un déposant ce qu’il apportait à la porte Nord (droite), l’autre à 
la porte Sud (gauche) (2) . En l’état actuel de nos connaissances, il nous est 
bien difficile de choisir entre ces deux hypothèses. 

II. Les Porteurs d’eau du régné de Ramsès III. 

Laissons donc de côté la majorité de ces fournisseurs et portons toute 
notre attention sur les deux groupes de porteurs d’eau. 

Les tableaux de service nous donnent, pour l’an xxix de Ramsès III. 
les noms de 12 porteurs d’eau, soit la moitié de ceux qui étaient inscrits 
sur le rôle du portier Khâemouaset. Il s’agit de : 

(') Amenkhâ. 

Bibliographie : (jardiner, Ramesside Administrative Documents, [). 45, 1. 2 ; 
Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el Médineh, n° a 44, 1 . 4 (au xxvm) 
et n° i58, 1. 4 (an xxxi, nom incomplet) ; Gardiner, Theban Ostraca, B 10, 
verso 1. 1 (première partie du règne à cause de la mention du chef d’é¬ 
quipe (3) Ilay (4) ) ; Hieratische Papyrus aus den kbniglichen Museen zu Berlin, 
111 , pl. XXXVII, P. 1 o 655 , 1 . 8 (seconde partie du règne à cause de la 


(1) Cf. mon article à paraître dans le Bulletin de TI.F.A.O. : Le ravitaillement en 
poissons des artisans de la nécropole thébaine à la fin clu règne de Ramsès III. 

(2) Sur les rapports entre le Nord et la droite d’une part et, d’autre part, entre 
le Sud et la gauche, cf. Christophe, Annales du Service. . . t. XLV 1 II, p. 167-158. 

W Ce titre est à lire | f _ V ’l i r^i ( verso ’ L 3 ). L’artisan de la nécro¬ 

pole ( workman , Gardiner, Theban Ostraca , p. 12) est la traduction de l’égyptien 

0 £ J J ~ * . 

S=±> I I 1 I I 1 I I 

À 

(/1) Sir Alan (Theban Ostraca, p. 12) traduit I par choachyte. 11 est actuel- 

I ’ ^WIW^, f. «vwv, 1 «I 

lement démontré qu’il n’y a aucun rapport entre J *—v et J § -—■ ; pour w'h 

l d II /WWWW\ X A ' l • 

mw, choachyte, voir Bataille, Les Memnonia , p. 346-247. 


LES PORTEURS D'EAU. 


385 


mention du chef d’équipe Khonsou). Il est peut-être encore signalé, mais 
sans son titre, dans Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 56, 
1 . 9 et dans Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el Médineh. n° 55, 
recto 1. 2. 

(2) O user-maâ t- R ê-nakh t. 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 45 , 1 . 3 . 
Comme Amenkhâ, (1), il est peut-être encore cité, mais sans son titre, 
dans Gardiner, op. cit., p. 56 , 1. 9. D’autre part, Ouser-maât-Rê-nakht esl 
signalé, toujours sans son titre, dans Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir 
el Médineh, n° 67, I. 2 et n° 33 o, 1 . 2 (an xxix), n° 176, recto 1 . 3 (an 
xxx) et n° 1 53 , recto I. 18 et verso I. 2 (an xxx) W • mais il se peut qu’il 
s’agisse alors du portier de même nom qui fournit du bois dans Cerny, 
op. cit., n° i 45 , verso 1. 8. 

O" 5 ) PnAn - 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents. p. 4 5, 1. 4. 

(4) ^ ç x __ | _2_ louefmkh. 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 45, 1. 5 . 

( 5 ) ^ V I V "î Panedjem (2) . 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 4 5 , 1. 6. 

-nakht. 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 45 , L 7. 

P) Pentaouret, qui est ■—■ JL e ;E~; c ty des porteurs d’eau. 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 46 , 1 . 1 0 (3) ; 
Hieratische Papyrus aus den koniglichen Museen zu Berlin, III, pl. XXXV, 
P. ii2i,l. 2 (an xxvm) ( 4 > ; ostracon inédit de Deir el-Médineh, transcrit 

(,) D’après Christophe, Bulletin de TI F.A.O., t. LII, p. 1 35 . 

^ Sir Alan Gardiner (Ramesside Administrative Documents, p. 45 a) signale deux 
autres lectures possibles : ¥VI! Pa-hemnetcher ou 0 ^ Pa-neliesy. 

,X) C est seulement ici que Pentaouret est désigné comme le chef des porteurs 
d eau. Ce titre ne se retrouve pas sur les autres documents que nous avons utilisés 
pour cette étude. 

L éditeur de cet ostracon date par erreur le document de la XIX e dynastie. 
















386 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


par S. Sauneron, n° provisoire 120, 1 . 1 (non daté) 6). Enfin le porteur 
d’eau Pentaouret, signalé dans Cerny, Ostraca hiératiques (Catalogue général 
du Musée du Cake), n° 25598, recto 1 . 2, et qui exerçait sa charge en l’an iv 
d’un roi non nommé, pourrait fort bien être le même personnage que le 
nôtre : en ce cas, il aurait été affecté au ravitaillement en eau de Deir el- 
Médineh dès le début du règne de Ramsès III, puisque, sous un souverain 
postérieur, il aurait porté son titre de chef des porteurs d’eau W. 

( 8 ) l'jê Kenro • 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents , p. A 6, 1 . 11 ; 
ostracon inédit de Deir el-Médineh, transcrit par S. Sauneron, n° provi¬ 
soire 11 3 , 1 . 3 . Il est peut-être encore signalé, mais sans son titre, dans 
Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° A 3 2, recto I. 1 et verso 
1 . 1 (an xm) et n° 55 , recto 1 . A (an xxxi). 

P) 4*7 Ouserhat-nakht . 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. A6 , 1 . 12 : 
Cerny, Ostraca hiératiques (Catalogue général du Musée du Caire), n° 26721, 
recto i. A (sans date) * * (3) . Il est peut-être encore signalé, mais sans son titre, 
dans Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 56 . ). 9. 

(10) ^^ Penniout . 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. A6 , I. i3; 
Cernv, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° A 5 1, 1 . A (an xxiv) ; 
Hieratische Papyrus ans den kôniglichen Museen zu Berlin, III, pi. XXXVII, 
P. 1 o 655 , 1 . 2 (seconde partie du règne de Ramsès III à cause de la men¬ 
tion du chef d’équipe Khonsou) (4) . 


(,) Je me dois de remercier très vivement ici mon collègue et ami S. Sauneron 
qui a eu l’obligeante courtoisie de me communiquer les transcriptions qu’il a 
faites en étudiant les ostraca découverts par M. Bruyère pendant l’hiver 1960- 
i 951. 

(S) Pentaouret est peut-être encore nommé, mais sans son titre, dans Cerny, 
Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 36 A, 1 . 3 (an xxi). 

(3) Ouserhat-nakht est sans doute encore cité, mais sans son titre, dans Cernv, 
op. cit., n° 37, 1 . 7 (an xxxi) et dans Gardiner, Theban Ostraca, B 1 1 (deux fois). 

(4) Il est à peu près certain que Penniout, signalé dans Hieratische Papyrus ans 
den kôniglichen Museen zu Berlin, III, pl. XXXV, P. 1 1 2 1, est notre porteur d’eau, 
bien qu’il n’y ait point son titre. 


LES PORTEURS D 3 ËÀU. 


387 


( 1 U JL ^ v JL f 4- Khnemteret. 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. A6, 1. 1A. 

( 12 ) V'XLIi Paaâdjadja. 

Bibliographie : Gardiner, Ramesside Administrative Documents , p. 45, 1. i5. 
Nous avons pu retrouver 6 autres noms de porteurs d’eau en service 
pendant le règne de Ramsès III : 

( 13 ) Amenemi[pel) ou ^ LJLJ. &] Ame- 
nem-i\net\. 

Bibliographie : Cernv, Ostraca hiératiques (Catalogue général du Musée du 
Caire), n° 25721, recto 1 . 2 où ce porteur d’eau est mentionné en même 
temps que Ouserhat-nakht (9). 

( 1/J ) Bakenmout. 

Bibliographie : Ostracon inédit de Deir el-Médineh, transcrit par S. Saune¬ 
ron, n° provisoire 65 , 1 . 2 (sans date). 

( 15 ) y \ ~ n ^ Panebdemi. 

Bibliographie : Cernv, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 3 A, recto 
1 . 11 (an xxviii) ( l) . C’est peut-être ce porteur d’eau qui est mentionné 
(nom incomplet), dans le même ouvrage, n° 36 , recto 1 . 8 (an xxxi). 

(16) [Nekh] nebihou ou nebiher (?). 

Bibliographie : Cernv, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 65, 1. 2 
(an xxvii). 

( 17 ) W J +>^A\'A Kharou y- 

Bibliographie : Cerny, Ostraca hiératiques (Cataloguegénéral du Musée du Caire), 
n° 25598, recto 1 . A et verso B, 1 . A -5 (pour la datation de cet ostracon, 
voir Pentaouret ( 7 ) : Bibliographie). Kharouy semble être aussi nommé, 
mais sans son titre, dans Cernv, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, 
n° 69, 1. 1. 


(,) D’après Christophe, Bulletin de VI.F.A.O., t. LII, p. i3A. 




















388 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

( 1 8) 3^ , ^ Tchaâa. 

Bibliographie : Cernÿ, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 6a, I. 3 
(an xxvm), n° 168, recto 1. h (an xxviii-xxix) et n° i 5 i, verso 1. 18 (an 
xxix) (1) . Tchaâa est sans doute mentionné, mais sans son litre, dans Cerny, 
op. cit ., n° 72,1. a (an xvm), n° 106, recto, 1 . 2 (an xxviii), n° 1 5 1 , verso 
I. 7,1 3 ,16 (an xxix) (l) , n° i 5 a, col. III, 1 . 1 (an xxix), n° 1A7, verso 1 . 7 
et 9 (an xxix) et n° 1 45, recto 1 . 9, 1 o et verso 1 . 4 (au xxx) ; et dans Cerny, 
Ostraca hiératiques ( Catalogue général du Musée du Caire), n° 26721, recto 
1 . 1 et 5 (sans date) où sont nommés Ouserhat-nakht ( 9 ) et Àmenemi- 
rpet] (13). 

On peut, semble-t-il, admettre cjue ces six derniers porteurs d’eau 
étaient, eux aussi, en fonction en l’an xxix de Ramsès III. En ce cas, 
il ne nous manquerait plus que 6 noms pour connaître toute la liste éta¬ 
blie par Khâemouaset. Espérons que de nouvelles trouvailles ou que de 
meilleures lectures de documents déjà connus permettront un jour de 
combler cette lacune. 


III . Le Transport de l’eau. 

A. Le titre des porteurs d emi. Ce titre est une simple locution verbale : 

/JL ç ^ ce/m qui apporte de Veau; on rencontre une seule fois un titre 
plus développé : ^ _ _ L Cl le porteur d’eau de la nécropole (2) . 

B. Comment transportait-on Veau? Les textes ne permettent guère de 
répondre à cette question ; en effet la rubrique qui introduit la liste des 
porteurs d’eau dans nos deux tableaux de service est assez peu explicite : 

yT & ^ Eü YT M i YJk. JL n cev j^ & p° rtent de l mu aux s em 

de la nécropole (3) 4 * 6 (variante : ^ H 5) ^ ceux qui portent de Veau) W. 


(l) D’après Christophe, op. cit., p. i 34 et note h. 

• 2) Hieratische Papyrus aus den kôniglichen Museen zu Berlin, III, pl. XXXVII 
P. 1 o 655 , 1 . 2. 

W Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 45 , i. 1. 

(4) Gardiner, op. cit., p. 46 , 1 . 9. Noter aussi ^ dans Cerny, Ostraca 

hiératiques ... de Deir el-Médineh, n° 1 5 4 , reclo 1 . 5 . 


___ LES P° RTE uRs d 3 eau. :m 

Nous connaissons des titres analogues qui emploient de même le verbe 

V f’j v 3) F ^ y S 4 ! ! ceux qui portent des légumes V 
3 ^ TT ceux V n P or t en t des poissons - (variante : - 

ceux (pii apportent, des poissons) »» ; ^ M 3) 1 <L ! { ,°„ porteurs de 



Fig. i. — Porteurs de jarre. 

résine de térébinthe M ; \3>^ les porteurs d’or l ,r d ; vUMt- 
les porteurs d argent (,; . 

(,) Gardiner, op. cit., p. 45, I. 8 et p. 46, 1. 9. 

{î) Gardiner, op. cit., p. 46,1. 1 . 

W Gardiner, op. cil., p. 47, 1. 1. 

(4) Papyrus Harris 1, 28, 3 ; 46, 1 ; 48, 2. 

5 Papyrus Lansmg, 4, 1 o ; G ardiner , dans Revue d'Egyptologie. t. VI, p. t 21, note 0 . 

(6) Papyrus Harris I, 46, 1. 

































390 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


Dans tous les cas il s’agit, semble-t-il, d’hommes qui tiennent leur 
charge sur la tête clans des couffes de plus ou moins grande contenance 
(canéphores) (1) . Il faut donc, dans le cas précis qui nous intéresse, 
interpréter nos textes. 

Les porteurs d’eau ravitaillaient-ils Deir el-Médineh en transportant 
sur leur épaule une énorme jarre comme les ouvriers représentés dans 
la tombe de Rekhmirê (fîg. 1 ) (2) ? Il aurait alors fallu que les puits ne 
fussent point trop éloignés du village. Or, comme nous l’apprend M. Bru¬ 
yère, « à Deir el Médineli, aucune infiltration du Nil ne peut percer le socle 
rocheux de la chaîne libyque et certain sondage antique, descendu jusqu à une 
profondeur de 5 s mètres, ne put arriver à rencontrer Veau . Force fut donc, 
comme on le fait encore de nos jours, d aller s approvisionner journellement 
à deux kilomètres de là, à des chadouf échelonnés le long de la lisière des cul¬ 
tures » ( 3) . 

Les bas-reliefs des tombeaux de l’Ancien et du Moyen Empire nous 
apprennent que l’on pouvait aussi transporter l’eau au moyen d’une 
palanche On suspendait par des cordes solides aux deux extrémités 
entaillées d’un morceau de bois concave deux vases de contenance 
moyenne. La palanche portait sur le cou de l’homme qui maintenait 
l’équilibre de ses vases, pendant qu’il marchait, en serrant fort les cordes 


(1) C’est ce qu’indique le déterminatif ^ du verbe fîj . 

W Davies, The Tomb of Rekh-mi-Re at Thebes, pl. LVIII, registre supérieur. — 
Voir aussi la tombe de Ramsès III (n° 1 1), salle C, dans Wreszinski, Atlas. . I, 
pl. 87/1, d’après Wilkinson, Manners and Customs . . ., édit. Birch, II, p. 3 A n° 3 01. 
— Tous les clichés de cet article, à l’exception de la figure 5 , sont dus à l’amabilité 
de mon collègue, le D r Àbd El-Mohsen El-Khachab. Qu’il soit assuré de mon 
amicale reconnaissance ! 

W B. Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el-Médineh (1934-1985), 3 e partie : 
Le village. . ., p. 5 ; voir aussi p. 34 . 

W Mastaba de Mererouka, salle I (Montet, Les scènes de la vie privée dans les tom¬ 
beaux de T Ancien Empire, pl. IX, 3 , en face de la page 1 1 2, et p. 269 = University 
of Chicago, Oriental Institute : Sakkarah Expédition, The mastaba of Mereruka, I, pl. 20 
[photo] et pl. 21 [dessin]). Voir encore Cailliaud, Recherches sur les arts et les 
métiers. . ., pl. 33 À = Newbkrry, Rem Hasan, 1 , pl. XXIX = Klebs, Die Reliefs. . . 
des mittleren Reiches, p. 76, fig. 52 . Sur l’arrosage des jardins selon cette méthode, 
consulter Montet, La vie quotidienne en Egypte au temps des Ramsès, p. 106. 


LES PORTEURS D'EAU. 


391 



Fig. 3.— La palanche du Moyen Empire. 


(fig. 2 et 3) B). Mais la quantité d’eau transportée était assez faible et 
nous ne pensons pas que les porteurs d’eau de Deir el-Médineh aient 
fait régulièrement usage de la palanche. 


(,) On pouvait aussi porter la palanche sur l’épaule, réduire la longueur des 
cordes, suspendre les deux vases à la même extrémité, le premier retenu par le 
second qui avait sa corde dans l’entaille, et tenir d’une main l’autre bout (New- 
berry, Béni Hasan, I, pl. XXX = Kiæbs, Die Reliefs. . . des mittleren Reiches, p. 87, 
fig. Gi). Mais, en ce cas, les deux vases contenaient seulement, semble-t-il, l’eau 
ou le lait nécessaire à la consommation journalière d’un berger. 

Enfin M. Montet signale que des serviteurs circulaient « dans Tescalier et dans 
les corridors » des « maisons habitées par la classe moyenne » « portant. . . des jarres 



































BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


392 

Dans l’Egypte ancienne, le transport de l’eau pouvait encore être assuré 
au moyen d’outres : non seulement nous connaissons le nom égyptien 
de l’outre, niais un bas-relief de l’Ancien Empire nous 

permet encore d’imaginer sa forme (fig. 4) &) e t c l es textes ramessides 
nous font savoir qu’on la remplissait d’eau : ^ V T(3) . On voit 

dans la tombe de Nakht (n° 5a), un fellah étancher sa soif à une outre 
mise à l’abri du soleil ardent sous le feuillage d’un arbre (fig. 5) (*)• 

De nos jours, il est très facile de confectionner une outre en peau de 
chèvre * * 3 * (5) * 7 : elle «se fait sans couture; avec un soufflet on gonfle Vanimal 
mort 1®) ; on retire l intérieur par le cou; on lie les ouvertures des jambes, cou¬ 
pées au genou, et on ferme le cou avec une bonde de bois entourée d’un chiffon » 


pleines d eau suspendues aux deux bouts de la palanche posée sur l’épaule (La vie quoti¬ 
dienne en Egypte au temps des Ramsès, p. 2 9 -3o, d’après Dévies, The toivn house in 
ancient Egypt, Metropolitan Muséum sludies, I, may 1929, p. 233 - 255 ). 

Dictionnaire de Berlin, IV, p. 56 o et 568 . Dans leurs listes des signes hiéro¬ 
glyphiques, Gardiner ( Egyptian Grammar’, p. h 65 , F 3 o) et Lefebvre ( Grammaire 
de l’égyptien classique', p. 3 g o, F 3 o) indiquent que représente une outre en 
peau (water-skin). 

(2J Tombeau d’Iteti, surnommé Chedou (Petrie, Deshasheh, pi. XIX). L’outre sc 
portait en bandoulière; elle était maintenue par une corde attachée aux pattes de 
l’animal et qui s’appuyait sur la poitrine. Quatre outres entourent un bassin 
dans Wilkinson, Manners and customs. . édit. Birch, I, p. 876 n° i 46 , a. 

(3) Stèle de Kouban, 1. 11. Cf. encore cette expression d’un chant d’amour du 
British Muséum, cité par Loret ( Recueil de Travaux. . ., t. XI, p. 119) : 

T '— 

^ ^— j 111 * 

Davies, The Tumb of Nakht at Thebes , pl. XVIII et XXI, registre inférieur, à 
gauche. 

y es t un autre nom de l’outre ( Dictionnaire de Berlin , III, p. 867: 
Lefebvre, Romans et contes égyptiens. . ., Vérité et mensonge, 7,2 et 7,5). Or, selon 
Montet ( Les scènes de la vie privée. . ., p. 81 6) et les listes de signes hiéroglyphiques 
publiées par Gardiner (Egyptian Grammar \ p. 464 , F 26) et Lefebvre (Grammaire 
de l Egyptien classique^ . p. 890, F 26), n est autre qu’une « peau de chèvre pliée 
en deux ». Cf. encore Erman-Ranke, La civilisation égyptienne, traduction Charles 
Mathien, p. 607. 

Ou debarrasse 1 animal de ses poils, de sa tête et du bout de ses pattes. 

(7) Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines , t. V, p. 61 8- 
61 4 , s. v. : uter. On peut aussi prendre la peau de l’animal, la tanner (pour 




Fig. 5.— L’outre du fellah 












































394 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


On peut alors emplir cette outre d’une trentaine de litres d’eau (1 h Rien 
n’empêchait les porteurs d’eau de Deir el-Médineh de se procurer un 
pareil récipient si économique et d’aussi grande contenance, comme le 
font les modernes sagga ^ qui perpétuent une tradition plusieurs fois 
millénaire. 

En supposant que chaque porteur d’eau ait fait cinq voyages quoti¬ 
diens vers le puits ou le canal et qu’il y ait eu, comme nous l’avons 
suggéré, 12 porteurs d’eau en service chaque jour à Deir el-Médineh, 
1800 litres d’eau arrivaient ainsi au village, ce qui porte théoriquement 
la ration journalière de chaque foyer à 1 5 litres. Compte tenu de l’époque 
et des conditions de vie particulières à Deir el-Médineh, ce chiffre nous 
paraît satisfaisant. 

Il nous reste à indiquer comment étaient transportées les outres rem¬ 
plies d’eau. M. Bruyère, en se fondant sur l’organisation qu’il a été amené 
à établir pour subvenir aux besoins de son chantier de fouilles, pense 
qu’il y avait alors « d incessantes corvées d ânes » pour « apporter Veau dans 
des outres » (3 b Rien ne permet d’être aussi affirmatif lorsqu’il s’agit d’ima¬ 
giner les conditions de l’approvisionnement en eau du village antique. 

le tannage, cf. Lucas, Ancient Egyptian Materials and Industries, p. 46 - 48 ) et la 
coudre en forme de sac. Mais dans cette sorte d’outre les liquides risquent de 
prendre une saveur désagréable. 

(1) On nous a assuré qu’une telle outre pouvait contenir jusqu'à 36 litres d’eau. 
Dans l’Egypte antique, selon Hérodote ( Histoires , II, 1*21 §, traduction Philippe 
Legrand, p. 149), 011 pouvait aussi emplir Loutre de vin : Il équipa des ânes, rem¬ 
plit des outres de vin, les chargea sur les ânes, et ensuite poussa ceux-ci devant lui. 

Ailleurs on y mettait encore de l’huile (Contenàu, La vie quotidienne à Babylone et 
en Assyrie, p. 5 s); mais dans tout l’Orient elle servait surtout au transport de 
l eau : voir par exemple pour la Mésopotamie (Contenàu, référence citée) et pour 
Israël (Bertiiolet, Histoire de la civilisation d’Israël, traduction Jacques Marty, 
V • “J 2 )- 

Pour les divers usages de l’outre dans l’Antiquité classique, cf. Daremberg et 
Saglio, op. cit., t. V, p. 61 3-6 16, s. v. : uter. 

(2) Lane, The manners and customs of the modem Egyptians, édition de 1944, 
p. 3 27-329. Dans cet ouvrage il est aussi fait mention de l’outre en peau de 
bœuf qui contient autant d’eau que 3 ou 4 outres en peau de chèvre. 

(3) Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el-Médineh (1934-1935), 3 e partie : 
Le village . . p. 5 ; voir aussi p. 17 et 34 . 


1 


LES PORTEURS D’EAU. 395 

Nous nous contenterons d’interroger les documents qui nous sont 
accessibles : les ostraca n’indiquent jamais que les porteurs d’eau possé¬ 
daient des ânes; bien au contraire, ils nous font savoir quï/$ en emprun¬ 
taient. Nous essaierons tout à l’heure de montrer dans quelles circons¬ 
tances particulières ces ânes étaient nécessaires aux porteurs d’eau. Et 
nous admettrons que, dans leur service quotidien, les hommes pla¬ 
çaient leur lourde charge en écharpe sur leur dos, le cou de la bête bien 
probablement à la hauteur de leur épaule, car c’est par là qu’on emplis¬ 
sait et qu’on vidait l’outre : il fallait éviter toute perte du liquide pré¬ 
cieux sur la route qui menait du puits ou du canal vers le village. 

C. Les postes d eau à Vextérieur de l enceinte. Les travaux de M. Bruyère 
en ont établi l’existence. 

Il y avait un poste d’eau « à quelques mètres en dehors de la porte principale 
du nord, sur une sorte de place, où nous avons découvert, dans le sol, la cavité 
en entonnoir, bordée d une margelle de pierre, dans laquelle un vaste cratère de 
2 mètres de diamètre se dressait auprès de la hutte d un gardien de la provision 
d'eau » (B. 

C’est à peu près certainement là que les porteurs d’eau venaient 
vider leurs outres ^ * 1 2 3 '. Il faut sans doute supposer qu’un second poste 
d’eau se trouvait en dehors de k porte principale du sud ^ pour satis¬ 
faire au ravitaillement en eau des habitants de la partie méridionale du 
village : mais ses vestiges n’ont pas été retrouvés. 

D. La répartition de Veau à l intérieur de l enceinte. Ainsi les porteurs 
d’eau n’avaient pas à pénétrer dans le village; ils partaient, après con¬ 
trôle^, emplir à nouveau leurs outres. Il fallait alors faire parvenir 
l’eau dans chaque foyer. 


(1) Bruyère, op. cit., p. 34 et note 2 ; voir aussi p. 5 . 

(2) Bruyère, op. cit., p. 29 : La porte d’entrée du village était au nord et elle demeura 
à cette place jusqu’à la fin de l’occupation du site. 

Bruyère, op. cit., p. 3 o : Au sud, on ne trouve aucune trace de porte et cependant 
le tracé des rues semble appeler logiquement une sortie vers la Vallée des Reines et Médinet 
Habou . 

Il y avait, semble-t-il, deux sortes de contrôle : un contrôle personnel qui 
était lait au poste de police établi sur la route qui menait à la porte méridionale 














390 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


M. Bruyère signale encore « les relais d'eau que Von trouve en parcourant 
les rues du village » W : il s’agit « d'énormes cratères de céramique disposés en 
certains points en guise de réservoirs publics» Les fragments qui ont été 
retrouvés ici et là permettent de donner les dimensions de ces réservoirs : 
«presque 2 mètres de hauteur, 1 ni. 5 0 de diamètre au point le plus large de 
la panse, 0 m . 60 de diamètre au col» M et « une épaisseur variant de 0 rn. 20 
à o m. o5»^K Des signes hiéroglyphiques datent ces cratères : les plus 
anciens sont des règnes de Thoutmosis III, de Hatchepsout et d’Améno- 
phis II * (l) * * * (5) * . 

Ainsi « dans la rue, à l abri de certains renfoncements, de grosses amphores 
piquées en terre tenaient lieu de fontaines ou de puits où chacun venait boire et 
remplir les cruches de la maison» 

La répartition de l’eau à l’intérieur de l’enceinte s’opérait donc en 
deux temps : i° du poste d’eau aux cratères, peut-être au moyen de 
deux vases suspendus à une palanche (7) ; travail régulier, monotone et 


du village (Bruyère, op. cil., p. 34-36 et iig. 5 ) ou au poste qui vraisemblablement 
gardait la route du nord et qui n’a pas pu être localisé par M. Bruyère (d’ailleurs il se 
trouvait peut-être assez loin de Deir el-Médineh dans la direction du Ramesséum). 

Le second contrôle, plus sérieux, se faisait très probablement aux portes mêmes 
du village, près des postes d’eau; il permettait, d’après le tableau de service, de 
dresser la liste des absents et de vérifier le nombre des voyages vers le puits ou le 
canal effectués par chaque porteur d’eau. Cf. ,, # A ' jEEÎ 

Kenro ne fournil pas d eau (Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° l\ 3a, 
recto 1. 1). 

(l) Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el-Médineh (i934-iy35), 3 e partie : 
Le village. . ., p. 34. 

^ Bruyère, op. cil., p. 34 et note 1. 

Bruyère, Fouilles de VI.F.A.O. {années ig3i-i()3â), Deir el-Médineh, p. 78. 

{4) Bruyère, op. cil., p. 70. 

Bruyère, op. cil., p. 76; Rapport sur les fouilles de Deir el-Médineh ( 1 934- 
lyBà), 3 e partie : Le village. . ., p. 7. 

^ Bruyère, op. cit., p. 5 ; voir aussi p. 32-33. 

(7] Bruyère, op. cit., p. 1 8 : ces venelles d’un mètre de largeur laissent malaisément 
passer un âne lesté de deux amphores pleines d’eau. Ce qui rend la scène décrite par 
M. Bruyère {op. cit., p. 34) assez peu vraisemblable : Anes. . ., hommes et enfants. .. 
s'engagent ensuite dans les ruelles et vont, de porte en porte, comme on le voit encore de 
nos jour à, satisfaire les demandes de chacun. 


LES PORTEURS D’EAU. 


397 


réservé à des hommes, esclaves ou prisonniers de guerre affectés à la 
communauté; 2 0 du cratère public au zir familial (1) , sans doute au 
moyen des jarres que les femmes d’Orient ont coutume de porter sur 
la tête l2) . 


IV. Les autres corvées des porteurs d’eau. 

S’ils avaient à Deir el-Médineh un rôle nettement défini, les porteurs 
d’eau n’en étaient pas moins astreints à différentes corvées. Les textes 
permettent en effet d’établir la liste des produits variés qu’ils pouvaient 
transporter dans des circonstances encore indéterminées mais nécessai¬ 
rement extraordinaires. 

C’est ainsi qu’ils étaient susceptibles de livrer aux artisans de la nécro¬ 
pole : les rations mensuelles du bois^, de l’orge (5) , des légumes 


(1) Les amphores à eau se trouvent généralement dans les cuisines (par ex. 

Bruyère, op. cit., p. 76). A rapprocher ce passage d’un texte de Ramsès 11 {Annales 
du Service. . ., t. XXXVIII, p. 223 et 229, 1. 16-17) : ff/$ \ ^ j *| 7 ^ 

*"! T ! ^ if, *=* i G |I J ’ a{ confectionné de grands 

vases sur le tour à potier pour faire les poteries où rafraîchira votre eau pendant la sai¬ 
son d’Eté. 

(2) Le ravitaillement en eau des artisans de la nécropole thébaine était parfai¬ 
tement organisé. C’est ainsi qu’on notait scrupuleusement la quantité d’eau attri¬ 
buée à chaque foyer (Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 60 et 
n° 391). Cette quantité était évaluée en o khar et en hekat (1 khar équivaut, 
à l’époque ramesside, à 73 litres, 6 ; 1 hekat, le 1/16 e du khar, à 4 litres, 6, 
d’après Gardiner, The Wilbour Papyrus, vol. II, p. 64 ). 

(3) Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 34, recto 1. 11 ; peut- 
être aussi Gardiner, Ramesside Administrative Documents, p. 56, 1. 8-9. 

(4) Cerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 1 5 1 , verso 1 . 1 8 et n° 168, 
recto 1 . 4 . Peut-être aussi, Cerny, op. cit., n° 55 , recto 1 . 2 ; n° i 45 , recto 1 . 9 et 
10-11, verso 1 . 4 ; n° 147, verso I. 7 et 9 ; n° 1 52 , col. III, 1 . 1 ; n° 1 53 , verso 
1 . 2. 

(5) Ostracon inédit de Deir el-Médineh, transcrit par S. Sauneron, n° provisoire 
65, 1. 1-2. Peut-être aussi Cerny, Ostraca hiératiques {Catalogue général du Musée 
du Caire), n° 25721, recto 1. 5 et Gardiner, Theban Ostraca, B 10. 

(6) Cerny, op. cit., n° 25598, recto 1 . 2-3 et 4 - 5 , verso 1 . 4 - 5 . 

Bulletin de VInstitut d’Egypte, t. XXXVI. 3 a 

















398 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


des marchandises non mentionnées ^ ; peut-être aussi des vases des 
cruches de bière du plâtre 

Voilà pourquoi le porteur d’eau était quelquefois obligé d’emprunter 
un âne ^ 5) , <=> ^ ^ ^ ^ pour son travail ^ 61 , c’est-à-dire pour la cor¬ 

vée supplémentaire qu’il devait fournir. Il est à remarquer d’ailleurs 
que ces prêts d’ânes étaient généralement consentis par des artisans 
de la nécropole thébaine ^ \ à des porteurs d’eau ^ ou 

à des fournisseurs de bois 

V. La condition des porteurs d’eau. 

Les differents documents que nous avons analysés pour cette étude 
nous apportent les précisions suivantes sur la condition des porteurs 
d’eau de Deir el-Méclineh à l’époque ramesside : i° Ils appartenaient 
à la classe sociale inférieure. Leur pauvreté est évidente : ils ne possé¬ 
daient pas d’âne et devaient porter leur outre sur le dos. D’autre part, 
leur titre et leur nom ne se lisent sur aucun monument, tombeau, stèle 
ou objet de moindre importance; 2 ° Ils étaient, au nombre de 2 4, 
enrôlés par une sorte de préfet local de l’annone, l’un des portiers du 
village, qui les affectaient par moitié à l’une ou à l’autre des deux équipes 


9) Gerny , Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n° 36, recto 1. 8 ; n° i58, 
L 4. 

(2) Gerny, op. cit., n° 55, recto 1. 3-4. 

Gerny, op. cit., n° i56, recto 1. 2. 

Gerny, op. cit., n° 37, recto 1. 7. 

Gerny, op. cit., n os 62, 63, 65, 67, 70, 72, 2 44, 364, 42 5 et 451 : Hiera- 
tische Papyrus aus den kôniglichen Museen zu Berlin, pl. XXXV, P. 1121; Gardîner, 
Theban Ostraca, B 1 o. 

(6) Gerny, Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n os 62, 63, 64, 65, 67, 69, 
70, 244, 407 et 45 1 ; Hieratische Papyrus aus den kôniglichen Museen zu Berlin, 
pl. XXXV, P. 1121. 

Gerny , Ostraca hiératiques. . . de Deir el-Médineh, n os 62, 2 44 et 451. 

w Gerny, op. cit., n os 62, 63, 65, 70, 244 et 45 1 font précéder le nom de 
l’emprunteur de son titre de porteur d’eau. 

(9) Gerny, op. cit., n os 66, 68, 69 et 71. 







LES PORTEURS D’EAU. 


399 


d’artisans (I) 2 ; chaque groupe de 12 était, semble-t-il, dirigé par un chef 
des porteurs d’eau et se scindait en deux sections égales qui assuraient 
alternativement le ravitaillement en eau du village ; 3° Ils pouvaient être 
requis pour aider au transport de certaines marchandises, soit pendant 
leur jour de repos, soit dans le cas où le fournisseur attitré était provisoi¬ 
rement empêché ou incapable d’assurer seul son service, soit encore 
lorsque l’inondation de la vallée rendait le transport de l’eau moins 
difficile et libérait de toute obligation un ou deux membres de la section W ; 
4° Ils ne devaient pas franchir les portes du village ; par conséquent ils 
logeaient en dehors de l’enceinte de Deir el-Médineh (3) * * 6 * * 9 , sinon en dehors 
de la zone réservée aux temples funéraires de la rive gauche de Thèbes^b 

Héliopolis, 2 février 19 54 


(1) Peut-être aussi «à l’une ou à l’autre des deux portes». 

(2) Cf. encore cette phrase d’un ostracon inédit de Deir el-Médineh, transcrit 

par S. Sauneron, n° provisoire 120, 1 . 1-2 : I ~ B \ 

■ • À- * ] I W /MW, ^iwww\ Jiy. <-> • 

Donné au porteur d'eau Pentaouret un vase¬ 
line d'huile d'onction pour (le) vendre. Et Pentaouret reçut en guise de commission 
un pain-'M. 

W Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el-Médineh (1934-1935), 3 e partie : 
Le village. . ., p. 9 et 16-17. 

A l’intérieur de l’enceinte, « nous n'avons pas trouvé, comme à Tell el Amarna, 
des pierres percées pour attacher un licol, des mangeoires et abreuvoirs et des litières de four¬ 
rage, soit dans les maisons, soit dans les rues » (Bruyère, op. cit., p. 33 ). Ainsi les arti¬ 
sans possesseurs d’ânes devaient habiter dans les quartiers excentriques qui «sont 
rassemblés autour des chapelles votives égrénées tout le long de la falaise du nord et un peu 
vers le pied de la colline de l’ouest » (Bruyère, op. cit., p. 1 7). Il faut enfin se souvenir 
que selon Peet (The Great Tomb-robberies of the twentieth Egyptian Dynasty, I, Text, 
p. i 3 ), les artisans de la nécropole thébaine étaient, à l’époque ramesside, répar¬ 
tis en deux équipes de 120 hommes chacune et que M. Bruyère a dénombré seu¬ 
lement 120 foyers à Deir el-Médineh, à l’intérieur et à l’extérieur de l’enceinte. 
Dans ces conditions, il est, semble-t-il, probable que les porteurs d’eau aient 
été logés ailleurs. 

32 . 




















I 


400 BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


APPENDICE 


I. Les femmes et 'le transport de l’eau 


A. En Egypte ancienne 

La servante alla pour se puiser de l’eau, et un crocodile l’enleva (Papyrus 
Westcar, 12, 19, traduction Lefebvre, Romans et contes égyptiens ..., 

P- 9°)- _ 

Elle est allée pour se puiser un peu d’eau et un crocodile l’a enlevée (Papyrus 
Westcar, 12, 2 5 , traduction Lefebvre, même référence). 

B. En Grèce ^ * * 

Quand les femmes allaient puiser l’eau ci la fontaine, soit pour les besoins 
journaliers, soit pour quelque cérémonie religieuse, elles plaçaient sur leur tête 
un coussinet d’étoffe ou de cuir ..., et elles posaient, dessus Vhydrie, soit debout, 
soit couchée sur le flanc tant quelle était vide (Daremberg et Saglio, Dictionnaire 
des antiquités grecques et romaines, III, i re partie, p. 3 2 1 , s. v. : hydna ; en 
note à propos des hydrophores : La représentation des hommes dans cet 
office est beaucoup plus rare). 

* 

C. En Israël ^ * * 

Comme ils montaient à la ville, ils rencontrèrent des jeunes files sorties pour 
puiser de l eau (Samuel, I, 9,1 1). 


Une femme de Samarie vint, puiser de l’eau (Evangile selon Saint-Jean, 4, 7 ). 


Pour guider Ulysse dans la ville des Phéaciens, Athéné se transforme en une 
petite fdle, porteuse d’une cruche (Homère, Odyssée, Livre VII, 18-22. 

(2) Cf. Bertholet, Histoire de la civilisation d'Israël, traduction Jacques Marty, 

p. 219. 


LES PORTEURS D'EAU. 


401 


* 

* * 

D. Dans l’Egypte du xix e siècle (B 

Toutes ces fellahs, jeunes ou vieilles, vierges ou matrones, grasses ou maigres, 
portaient quelque chose : celle-ci tenait... : celle-là portait, semblable à une 
canéphore du Parthénon, une jarre de terre ou de cuivre jaune placée sur la tête, 
en travers lorsqu elle était vide, et debout si elle était remplie d’eau. Parfois 
elle l étayait de la main, et son bras , mis à nu jusqu,’à l épaule par ce mouvement, 
s agrafait à l urne comme une anse du dessin le plus pur (Théophile Gautier, 
L’Orient, t. II, p. 216-217). 

II. Les porteurs d’eau dans la littérature et dans l iiistoire ^ 

A. A Rome 

Ensuite, quand tu viendras à la ferme, on te donnera une amphore, un sentier 
a suivre, une fontaine, un chaudron et huit tonneaux (dolia) ^ (Plaute, 
Casina, acte I, scène 1, vers 120-122, traduction Alfred Ernout dans 
Plaute, Comédies, collection Guillaume Budé, t. II, p. 166). 

Deux hommes qui se sont éreintés à nous apporter de l’eau (Plaute, Poenu- 
lus, acte I, scène 2, vers 2 24 , traduction Alfred Ernout, op. cit., t. V, 
p. 181). 

Point d amant? on s’attaque aux esclaves. Point d’esclaves? on fait venir, 
à prix convenu, un porteur d’eau ^ (Juvenal, Satires, VI, vers 331 - 332 , 

(1) Pour les femmes turques et leur rôle dans la répartition de l’eau dans les 
palais, cf. S.A.R. le prince Mohamed Ali, De ma naissance à 1882, Le Caire ig 5 o, 
p. 1 5 , s. v. : zirji. 

(2) Les hydrophores et les aquarii sont simplement mentionnés dans Cumont, 
L'Égypte des astrologues, p. 54 note 3 . 

(3) Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire, p. 56 : Déjà dans 
les comédies de Plaute, le maître de maison veille à ce que sa domesticité remplisse 
chaque jour les huit à neuf jarres (dolia) de bronze ou d'argile qu'il ne cesse de tenir 
en réserve. 

Carcopino, op. cit., p. 56 : Dans les Satires de Juvénal, les porteurs d'eau (aquarii) 
sont désignés comme le rebut de l'esclavage. 

32 .. 
















402 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


traduction Pierre de Labriolle et François Villeneuve dans Juvénal, Satires, 
collection Guillaume Budé, p. 71). 


Les riches particuliers eurent aussi des aquarii, ou fontainiers employés au 
service des eaux, dans leurs maisons et dans leurs domaines : c étaient ou leurs 
esclaves, ou des ouvriers loués pour ce travail, et c est sans doute pour ces derniers 
que Vèdit de Dioclétien fixe le prix de la journée à vingt-cinq deniers. 

Des aquarii étaient aussi employés à porter l eau nécessaire aux soldats ll) . 

On appelait encore aquarii et aquarioli des hommes de condition infime et 
décriée, la plupart affranchis, qui portaient dans les maisons l’eau nécessaire à 
la cuisine, aux bains, etc., et en profitaient souvent pour faire le métier d’entre¬ 
metteurs, TtopvoS'icLKovos ( Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités 
grecques et romaines, t. I, i re partie, p. 346 , II, s. v. : aquarii ) 


Pas d’eau courante aux étages. A son défaut, le locataire doit aller puiser 
l’eau aux fontaines publiques ou recourir aux services des porteurs d’eau — 
aquarii — et, d’ailleurs nul ne peut avoir l’eau chez soi qu’avec une permission 
spéciale de l’empereur et à titre purement personnel (Homo, Rome impériale 
et l’urbanisme dans l’Antiquité, collection VEvolution de l’Humanité n° 18 bis, 
p. 568 ). 


Chez lés jurisconsultes de la première moitié du 111 e siècle ils (les porteurs 
d’eau) demeurent si nécessaires à la vie collective de chaque immeuble qu’ils 
font, pour ainsi dire, corps avec lui, et passent en même temps que ses portiers 
(ostiarii) et ses balayeurs (zetarii), dans la succession à laquelle il est échu 
(Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire, p. 56 ). 


(1) Ce sont les utrarii (Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et 
romaines, t. V, p. 61 4 , s. v. : uter ). 

(2) Voir aussi Pauly-Wissowa, Real Encyclopàdie. . ., III, col. 3 ii- 3 i 3 , s. v. : 
aquarii. 

(3) Paul, au Digeste, III, 6, 58; cf. Papinien, au Digeste, XXXIII, 7, 12, 4a. 


LES PORTEURS D’EAU. 


403 


* 

B. En Gaule Romaine * * 

Les demeures les plus aisées, seules, avaient leur adduction branchée sur les 
conduites publiques. Aussi la plupart des habitants devaient-ils aller chercher leur 
eau aux réservoirs ou aux fontaines de la ville : c’était, presque chaque jour, la 
corvée pour les serviteurs, à moins qu’il n’y ait eu, ce que nous ignorons, des 
porteurs livrant à domicile W (Duval, La vie quotidienne en Gaule pendant la 
paix romaine, p. 63 ). 

* 

A * * 

C. En France au Moyen Age 

L eau n abonde pas dans les maisons : elle y est apportée du dehors par des 
hommes dont c est le métier de monter les seaux, à moins qu’on ne possède un 
puits dans son jardin (Faral, La vie quotidienne au temps de Saint Louis, 
p. i 9 4 ). 


A toute heure du jour, de longues « queues » de ménagères ou de servantes 
attendent leur tour de remplir cruches et seaux. Enfin, des porteurs d’eau — 
à qui il est interdit de s’alimenter aux fontaines — vont puiser l’eau à la 
Seine et la portent à domicile (Defourneaux, La vie quotidienne au temps 
de Jeanne d’Arc, p. 2 45 ). 

•* 

* * 

D. En France au xix e siècle 

Les Parisiens étaient forcés de recourir, pour ne pas mourir de soif, aux bons 
offices des Auvergnats, qui déambulaient par la ville, en traînant leurs petits 
tonneaux montés sur roues, ou avec une paire de seaux accrochés à un cercle 
de bois. 

Théoriquement ces seaux devaient être remplis aux fontaines dites « épura¬ 
toires», mais beaucoup de porteurs trouvaient plus simple et plus économique 


M) Le premier seau trouvé en Gaule fut mis au jour à Alésia (S. Reinach, Cata¬ 
logue illustré du Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, t. II, p. 55 
et 116). 
















404 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


(Valler puiser l’eau de la rivière, et Von devine de quel troupeau de microbes ils 
régalaient ainsi, chaque matin, leur clientèle (Robiquet, La me quotidienne au 
temps de Napoléon, p. 80). 


Dans les étés secs, au temps des basses eaux, Paris, les grandies villes tiraient 
la langue. Et les porteurs d’eau profitaient de l occasion pour augmenter leurs 
prix. 

Ils occupaient, depuis le Moyen Age, dans le spectacle de la rue une place à 
part. On leur attribuait à peu près tous les défauts, hors celui de consommer leur 
marchandise. Auvergnats pour la plupart, Auvergnats de comédie, avec le collier 
de barbe et l’accent réglementaires, ils montaient jusqu aux mansardes, leurs 
seaux suspendus à une sorte de longue barre transversale reposant sur leurs 
deux épaules ; l’eau débordait, inondait la maison, les escaliers se muaient en 
cataractes, mais les porteurs d’eau se riaient de ces malheurs ; ils constituaient 
une corporation solidement organisée; de leur obligeance ou de leur hostilité, 
de leur bonne ou de leur mauvaise humeur, dépendait la vie de la maison; on 
risquait, à leur déclarer la guerre, de mourir de soif ou de crasse. 

Et l’on n’avait pas la ressource de changer de porteur. A Paris, les immeubles 
étaient strictement répartis et la concurrence n existait pas. Le seul moyen 
était d’aller soi-même à la fontaine, et beaucoup de ménagères n’y manquaient 
pas — heureuses à la fois de bavarder en emplissant leurs cruches et d’écono¬ 
miser le salaire du porteur : un sou les deux seaux. 

L ’eau était transportée aussi par tonneaux sur roues, mais il ne fallait pas 
compter en recevoir après la tombée du jour. Une ordonnance de police exigeait 
que les tonneaux fussent pleins, pendant la nuit, en cas d’incendie (Burnand, 
La vie quotidienne en France en i 83 o, p. 72-78). 


Et voici le pittoresque porteur d’eau, un cercle de bois sur les épaules, tenant 
suspendus à des bretelles de cuir ses seaux qui dégoulinent et qu’au cri de : 
«A l’eau! à l’eau, oh!» il transporte de maison en maison et monte d’étage en 
étage pour alimenter de cette eau sans laquelle cuisine et toilette seraient impossibles, 
les Parisiens, si nombreux alors, dépourvus d’eau courante. Métier fatigant, 
qui ne rapporte guère, et pour lequel il faut des hommes forts comme ce Macha- 
voine, enfant de l’Auvergne, ainsi que la plupart des porteurs d eau, et que, 


LES PORTEURS D’EAU. 


405 


dans Le Misanthrope et l’Auvergnat, de Labiche, Lubize et Siraudin, la 
domestique du misanthrope , trouvent si bien bâti (Auem, La vie quotidienne sous 
le second Empire, p. 16 5 ). 

* 

* * 

E. Les cris des porteurs d’eau français 

Qui est-ce qui, veut de l’eau? (Lefranc, La vie quotidienne au temps de la 
Benaissance, p. i 46 ). 

Qui veut de l’eau? (Mongredien , La vie quotidienne sous Louis XIV, p. 35 ). 


A l’eau! à l’eau, oh! (Allem, La vie quotidienne sous le second Empire, 

p. 1 65 ). 

* * 

F. Dans l Egypte du Moyen Age 

On évalue à plus de 4 0.000 le nombre des chameaux employés à porter 
l’eau dans les deux villes (Caire et Babilone), car les Sarrasins font une 
grande consommation d’eau, et toute celle dont ils disposent vient du khalîg. 
Tout chameau employé ainsi au transport de l’eau est enregistré et fait l’objet 
d’une taxe fixe payée au sultan pour T eau tirée du fleuve. Encore un grand 
nombre ne sont-ils pas inscrits pour cette redevance : ce sont les chameaux du 
sultan, ceux du gouverneur et ceux des nombreux autres seigneurs, qui ne paient 
pas la taxe (Gucci di Dino, 1384) 


Les rues fréquentées de la ville ont besoin d’être arrosées d eau trois fois par 
jour contre la grande chaleur et la poussière qui, sans cela, seraient suffocantes, 
car les rues ne sont pas pavées. Toute cette eau, et toute l eau qu’on utilise dans 
les maisons pour le lavage et la boisson, est prise au Nil et apportée à dos de 


Oî P. H. Dopp, Le Caire vu par les voyageurs occidentaux du Moyen Age, dans 
Bulletin de la Société de Géographie d'Egypte, t. XXIII, 1960, p. 1 A 4 . 














406 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


chameau. J’appris ce fait que plus de 20.000 chameaux sont employés uni¬ 
quement à apporter toute la journée en ville, dans de grandes outres de peau de 
chèvre attachées à leurs côtés, de l’eau puisée dans le Nil. Il y a en outre environ 
dix mille hommes qui portent sur le dos, à toute heure du jour, de l’eau 
du Nil dans des outres de peau de chèvre ; ils en donnent un gobelet pour une 
pièce de monnaie de cuivre, permettant ainsi aux gens de se désaltérer pen¬ 
dant les grandes chaleurs , De riches païens ont d’ailleurs établi par esprit 
de charité et pour l’amour de Dieu des points d’eau en beaucoup d’endroits 
des rues : ce sont de grands vases qu’on entretient pleins d’eau et où chrétiens, 
juifs et païens peuvent boire gratuitement. Sans cela beaucoup périraient suf¬ 
foqués par la poussière et la grande chaleur (Arnold Von Harff, 1 ^ 97 ) W. 


* 


* * 


G. Dans l’Egypte du xix r siècle 

Les porteurs d’eau ^ chargés au Caire de l’arrosement public se promenaient 
d un pas lent et régulier, ayant sur les reins des outres en peau de bouc rappe¬ 
lant celles que pourfendit le bon chevalier de la Manche, mais qui, tailladées par 
son invincible estoc, n’eussent pas répandu de vin. Une des pattes de la bête 
garnie d’un ajutage de bois, servait de robinet et dispersait en fine pluie l’eau 
du Nil sur la poussière de la route (Théophile Gautier, L’Orient, t. Il, 
p. 2 1 9-220). 

* 

* * 

ADDENDA 

Quelques suggestions intéressantes m’ont été faites par plusieurs de 
mes collègues. Je me fais un devoir de les publier à la suite de mon article 
en assurant le D r Keimer, MM. Michaïlidès, Sauneron et Yoyotte de ma 
sincère gratitude. 


(1) Ibidem, dans Bulletin de la Société de Géographie. . ., I. XXVII, 1 954, p. h 1-/12. 

(2) Représentations de porteurs d’eau dans Description de l’Egypte, Etat moderne, 
Planches, t. Tf, pl. J et dans Lane, The manners and customs of the modem Egyptians, 
édition de 19 44 , p. 829. 

(,) Il s’agit plutôt, semlde-t-il, du cou de l’animal. 


LES PORTEURS D’EAU. 


407 


I. (p. 392) Mon confrère, le D r Keimer, a bien voulu me signaler qu’à 
l’époque actuelle, les outres sont faites non seulement en peau d’ani¬ 
mal domestique (chèvre, mouton, etc.), mais encore en peau d’animal 
sauvage (gazelle, antilope, bouquetin, etc.). Le bouquetin (ibex, capra 
nubiana) vit dans les montagnes qui bordent la mer Rouge (G. W. Mur¬ 
ray, Sons of Ishmael, p. 1 19) ; sa peau fournit l’outre qui a la plus grande 
contenance et qui est la plus solide : elle est très recherchée et vendue 
très cher, jusqu’à L. E. 2, chez les Betljas. 

On peut, semble-t-il, admettre que les porteurs d’eau de l’Egypte 
ancienne utilisaient aussi des outres en peau de bouquetin ; le domaine 
de cet animal était sans doute encore plus étendu qu’il ne l’est de nos 
jours : on rencontrait le bouquetin partout où il figure sur les gravures 
rupestres, notamment au Ouadi Hammamat (cf. Derono, Annales du Ser¬ 
vice. . ., t. LI, p. 85 et pl. XVII a et XVIII). 

II. (p. 390). Le D r Keimer a de même attiré mon attention sur les 

ouchabtis. Parmi les travaux auxquels ces «répondants» sont astreints, il 
y a l’arrosage des champ s près des rives : isuv.r (cf. Christophe, 

Annales du Service. . ., t. XLVIII, p. 1 36 , 1 . 6-7). Au dos de ces ouchab¬ 
tis figure une palanche à laquelle sont suspendus deux vases. 



Fig. 6. — Scarabée de la collection Michaïlidès 
(a. empreinte ; b. la base du scarabée). 


III. (p. 3 qo). M. Georges Michaïlidès a eu l’amabilité de me commu¬ 
niquer et de me permettre de publier un scarabée qu’il a acquis lors 
de la dispersion de la collection Blanchard. Ce scarabée, dont la prove¬ 
nance est inconnue, est du type à prothorax indiqué sans élytres, il est 















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


408 

en stéatite et n’a jamais été, semble-t-il, recouvert d’un vernis de cou¬ 
leur. Sa base représente, au-dessus d’un signe —*% un porteur d’eau 
qui tient solidement de ses deux mains les cordes qui joignent la palan¬ 
che à deux vases de forme particulièrement allongés (fig. 6 a et i). 

Par son aspect, ce scarabée s’apparente au n° 36543 du Musée du 
Caire (Newberry, Scarab-shaped Seals, p. 187, pl. XIII et XIX) qui date 
du début de la XVIII e dynastie. Mais cette datation n’a rien d’absolu et le 
scarabée de la collection Michaïlidès pourrait bien être de l’époque rames- 
side et avoir servi de cachet à un jardinier. Quoi qu’il en soit, en dehors 
des scènes de jardinage figurées dans les tombes civiles, je ne connais pas 
d’autre monument représentant un porteur d’eau de l'Egypte ancienne. 

IV. (p. 388 ). Pour compléter ma documentation, M. Sauneron m’a 
notamment rappelé que l’un des domaines de Ti (Wild et collab., Le 
tombeau de Ti, 2 e fasc., pl. CVI) est désigné par cette inscription : ^ 



V. (p. 394). M. Yoyotte m’a demandé de tenir compte du ravitaille¬ 
ment massif de l’armée de Cambyse en marche vers la vallée du Nil : 
il (le roi des Arabes) remplit d'eau des outres en peau de chameau et les char¬ 
gea sur tous ses chameaux vivants (Hérodote, Histoires, III, 9, traduction 
Philippe Legrand, p. 4 s). Il n’est pas dans mon intention de rouvrir 
le dossier de la date d’introduction du chameau en Egypte (cf. en der¬ 
nier lieu Leclant, Bulletin de I L F. A. O t. XLIX, p. 25 o- 25 i et Zaki 
Youssef Saad, Royal Excavations at Hehvan, 1945-1947, p. 38 et note 2). 
Je tiens seulement à faire remarquer que le ravitaillement quotidien de 
Deir el-Médineh ne peut se comparer au ravitaillement exceptionnel d’une 
armée qui traverse une région désertique. 

VI (p. 388 ). Enfin M. Yoyotte m’a fait souvenir que dans fonomas- 
tique le nom propre X\JL est attesté à la basse époque (Ranke, 
Die dgyptischen Personennamen, t. I, p. 101, n° 7). D’autre part, il se 
demande, d’après une suggestion de M. Kuentz ( Etudes de Papyrologie, 
t. II, p. 55 ), si les noms propres grecs Qopfious (Uoptytovs) et Qoppovs 
(Preisigke, Namenbuch . . ., p. 467, 338 et 1 4 1 ) ne représentent pas 
«le porteur, la porteuse d’eau». 


CONTRIBUTION À L’ÉTUDE 

DE LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE") 

PAR 

G. MICHAILID 1 S 

JIoÀAàiv ÔVO(JUXTÙ)V (JLOpfiÔ [LICL (2) 

INTRODUCTION 

Le nombre des études ^ consacrées récemment à la Grande Déesse 
nous révèle de plus en plus l’étendue de son culte. Quoique les déesses 
d’Egypte soient aussi importantes que ses dieux, on n’a pas encore essavé 
de préciser leurs rapports avec cette entité primitive dont tirent leur 
essence les manifestations religieuses féminines chez tous les peuples qui 
entourent la vallée du Nil. Disons tout de suite, pour éviter tout malen¬ 
tendu, que nous ne croyons pas à l’existence d’une communauté reli¬ 
gieuse dans le bassin de la Méditerranée Conclure à l’identité des 
divinités et à la coïncidence des figures divines d’après la communauté de 

( U Communication présentée à la séance de l’Institut d’Egypte le 5 avril 1954. 

{2) Eschyle, Prométhée, 212. Il s’agit delà Terre, une des formes de la Grande 
Déesse ; cf. Pausanias, I, 3 i, 2, à Phlionte la Terre continuait à recevoir le nom de 
Grande Déesse. 

V/ Ch. Picard, Ephèse et Claros; Paris, 1922. LEranos Jahrbuch de 1938 con¬ 
sacré à la Grande Déesse; J. Przyluski, La Grande Déesse, Paris, 1950 ; G. Radet, 
Cybébé, Etude sur les transformations plastiques d un type divin (Biblioth. des Univ. du 
Midi, XIII). Nous ne mentionnons ces ouvrages qu’à titre d’exemples en nous limi¬ 
tant à ceux qui étudient la Grande Déesse dans son ensemble, mais il n’est point 
de monographie de divinité féminine qui ne soit plus ou moins une étude de la 
Grande Déesse sous un de ses aspects. Nous en mentionnerons quelques autres 
au cours de cette étude. 

(4) Nous en exceptons quelques allusions sporadiques. Cf. J. de Morgan, L'/u/raa- 
nité préhistorique, p. 266 sq. 

(5) Cf. Momolina Marconi, Rijlessi mediterranei nella più antica religione laziale, 
Milano 1989. 

Bulletin de VInstitut d’Egypte, t. XXXVI. 


33 

















410 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


leurs attributs, c’est fausser la nature particulière de chacune d’elles G). 

Nous ne saurions ici, par suite de l’espace limité, qu’esquisser tout au 
plus quelques figures de déesses-types pouvant servir de jalons à une 
étude plus ample du sujet. Ce court travail nous permettra, espérons- 
le, d’examiner l’apport de l’élément féminin dans la religion égyptienne 
et le rôle qu’il y a joué 



Fig. 1. Nout enfantant le soleil (Budge, The Gocls of the Egyptians, II, 101). 


(1) Georges Dumézil, dans la préface de son livre, Naissance de Rome (Jupiter, Mars, 
Quinnus II) Paris 19 44 , met en garde contre de pareilles erreurs d’interprétation. 

(2) N’oublions pas que dans le clergé d’Egypte les femmes ont joué un rôle très 
important, cf. M. A. Murray, Priesthoods of women in Egypt (Transaction of the 


LA GRANDE DEESSE EN ÉGYPTE. 


411 


Disjecta membiu deae 

La découverte dans une collection particulière^ que je me propose de 
publier un de ces jours, des objets figurants sur la planche I m’a incité 
à effectuer certaines recherches dont je vais essayer d’exposer succincte¬ 
ment les résultats. 11 s’agit de minces feuilles d’or représentant diffé¬ 
rentes parties du corps humain et spécialement du corps féminin. Des 
dix pièces reproduites sur notre planche, huit numéros ont été trouvés 
dans la région d’El Fashn en Moyenne Egypte, le n° 9 à Ehnasieh 
et le n° 7 à Zagazig. Commençons à examiner une à une les parties du 
corps représentées. 

La face pi. I, n° 2. La représentation du visage humain indépendam¬ 
ment du corps et vu de face est assez fréquente en Egypte. Flinders 
Petrie dans son livre Amulets pi. I ^ en mentionne plusieurs exemplaires. 
Oue ces objets aient eu parfois un rôle apotropique, comme les têtes de 
Gorgone chez les Grecs (3) , cela est vraisemblable, mais très souvent 
ils devaient avoir une autre fonction que ce passage du Pap. Bremner- 
Rhind nous aidera peut-être à comprendre : Isis demande à Osiris 


Third International Congress for the History ol Religions, Oxford 1908, vol. Il, 
J). 224). 

(l) Collection appartenant à M* ne M. G. Michaïlidis et comprenant des amulettes 
et des bijoux anciens. 

Petrie distingue entre tête — tep, n os 1 a-c et fac e — her n os 2 a-i. Cf. notre 
figure représentant un pendentif de Rash-Shamra et R. Dussaud, Anciens bronzes du 
Louristan et cultes iraniens (Syria, t. XXVI, 1949. p. 196-229) une déesse réduite a 
une tête y est représentée. Cf. Petrie, Ancient Gaza, IV, pl. XIV. Au xxvm c ( 5 ) 
chap. du L. des M . est mentionné un temple du dieu à la «Grande Face», 

□ n-LT- 

Ce terme onroTpoTrouov ne doit pas être pris, à propos de la Gorgone, dans un 
sens trop exclusif. La Méduse fut associée à différentes divinités bienfaisantes et 
même assimilée à elles; Athéna, Apollon, Hélios. Son rôle ne se limita pas à 
fasciner ceux qui la dévisageaient, cf. Daremberg et Saglio, Diction. II, p. 1610 h- 
1629. 

(l ' 7, 2, éd. Faulkner, p. 2. 

33 . 




















































412 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


de revenir à elle «puisque, lui dit-elle, c’est mon désir de revoir ta face 
après que j’ai été privée de voir ta face», ces paroles sont commentées 
dans le Papyrus de Berlin hî en ces ternies «nos visages reprennent vie en 
contemplant ton visage» ^ ~ ♦ 1 2 fTi 9 Si nous joignons à cela 

que les Egyptiens qui représentent tous les personnages humains ou 
divins de profil sur leurs has-reliefs font exception à cette règle pour 
Hathor et Bès, les divinités de la joie, du plaisir, de la jouissance, qui 
sont représentées de face, souvent même dépourvues de leurs corps et 
associées (2) , nous pouvons conclure que le visage humain épanoui vu de 
face, aurait la vertu de produire du contentement et de la joie (3) 4 . D’ail¬ 
leurs plusieurs divinités sont représentées de par le monde comme 
réduites à un visage Robert Briffault dans son monumental ouvrage 
« The Mothers »^ en cite un certain nombre. Ces divinités sont pour la plu¬ 
part d’origine lunaire. La tradition rabbinique nous montre la mère de 
l’humanité comme n’ayant été figurée au début que par une face^ 6; . Sui¬ 
vant Goldziher W, Eve n’aurait été à l’origine rien d’autre que la lune 


(1) 3 , 8-9. Dans la divinisation des différentes parties du corps la face est assi¬ 
milée au soleil : dans pap. Nu (sheet 6) au disque, dans pap. Ani (sheet, 3 2) 
a Ra. 

(2) Cf. Lanzone, Dizionario. tav. LXXIV, 3 . Nous possédons dans notre collection 
un bronze ayant servi de pied et représentant une tête d’Hathor superposée à un Bès. 

Néanmoins dans le ch. clxiv, 8 du Livre des Morts il est fait allusion à un dieu 
à la face terrible dont le corps est caché *—. Peut-être 

conviendrait-il de noter l’épaisseur du nez dans le visage qui nous occupe : dans 
I Odys. VIII, 362-363 et dans un hymne homérique IV, 59 il est parlé, en effet, 
d’offrandes d’encens en l’honneur d’Aphrodite et les fouilles exécutées par Zahn 
à Randiti à 5 km. au S.-E. de Kouklia (Palaipaphos) à Chypre ont révélé un 
très ancien sanctuaire d’Aphrodite dont le culte aurait été aniconique et se 
limiterait à des offrandes d’encens. Renseignements donnés par Ohnefalsh- 
Richter au Times du 27 Juillet 1910 et au Globus de Nov. 1910, pp. 293-297. 

(/J) La coiffure seule aurait parfois désigné la déesse, voir Gontenau, Manuel 
d’Archéol. Or., II, p. 841 - 842 . Cf. C. W. King, Babylonian Boundary Sloncs in the 
B. M., 1912, p. 199, 221. 

(5) II, p. 574, 679 sq., 682, 735 n. 3 , 742, 767. 

(6) Berakot, 61 a, trad. A. Cohen, pp. 4o2 sq. 

(7) 1. Goldziher, Mythology among the Hebrews, p. 210. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


413 


et son nom «Hawwa» signifierait le rond. Tanit est parfois nommée 
hvn ]D la «face de Baal»( 2) . 

Les oreilles pi. I, n os 1, 3 sont parmi les amulettes que l’on rencontre 
fréquemment en Egypte, quoique Petrie n’en mentionne que trois 
exemplaires dans son ouvrage On commit les stèles de Memphis 
sur lesquelles sont figurées une ou plusieurs oreilles Perdrizet dans 
une belle étude (5) écrite à propos d’une oreille en bronze de la collection 
Fouquet a déterminé, une fois pour toutes, ce qui distinguait ces oreilles 
trouvées en Egypte des oreilles votives du monde gréco-romain. Elles 
avaient sans aucun doute pour but d’obtenir l’audience de la divinité. 
A Edfou un dieu Sdni + J apparaît dans la suite de Râ et il est dit de 

lui mi * 11 i i * ~ ^ i r (sic) ; ainsi qu’on le voit, on lui 
attribue, à l’instar d’autres dieux et déesses, l’épithète de « celui qui 
écoute les prières» (6) . Pausanias (7) , pour citer un exemple qui nous 
prouve que cette croyance n’est pas exclusivement propre à l’Egypte, 
nous montre un Hermès dans l’oreille duquel on murmurait ses prières. 
Suivant Pline M l’oreille serait, du reste, le siège de la mémoire : «est 

Cooke, JSorth Semilic Inscriptions, p. i3i sq. 

(2) On pourrait considérer ces réductions de la divinité à une face comme une 
première tentative d’en diminuer l’anthropomorphisme. Tl est curieux de voir ce 
que dit à ce propos Philon qui commente l’expression biblique : onrà TtpoG&ntov 
tov B-eov Gen. IV, 16; Updcrooirov pèv yàp Zwov TprjfjLd ècrliv , o hè &eôs ÔXov, ôv 
pépos ù<tt’ àvayxrj xai toi dXXa TspoaavaTrXàTTStv, aôyiva xai crlépva xai ysTpas 
xoù fZàcrsts. ért S'oït yauj'lépct xai rà yevvrfTixà xai to dWo tüv èvrôs t s xai èxTÔs 
àvâpiOpov TsXrjÔos' àxoXovdsï dvdyxrjs réo dvQpwn;op.6pÇ>p to àvOpœTOTtaOés , 
De post. Caini 1, 226 (iVl) I, ch. 1. 

(3) Amulets pi. I, n os 5 a-b-c. Cette amulette est commune, j’en possède plusieurs 
dans ma collection. 

(4) F. Petrie, Memphis I pi. VIII, n 0 2, IX, X, XII, XIII. A remarquer que sur 
certaines de ces stèles les oreilles sont en très grand nombre suivant la croyance 
qu’en multipliant l’organe on en multiplie les effets. Cf. Selim Hassan, Le Sphinx, 
face aux pages 3 o et 32 . 

(5) Bronzes grecs d 3 * 5 6 7 * Egypte, p. 5 o. 

w Chassinat, Edfou, VIII, p. 1 a 3 . 

^ VII, 22, 2-3. 

H. N., VII, io 3 . 












414 


BULLETIN DE L INSTITUT D’ÉGYPTE. 


in aure ima memoriae locus.» Mais ce sens trop exclusif attaché à l’oreille 
divine ne satisfaisait point, semble-t-il, les fidèles qui se faisaient une 
idée plus haute de la divinité (1) * . Aussi, à propos des oreilles en or de 
notre planche I, faudrait-il évoquer, croyons-nous, une signification plus 
élargie, dont nous trouvons une interprétation dans ce passage de Clé¬ 
ment d’Alexandrie : « Les oreilles et les yeux, nous dit-il en substance, 
sont consacrés aux dieux et déposés dans les temples afin de montrer 
que dieu entend et voit tout.» On connaît, en effet, deux dieux égyptiens 
toujours associés nommés «Voir» mW et «Entendre» idm. A Denclara, 
parmi les personnages divins ou divinisés formant une octoade figurent 
les dieux «Voir» et « Entendre» W. Toujours à Dendara ces deux divi¬ 
nités sont associées à Râ et du dieu « Entendre» il est dit : « entendant 
toute chose et surveillant tout le paysM.» A Abydos «Voir» et «Entendre» 
se tiennent derrière Thot en train d’écrire î3 h A Edfou nous voyons Horus 
accompagné d’un groupe de dieux appelés * ^ J «von richtenden 
Gottern» (6 '. Enfin dans le Papyrus Bremner Rhind se rencontre un 
dieu composé « Voir-Entendre» mW-sdm. 

Les seins (pi. I, n os 4 , 5 ). Nous en trouvons des exemplaires en 
faïence, en cire ou en or mentionnés parmi les amulettes que Petrie a 
réunies dans son livre (8) . Au sein se rattache naturellement l’idée de 
l’allaitement, dont l’importance est attestée en Egypte depuis la plus 


1} Cf. Plutarque, De Is. et Os. 70 ; quand les Cretois voulurent représenter en 
Zcus un dieu suprême incapable de prévention particulière pour les hommes, ils 
le représentèrent sans oreilles, attendu qu’il ne convient pas au souverain des 
dieux d’écouter aucun mortel particulièrement. 

(2) Stromates. 1 . 5 , ch. vu, 43 . Cf. Nabu et Toshmetum ont donné à Àssurbanipal 
« une oreille large» et « un œil brillant» comme aux dieux E. Dhorme, Les religions 
de Baby Ionie et d’Assyrie, p. i 55 -i 56 . 

(r Chassinàt, Dendara, III, pi. 900, p. 87. 

(/| ' Mariette, Dendérah, 111 , pi. 12 h. 

(5) Mariette, Abydos, 1 T, pl. Il, cf. pl. 2 c. 

Wb. IV, p. 389. 

(7} Col. 9, 1-18, Faulkner, Bih . Aeg. 3 , p. 17. 

^ Amulets, pl. T, 8 a-b. 


LA GBANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


415 


haute antiquité. M. J. Leclant B) a réuni tout ce qui s’y rapporte dans 
les textes des pyramides. Rite d’adoption W dans certains cas, l’allaite¬ 
ment a dans plusieurs autres un sens plus général rattaché à la « nour¬ 
riture (qui) est le vivant réceptacle des vertus nourricières du sol et des 
hommes d’antan » (3) * 5 . Suivant cette croyance, «chaque repas met l’homme 
en rapport avec les forces créatrices de la vie, avec la vie éternelle de 
la divinité» W. 

Les Egyptiens partageaient ces idées, nous en avons la preuve dans 
leur souci d/assurer aux morts des aliments qui leur permettraient de 
subsister dans l’éternité. Un passage des textes d’Edfou traduit par 
Blackman (6) 7 sous le titre de «The King of Egypt’s grâce before méat» 
nous en montre l’importance : 

To be spoken by His Majesty wjien partaking of a rneal. 

0 Table-god , thon hast spat forth Shu from thy mont h _ 

0 Table-god. lie lias become a god who is an émanation , who is alert , 
worshipful and rnighty. He bas seized tire Two lands and enfolded 
everythmg in Iris embrace. 

May he dedicate to thee ail that he lias enchanted (?), for lie lias 
become ITu 1 ' . 

May lie give to thee the earth, may he lift up to thee every good thing 
that is upon it , for he lias become Abundance (df>) upon earth. . . 


(1) J. Leclant, Le rôle du lait et de Vallaitement d’après les Textes des Pyramides (J. of 
A. East Studies, X [ 19 5 1 ] p . 123-127). 

2} À. Moret, Du caractère religieux de la royauté pharaonique, p. G2- 65 . 

(3) Leenhardt, Gens de la Grande Terre. 

(/J) Kristensen, Livet fra doden , 44 . Cf. nihil aliud putant esse vitam , ni si vescendi et 
potendi licentiam, Firmicus Maternus, De errore profanarum religionum. 

(5) Chassinat, Edfou , VI, p. 1 53 sq. 

^ J.E.A. 3 1 (iq 45 ), p. 07 sq. 

(7) Il est un dieu IIw dont le caractère créateur est attesté ( 3 , 4 , Pap. Brit. Mus. 

T, p. 35 , Lange, Der mag. Pap. Harris, p. 27) ce dieu llw dans le temple de Séti 1 
à Abydos est dit se trouver là avec son abondance de nourriture df\ (Mvriette, 
Abydos I, pl. 5o a 1. 16) et il est souvent associé avec Dfl = Abondance (Gvrpiner, 
P.S.B.A. p. 85 sq., 88 sq. Bissing, S.B.A.W., 1911 : 5 , p. 11). 












416 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


î 


D’après les commentaires de Blackman ^ la diner-table royale est per¬ 
sonnifiée par un dieu. Conformément à ces croyances, le sein devient un 
réceptacle des forces nourricières, un dispensateur d’énergie et de vie 
Il finit par perdre sa signification d’organe déterminé pour devenir un 
symbole : en tant que signe de maternité, il est attribué à un vautour, 
l’oiseau de la déesse-mère Maut ; en tant que signe de fécondité, il pend 
volumineux sur la poitrine d’un dieu mâle le Nil. Parfois, pour mieux 
remplir son rôle, il se multiplie. La déesse d’Ephèse possédait une mul¬ 
titude de mamelles suivant la mention qu’en fait Municius Félix les 
Grecs l’appelaient « polymaste»^ parce que, nous dit Hieronymus elle 
est la nourrice de tous les animaux et êtres vivants. Il s’en est heureu¬ 
sement conservé quelques représentations au Vatican, au Musée de 
Latran et au Palazzo dei Conservatori sur le Capitol à Rome 
Les multiples seins dont sont gratifiées toutes ces statues seraient 
postiches (7) . Nous possédons une statuette en terre cuite trouvée au 
Fayoum et dont les seins proéminents semblent ajoutés sur une sorte 
de plastron, aurait-elle quelque rapport avec le culte de l’Artemise 
d’Ephèse? 


^ J.E.A. 31 , p. 7 o. 

(2) Pour comprendre l’importance du sein en tant que symbole de nutrition il ne 
faut pas oublier que chez le primitif l’allaitement dure très longtemps, Briffault, 
The Mothers, II, p. 3 qi et notes. 

Octavius, XXII, 5 . 

(4) Cf. NsyzXôpxcr'los pour Déméter, H. Usener, Gôtternamen, s. v. Il est dit de 
la déesse indoue Pârvat! qu’elle était pliée par le poids des sphères jumelles de 
sa poitrine comme un arbre fruitier lourdement chargé, H. Zimmer, Mylhs and Syra¬ 

bots in Indian art and civilization (The Bellingen sériés VI, 19/17), p. 176. La 
polymastie peut se rencontrer dans la nature, cf. Louis Blanc, Les Anomalies chez 
T homme et les mammifères. Suivant un préjugé les femmes affectées de cette 
malformation auraient fréquemment des grossesses multiples. 

(6) Migne, P. L. XXVI, p. 44 1. 

(fi) S. Reinach, Répertoire de la Statuaire grecque et romaine, I, p. 298, 299, 300, 
3 o2 ; II, p. 32 1 sq. 

(7) Observations de G. Hogarth, Thearch. Artem. p. 33 o, complétées par M. Mau- 
rer, Rom. Mitt. XXIX, p. 200-219. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


417 

Le nombril (pl. I, n° 6). Nous ne connaissons pas en Egypte d’amulette 
ayant la forme de cette partie du corps. Cependant le nombril est sou¬ 
vent considéré comme l’organe générateur G). D’après un mythe indoue 
c’est du nombril de Vischnou qu’est sorti le lotus 0) d’où ont pris nais¬ 
sance Brahma, les dieux, les hommes et tous les êtres vivants. Coo- 
maraswamy établit un parallèle entre cette cosmogonie et le mythe de 
l’arbre de Jessé * 2 (3) 4 * 6 7 . N’oublions pas qu’au nombril se rattache en outre le 
symbolisme du «centre')^, que ce centre fut un lieu dont la position 
à égale distance des extrémités en a fait un point, de convergence de 
forces, un objet sur lequel s’est concentré un ensemble de croyances ou 
un lieu sacré pourvu de vertus spéciales. 

La vulve. Sur notre planche I sont reproduits trois exemplaires figu¬ 
rant cet organe : les n os 7, 8 et 9. Le n° 7 en est une représentation très 
sommaire, le n° 8 qui fut trouvé à El Fashn avec l’ensemble des pièces 
que nous avons déjà étudiées, comprend une partie renflée indiquant 
probablement le ventre et une partie triangulaire piquetée de points, 
torme sous laquelle est souvent figuré le sexe sur nombre de sta¬ 
tuettes, en Grèce et en différentes régions du Proche Orient; le n° 9 se 
limite à un triangle dont la pointe brisée manque aujourd’hui, mais 
qui présente ce détail intéressant de montrer en son milieu l’image 

(i) py r i x g c Gf. Job, XI, 11... virtus in umbilico ventris ejus; Prov. III, 8, 
Sanitas qnippe erit umbilico tue. Ces passages nous montrent que le nombril est 
considéré comme l’une des parties principales du (corps). 

f2) Pour la forme du nombril voir Gant, des Cant. VII, 2, umbilicus tuus crater 
tornatus. Voir A. Moret, Le lotus et la naissance des dieux (/. As. mai-juin, 1917, 
p. 001-507) cf. pour le culte du lotus en Egypte À. de Gubernatis, Mythologie des 
plantes II, p. 20-29 ; Joret, Les Plantes dans l'antiquité I, 269-272, et tout récem¬ 
ment S. Morenz et J. Schubert, Der Gott auf der Blurne. Junker, Gôtterlehre , p. 43 
« hat der aus der Lotosblume des Urwassers erbliihende Lichtgott zuerst Hu und 
Sia hervorgebracht». 

(3) Yaksas II, p. 2 sq. 

M. Eliade, Traité de T histoire des religions , p. 2o3-2o5 et 325-327. 

{r>) Peut-être faut-il signaler ici que dans une province du Brésil des femmes 
indigènes portent suspendu sur le nions veneris des triangles en terre cuite 
Briffault, The Mothers , v. III, p. 288. Gf. J. de Morgan, L'humanité préhistorique, 
p. 266, fig. 1 56 , n° 3 . 
















. /il 8 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


schématique d’un arbre. La figure 2 reproduit un élément de moule en 
stéatite trouvé à Byblos^ où l’on peut remarquer le même détail. 

L’association de l’arbre et de la fonction génératrice est bien connue, 
nous renvoyons pour de plus amples informations aux publications spé¬ 



cialisées^. La vulve n’est point comprise parmi les organes communé¬ 
ment représentés en Egypte, cependant Creuzer, dans Symbolik nnd 
Mythologie ^ considère le lotus comme le symbole du pudendum muliebre; 


M. Dijnani), Fouilles de Byblos (Planches, Paris, MCMXXXVIT) pl. CVIJ, 
n° 6556 . 

(2) Mircea Eliade, Traité d’Histoire des Religions, Paris, 1 9 4 9. p. 988-28/4, biblio¬ 
graphie. Allusions à la vulve : Pyr. 1210 a, 1978 b. 2068 b. Peut-être le Tph.t, 
trou à Héliopolis à travers letpiel le soleil se lève (Pyr. 810c), serait une allusion 
à une vulve ou à un nombril cosmique. Cf. Junker, Sehende 70. 

W Leipzig, 1886-18/48, I, h 12. Kamin sorte de dieu de l’amour, dans l’Inde 
moderne est armé d’un arc de bambou et de cinq flèches, chaque flèche estime fleur, 
la cinquième qui est la fleur du lotus blanc frappe aux parties sexuelles et unit 
les amoureux. I)' Ch. Valentino, Noies sur l’Inde, Paris, 1906, p. 187-188. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


/il 9 

en ce pays ainsi qu’aux Indes. Des vertus magiques étaient anciennement 
attribuées à la vulve, soit qu’elle fut représentée par un geste (l) * 3 * 5 , soit par 
un * de * ssin ' 2) . Whatham retrouve le signe de la déesse mère, le symbole 
de l’organe féminin ramifié dans plusieurs des cultes sémitiques. D’ail¬ 
leurs l’importance qu’ont les coquillages (fig. 8) W chez les peuples pri¬ 
mitifs viendrait de leur ressemblance avec le pudendum muliebre . Mais 
nous arrêterons ici une énumération l5) qui risquerait de devenir fasti¬ 
dieuse, pour rapporter une légende dont les différentes versions en 
Egypte, en Grèce et au Japon, illustrent, mieux que n’importe quelle 
accumulation de faits, l’importance du rôle joué dans les croyances des 
peuples par cette partie du corps féminin. 

Pour l’Egypte nous résumons un passage d’un papyrus hiératique 
appartenant à M. Chester Beatty et publié par Sir Alan Gardiner^. 
L’action se passe pendant le jugement du procès de Setli contre Horus. 
Ra-HarakhtL chef du tribunal, a été insulté. Il se retire en colère dans 
son pavillon et y passe la journée entière étendu sur le dos. L’Ennéade 


(,) Ovide, Fastes , v. 488. 

[i) O. Jahn, Uber den Aberglanben des bôsen Rlicks bei den Allen (Ber. d. sachs. 

Ges. d. AA iss. i 855 , p. 61). 

(3) AJRPE , juillet, 1911, p. 252-809. Pour le rapport d’Ishtar et du symbo¬ 
lisme de la vulve voir E. Ereling, Quellen zur Kenntnis der babylonischen Religion. 
Leipzig, 1918, II, p. 1/1; D. Nielsen, Der dreieinige Gott in religionshistorischer 
Releuchtung I, p. 861. K. Tümpel, « Die Muschel der Aphrodite » (Philologus, LT, 
1892) p. 885 sq. 

R. Briffault, The Mothers. v. III, p. 27.0 sq., à la note 8 de la page 276 bi¬ 
bliographie. 

(5) Voir R. G00 dland, A bibliography of sex rites and customs, London, 1981 aux 
mots vulva et kteis. Dans un psaume l’offrant dit à Ishtar : « I bave given to thee 
Ihy great gift a salla (pudendum muliebre) of lapis lazuli, and a multi (pareil 
au salla) of gold, the adornment of thy divinitv, P.S.R.A . XXXI, 68 sq. Parmi les 
ornements et vêtements qu’Ishtar doit abandonner dans sa descente aux enfers 
figure la ceinture de sa taille que garnit «la pierre d’enfantement». Ed. Dhorme, 
Choix de textes, p. 826 sq. Pour connaître l’idée que se faisaient les anciens des 
organes génitaux de la femme voir, D r G. Peillon, Etude historique sur les organes 
génitaux de la femme. 

The library of A. Chester Beatty. Description of a Iiieratic Papyrus voith a mytho - 
logtcal story. . . 1981 ; Laie Egyplian stories (Fondation Reine Elisabeth 1982). 


















































BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


421 


420 

divine ne sait plus que faire? Et après un bon moment, nous dit le texte 
traduit par Capart (I ), la déesse Hathor, Maîtresse du Sycomore du 
Sud, arriva et elle se tint debout en présence de son père, le Maître de 
l’Univers et elle dévoila sa nudité devant lui. Et le dieu grand se mit à rire 
à son sujet. Alors il se leva et siégea (de nouveau) avec l’Ennéade divine. 

Passons maintenant à la version hellénique dont les éléments nous 
serons fournis par un hymne homérique ^ ou la bouffonnerie de la déesse 
nous est rapportée d’une façon atténuée et un passage de Clément 
d’Alexandrie l3) , beaucoup plus précis, que nous citerons à cause de cela. 
Déméter est en deuil de sa fdle enlevée par le dieu des enfers, accueillie 
à Eleusis par le roi Kéléos et la reine Métanir, elle ne veut goûter 
à aucun aliment. Après avoir reçu Déméter, nous dit l’auteur grec, 
Baubô lui tend le kykéon. Celle-ci, ayant refusé de le prendre et n’ayant 
pas voulu boire parce qu’elle était en deuil, Baubô (/j) , irritée comme si 
par là on la méprisait, découvre son sexe et le montre à la déesse. A 
cette vue, Déméter s’épanouit ; elle consent à goûter au breuvage dès 
qu’elle a eu ce spectacle et tout recommence à reprendre vie sur terre. 
On retrouve parmi les terres cuites d’Egypte des statuettes féminines 
faisant le geste (5) de Baubô. 

La traduction de N. Matsumoto fi) nous servira de base pour la ver¬ 
sion japonaise. La Grande Déesse (en butte aux injures de son frère) 
entra dans la Grotte-rocheuse-du-ciel, en obstrua l’entrée d’un rocher et 
y demeura cachée. Dans tout l’univers régna l’obscurité et il y eut une 
nuit éternelle.... La déesse Ama-no-Uzumé s’entoura les bras avec 
Ombre-du-soleil-du-ciel. Elle orna ses cheveux avec une plante rampante 
et tenant dans ses mains un bouquet de feuilles de bambou, renversa 
un bac sur lequel elle monta et qu’elle fit gronder sous ses pieds en dan¬ 
sant. Possédée par l’esprit divin, elle exhiba ses seins et abaissa l’at¬ 


(1) Chronique d’Egypte, 19 33 , p. 2 43 - 255 . 

(S) Hymni H orner ici, éd. A. Baumeister, Leipzig, 1888, hymne V, v. 192-204. 

(3) Protreptikon, II, 20. 

(*) Ch. Picard, L’épisode de Baubô dans les mystères d’Eleusis (Congrès d’histoire 
du christianisme, II) Paris, Rieder, 1928. 

(5) Cf. Aphrodite àvatjvppèvr}, Perrrizet, Terres cuites grecques d’Egypte, p. 54 - 56 . 
^ Essai sur la mythologie japonaise. Paris, Geuthner, 1928, p. 20-22. 


tache de ses vêtements jusqu’à ses parties sexuelles. Alors les huit cents 
myriades de dieux se mirent à rire tous ensemble. La Grande Déesse sor¬ 
tit de sa grotte, à l’instant la terre s’éclaira. Ces diverses versions nous 
permettent de nous faire une idée du pouvoir attaché à la vulve (1) . Il est 
à remarquer que les versions grecque et japonaise font ressortir l’épa¬ 
nouissement de vie et de lumière provoqué dans la nature par ce pouvoir. 

Mais ce n’est là qu’un des deux aspects de cette puissance, l’autre 
que nous ne saurions méconnaître, nous est donné par ce passage des 
Ecritures « Tria sunt insaturabilia.. inferna, et os vulvae, et terra.» Cette in¬ 
satiabilité se traduit, quand l’instinct est encore proche de l’animal, 
par une ardeur féroce : « love or sexual attraction, nous dit Brifîault ^ 2) , 
is originally and preeminently sadic ; it is positively gratified bv 
the infliction of pain ; it is as cruel as hunger.» Gela dit, il nous sera plus 
aisé de comprendre pourquoi certaines des déesses que nous rencon¬ 
trerons plus loin réunissent en elles des fonctions contradictoires et sont 
en même temps créatrices et destructrices de vie. 

Quant au phallus figurant sous le n° 10 dans la planche I c’est parce 
qu’il fait partie de l’ensemble trouvé à El Fashn que nous le mentionnons 
ici. Le symbolisme qui s’y rattache est tellement connu que nous ne nous 
y attarderons pas. Il est cependant permis de se demander pour quelle 
raison ce phallus fut placé au milieu de toutes ces parties du corps fémi¬ 
nin? Etait-ce pour perpétuer l’accomplissement d’un acte rituel propice 
au renouvellement de la vie? (3) * 5 Pour servir avec la vulve à quelque pra¬ 
tique d’initiation aux mystères?W Ou pour rappeler, suivant les paroles 

(,) Isidore Levy ( Mélanges Fr. Cumont, 1936, p. 817-845) croit que ce 
mythe a passé tardivement de l’Egypte alexandrine à la Grèce et au Japon, mais 
nous croyons que sa signification profonde, ainsi que nous le montrerons plus 
tard, lui confère une sorte d'universalité. Nous rencontrons d’ailleurs dispersées 
de par le monde des croyances analogues cf. Briffault, loc. cit., III, 206-207. 

(2) Briffault, loc. cit., I, p. 117-120. 

(3) U. Pestalozza, L’aratro e la donna nel mondo religioso mediterraneo (Rendiconti, 
Beale Istituto Lombardo di Scienze e Lettere, Cl. di Lettere, vol. 76, fasc. 2, 
1942-1943, p. 32 i -3 3 o) ; V. Pisam, La donna e la terra («Anthropos», vol. 37- 
4 o, 1942-1945, p. 24 1-2 53 ). 

(4) Cf. interprétation du passage du Protreptikon II, 2 1 , p. 18, par Ch. Picard, loc. 
cit. Pour la bibliographie de la question voir M. Nilsson, Opuscula Selecta 2, 596 sq. 





422 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


d’Heraclite O, que sans l’opposition mâle-femelle il n’y aurait pas d’har¬ 
monie dans le monde? 


Les caractéristiques generales de la Grande Déesse 

D’entre les plaquettes d’or examinées plus haut celles représentant le 
visage, les oreilles et les seins sont des amulettes couramment employées 
en Egypte ancienne : quant aux représentations du nombril et de la vulve, 
nous ne savons pas qu’elles aient eu dans la vallée du Nil une pareille 
utilisation, du moins sous un aspect réaliste, car il se pourrait que les 
pendeloques en forme de lotus et de coquillages (fig. 3)^ y fassent 
allusion. Quoi qu’il en soit, les vertus attachées à ces diverses parties 
du corps féminin sont une raison suffisante pour que chacune des pla¬ 
quettes faisant l’objet de cette étude ait pu servir d’amulette. Mais le 
fait d’avoir été découvertes en même temps, en un même lieu et de for¬ 
mer un ensemble, ne leur conférerait-il pas une signification supplémen¬ 
taire? Nous reproduisons, fig. 4, trois pendentifs en or trouvés à Rash- 
Shamra^ et dont l’un surtout, le n° î, est très significatif. On y voit, 
en effet, représentées les mêmes régions corporelles que nous venons 
d’examiner, sans qu’aucun trait extérieur ne nous donne les contours du 
corps auquel elles appartenaient. Sur le n° 2 est figuré le corps entier 
d’une déesse nue entourée d’animaux. Enfin le n° 3 nous montre la 
même divinité (elle porte ainsi que les deux précédentes la coiffure ha- 
thorique) réduite à une tête vue de face et placée au milieu de nom¬ 
breuses protubérances. Il est évident que nous avons là trois représen¬ 
tations différentes d’un même genre de déité, dont on retrouve les images 


(1) Pour le couple àppei» exemple d'harmonie voir Heraclite A 22 (=-Eth. 

Eud. 1955 a 2 5 ). 

(2) Petrie, Amulets, pl. XLV, 11" *267 c. 

(3) Petrie, loc. cil ., pl. XIV, XV. Pour l’usage des coquillages chez les Egyptiens 
modernes voir E. W. Lane, An account of the Manners and Customs of lhe Modem 
Egyptians. p. 2 3 o. 

(/,) F. A. Claude Schaeffer, Les Fouilles de Minet-El-Beida et de Ras-Shamra (3 e cam¬ 
pagne, printemps 1981, Syria , XIII, 1982) pl. IX ; cf. ibid. pl. XVT, 2 la plaquette 
du milieu. Cf. F. Petrie, Ancient Gaza , IV, pl. XIII et XIV. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


423 


un peu partout parmi les vestiges des anciennes civilisations et que l’on 
a désignée du nom générique de Grande Déesse. Les feuilles d’or, objet 
de notre étude, étaient-elles réunies sur un corps en matière plus péris¬ 
sable ou étaient-elles séparées dès l’origine? C’est là une question à la¬ 
quelle il nous est impossible de répondre, mais il est hors de doute 
qu’elles devaient représenter, dans ses parties essentielles, la divi¬ 
nité figurée sur les pendentifs de Rash-Shamra et sur nombre d’autres 



Fig. 4. 

monuments trouvés en différents pays. Leur apparence trahit certes une 
origine étrangère mais leur présence sur le sol égyptien est-elle acciden¬ 
telle? Cette déesse que nous voyons vénérée par tous les voisins de l’E¬ 
gypte, jusqu’à quel point fut-elle connue en ce pays? C’est ce que 
nous nous proposons d’examiner. Tachons, pour commencer, de déter¬ 
miner les caractéristiques générales de cette divinité. Quelques données 
nous ont été déjà fournies par l’examen des diverses parties de son corps, 
nous les compléterons par un aperçu rapide des différents traits emprun¬ 
tés aux multiples formes de la déesse. 

Aditi, un de ses noms, est dans le Rig Veda ^ un adjectif signifiant 
illimité, inépuisable. Pour mieux saisir l’universalité de ses pouvoirs les 


0 V, 62, 68. 
















424 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


hommes n’ont pu la concevoir que sous l’aspect d’une entité polymorphe. 
« Noms multiples forme unique» a pu dire d’elle Eschyle On ne sau¬ 
rait compter, en effet, le nombre de ses désignations, soit qu’on lui 
applique de purs qualificatifs, tels que la Grande, la Maîtresse, la Sou¬ 
veraine des bêtes sauvages; ® soit qu’on la désigne par des termes qui 
ayant perdu leur caractère d’épithète sont devenus de véritables noms, 
c’est Anaitis, Anahita, en Iran, Anat en Palestine, Nana en Syrie et 
Cybèle en Asie Mineure, Ishtar à Babylone, Dictyna, Britomartis, Gaia, 
Bhéa, Déméter, Aphrodite en Grèce, Tanit à Carthage, etc. Mais sous ces 
appellations diverses se cache « un pouvoir de la nature embrassant tout 
objet en tout lieu d’une croyance pareille, quoique ses noms fussent diffé¬ 
rents suivant le lieu où on la croyait habiter (la déesse), suivant l’accent 
placé sur son aspect sombre ou bienfaisant ou suivant la particularité 
spécialement vénérée de son activité» (I) * (3) * 5 . Quand nous disons pouvoir de 
la nature ce dernier mot ne doit pas être pris dans le sens que nous lui 
donnons aujourd’hui. La nature, pour la mentalité au sein de laquelle 
naquit l’idée de la Grande Déesse, comprenait toutes les énergies, toutes 
les forces, toutes les vertus, contrôlables ou non, prévisibles ou mysté¬ 
rieuses qui nous environnent et nous commandent. La première d’entre 
elles, la plus évidente à l’homme primitif, celle qui lui tenait de plus 
près était, sans conteste, la fonction créatrice de vie, centrée sur cette 
source unique des enfantements qu’était à ses yeux la femme. Tout ce 
qui a vie, c’est-à-dire tout ce qui apparaît et disparaît, tout ce qui croît, 
change de forme, est doué de mouvement, ne pouvait venir à l’existance 
que comme il y était venu lui ou, plus tard lorsqu’il se mit à domesti¬ 
quer les animaux, comme venaient au monde leurs petits. Autour de 
cette fonction toute proche encore de l’animalité vint se greffer, au cours 
des âges, tout ce qui touche de près ou de loin au sens de la reproduc- 


(’) Prométhée, 212. Cf. Les noms de la Grande Déesse. R.II.R. 1982, 189 sq. 

(2) 'üÔTvia S-opeou Iliade , XXII, 470; Callimaque, Hymne à Artemise 190 : elle 
dompte les fauves. Sur le corps de l’Artemise d’Ephèse sont représentés des 
animaux. 

(3) Wernicke dans Panly-Wissoiva Real-Encyclopædie der class. Altertumsivissen- 
schaft, II, 1389, cf. Apulée, Métamorphosés, XI, 5 . 


LA GRANDE DÉESSE EN EGYPTE. 


42 5 

tion : la volupté, l’amour devinrent un moteur universel et la déesse 
féminine le générateur de cette puissance. 

Depuis qu Ishtar est descendue à la terre sans retour 
Sur la vache ne monte plus le taureau , 

L’âne ne saillit plus l’ânesse, 

L’homme ne saillit plus la fille dans la rue , 

L’homme se couche dans sa chambre, 

La fille se couche de son côté W. 

Mais l’influencé de la Grande Déesse révélée en ce texte par les con¬ 
séquences de la descente d’Ishtar aux enfers ne se limitent pas à cela, 
elle s’étend aussi au monde végétal, Artemise eut d’abord son siège dans 
un arbre Mannhardt^, en puisant dans la tradition folklorique uni¬ 
verselle, nous a montré que les rapports entre la notion de mère et la ger¬ 
mination se continuent jusqu’à nos jours. Ses fonctions prenant toujours 
plus d’importance, il ne lui suffit plus d’être la mère des hommes, des 
bêtes et des plantes, elle devient la mère de tous les dieux, la Magna 
Mater Deorum des Romains. Ce nom de mère est pris dans toute 
son acception, celle d’engendreuse et celle de nourricière. 

La déesse est devenue une entité cosmique, elle est le ciel et l’épithète 
d’«ourania» lui est souvent attribuée. Elle s’identifie à la lune, au 
soleil, à Venus. 

Elle est la terre, réceptacle de toutes les réserves vivifiantes. L’assimi¬ 
lation de la terre et de la femme à déjà fait l’objet de toute une littéra¬ 
ture 

Elle est enfin la déesse des eaux qui recellent tous les germes de vie. 
La divinité de Rash-Shamra est parfois appelée «Asherat de la mer» (a) , 


(I) Ed. Dhorme, Les religions de Babylonie et d’Assyrie («Mana» 11 ) Paris, 19 45 , 
p. 7 4 . 

' 2) Ch. Picard, Ephèse et Claros, p. 377, 487, 523 . 

(3) W. Manniiardt, Mythologische Forsehungen, Strasbourg, i 884 , p. 2q5 sq. 

A. Dieterich, Mutter Erde 3 e éd. 1981 ; dans L. Prellkr, Demeter und Per - 
sephone on trouvera de nombreuses citations sur l’identité de la femme et de la 
terre. 

(5) R. Dussaud (/?.//. R. 1982, p. 376) remarque que cette nature marine nous 
écarte de la notion si répandue de la Terre Mère. 

Bulletin de l'Institut d'Egypte, t. XXXYI. 


34 


















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


426 

on connaît une Artemise protectrice de la mer (G, Vénus est née des flots 
et la Grande Mère a été mise en relation avec plusieurs grands fleuves 1 (2) * * 5 . 

A mesure que la déesse s’agrandit, elle cherche à englober dans leur 
totalité les phénomènes opposés et contraires. Au monde des vivants elle 
annexe le monde des morts, la Cybèle d’Anatolie devient « Dame des 
Morts» 

En même temps que source de vie elle devient agent de destruction : 
la déesse indoue Kâli ^ se plait dans les sacrifices sanglants, Anat, 
d’après les textes d’Ugarit, prend plaisir à massacrer les hommes 

« Tous ces pouvoirs, La Grande Déesse ne les réunit que peu à peu. 
Il est même vraisemblable qu’elle ne les réunit jamais tous à la fois dans 
le même sanctuaire. Elle les combinait de diverses façons. Selon les 
époques, selon les lieux, elle se présentait plus spécialement comme 
déesse du ciel, de la terre ou des enfers, de la montagne ou de la mer, 
des bêtes ou des plantes, de la virginité ou de la fécondité, de la vie 
ou de la mort» (6) . 

Cela dit tournons nous maintenant vers l’Egypte. 


La DEESSE INNOMMÉE PRIMITIVE 

A l’encontre des autres civilisations primitives, l’Egypte étale devant 
nos yeux une telle abondance de textes que les historiens de sa religion 
ont tendance à négliger les documents iconographiques. Les plus 
anciennes inscriptions d une certaine étendue ne remontent cependant 
qu’à l’Ancien Empire. La vallée du Nil nous offre pour les périodes 
antérieures toute une série de petits monuments, dont nous ne pou¬ 
vons malheureusement donner ici qu’un bref aperçu. Les fouilles, tant 
surveillées que clandestines, des sites préhistoriques (d’époques bada- 


(1) On célébrait à Ephèse une fête en l’honneur d’Artemise Daitis divinité des 
eaux et protectrice de la mer, Ch. Picard, Ephèse et Claros, p. 3 1 6. 

(2) La déchéance de la Grande Déesse R.H.R. sept.-déc., 19 34 , p. 160. 

Ch. Picard, Ephèse et Claros, p. 384 . 

t 4) H. Zivimer, Die Indische Wellmutter (Eranos-Jahrbuch, 19 38 , p. 17 5 -220). 

(5) Ch. Virolleaud, Eranos . . 1 Q 38 , p. i 4 i sq. 

(6) G. G lotz ,. La civilisation égéenne, p. 288. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


427 


rienne, nagadienne, amratienne, etc.) ont fourni un ensemble de sta¬ 
tuettes en terre cuite ou simplement séchée au soleil dont nous donnons 
(pl. II) un échantillon emprunté à notre collection^. Flinders Fetrie 
dans sa Prehistoric Egypt (2) nous en présente tout un lot. Ces figurines 



se distinguent par une exagération frappante des caractéristiques féminines 
(fig. 5) : stéatopygie bassin spacieux, mamelles volumineuses parfois 
même indiquées par un geste des deux mains. Quelques-uns de ces 
traits sont communs à plusieurs figurines aungnaciennes trouvées un peu 
partout dans le monde et trahissent une communauté de concepts entre 


{1) Si les statuettes de ce type représentent des danseuses rappelons ces passages 
des Pyr . ( 6 ii,i 366 àetsoi 4 an 0 811) « Les jambes frappent à plat le sol pour loi , 
les bras s'agitent pour loi!» c’est un véritable délire de joie. D’ailleurs la danse 
orientale, telle qu’on peut en voir encore survivre quelques pâles reflets en Orient, 
était l’exaltation rituelle de la femme dans ses fonctions les plus sacrées. 
w Pl. III, IV, V ; cf. Diospolis P arm, pl. V. 

(3) Ce goût des africains pour les femmes corpulentes pourrait être illustré de 
plusieurs exemples : contentons nous de citer D* Ploss, Das Weib, vol. I, p. 202 sq. 

34 . 
















/ 


428 BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 

les hommes cle ces époques lointaines B). On a pu dire de ces statuettes, 
ainsi que d’autres analogues mais de beaucoup postérieures, qu’elles re¬ 
présentent des concubines et forment partie du personnel funéraire, cela 
est vrai, semble-t-il, pour bon nombre d’entre elles. Mais M ,le E. Baum- 
gartelest d’avis que les vases anthropomorphes figurant une femme 
aux formes plantureuses, tels celui de l’Aschmolean Muséum publié par 
Capart, sur lequel se distingue un corps humain en relief, représentent 
une déesse de la fécondité prototype de Hathor. Cette thèse est d’au¬ 
tant plus vraisemblable qu’elle est corroborée par des comparaisons avec 
des vases similaires d’époques ultérieures (3) . 

Il est une autre catégorie de statuettes reproduites dans Prehistoric Egypt, 
pl. II, et surtout dans le catalogue de vente de la collection Mac Gregor^, 
ainsi qu’au n° 3 de notre planche III qui méritent de retenir notre 
attention. Un premier groupe comprend des figurines de naines aux jambes 
arquées, au kteis bien évident et dont nous rencontrons au cours des âges 
certains rappels de forme telle notre figure 6 en faïence du Moyen Empire. 
Un second groupe est composé de femmes nues^ au triangle sexuel bien 
marqué, tellement pareilles à certaines idoles babyloniennes, élamites, 
égéennes, cananéennes, etc., qu’il semble s’agir, dans tous ces cas, de 
la meme représentation divine (6) . Que ces statuettes ne soient pas des 
idoles dans le sens que l’on attribuera plus tard à cette expression cela 


(1) R. Dussaud, La Troie homérique (Rev. de Técole d’anthropologie XV, 1906) 
a groupé un certain nombre de types d’idoles à partir de la plaque fruste jus¬ 
qu’à la déesse de la fécondité. Cf. J. de la Roche, Le Culte de la femme genitrix 
chez les hommes quaternaires (Bull, de la Soc. Préhistorique française. 1937, n° 19); 
G. H. Luquet, «Les Vénus paléolitiques» (Jour, de Psychologie, mai-juin, 1 ^34 : 
p. 4 a 9 sq.). 

(2) E. J. Baumgartel, The cultures of prehistoric Egypt, London, 1 9/17, p. 3 i sq. 
(3 ' Cf. E. Na ville, Figurines égyptiennes de Vépoque archaïque , R. T., vol. 21, 

p. 212-216; vol. 22, p. 65-71. 

< 4 > PI.XXIIT. 

(5) Cf. Briffault, loc. cit.j III, p. 206 et 3 o 4 , nudité magique; ibid. p. 208, 
11. 1, bibliographie du sujet; cf. Daremberg et Saglio, Diction. 1 IT, p. 1 5 1 5 . Les 
femmes levaient leurs vêtements devant le bœuf Apis, Diodore de Sicile, l, 85 . 

Conte na u a déjà fait ce rapprochement dans La Déesse nue Babylonienne , Paris, 
191/1. 


LA GRANDE DÉESSE EN EGYPTE. 


429 

est probable, ce qui importe pour nous c’est que dans ces figures, ainsi 
que dans toutes celles mentionnées précédemment, l’exagération, l’exhal- 
tation, dirons-nous, des caractéristiques féminines nous révèlent les ver¬ 
tus magico-religieuses que la croyance des peuples y attachait (1) 2 . Le pas¬ 
sage suivant d’une prière indoue pourrait nous en donner une idée : 
«O Mère Divine ; Tu es au delà de la portée de nos prières ; Tu pénètres 
chaque parcelle de l’univers ; toute connaissance procède de Toi, Ô source 
infinie de Sagesse ! Tu habites en toute forme féminine, et toutes les 
femmes sont Tes représentantes vivantes sur terre (2 h» Ainsi le divin, tel 
qu’il fut senti alors, «n’est ni une explication justificative, ni une inter¬ 
ruption et une cessation du cours naturel du monde lui-mêmerepré¬ 
senté en l’occurrence par un corps féminin. En plus de cela le caractère 
magico-religieux de ces figures (4) de femmes nues est confirmé, croyons- 
nous, par la persistance de leurs représentations en Egypte. 

Sur notre planche IV nous avons reproduit neuf scarabées et un «button 
seal» datant du Moyen Empire ou de la seconde période intermédiaire 
sur lesquels est gravée une femme nue entre deux palmes. Les grandes 
oreilles que l’on perçoit sur certains exemplaires de notre planche et plus 
distinctement sur trois exemplaires publiés par Petrie (5) font penser à 
une forme de la déesse Hathor. Plus tard nous retrouvons ce même 
personnage féminin apparaissant au milieu de l’entrée d’un temple sur de 
petites stèles enterre cuite ou en calcaire, voir pl. V a, Via. La planche III, 
n os 1 , 2 , 4, 5, nous offre sous la forme de statuettes coptes en os et la 
planche VI h sous celle de figurines de terre cuite de la même époque des 


(1) Que ce fussent ou non des idoles, ces statuettes prouvent bien que de tout 
temps la pensée humaine s’est dirigée vers la mère, cf. L. Franz, Die Muttergottin 
im vorderen Orient und in Europa , 1937. Pour l’acte d’amour dans l’autre monde, 
cf. Pyr. 1 2 3 a, c . 

(â) Svami Àbiiedananda, India and Her People , New York, 1906, p. 285. 

( 3 J AV. F. Otto, Die Gôtter Griechenlands. 1929, p. 218. 

{4) Plusieurs peuples croient que les idoles ne sont pas des images des dieux 
mais des dieux, J. B. Pratt, The Religions Consciousness. À Psychological Study. 
New York, 1923,]). 27/1 sq. 

(5) Petrie, Button and Design Scarabs , p. 28, col. I, pl. XV, n ns io 5 a, 10 53 , 
1 o 5 h. 















430 


BULLETIN DE LTNSTITIJT D’ÉGYPTE. 


répliqués fidèles du type primitif. Nous y retrouvons les mêmes caracté¬ 
ristiques et la même pose : bassin volumineux, seins gonflés et pressés 
par les deux mains. 

Que ces statuettes, ainsi que quelques-unes de celles précédemment 
citées, soient des images de concubines ou d’esclaves, tandis que 
d’autres sont des idoles, elles ont toutes un caractère commun, celui de 
symboliser le pouvoir du principe féminin et leur présence dans 
une tombe est destinée à rappeler, soit par allusion au rôle que joue la 
femme dans la structure du monde, soit plus directement «la déesse de 
la vie et de la fécondité qui après avoir protégé l’homme pendant les 
courtes années qu il avait passées sous le soleil, l’accompagnerait dans 
le sépulcre et le défendrait contre les menaces de cette ombre inex¬ 
plorée W». 

Il y aurait lieu d’attirer ici l’attention sur un fait que nous croyons 
digne d’un examen particulier. Le schisme d’Achenaton n’a peut-être pas 
été seulement une résurgence de l’antique culte solaire mais aussi de 
celui de la Grande Déesse primitive. En effet, si le dieu Aten dans son 
abstraction est d’un sexe à peine déterminé, les allusions qui sont faites 
dans les textes contemporains au dieu source de vie, nourricier, accueil¬ 
lant, aimant nous révèlent une nature féminine. D’ailleurs l’iconographie 
même de l’époque, par l’exagération de certaines caractéristiques équi¬ 
voques de l’anatomie du pharaon, paraît confirmer cette hypothèse . 

Nout la Grande Déesse cosmique primordiale 

D’entre les plus anciens textes, nous voyons surgir une déesse cosmique, 
pourvue de cette universalité de pouvoirs et de cette imprécision gran¬ 
diose de forme qui caractérise, à son origine, quel que soit le lieu où 
elle apparaisse, la Grande Déesse. On l’appelle Wr-t et U, la Grande, 


(1) Perrot et Chipiez, YI, p. 756-760 ; VII, p. i 48 . 

( 1 * 3 * ) Que ces changements de sexe d’une divinité ne nous étonnent pas : «In 

various parts of the Semitic field we fmd deities originally female cfianging their 

sex and becoming gods», W. R. Smith, Rel. Sem. London, 189/1, p. 5 2, Hastings. 

Encyclopaedia. vol. VIT, p. A29 b. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


431 


la Mère des dieux, Celle qui enfante Rê chaque jour, 

Rien ne peut nous donner une image plus majestueuse 
de cette grande figure que le choix suivant d’extraits tirés d’un ensemble 
de textes appelés par les archéologues allemands « nuttexte » : 

« 6 Nout ! Tu t es levée en qualité de roi de Basse Egypte parceque tu 
avais pouvoir sur les dieux, 
sur leurs forces vitales et leur héritage, 
sur leurs provisions de bouche et tous leurs biens 

« 0 grande! qui es devenue le ciel 
Tu as été puissante! Tu as été forte 
Tu as rempli l’univers de ta beauté! 

La terre étant en dessous de toi, en totalité, tu l’as saisie, 

Tu emprisonnes pour toi la terre, et toutes choses, dans Vetreinte de 
tes deux bras I 5 L 

Si nous rapprochons de ces passages les expressions employées par Je 
Rig-Vecla pour invoquer Aditi, une autre forme de la Grande Déesse, 
nous verrons qu’il s’agit de la même conception religieuse : 

Aditi est le ciel ; Aditi est l’atmosphère 
Aditi est mère; elle est père ; elle est fils . 

Aditi est tous les dieux et les cinq sortes d’êtres 
Aditi est ce qui est né ; Aditi est ce qui est à naître ( 6 . 

Nous avons déjà rencontré quelques traits de 1 hymne indou dans les 
passages cités plus haut en l’honneur de Nout, il est aisé de retrouver 
les autres traits si l’on examine les diverses caractéristiques de la déesse 
égyptienne. 

Elle est avant tout le ciel, «elle culmine parmi les étoiles» 


(l) Pyr. i 4 ig a, cf. L. des M. ch. clxxxiii, 3 o. Pap. 


mi- 

W Pyr. 1688 b. 

(3) Récitations 42 7-435. 

W § 824 « et b. 

(5) § 782 a et b. 

' 6) Cité par J % Przyluski, La Grande Déesse, p. 2 5. 


Unefer sheet 3 * -MP 
















BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


4 32 


kPJ,V«. ^ ans I e texte de la pyramide de Pepi I il est fait allusion 
à ses deux yeux, c’est-à-dire le soleil et la lune, l’étoile Vénus est sa 
fille, P(|)P \ v ^ ^ fl — ^ ^ chaque défunt vient prendre sa place 

parmi les étoiles qui couvrent son corps et tous ces «lumineux» se 
voient tansformés en «akhou». Pareils au soleil les défunts se sont 
installés dans le corps de Nout ^ ^ ^ (3) * et ils sont salués par les 
dieux quand ils les voient sortir du corps de Nout 


« les dieux se réjouissent quand ils me voient dans ma belle venue hors 
du corps de Nout lorsque ma mère Nout me donne naissance», nous dit 
Nou dans son Papyrus. Ce caractère de mère elle le possède au plus haut 
degré, dans les textes des pyramides elle est la déesse « aux seins pen¬ 
dants», ^ fl (5) * 7 ^He est ?^ eme de sollicitude pour son 

fils le défunt, « Ta mère, est-il dit dans le Livre des Morts , place ses 
mains derrière toi, elle te donne de la force et renouvelle le pouvoir qui 
te protège et le mort voyage dans la région céleste chaque jour, aidé 
par sa mère Nout qui le fait avancer sur son chemin»^; je vais user de 
tout mon pouvoir divin pour te protéger» (8) , lui dit l’âme divine qui est 
dans Nout. Cette fonction de mère elle l’exerce dans toute son étendue 
elle est la grande nourricière et la nourriture tombe du ciel à sa voix, 

En tant que telle nous retrouverons en sa personne un des traits 
communs à plusieurs incarnations de la Grande Déesse, elle est divinité 


Pyr. S 878 et P. i5ç). 

(2) Pepi I, 1 . 24 2 et 1 . 100 à propos du soleil et de la lune en tant que les deux 
veux de Nout. 

(3) L. des M. ch. clxxxii , 17, Pap. de Mut-helep, sheet, 4 . 

;4) L. des M. ch. lxxix, 1 5 -1 6, Pnp. de Nu. sheet 8 et 9. 

r,) Pyr. 1 34 A a, P. 602. 

fi Ch. clxxxi, 6, Naville, Bd. I, Bl. 206. 

(7) Ibid. ch. clxxxi, 11. 

fB) L. des M. ch. olxv, 1 o et 1 1, Lepsitjs, Todtenbnch. Bl. 79. 

(t> Ij. des M. ch. cxxxiii, 3 . 


LA GRANDE DÉESSE EN EGYPTE. 


433 


des eaux, dans les textes des pyramides il est fait allusion au « grand 
flot qui est issu de la Grande» (1) 2 et au «grand Ilot qui est en Nout» (2 L 
Les représentations de la déesse sortant de son sycomore et versant d’un 
vase l’eau rafraîchissante se rencontrent assez souvent et le ux e chapitre 
du Livre des Morts contient une invocation adressée au sycomore arbre 
de Nout. D’ailleurs le vase $ qui sert à écrire son nom et dont la forme 
est identique à celle des vases que tiennent certaines divinités mésopo- 
tamiennes d’où l’on voit s’écouler de l’eau jaillissante, doit être en 
rapport avec cette fonction de la déesse. 

L’association de Nout et du sycomore nous rappelle, par ailleurs, une 
de ses représentations tardives publiées par Lanzone < 3) , elle assimile 
Nout à toutes les divinités « dendrites» CO de la Grèce et d’ailleurs. Le 
récit d’une cérémonie de la basse époque rapportée par Moret nous fera 
mieux comprendre cet aspect de-Nout : «Dans certains temples, on dépo¬ 
sait la statue (d’osiris) sept jours durant, sur des branches de sycomores. 
Les gloses des textes sacrés expliquent que c’est pour rappeler les sept 
mois passés par Osiris, avant sa naissance, dans le sein de sa mère Nouit, 
la déesse du sycomore : un jour compte pour un mois ; les sycomores sont 
pour Nouit. De par les lois de la magie imitative, cette gestation ou cet 
accouchement simulés, assuraient à la statue une véritable renaissance. 
Quelques jours plus tard, la statue faite, comme il a été dit, de terre 
végétale, d’orge, de blé, d’aromates, était enterrée sous les sycomores 
sacrés, le jour de la fête du labourage, c’est-à-dire au temps des semailles. 
Encore quelques moi& et l’orge et le blé germeraient sur la statue d’O- 
siris» (5) . Dans ce récit nous voyons la «Dame du sycomore» cumuler les 
fonctions de génie végétal et de protectrice des morts ( 6) . Nous l’avons 

(1) p y r - § *99 

R. V. Lanzone, Dizionario. tav. CLIV. 

Cf. Aphrodite et Liera a vdeia IIsener, Gôtternamen, s.v. ; les dryades ; des hom¬ 
mes hsvhptTOLt Lucien, Hist. verit. 1 , 22 ; cf. Ed. Diiorme, Les religions de Babyl. el 
d' Ass. p. 8. 

(5) Moret, Rois et Dieux d'Egypte , p. 91. 

6 Cf. Àdolf R esc 11. Die Entwicklung der Himmelsgottin N ut zu einer Totengottheit, 
Leipzig, 1922. 













434 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


déjà vue plus haut accueillir le défunt dans la région céleste. Suivant une 
tradition remontant à l’époque des pyramides Nout aurait rendu son 
intégrité au corps écartelé d’Osiris. Ce rôle de protectrice des morts et 
plus précisément du passage de la vie à la mort et de la mort à la vie, 
elle le remplit sous ses trois aspects : en tant que ciel c’est en so.n 
sein que s’accomplit l’évolution des corps célestes; en tant que vache 
elle enfante chaque jour ; en tant que plante elle couve en elle le 
renouvellement végétal. 

Dans ce court aperçu nous avons vu Nout englober, en sa personne, 
les principales manifestations de la Grande Déesse. Divinité cosmique 
avant tout et dès l’origine, elle ne cessera jamais d’occuper la pensée 
religieuse des Egyptiens et cependant les spéculations les plus savantes 
n’ont pu parvenir à altérer, dans son ensemble, son caractère primitif. 

NeIT LA DEESSE COSMIQUE ABSTRAITE 

Le nom de Neit remonte à la plus haute antiquité. On le rencontre 
dans la composition de noms théophores tels que Neit-hotep et Mer-Neit ; 
il se lit fréquemment sur les cylindres archaïques f 8 ) et les textes des 
pyramides W le mentionnent. Dans le tombeau de Ti à Sakkara la femme 
de ce dernier Neferhotep-s figure comme prêtresse de Neit. Voici les 
titres qu’on décerne à cette déesse sur un monument cité par Brugsch^ : 
«Neit la grande, la dame de Saïs, maîtresse du ciel, régente de tous les 
dieux, qui n’a point de seconde.» « Rê, est-il dit au défunt dans un 
papyrus, se lève pour toi aux portails de l’horizon, aux portes excel¬ 
lentes de Neit» (6 '. Oudjahorresne sur sa statue naophore conservée au 
Vatican l’appelle : « la mère qui a donné naissance à Râ et a inauguré 

(1) Pyr . § 3 18, 8 ^ 5 , 828. 

(9) Notons qu’une inscription invoquant Nout et dont la première version se 
lit sur le couvercle en bois de Men-Kau-Ra (Brit. Mus. n° 6647), dont on rencontre 
des traces dans le L. des M. ch. clxxvii, se retrouve sur des fragments de bois 
de ma collection provenant de cercueils de basse époque trouvés à Assiout. 

Petrie, Scarabs and cylinders with names, pl. t-IV. 

0) py f g 489 c, 5 10 a, 606 d, i 3 i 4 a, 1876 c, 1621 b, 16/17 c. 

(5) H. K. Brugsch, Monuments de VEgypte. . . Berlin 1867, pl. 63 , n° 2. 

(6) Maspero, Mém. sur quelques Papyrus du Louvre, p. 90. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


435 


la naissance alors que la naissance n’existait pas encore» (1) 2 * 4 5 * . Cette déesse 
dont l’origine se perd dans un lointain passé, nous la voyons, d’après 
ces quelques citations empruntées aux différentes époques de la longue 
civilisation égyptienne, remplir un rôle cosmique analogue à celui 
de Nout. On emploie pour la désigner des expressions identiques : elle 
est la vache qui enfante le soleil, ^ ^ ffi Q e ^ e est G ran cle Mère 
divine Les t ex t es insistent sur ce caractère de mère : 

durant la fête du i3 Epiphi, Neit figurait donnant naissance à Râ ^ ; 
à la basse époque on rencontre des statuettes de Neit allaitant deux cro¬ 
codiles W et dans le chapitre lxvi du Livre des Morts nous lisons : « la 
déesse Neit m’a donné naissance.» Ce n’est point sans raison que 
Champollion dans son Panthéon Egyptien à pu dire de Neit qu’elle 
représentait le principe féminin. Mais cette fonction de mère, de génitrix, 
elle la remplit d’une façon toute spéciale ; c’est de sa propre substance 
et sans l’aide de personne qu’elle procrée : «elle enfante celui qui 
l’enfante» S ^ ^ 7^ \ Suivant Horappolon, elle serait 

bisexuée ^. 

Une autre fonction que Neit a en commun avec Nout est celle de pro¬ 
tectrice des morts. 

Dans les textes des pyramides elle figure parmi les entités divines qui 
accueillent le roi défunt, «Neit a veillé pour toi dans le Tesut», lit-on 
dans un papyrus funéraire (7) , elle se range parmi les quatre gardiens des 

(1) G. Posener, La première domination perse en Egypte, Le Caire 1986, p. 7. 

(2) D. Mallet, Le culte de Neit à Sais , Paris 1888, p. 9/1; cf. H. K. Brugsch, 

Dict. géogr. 363 j 

H. K. Brugsch, Drei Fest-Kalender des Tempels von Apollinopolis Magna in Ober 
Aegypten, Leipzig 1877, p. 23 sq. Brugsch, Matériaux pour servir à la reconstruc- 
lion du calendrier des anciens Egyptiens , Leipzig i 864 , pl. X à XIII. 

(4) A la ligne 627 du texte d’Unas on lit : fl J *)<£. 

(5) Lepsius, Denfcm. Abth. Il, pl. 99 b. 

(#) Hieroglyphica, I, 11. L’idéogramme d’Ishtar est suivi du signe qui repré¬ 
sente primitivement le phallus et exprime l’idée de «mâle», E. Dhorme, Les Rel. 
de Babyl. et d'Ass. 1 9 45 , p. 93. Cf. la mentalité primitive aux yeux de laquelle 
le rôle de l’élément mâle était ignoré, Briffault, loc. cit. II, 443 sq. 

(7} Maspero, Mém. sur quelques papyrus du Louvre, p. 90. Elle joint les deux bras 
au-dessus d’Aba pour le protéger, Lanzone, Dizion. tav. CLXXVI, fig. 3 . 











436 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


vases canopes contenant les viscères et, d’après certaines inscriptions, le 
rôle d’ouvreuse des chemins (1) lui serait dévolu. Malgré tous ces carac¬ 
tères communs la figure de Neit rapprochée de celle de Nout nous pa¬ 
raîtra bien abstraite, certaines des expressions citées plus haut rappellent 
celles que l’on employait pour honorer Amon, cet autre dieu dont les 
prêtres se sont emparé pour donner corps à leurs spéculations théolo¬ 
giques. Un travail analogue à celui qui s’est fait en faveur du dieu de 
Thèbes a eu lieu au sujet de Neit, il n’y a qu’à lire le passage suivant 
gravé sur la muraille intérieure du temple d’Esneh pour en voir l’abou¬ 
tissement : «Net, la grande, la mère divine, le père des pères, la mère 
des mères, ce qui existe étant dès le commencement^.» On comprend 
qu’à la longue le résultat de pareilles spéculations ait pu devenir l’ob¬ 
jet d’un culte aniconique, s’il faut en croire Clément d’Alexandrie 
d’après qui les plus sages des prêtres égyptiens avaient établi le sanc¬ 
tuaire de Minerve (Neit) à l’air libre, à l’instar des Hébreux et qu’ils n’y 
avaient placé aucune image. L’existence à Saïs de mystères M pareils à 
ceux de la Grèce et dont le prêtre s’intitulait chef des mystères dans le 
temple de Neith ^ fj] ^ ^ J ( 5 ) devait être favorable à 

l’élaboration de pareilles conceptions religieuses. 

D’entre les diverses fonctions de Neit nous choisirons deux sur les¬ 
quelles nous arrêterons un moment notre attention car elles donnent à 
la déesse une physionomie originale en Egypte. Elles sont représentées 
par ses deux attributs, l’arc avec les flèches et la navette. 

L’arc et les flèches confèrent à Neith un caractère guerrier mais sans 
la cruauté propre à certaines déesses asiatiques telles qu’Ishtar et Anat (6) , 
ce n’est point sans raison que les Grecs l’assimilèrent à leur Athéna. 
C’est plutôt un rôle de protectrice armée qu’on lui reconnaît, ainsi qu’il 

(1) Lepsius, Denkm. Abth, II, pl. 109. D’après Ed. Mayer, Ae. 7., lit. 100, 
cette épithète signifierait qu’elle précède le roi dans la bataille. 

(2) H. K. Brugsch, Religion und Mythologie der allen Aegypter, 188 5 -1888, I, 
p. 1 1 h sq. 

Stromates , V, p . 239. 

(4) Hérodote, II, 171 ; Diodore de Sicile, I, 29. 

W Pierret, Inscr. du Louvre, 2 e partie, p. 18 ft sq. 

Cf. Ch. ViROLLEAUD dans Eranos Jahrhuch , 19 38 , p. 1 h 1 sq. 


LA GRANDE DÉESSE EN EGYPTE. 


437 

ressort du passage suivant emprunté au sarcophage d’Apa-anchu^ datant 
de la V e dynastie : « O Neith, ô Annun, ô grande, ô grande des forces 
magiques, ô Nessert, accorde que les blessures que pourra faire cet Apa- 
an-chu soient comme les blessures que tu ferais toi-même. . . . Accorde 
lui d’être vénéré comme tu es vénérée, accorde que soit acclamé le 
nom de cet Apa-anchu comme est acclamé ton nom; accorde qu’il soit 
aimé comme tu es aimée; accorde qu’il ait son sceptre ah parmi les 
vivants, accorde qu’il ait son sceptre makes parmi les mânes, accorde 
que prospère son glaive contre ses ennemis.» Joignons à cela cette 
curieuse représentation de Neit protectrice du sommeil publiée par 
Daressy (2) * 4 5 . 

Le signe qui, du moins à une époque tardive, fut identifié à une 
navette apparente Neit à Ishtar, à la Grande Déesse hittite, à la déesse 
syrienne Atargatis et à une divinité cypriote qui tiennent la quenouille, 
à l’Ananké au fuseau, à Artémis, Athéna, Aphrodite aux Nymphes à 
Persephone. Briffault nous a montré l’importance du motif de la 
tisseuse et de la fileuse en citant de nombreux exemples puisés non seu¬ 
lement dans l’antiquité classique mais dans les croyances de nombreuses 
peuplades ( 3 L 


Hathor la déesse de l’amour et de la volupté 

A la liste impressionnante dressée par Lanzone ^ des localités où 
se trouvait un sanctuaire de la très ancienne déesse Hathor ^ on 


(l} Lepsius, Denkm. Abth. II, pl. 99 h. 

(2) A.S.A. t. X, p. 177-179. 

Pour la quenouille, le fuseau et la navette cf. Ch. Picard, Ephèse et Claros, 
p. 497 ; P. M. Schull, Autour du fuseau d’Ananké, Rev. archéol. t. XXXII, p. 58 sq. ; 
pour Artémis voir Iliade, XX, 71, Athéna, ibid., XIV, 178 ; Aphrodite, Daremberg 
et lSaglio, Diction. II, p. 1/126; les Nymphes, Odyssée , XIII, 107; Persephone, 
Porphyre, De Antro Nympharum , XIV; pour les divinités d’autres peuplades 
Briffault, The Mothers , II, p. 624 sq. 

(4) Dizionario , p. 876. 

(5) Murray, Index of names and iitles, pl. XXIX, liste de prêtresses d Hathor de 

l’A.E. 
















438 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


pourrait joindre bien d’autres (1) 2 * * . Il ressort de ces multiples mentions 
qu’à Thèbes comme à Héliopolis, dans la péninsule Sinaïtique comme à 
Aphroditopolis, chez les Hiérakléopolitains comme chez les habitants de 
Kesset ce que l’on adorait sous le nom d’Hathor c’était le principe 
féminin dans la divinité. En tant que telle, le soleil se renouvelle en elle, 
sa mère ^ ; en tant que déité végétale, les êtres divins ainsi que les tré¬ 
passés vivent sous son arbre ^ ; elle est protectrice des morts ; un des 
noms de la vache ^ céleste à laquelle elle est assimilée est Mehitourt (5) 6 , 
«la grande eau»^, ce qui semble la mettre en relation avec l’élément 
liquide, d’ailleurs la déesse de Byblos (7) , une de ses formes, était invo¬ 
quée par les marins (8) 9 . 

A une époque relativement tardive il se fit à Dendera au profit d’Ha¬ 
thor un travail analogue à celui qui s’effectua pour Neit à Sais. Hathor 
engloba en sa personne tous les attributs des déesses et des dieux 
égyptiens ( 9 h Mais la fusion d’éléments si divers ne fut jamais parfaite et 


(1) Dümichen, Geographische Insckriften, t. I; pl. XCIII, liste des Hathor sous 
Ramsès 111 ; liste pap. Bremner-Rhind, Budge, Egyptian hieratic Papyri , pl. VII, 
col. 20. Cf. aux nombreuses appellations d’Hathor ce passage de Jean Lydus (De 
mensib., p. 91 ) au sujet des noms d’Aphrodite : èv rots oprots èyyôs rpiaxocriots 
àvôpai<JLv svpt(Txo[£v xotXov p.£vrfv TTjv kfipohmjv. 

(2) Hymne à Râ, pap. de Nekht. sheet 2 1. 

{3) L. des M. ch. en, 5 , pap. Nu sheet 11 les êtres divins vivent sous l’arbre 
d’Hathor; ibid. ch. lxviii, 10; lxxxii, 6: lxxxix, 6. En tant que déité végétale 
cf. Aphrodite dendride, Corpus Inscrip. Latinorum VI ; Aphrodite ivO£ict Hesvch. 
s. v. ; oxjpcLvlcL èv xYjtiois Paus. I, XIX, 2. 

(/1) Kees, Gôtterglaube im alten Aegypten, p. 7/1, énumération des dillérentes vaches 
sacrées locales. 

(5) Pyr. 289, 5 o 8 , 11 3 1. 

(6) Pleyte, Chapitres supplémentaires du Livre des Morts (trad. et Gom. I) p. 20. 

(7 ) La Baalat Gebel est représentée comme Hathor avec le disque solaire entre 
les cornes, Meyer, Gesich . 2 II, I. p. 394. En Egypte on l’appelait l’Hathor de 
Gebel, Muller, Asien und Europa nach altagyptischen Denkmalern, Leipzig 1893, 
p. 3 1 4 . 

(8) La barque qui sert à transporter le mort au ciel est conduite par Hathor, 
Maîtresse de Byblos, Lacau, Textes religieux, n° 20. 

(9) « The Egyptians exalted their gods by dwelling on the infinité complexity 
of divine povver», H. Frankfort, Ancient Egyptian Religion, p. 19. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


439 


ne put atteindre ce haut degré d’abstraction que nous trouvons en Neit, 
produit des spéculations des prêtres de Sais. On ne put réduire cette 
multiplicité de formes à moins de sept (1) . Ces sept Hathor (2 > donnent à 
la figure de la déesse un caractère concret que ne possède aucune autre 
divinité d’Egypte. En effet, si par la plupart de ses aspects, Hathor se 
confond avec le type de la déité cosmique auquel tendent à s’incorporer 
toutes les entités divines du panthéon égyptien, la déesse représentée nue 
avec des oreilles de vachesur certains scarabées de notre planche IV s’en 
distingue nettement. Ce n’est point sans raison que les Grecs assimi¬ 
lèrent Hathor à leur Aphrodite et que la plupart des divinités asiatiques 
féminines lui empruntèrent leur coiffure w et d’autres attributs. Dans 
les chants d’amour du Nouvel Empire on s’adresse à elle comme 
les poètes grecs et latins s’adressaient à Vénus. Elle offre plus d’une ana¬ 
logie avec Ishtar : dans le récit des deux frères les sept Hathor prédisent 
le sort de la femme façonnée ^ par Khnoum pour Bata, Ishtar dans un 
hymne bilingue est nommée bêlet shîmâte, «dame des destins» et shar- 
rat murale, «reine des sorts». 

Nous avons vu, au début de cette étude, que l’instinct sexuel 
se double souvent de cruauté, Hathor révèle ce trait de caractère com¬ 
mun à d’autres déesses de la volupté (7) . Un texte que l’on trouve dans 
plusieurs tombes du Nouvel Empire et que l’on a intitulé « Destruction 


■ Q n <£» » ^ lorsqu’on voit le nom écrit de la sorte, soit les 


Mariette, Denderah, t. I, pl. 27 ; Brugsch, Dict. géogr., p. 972 ; Brugsch, 

Mythologische Insckriften, Leipzig i884,p. 801 sq. 

( 2 ) ^ \ ' ‘ ‘ ” 

1 

«sept demeures supérieures», on ne peut s’empêcher de penser aux sept 
«shamayim» des Hébreux pluriel de «shama» la place haute. 

(3) Les oreilles sont encore plus évidentes sur les exemplaires publiés par Petrie, 
Buttons and design scarabs, pl. XV, n os io 5 s-io 5 A. 

(4) Cf. Vincent, Canaan , p. 1 58 sq. on y trouvera un résumé des nombreuses 
trouvailles de statuettes d’Astarté, dont plusieurs ont des traces d’influence 
égyptienne; cf. Urk. I, 128. 

(5) Cf. V£V£Tv\Xih£s et 3 -£xï y£vvctth£> Usener, Gottemamen, p. 12 4 . 

(6) Keilschr if texte aus Assur religiosen Inhalts , 100, 1 . 128. Talquist, Der assy- 
rische Gott, p. 80. 

(7 ) Les Egyptiens considéraient Astarté comme une divinité guerrière, À. Z., 
IX, 1871, p. 119. 











440 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


des hommes»raconte que le dieu Râ irrité contre les hommes leur 
envoya Hathor pour les punir. La déesse en fit un grand massacre. Le 
lendemain Râ, voulant sauver ce qui restait de l’humanité fit répandre, 
pendant l’absence d’Hathor, de la bière couleur de sang. A son retour 
cette dernière but de cette bière, la trouva bonne et fût prise d’ivresse h). 

D’après le texte de tablettes trouvées à Rash-Shamra 1 (2) , Ànat-Astarté 
pour ramener au jour Aliyan-Ba'al et obtenir qu’un temple fût construit 
en l’honneur de Ba'al se livra à un massacre forcené des hommes. 

Quant à Ishtar voici ce qu’en dit une lamentation ^ : «En ta descente 
dans la maison d’un homme tu es comme le chacal qui a été amené 
à emporter la brebis, tu es le lion qui constamment se précipite au milieu 
de la mêlée». 

On connaît d’autre part une Déméter Èptvvs^ ll * * \ une Aphrodite MeXa«- 
vis® et une Aphrodite AvSpoÇ>6vo$ (6) 7 . 

Ajoutons, pour finir, que d’après un bronze de notre collection et la 
tavola LXXIV deLanzone, Hathor semble associée à cette autre divinité du 
plaisir, de la jouissance et des amusements mais aussi de caractère guer¬ 
rier qu’est Bès, sous sa double forme masculine et féminine. 


Sekhet la déesse meurtrière 

Nous emprunterons au chapitre clxiv du Livre des Morts ^ les traits 
qui dessineront l’image mythique de cette déesse : 

(1) Naville, T.S.B.A., IV (187.5), [j. 1-19 et VIII (i 885 ), p. 4 i 2 - 42 o. Rap¬ 
pelons que d’après une étude posthume de Jequier, Considérations sur les Religions 
égyptiennes, p. 1 85 -1 98 le nom primitif d’Hathor Nubit se rattacherait à Noubt, 
la déesse aurait donc autrefois été associée à Noubti = Set et aurait participé de 
la nature de ce dieu. À propos de l’ivresse cf. «le baiser de sa bien-aimée l’enivre 
comme de la bière », Muller, Liebespoesie, p. h 2. 

(2) Bibliographie dans R. Dussaud, Les Religions des Hittites et des Hourrites des 
Phéniciens et des Syriens, p. 379. 

P.S.B.A. XXXI, 5 9 . 

(/1) Hesych, s.v. 

(à) Paus, II, 11, 4 ; Vil, vi, 2 ; IX, xxvn, 4 ; Àthen. XIII, 588 c. 

v6) Nilssen, Griechische Feste, p. 378. 

(7) Lepsius, Tottenbuch, Bl. 78. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


441 


« Hommage à toi ô Sekhet-Bast-Rê, maîtresse des dieux, porteuse 
d’ailes.... Reine des couronnes du Sud et du Nord, unique, souveraine 
de son père, au-dessus de laquelle ne peuvent être les dieux, grande 
en enchantements dans l’esquif des Millions d’années, Toi qui es la pre¬ 
mière, qui te lèves dans le lieu du silence.... Maîtresse et Dame de la 
tombe, Mère de l’horizon du ciel, chère au cœur, aimée, destructrice de 
la rébellion, les offrandes sont dans ta main, et tu te tiens en avant de 
l’esquif de ton divin Père pour renverser l’Ennemi. Tu as placé Mâat à 

l’avant de son esquif. Tu es la déesse du feu Ami-seshet.Louange 

à toi, ô Dame, qui es plus puissante que les dieux. Des mots d’adoration 
montent vers toi de la compagnie des dieux.» Le reste du chapitre nous 
montre la déesse exerçant auprès des âmes vivantes dans leurs cercueils 
les fonctions de protectrice. 

D’après ces extraits, Sekhet nous est apparue, par suite d’annexions 
successives de pouvoirs, comme une de ces divinités panthées qui ont 
fini par englober en leur personne toutes les fonctions de la Grande 
Déesse. Elle ressemblerait à toutes les incarnations égyptiennes de cette 
dernière si elle ne présentait un aspect particulier qui en fait une phy¬ 
sionomie distincte. 

Dans certains passages cités plus haut il est fait allusion à son humeur 
belliqueuse qu elle exerce souvent à la manière deNeit contre les ennemis 
de son protégé. «J’ai gagné la maîtrise sur lui (l’ennemi) comme Sekhet, 
la grande »^, dit Nu dans son papyrus mais elle l’exerce avec cette diffé¬ 
rence qu elle y mêle une férocité, une cruauté qui lui est propre (2 L 
Ce n’est point sans raison qu elle rappelle la flamme j~ ^ M il % J ^ 
et que l’un de ses surnoms est : «l’enfant issu de l’être à la terrible 

lace dont le corps demeure caché» • • • | J P ^ ÜT ^ * Jli *—- 

Une légende inscrite sur les parois des temples ptolémaïques ^ et dont 

(1) Pap. de Nuj shcet, 1 5, 10 . 

(2) Ce caractère, avons-nous vu, se retrouve chez des déesses asiatiques. Cf. la 
lamentation d’Jshtar citée plus haut. 

(,1) L. desM. ch. clxiv, 4 ; cf. «elle crache le feu», Pap. S allier, 111, 9 , 4. 

(4j L. des M. ibid. 8 . 

l5) Junker, Ab. Berl. Àk., 1911 ; cf. K. Sethe, Sage vont Sonnenauge , Junker, 
Onurislegende. 

Bulletin de C Institut d'Égypte, t. XXXVI. 


35 




















442 


BULLETIN DE I/INSTITUT D’EGYPTE. 


une version plus tardive nous est fournie par un papyrus (l) , nous 
montre une déesse lionne vivant dans le désert de Nubie et dont les 
colères étaient telles que « sa crinière était enflammée, son dos avait la 
couleur du sang, son visage brillait comme le soleil, son œil flambait 
(et que) le désert fut obscurci de poussière comme elle battait le sol 
de sa queue» W. Cette déesse revenue en Egypte^ s’humanisa et reprit 
dans chaque ville l’une des multiples formes sous lesquelles elle était 
adorée 

Maat la déesse du rythme universel 

Le geste de Baubo que nous avons mentionné au début de cette étude 
n’est point, croyons-nous, une simple bouffonnerie. Aussi ne partageons 
nous pas l’opinion d’Isidore Levy qui voit en ses trois versions une 
légende d’origine alexandrine, adoptée par la Grèce et transmise au Ja¬ 
pon^. Si nous remarquons d’une part que ce geste, du moins en ce 
qui concerne la Grèce et le Japon, perd la signification purement 
sexuelle qu’on pourrait lui prêter, puisqu il s’adresse à une déesse fé¬ 
minine, et d’autre part que le résultat, après qu’il eut été accompli, fut 
la réapparition de la lumière disparue et le reverdissement de la végé¬ 
tation flétrie, nous pouvons affirmer qu’il recèlle une signification plus 


(,) Spiegelberg, Mythus vom Sonnenauge , Strasbourg, 1917. 

(9) Elle est habituellement nommée Tefnout, parfois elle porte les noms de Mehet 
et d’Oupés, olle est assimilée à Sekhmet. Pour les déesses en rapport avec le lion 
voir C. de Wit, Le rôle et le sens du lion dans l’Egypte ancienne. Leiden 1951 . Cf. 
Ishtar et le lion, Ed. Dhorme, Les Religions de Babyl. et d’Ass. Paris 19 45 , p. 90 
Astarté en Egypte était parfois représentée avec une tête de lionne, cf. Naville, 
Textes relatifs au Mythe d’Horus , pi. XIII et p. 17; Lanzone, Dizionario , s. v. 
Astarté: Budge, The Gods of the Egyptians , t. IL p. 978-979. 

Schafer, Àgyptische Zeichnungen auf Scherben (Jahrbuch der kôniglich preus- 
sischen Kunstsammlungen XXXVII [1916] n° 4 , p. 3 i, tig. 6 et p. 38 . Sur cet 
ostracon est représentée la scène de persuasion de la déesse déjà humanisée sous 
forme de chatte par Thot sous forme de babouin. 

(4) Maut, Hat ho r, Maat, etc. 

(5) Opinion opposée à celle d’Isidore Levy cf. Ch. Picard, R. H. R. 96 (1997), 
p. 990 sq. et Eranos Jahrbuch, 1988, p. 101 sq. 


t 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


443 


générale et plus profonde. En effet, pour le primitif le retour de la lu¬ 
mière et le renouvellement de tous les phénomènes indispensables à sa 
vie n’a rien de certain (1) . Le soleil est un dieu fantasque, s’étant mis une 
fois en colère il abandonna les hommes et se retira à l’étranger^, les 
mortels ne doivent sa réapparition qu’aux bons soins de sa mère Nout : 
« Sa mère Nout lui donne la vie chaque jour qu’il plait à Râ (est-il dit 
du roi assimilé au soleil) avec lui il se lève à l’Orient, avec lui il se couche 
à l’Occident, sans que sa mère Nout reste un seul jour vide de lui»l 3 L 
En montrant donc d’un geste la source des enfantements, la déesse fémi¬ 
nine révèle enfin à l’homme les phénomènes de renouvellement et la 
loi du rythme universel ; les périodes déterminées auxquelles la végé¬ 
tation sort de la terre ^ et y retourne, les lois mystérieuses qui font 
croître et décroître les eaux, le retour des mêmes saisons qui fait reap¬ 
paraître l’instinct animal de reproduction, la durée prévisible de la 
gestation maternelle. Et voilà que nous est révélé un nouvel aspect de 
la déesse féminine en la personne de Maat, la Norme universelle. Déjà 
dans les textes des pyramides Maat figure devant Rà le jour de la fête 
du Nouvel An, une inscription du temple de Seti I à Gourna nous 
apprend que le soleil se lève et se couche suivant Maat ' ü) et plus tard 
encore nous lisons que Maat, le soleil féminin, la première à Dendera... 
la belle, qui apparaît au ciel, Maat gouverne le monde à la proue de la 


f. Boil, Die Sonne im Glauben and in der Weltanschauung der allen Vôlker, 
1999, 9. Les Egyptiens constataient avec étonnement le retour régulier des 
étoiles et des planètes, K. Sethe, Allàgyptische Vorstellungen vom Lauf der Sonne 
(Sitzungsber. d. preuss. Akacl. der. Wiss., phil. Kl. 1928, XXII). 

(2) K. Sethe, Zur altàgyplischen Sage vont Sonnenauge, das in der Fremde war, 
1 9 1 9 • 

w Pyr. 8 1 835 . 

" IT^f7ZT.'H H Viü!T ■■■■ L - Jes M -> ch - cxiv > 7 

USLl J SL XV XÙT7JV, fj TX ZÜXVTX TtKTSTXt 

Srpéilaa-x t’ x uOis t ôjvhs xvpx Àapié'a vst Eschylle, Choephores v. 127-128. 

(5) Pyr. §i 77 4 . 

(> Rleek er, De beteekenis van de egyplische godin Maat , p. 8 7 ; Thot et Maat mar¬ 
quent la course du soleil pour chaque jour, Budge, Gods of the Egyptians I, p. 417. 
Pap. Ani, éd. Budge, pl. 1 , 1 . 9, 

35. 

















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


m\ 

barque solaire B). Voici enfin pour finir, un texte très important sur le 
rôle attribué à Maat «Tu montes avec Maat, tu vis de Maat... Ta fille 
Maat, tu rajeunis à sa vue, tu vis du parfum de sa rosée.... Voici (venir) 
les dieux et les déesses qui sont avec toi en portant Maat, ils savent que 
tu vis d’elle; ton œil droit est Maat, ton œil gauche est Maat, tes chairs 
et tes membres sont Maat, les souffles de ton ventre et de ton cœur 
(viennent) de Maat.... ce que tu manges est Maat.... les souffles pour 
ton nez sont Maat.... Les deux moitiés de la terre viennent à toi, portant 
Maat, pour te donner tout l’orbe du disque solaire.... Maat se trouve 
parmi les dieux assemblés du cycle.... tu existes parce que Maat existe, 
et réciproquement Maat existe elle pénètre dans ta tête, elle se mani¬ 
feste devant toi pour l’éternité.... Maat est face à ton visage dans le 
ciel et sur la terre, que tu tournes au ciel, ou que tu marches sur 
terre» (2) * * * 6 . Ces quelques citations, que nous aurions pu multiplier, nous 
prouvent que Maat représente l’ordre cosmique, ainsi que l’ont montré 
Kristensen et Bleeker^. 

C’est à ce titre que lui sont atribuées les appellations suivantes : 
«Dame du ciel», «Maîtresse des deux terres»; «Œil de Râ qui n’a 
point d’égal»^, «Reine des dieux et des déesses» (l,) . 

La joie de connaître ^ ^ I \ - j | \ \ ^ {6) l’homme la doit 

à une déesse féminine Maat (7) , d’ailleurs de quelque côté que nous nous 
tournions la divinité qui tient entre ses mains les lois, les règles, les 
sorts et les destins est féminine : Ishtar que nous avons vu surnommer 
plus haut la « dame des destins» et la «reine des sorts»; était celle qui 


(,) Brugsch, Thésaurus, p. 100; Thausing, Mitt. D. Inst. 8 , p. 5 a. 

(2) À. Moret, Le rituel du culte divin journalier en Egypte, 1902, p. 1 38 - 

1/17. 

^ Kristensen, Livet fra doden, Bleeker, loc. cit. 

{ti) Berl. Aeg. Inschr. II, p. 317. La Sopliia des gnostiques dériverait d’une 
déesse du ciel orientale W. Bodsset, Ilauptprobleme der Gnosis Gôttingen 1907 
(FRLANT 10). 

(6) Piehl, Inscr. hierogl . I, pl. 175. 

fi) L. des M. ch. cxvi, 5 . 

(7) L’identification de Maat avec Hathor à l’époque gréco-romaine montre que 
cette déesse était loin d’être une abstraction Wb Belegstellen II, p. 34 n. i 3 . 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


445 


avait établi les lois du ciel et de la terre (1) ainsi que les Moîpa< en Grèce 
et surtout cette Diké qui pénètre tout et dont Orphée a dit qu’elle est 
assise auprès du trône de Zeus et qu’elle règle le mouvement des astres (2) . 
Comme Maat en Egypte elle retient le soleil dans des limites normales 
qu’il ne doit pas dépasser, «autrement, les Erinnyes, ces agents répres¬ 
sifs au service de la Diké, sauraient bien le découvrir», nous dit Déni- 
ci ite 

Autres deesses 

Il n est point de divinité égyptienne que les spéculations de ses prêtres 
11 ’ont pas essayé d’élever au rang de déesse cosmique, suivant un arché¬ 
type devenu général ; aussi, la place nous étant limitée, nous ne nous 
arrêterons que sur les traits caractéristiques de quelques déités. 

Isis. L’importance de cette déesse devenue le symbole de l’amour 
maternel est telle que nous lui réserverons une étude séparée. 

Renen-outet = Thermouthis^. Déesse des moissons et du grain qui rap¬ 
pelle Déméter, elle devint populaire à l’époque gréco-romaine sous le 
nom de Thermoutliis ; à mesure que les mystères d’Eleusis et que toutes 
les légendes du cycle de Déméter et de Perséphone acquéraient de l’im¬ 
portance en Egypte. Hermann M partant de sainte Thermouthis, dont on 
trouve des représentations au Moyen Âge, en tant que fdle du pharaon 
qui sauva Moïse, étudie le prototype Renen-outet. Le déterminatif de 


H. Zimmern, Babylonische Hymnen und Gebete, p. 66. 

(2) Schuhl, Pensée grecque, p. 236-287; 280-281. Cf. Thémis. Ovide, Fastes. 
III, 607. 

Fr. 94, Diels. Les Thesmophories desquelles les hommes étaient exclus 
(L. R. Farnell, The Cuits of the Greek States , TII, p. 83 ) étaient des cérémonies 
agraires en l’honneur de divinités régulatrices des saisons. 

lj Dans une precedente etude : Considérations sur la religion égyptienne ( But . 
Inst . d’Egypte , t. XXXIII), p. i 48 -i 66 et pl. I, II, IV, nous avons publié une 
statuette égyptienne et deux statuettes gréco-romaines de Renen-Outet, ainsi que 
quelques renseignements sur cette déesse. Son nom est parfois déterminé par un 
métier à tisser. 

(,) À. Hermann, Das Kind und seine Hüterin (Mitteilungen des deutschen Insti¬ 
tuts fur aegyptischen Altertumskunde, Kairo, Band 8, Heft 2, 1939),p. 171-176. 





















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


4 46 


son nom (,) semble établir une relation entre elle et le tissage dont 
nous avons déjà examiné la signification, à propos de Neit. A la planche 
VII, nous avons reproduit une figure tardive de la déesse (cf. pl. IX# et b, 
une forme plus simple de la déesse, à remarquer la plante représentée au 
dos de la statue, en b). Au sujet des fions que nous y voyons cf. Diodore 
de Sicile, II, 9 , 5, une image de la déesse que les Grecs appellent Rhéa 
se trouvait à Babylone avec deux lions sur les genoux. 

Thouèris. Dans un compte rendu du livre de Wainwright, The Sky- 
Beligion, Et. Drioton fait la remarque suivante : «on peut, je crois, 
d’ores et déjà ajouter aux divinités du ciel déchues reconnues par M. 
Wainwright l’hippopotame femelle Thouèris, «la bonne truie» des textes, 
la fée aux formes plantureuses qui prenait soin des accouchées... Dans 
ces conditions, Thouèris a toutes chances d’être une grande divinité des 
plus anciens temps qui, prescrite par les religions officielles, aura 
trouvé refuge dans le monde des petites gens chez qui elle continua 
d’exercer sa royauté.» Nous aurions donc en son adipeuse et bestiale 
personne un vestige de la façon dont les primitifs de la vallée du Nil se 
représentaient la déesse de la fécondité. Il faudrait rapprocher d’elles les 
diverses déités à corps d’hippopotame dont Apet et Reret sont très an¬ 
ciennes. 


Nekheret. La déesse de Neklieb, dont le nom était formé en fonction 
de la ville ou on l’adorait, à l’instar de plusieures baalat sémitiques. Les 
fouilles récentes d’El Kab ont attiré l’attention sur cette déesse vautour 
que les Grecs ont assimilée à Eileithvia^ qui préside aux accouchements W. 

Maut. Cette déité 11 ’est qu’un doublet du caractère maternel que 
nous avons rencontré comme élément constituant de nombreuses déesses. 





Pyr. S 1755, 179à. 

(2) Rev. archéol. , t. XIV (1989), p. 21 5 . 

W EiXeidvioL est citée dans VIliade, XVI, 187 ; XIX, io 3 ; YOdys. XIX, 188 et 
dans T hymne homérique à Appolon Delphien 97. Plutarque, Morales , éd. Fr. Publier, 
i 846 -i 855 , 38 o cl. parle de sîXsidvuxs moXis. 

W Tl y a une déesse Meskhenet spécialement affectée à ce rôle. 


/. 1 . 




LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


447 


Nephtys. La pâle Nephtys qui représente le revers ou si l’on veut 
la face opposée d’Isis, dont Plutarque dit que les Egyptiens appe¬ 
laient toutes les limites extérieures de leur territoire Nephtys et dont le 
nom s’écrirait parfois ® J ^ mériterait une étude plus étendue. 

Les déesses étrangères 

Le roi de Mitanni, Tushratta écrit à Aménopliis III : «Ishtar^ de 
Ninive, dame de tous les pays, dit : «Au pays d’Egypte, au pays que 
j’aime je veux aller, je veux m’y promener». Plus d’une déesse étrangère 
a dû voir s’accomplir ce désir de suivre ses fidèles dans leurs voyages 
d’émigration vers la grande région fertile qui se trouvait dans leur voi¬ 
sinage. La vallée du Nil fut, en effet, depuis la plus haute antiquité, 
un carrefour des peuples. Mais, contrairement à l’Ishtar de Tushrata, plus 
d’une de ces divinités venue en Egypte à une époque très lointaine s’y 
est définitivement fixée et s’est assimilée à son entourage, à tel point 
qu’il est difficile de la distinguer des autres membres du panthéon 
autochtone. D’autres, par contre, gardèrent leur caractère national et 
furent adoptées sous leur forme étrangère intacte ou légèrement modifiée 
par les indigènes. Voici quelques exemples de ces infiltrations : 

A la planche VIII b nous reproduisons un ouchabti ^ en bois de la 
XIX e dyn. au nom d’une Isit-em-kheb fille de Baket-Anta. 

M. P. Derchain a eu l’obligeance de me signaler un ouchabti en bois 
du musée Curtius à Liège non encore catalogué, portant l’inscription 
suivante : 


Plutarque, De Iside . . . 38 . 

(2) A. Z. 186/1. p. 65 . À propos des déesses telles Nephtys et Hathor dont le 
nom s’écrit avec un édicule, rappelons cpie suivant l sener, Gôtternamen . p. 190 sep 
les villes sont une copie de l’Univers. 

(3) Cf. Ra.nke, Studies for Griffith , p. 4 12 sq. Voir W. M. Mueller, A sien und 
Enropa naeh altàfjyplischen Denlîmàlern. Leipzig 189 3 . 

W Mesure 3 i cm. 5 . 
















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


448 


Une des filles de Ramsès II s’appelle Bent-Anat. 

Ch. Boreux' 1 ) étudie six stèles du Nouvel Empire représentant Quadesh 
nue entre Min et Reshep et provenant de Deir el Madineh, les dédicataires 
de ces stèles étaient probablement des artisans étrangers. Sur une situle 
en bronze est gravée une scène représentant un prince Psammétique 
invoquant Anta ^ (pour cette déesse voir pl. X). 

Je possède une dédicace grecque très effacée d’époque ptolémaïque 
gravée sur un marbre grisâtre d’un certain Abrames fils d’Abdastara 
le Sidonien à Astara déesse tutelaire. 

Une statuette mutilée de ma collection représente, d’après la dédicace 
phénicienne, Baalat Gebel la déesse de Byblos 1 * (3) * . Elle provient de Mem¬ 
phis. Sur une stèle fragmentaire provenant de la même localité le roi 
Menephtah est en train d’adorer Ptah et Astarté 

Aux noms théophores déjà cités, formés avec Anta et Astarté, nous 
pouvons ajouter quelques autres exemples : un attelage de chevaux ap¬ 
partenant à Séti I portait le nomd’«Anat est satisfaite» (5) , un des chiens 
de Ramsès II s’appelait «Anat est protection»^, Ramsès III déclare 
dans une inscription qu’«Anat et Astarté sont son bouclier» l? ). 

Ces deux déesses semblent avoir pris place dans la mythologie égyp¬ 


(1) Ch. U oh eux, La stèle C. 86 du musée du Louvre , dans Mélanges syriens offerts 
à M . René Dussaud. t. II, p. 678-687 ; cf. J. Leibovitcu. Une imitation d’époque 
gréco-romaine d’une stèle de la déesse Qadesh , A.S.A. t. XLI (1942) p. 77-86 ; liste 
des stèles où est figurée la déesse. 

( 2) P). Grdseloff, Les débuts du culte de Rechef en Egypte, Le Caire, 19/12. La situle 
appartient à notre collection à laquelle appartiennent également une statuette 
de la déesse Ànat et un ostracon mentionnant une fête de la déesse Anat de Gaza 
étudiés dans cet ouvrage. 

(3) Ainsi que nous l’avons déjà vu Hathor fut assimilée à la «dame de Bvblos». 

Au Moyen Empire on trouve des femmes qui s’appelèrent (TZ, stèles du 

Louvre (C. 4*3) et de Vienne (salle T, n° 1A) citées par Ermax, À. Z. t. XLII, 
1906, p. 109. 

Petrie, Memphis I pl. XV, 07. 

(5) Breasted, Ane, Rec. III, 48 . 

Ibid. III, 20 1. 

Ibid . IV, 62. Dans E. Mayer, Der Papy ru sfund von Elephantine. p. 68, il est 
parlé de Ànath-Jahu. 


LA GLANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


449 


tienne ; dans le papyrus Chester Beatty commenté et publié par Gardiner 
et relatant l’histoire d’Horus et de Set, au cours du procès Neit propose 
de donner à Set les deux filles étrangères de Râ, Anat et Astarté en com¬ 
pensation de la dignité d’Osiris accordée à Horus. En conséquence de 
quoi probablement, Horus empêche ces deux déesses d’accoucher, sui¬ 
vant le pap. mag. Harris B). Dans un conte < 2) , dont nous n’avons qu’une 
version fragmentaire, les dieux ramènent Astarté de Syrie en Egypte et 
les grands d’entre eux se levèrent devant elle, les petits se couchèrent 
sur le ventre. Sous le règne d’Aménophis IV elle avait à Memphis un 
temple^. Toutmes IV conduisant un char est comparé à Astarté D). 

L’importance de ces apports étrangers ne peut échapper à personne, 
ils continuèrent bien longtemps durant l’occupation romaine. Cybèle 
(pl. VIII «), Déméter, Baubô et tout le cycle des divinités chthoniennes 
furent très populaires en Egypte. Vénus, dont les statuettes sont nom¬ 
breuses en ce pays, ne mériterait pas de mention spéciale si le type de 
l’anadyomène, sortant de l’eau, n’avait pour les Egyptiens une signifi¬ 
cation particulière 

Mais les monuments de cette époque tardive ne sont plus qu’une 
illustration d’un épisode de l’invasion de l’empire romain par les 
religions orientales D’un tout autre intérêt sont ces statuettes en terre 
cuite de femmes nues pareilles à celles que l’on a trouvées dans les îles 
de la mer Egée, en Palestine, en Mésopotamie, etc., et que l’on voit sor¬ 
tir des différentes fouilles éxécutées en Egypte. Ces statuettes conti¬ 
nuent un type qui s’est manifesté dans la vallée du Nil depuis l’époque 
préhistorique et qui s’est maintenu, malgré des changements superficiels 
de parure et d’attributs jusqu’à l’époque copte B) pl. III et VI b. 


(,) Pap. mag. Harris, 8,8. 

(2) A. Erman, Die Literatur der Aegypter , Leipzig 1928, p. 218-220. 

C. B. Lepsius, Denkmàler ans Aegypfen und Aethiopien, Texte I, 1 6 ; cf . Banke, 
S ladies for Griffith, p. 4 16. 

Davies, Tomb of Thoutmôsis, IV, p. 10. 

(5) Perdrizet, Rronzes grecs d’Egypte, Paris 1 9 1 1, p. i- 5 . 

6) J. Toutain, Les cultes païens dans l’Empire Romain, Paris 1911 ; Cumont, Les 
religions orientales dans le paganisme romain, Paris 1929. 

W Petrie, Objects of daily use, 1927, pl. LIT. 











BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


450 


Conclusion 

Il apparaît qu’en des temps très lointains où l’humanité se trouvait 
en son enfance, ses rêves étaient hantés par un être aux dimensions 
illimitées et aux formes indéterminées auquel elle attribuait l’origine de 
tout ce qui se passait autour d’elle. Cet être à la présence partout et tou¬ 
jours sensible et cependant mystérieuse; d’où naissait et au sein duquel 
se réfugiait tout ce qui vivait ou se mouvait (1 ^; chaque fois que sa pen¬ 
sée vagissante essayait de s’en faire une image, elle ne pouvait se le 
représenter autrement que d’une nature analogue à celle de sa mère. 
Rappelons-nous, à ce propos, cette remarque de Schweinfurth^ que dans 
la plus basse société humaine il existe un lien entre la mère et l’enfant 
qui dure toute la vie. Quant à nous, quelle que soit l’ancienneté des 
documents auxquels nous avons recours, nous ne pouvons nous 
faire qu’une idée approximative de cette divinité primordiale, grâce à 
des recoupements et aux aspects multiples que nous en donnent ses in¬ 
nombrables hypostases. 

Ce n’est point à cause d’une pure rencontre de hasard que nous avons 
abordé cette étude en examinant une à une les diverses parties du corps 
de la Grande Déesse. Si nous regardons d’un peu plus près les diffé¬ 
rentes entités divines de la mythologie universelle nous observerons en 
chacune d’elles une tendance à se scinder en deux ou plusieurs parties. 
Une divinité féminine engendrera sous forme de fils ou d’amant son par¬ 
tenaire mâle : pour Ishtar ce sera Dumuzi, pour Astarté Tammuz-Ado- 
nis ; par contre un dieu masculin provoquera tôt ou tard l’apparition 
d’une parèdre féminine, au dieu Amon correspondra la déesse Amonit, 


(l) Chez plusieurs peuples primitifs persiste la croyance que le nombre d’hom¬ 
mes d’une tribu est limité, les naissances et les décès ne font que renouveler le pas¬ 
sage de ces mêmes individus : Lévy-Bruhl, Les fonctions mentales dans les sociétés 
primitives , p. 398-899. 

^ G. Schweinfurth , The Hart of Africa, I, p. a 1 a. Briffavt, loc. cit., T, p. 1 5 1 sq. 
montre dans un chapitre suggestif que l’amour filial est un sentiment de dépen¬ 
dance et que c’est une sorte de detresse qu’éprouvent les jeunes animaux privés 
de leur mère. 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


451 


à Bès Bèsit, à Râ Rait et ainsi de suite W. Parfois la même entité divine 
sera représentée par deux aspects de sa personnalité opposés mais de 
même sexe et ne pourra être saisie dans toute son intégrité qu’à con¬ 
dition d’être vue sous ses deux faces, ainsi, d’après Plutarque ( * 2) , Isis 
serait la génération et Nephtys la corruption. Enfin dans certains 
cas cette scission s’opérera dans le sein même de l’entité divine qui de¬ 
viendra bisexuée 13 '. Mais ce n’est point à ce simple dédoublement que 
se limitera le phénomène examiné plus haut. Lorsque l’entité divine 
atteint des proportions cosmiques et qu elle tend à englober toutes les 
contradictions qui constituent l’univers, il se produit une sorte d’écla¬ 
tement par suite duquel l’être divin se morcelle en une multiplicité d’élé¬ 
ments W. L’écartèlement d’Osiris dont chaque membre conservé en une 
ville d’Egypte y formait l’objet d’un culte est une forme de ce phéno¬ 
mène. Dans certains passages des pyramides ^ et dans le Livre 
des Morts ^ sont mentionnés séparements les membres des dieux aux¬ 
quels seront assimilés les membres correspondants du défunt. Nous en 
citerons quelques exemples tirés du papyrus de N 11 : 

Mes cheveux sont les cheveux de Non 
Ma face est la face du Disque 
Mes yeux sont les yeux d Hat hor 
Mes oreilles sont les oreilles d Apuat 


(l) La main d’Atoum est devenue une déesse, Kees, Gôtterglaube, p. 291 sq. 
Cf. B. A. S. Macalister, Bible Side-lights from the Mound of Gezer , p. 11 5 : 011 a 
trouvé en Palestine à côté d’un nombre de figures de bœufs, représentations usuelles 
de Jahweb, des figures correspondantes de vaches, forme animale de la Grande 
Déesse. 

W De Iside . .68. 

W Herapollon, Hieroglyphica (T, 11) à propos de Neit. Pour la biséxualité du 
grand dieu G. Widengren, Evolutionisni and the Problem of the Origin of Religion 
(. Ethnos,X , 1945, p. 98 sq.). 

^ Eclatement du dieu supérieur, G. Widengren. Hochgottglaube im allen Iran. 
Eine religionsphanomenologische Untersuchung. t ppsala et Leipzig 1988, p. 77, 
3 9 o sq. 

^ Pyr . § 1 35 , i 48 , 1 3 o 3 -i 3 16. 

fi L. des M.y ch. xui. 



















452 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


et le chapitre se termine sur ces mots : « Il n’y a pas un membre de mon 
corps qui ne soit le membre d’un dieu. Dans le grand hymne à Amon 
de Leyde les diverses parties du dieu sont comparées à diverses divinités. 
Enfin dans les quatorze Kas de Râ nous voyons s’hypostasier en autant 
de divinités inférieures les qualités considérées comme essentielles 
au dieu (l h A l’opposé de ce morcellement nous trouvons un phénomène 
de fusion qui consiste à considérer différents êtres divins comme les di¬ 
verses formes de la même déité. Bertholet a étudié ce double processus 
sous le titre de Gôtterspaltung und Gottervereinigung (2 '. 

Ce ne sont donc que les disjecta membra de cette Grande Déesse pri¬ 
mitive, dont le souvenir subsiste encore dans l’appellation de certains 
lieux en Grèce que nous pouvons reconnaître en chacune des divinités 
que nous étudions. 

Mais la force expansive qui a finalement provoqué l’éclatement du con¬ 
cept de la Grande Déesse n’a point cessé pour cela d’opérer dans cha¬ 
cun des éléments en lesquels le grand corps divin s’est morcelé; nous 
avons vu, en effet, chacune des déités que nous venons de mentionner 
tendre, à son tour, progressivement, à englober en sa personne toutes 
les fonctions divines. A cette tendance commune se joint un autre élé¬ 
ment qui lie entre elles les différentes hypostases de l’entité divine pri¬ 
mordiale, quels que soient les caractères particuliers qui les distinguent 
entre elles : l’élément féminin. Get élément se limite à la sexualité dans 
les exemples étudiés jusqu’ici. Nous avons vu au début de cette étude 
le rôle important joué par le pudendum muliebre. Que nous ayons devant 
nous une idole simplement nue, une de ces représentations où la 
vulve est indiquée par un geste considéré en notre temps comme 
impudique ou que, par contre, la déesse soit couverte d’un voile que nul 
n’a soulevé la pensée de ses adorateurs est toujours centrée vers sa 


(l) H. Kees, Tetenglaube. . . Leipzig 199.6, p. 79 : «sind also als dessen Haupt- 
eigenschaften aufgefasst». 

(2; À. Bertholet, Gôtterspaltung und Gottervereinigung Tubingen 1 933 (Samml. 
Demeinverstândl. Vortrage i 64 ). 

w K. A. H2M Vior, Il rPIÀ, MreiKlï MOIM>H APXAIA (olvoltott ov SK T ov 'ûrapvp- 
TijpxTos T(*)v «èXXrjvtxüv» <xp, 4 ) &s(jfja\oviKy, iq 53 , p. 56 i- 58 o. 

(4) Plutarque, De hide. . . 9 ; cf. D. Maillet, Le culte de Neit à Sais, Paris 1888, 


LA GRANDE DÉESSE EN ÉGYPTE. 


453 

fonction génératrice. Cette fonction a sans doute été agrandie à l’échelle 
cosmique, mais quelle que soit la magnificence des termes employés 
pour la définir, cette «Vénus qui de son souffle subtil pénètre le sang 
et l’âme, pour exercer sur la procréation sa puissance mystérieuse», qui 
«à travers les cieux, à travers les terres, à travers la mer, souveraine 
s’est frayé une route qu elle ne cesse d’imprégner de germes de vie et 
sur l’ordre de qui le monde apprit à engendrer » * (1) 2 , 11’est en définitif que 
le principe féminin demeuré encore très proche de l’instinct animal ^. 
Cette remarque est valable pour n’importe quel pays où l’on a pu déce¬ 
ler, à un moment donné, le culte de la Grande Déesse, mais en Egypte 
il nous semble que ce principe féminin associé au principe mâle (3) 4 , pré¬ 
sente une physionomie particulière qui mérite d'arrêter un moment notre 
attention. Le principe féminin : No ut dans le corps de qui voyage le 
soleil, Hatlior dont le nom signifie la maison d’Horus, Renenoutet qui 
tient sur ses genoux la puissance germinatrice en la personne du dieu 
Nepri, toutes les déesses nourricières réceptacles des forces vives de la 
nature, Mert Seger «celle qui aime le silence» et qui avec toutes ses 
congénères accueille l’échappé de ce monde dans le lieu où elles couve¬ 
rontsa renaissance, représentent le contenant d’une action qui s’ac¬ 
complit. personnifient le principe statique. Par contre, le principe mâle : 
Râ, Horus et tous les avatars du soleil sont des forces agissantes et repré¬ 
sentent le principe dynamique. A l’origine ces deux principes, Nout, le 


p. 190 sq. cf. Palestine Exploration Fund Quaterly Statement 1909, p. i 5 
et Oppenheim, Tell Ilalaf {Bas alte Orient, X, 1) type de déesse féminine recouverte 
d’un voile. » 

(1) Pervigilium Veneris, v. 63-67, trad. de R. Schilling col. G. Budé, 19 44 , 
p. 9, cf. L’invocation de Lucrèce au début de son poème. 

(2) Cependant « very much of what is best in religion, art, and life, ovves its charm 
to the progressivelv widening irradiation of sexual feeling», Stanley Hall ( American 
journal of Psychologie ) IX, 3 i. 

(3) hoKsi yàp <xvt o> o xocrpocr avvsv'rivoLi ex ts t ov dpasvtxov ?cxi OïiXvkov Hora- 
pollon, Hieroglyphica, I, 11 . 

(4) Ils t’ont conduit et remis à ta mère Nout, en son nom d’« Ensevelissement», 
elle t’étreint en son nom de « Cercueil» ; tu montes vers elle en son nom de « Tom¬ 
beau». Pyr. S 616. 















454 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


ciel immuable en Egypte, et Geb, la terreaux métamorphoses multiples, 
étaient unis. C’est un dieu mâle Shou qui vint les séparer et introduire 
dans le monde l’agitation et l’instabilité. Nout et Geb essaient, sans cesse, 
de se rejoindre 1 (2) 3 , mais en vain. Entre eux subsiste toujours l’ardent 
désir inassouvi de leur union. Les mortels eux vivent dans l’espace qui 
sépare ces dieux, espace tout plein de leurs appels. La paix n’est possible 
que pour celui qui pourrait vivre contre terre ou au sein du ciel. Mais 
l’homme est contraint de se tenir entre les deux, d’où son inquiétude 
éternelle à laquelle la mort ne peut mettre un terme, car même alors, 
il doit poursuivre inlassablement son interminable quête. 

Nous avons un dernier écho de cette antinomie entre le mouvement et 
l’immobilité, mais vue sous l’angle de la pensée grecque, dans ce passage 
de Plutarque ^ où il est dit que le sistre est destiné à représenter que 
toute chose doit être maintenue dans une agitation continuelle et ne 
jamais cesser de se mouvoir, car tandis que la corruption exerce un arrêt 
sur le cours régulier de la nature, la génération par le moyen du mou¬ 
vement lui restitue sa première vigueur. 

Le 6 juillet ig54 Georges Michaïlidis. 


(1) «Terra enim et coelum, ut Samothracum initia docent, sunt dei magni et 
hi quos dixi multis nominibus», M. Terent. Varren, De ling. latin , lib. IV, p. 17, 
édit. Bip. 

(2) Geb essaie de rejoindre Nout, T. Sainte Fare Garnot, L'hommage aux dieux , 
p. 208, n. 2. Cf. M. Châtelet, line des causes de Vobscurité nocturne. . . BIFAO, 
XVIII, 21-31. 

(3) Plutarque, Delside. . . 63 . Cf. dessin d’aspect phalique sur sistre, J. Blondel, 
Lettre d'Athènes dans «Nouvelles archéol. et Correspondance» Rev, archéol, Paris 
1868, nouvelle série, vol. XVII, p. 468 ; D r À. H. P. de Ridder, Catalogue des bronzes 
de la Société Archéol. d’Athènes, Paris 189 4 , p. 124, n° 662. Suivant la concep¬ 
tion grecque c’est le mouvement qui est salutaire et le repos qui est nuisible. 
Je ne puis que mentionner l’étude si richement documentée de" A .JA. Bvrb, Diva 
Matrix (Journ. of the Warburg and Courtauld Institut es. vol, XVI, n os 3-4 , 1908, 

p. 198-288). Elle m’est parvenue trop tard. 





Feuilles d’or de différentes épaisseurs. 







ivoire, haut. 9 cm. 5 , prov. Abydos. 















PI. IV 



Scarabées provenant en grande partie de la col. Blanchard. 


Pi. V 




. Calcaire, haut, i i cm. 5, prov. Rhnassia ; b. Calcaire, haut. ») cm. 4, prov. Fayoum. 

















PI. VI 




. Calcaire, haut. îA cm., prov. Achmounein b. Terre cuite, traces cle couleur, haut. 18 cm., prov. Coptos. 


PI. VTI 


1 1 



Calcaire, haut. cm., iarg. 3 3 cm., prov. Memphis, 











PI. VIII 




. marbre, haut. 35 cm., larg. 20 cm. 5, prov. région b. bois peint en jaune, haut. 20 cm. prov. Memphis, 

de Sohag ; Cf. Graillet, Le Culte de Cybèle : Crawfoot, 

The Lions of h;fbele ( Journ . of HeL Stud. XX ). 


PL IX 



Calcaire, haut. 2 h cm., larg. i0 cm., prov. Mitrahineh. 



















PL X 



La déesse Anta, calcaire, haut. 26 cm., larg. 19 cm., prov. Qantir (Facous) 


INTERPRÉTATION DE PLUSIEURS PASSAGES 

CONTENUS 

DANS LES «HISTOIRES” D’HÉRODOTE (1) 

PAR 

L. KEIMËR 

1° Hérodote II, 67 : (il y est question de l’enterrement de certains 

animaux) ras Sè apKTous doueras cnravicLS . aÙTOu StolmoufTi Ttj 

àv eupsdéùüo-t Heip.£voi. «Ils [les Egyptiens] enterrent les ours, qui sont 
rares, là où ils les trouvent couchés [c’est-à-dire les cadavres]». 

L’ours 11’a certainement jamais existé en Egypte 

Quant aux nombreuses figurations de ce mammifère trouvées en Egypte, 
elles concernent des ours palestiniens, libanais et syriens, représentés 

M) Communication présentée en séance du 3 novembre 1962. 

(2) On peut se demander si Tours a jamais fait partie de la faune africaine. Je 
parle bien entendu d’époques dont s’occupent les historiens et les archéologues. 
Tout récemment, Albert Jeannin, dans Les bêtes de chasse de /’ Afrique française , 
iqA 5 . p. 26-27, a iàd de nouveau allusion à cette question. 11 dit : « Parmi les 
animaux dont la disparition est récente, un des plus caractéristiques est Tours 
d’Afrique du Nord. Il a beaucoup été écrit à son sujet». Suit une assez longue 
bibliographie, et Jeannin de terminer ainsi : « Loche relata qu’il se trouvait au 
Maroc et qu’on lui en avait signalé des passages accidentels en Algérie ( Catalogue 
des Mammifères et Oiseaux). Lataste fut le premier naturaliste qui commença à 
émettre des doutes sur une telle survivance (Etude de la faune des vertébrés de Barba¬ 
rie, i 885 ). Cabrera considère qu’il a disparu complètement depuis les temps 
historiques Los mamiferos de Marruecos, 1982). Pour le professeur Joleaud, le grand 
ours brun de Lartet était commun au Moustérien vers Fez et Taza mais seul le 
petit ours brun de Faidherbe paraît avoir subsisté au Moghreb jusqu’à une période 
récente», etc. On voit donc que Tours nordafricain est une bête bien mystérieuse! 
Mais admettons qu’il ait vraiment existé aux époques historiques, ce fait serait 
certes sans grande importance pour l’Egypte antique qui entretenait peu de rela¬ 
tions avec les pays nordafricains, l’Atlas en particulier (d’après Hérodote IV, 
191, les Romains importaient des ours de l’Atlas). 

Bulletin de VInstitut d’Egypte> t. XXXVI. 67 















456 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


soit vivant dans leurs pays d’origine, soit amenés en terre égyptienne (1) . 

Je ne connais qu’une seule représentation égyptienne faisant, à ce 
qu’il semble, exception à cette règle. L’un des bas-reliefs provenant de 
la voie montante du roi Ounas (dernier roi de la V e dynastie, vers 
24 oo av. J.-C.) que je reproduis ici à la figure 1 montre au premier 
registre un bouquetin (Capra nubiana ) ainsi que plusieurs antilopes de 
différentes espèces et, au deuxième registre, à droite, la moitié posté¬ 
rieure d’un ours, un canidé actuellement sans tête, très probablement 
un Canis lupaster (^LiW), un bouquetin couché et enfin un félidé dont 
il ne subsiste que les pattes de devant et la tête qui rappelle vaguement 
celle du serval [Félis serval). Un agrandissement de l’ours représenté sur 
le bloc en question^ nous donne la certitude absolue que nous avons 


(,) J'ai réuni sur ce sujet une importante documentation prête à la publication. 

(2) Je suis heureux d 'avoir fait photographier en 19 Y 2-19 h B la presque tota¬ 
lité des blocs pourvus de bas-reliefs de la chaussée d Ounas prévoyant que ces 
importants monuments ne seraient pas publiés de sitôt. Je ne me suis malheureu¬ 
sement pas trompé, car une petite partie seulement des documents en question a été 
accessible aux chercheurs, voir par exemple Selïm dey Hassan. Excavations at Saqqara 
1937-1938, dans Annal, du Serv. des Antiq. de UEg., t. XXXVIII, 1938, p. 5 iq- 
5 ao, pi. XC 1 V, XCV, XCVI et XCVII ; Fouilles à Saqqarah 1 937-1938. dans Archiv. 
fiir agyptische Archaologie I, 1988, p. 170-183, fig. 2 et pl. XIY (d après ces 
deux comptes rendus de fouilles, À. Scharff, Handbuch der Archaologie 9 3 e livrais., 
1939, «Nachtràge». p. 860 (007) ; L. Keimer, Quelques représentations rarissimes 
de mustélidés conservées sur des bas-reliefs l Ancien Empire, Études d Égyptologie, fasc. 
iv, Le Caire 19/12, p. 16 et 17, fig. 12 et i 3 , texte p. 20 (avec note 1); 
Et. Drioton, Une représentation de la famine sur un bas-relief égyptien de la V e dy¬ 
nastie, dans Bulletin de l'Institut d'Egypte, t. XXV, 19 h 3 . p. 45 - 5 /i (et d après 
lui J. Spiegel, Die Phasen der d g y pt. Geistesgeschichte, dans Saeculum, 1 , 1. 1900, 
p. 2 1 , fig. 3 - 5 ) : L. Keimer, La représentation d'une antilope chevaline sur un bas- 
relief de Saqqarah , dans Bulletin de VInstitut d Egypte. I. XXV, 19/13, fp. 101- 
121 ; J. E. S. Edwards, The Pyramids of Egypt, 19/17, pl. 11 a et b; J.-Ph. 
Lacer, Le problème des pyramides d’Égypte, 19/18, p. 85 et 98, pl. Xlll (1, 2. 
3 ) en face de la page 176. On n’a pour ainsi dire rien fait pour protéger ces 
importantes sculptures. Quelques-uns des blocs sont actuellement, il est vrai, 
gardés en lieu sûr, mais d’autres exposés depuis plus de quinze ans au soleil 
(cf. Keimer, Bull . Inst . d'Eg., XXV, 19/18, p. 107), ont déjà plus ou moins 
souffert. 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» DTIÉRODOTE. /i57 

à faire à ce mammifère (fig. 2). Les pattes plantigrades, la petite queue 
et ce qui Subsiste du corps suffisent amplement pour exclure n’importe 
(juel autre animal. Quiconque s’intéresse à la matière pourrait comparer 
au mammifère de la figure 2, les ours syriens du temple mortuaire du 
roi Sahourë' (V e dynastie, vers 2600 av. J.-C.) dont la partie posté¬ 
rieure (fig. 3 ) Ù) ressemble complètement à celle (seule conservée) de 
notre ours (fig. 2). 

S’agit-il en ce qui concerne les « ours rares que les Egyptiens enterrent 
là où ils trouvent leurs cadavres» (Hérodote II, 67), d’individus égarés rij , 
venus de Palestine et péris dans les plaines de l’Est du Delta et dans la 
région de Suez où ils n’avaient point trouvé les montagnes nécessaires 
à leur existence? Si cette proposition était exacte, elle constituerait une 
nouvelle justification d’un détail relaté par l’historien grec. 

Quant à l’ours du bas-relief d’Ounas (fig. 1 et 2), je propose sous 
toute réserve l’hypothèse suivante : les sculptures de la chaussée d’Ounas ^ 
contiennent une scène de combat entre Egyptiens et Asiatiques (Syriens, 
etc.). Les différents quadrupèdes, dont un ours, figurés sur certains 
des bas-reliefs de la voie montante d’Ounas, ne pourraient-ils faire 
allusion à un paysage asiatique peuplé d’animaux? Nous savons que 
Thoutmès III a éternisé sur les parois de la soi-disant chambre bota¬ 
nique de Karnak les plantes et les animaux que ce grand conquérant 
avait vus lors de ses campagnes asiatiques. Je ne peux malheureusement 
pas entrer dans le détail, mais j’ai depuis longtemps I impression que 
les représentations des scènes de chasse et de paysages désertiques, 
peuplés d’animaux réunissent beaucoup d’espèces de gibier que le roi et 
les artistes qui I accompagnaient avaient vus, que le pharaon avait abat¬ 
tues aussi bien en Egypte qu’à l’étranger. Ceci est certain et historique¬ 
ment prouvé pour le rhinocéros d’Armant que Thoutmès III avait pro- 


(1) D’après YY. YVreszinski, Atlas zur altagypl. Kulturgeschichte, partie III : II. 
Schafer, Die Graber des Allen Beiches, à partir de 19 36 , pl. 121. Les ours ont été 
souvent publiés. 

(2) Cf. Th. Hopfner, Der Tierkult der allen Aegypter, 191 3 , p. 58 qui 11 exclut 
pas la possibilité de « hie und da aus Palastina nach Àegypten verirrte Exemplare». 

(3) Cf. supra, p. 4 56 , note 2. 

87. 





BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


bablement tué dans la Haute-Nubie (1) . Les grandes scènes de chasse 
qu’illustrent les parois de certains temples et mastaba seraient donc des 
souvenirs figurant toutes les bêtes que l’on avait observées et abattues 
dans les différentes contrées où le pharaon avait guerroyé et chassé. De 
cette manière on comprendrait également pourquoi les espèces, dont 
chacune avait son aire de distribution particulière, paraissent dans les 
anciennes scènes de chasse l’une à côté de l’autre : l’antilope addax, 
animal des plaines désertiques, à côté du bouquetin, habitant généra¬ 
lement les montagnes, etc. 


Fig. i. — Animaux sauvages. Chaussée d’Ounas, Saqqarah (V e dyn.). 

2° Hérodote II, y 2 : VivovTcti Sè xot) êvvSptss iv tzroTaf/ca, rets ipàs 
'tiyyviau ehoLi. « Il y a des loutres dans le fleuve qu’ils considèrent comme 
sacrées». 

Il n’y a pas de loutres dans le*Nil, répondent les commentateurs d’Héro¬ 
dote. «“Otters” are said not to be found in the Nile», écrit en 19 3 y 


(l) Voir L. Keimek, \ ote sur les rhinocéros de l'Egypte ancienne, dans Annal, du 
Serv. des Antiq. de YEg t. XLVIII, 19 A8, p. A 8 et à 9 (où Ton trouvera la biblio¬ 
graphie la plus importante). 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» D’HÉRODOTE 


459 














/i60 BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

encore W. G. Waddell dans son excellente édition du deuxième livre 
d’Hérodote W. Pour d’autres, Hérodote a tout simplement confondu 
les ichneumons («rats de pharaon», «mangoustes égyptiennes», Her- 
pestes ichneumon ) qu’il avait vus partout dans le pays, avec des loutres 
auxquelles ils ressemblent étrangement quant à leur aspect général 

Pourtant, le « Père de l’Histoire» ne s’est pas trompé à ce qu’il semble. 

La tombe de Merérouka de Saqqarah (VI 0 dynastie) représente très 
clairement une loutre (fig. 4),. comme il ressort d’une comparaison entre 
cette figuration de l’Ancien Empire et une photographie moderne (fig. 
5 ) (3) . Le même tombeau de Merérouka contient également le dessin 
naturaliste d’un ichneumon (fig. 6)^, nous permettant ainsi de faire 
la distinction exacte existant entre les deux carnivores. 

La fameuse mosaïque nilotique de Préneste (n e au m° siècle ap. J.- 
C.) (5) montre, parmi de nombreux animaux, deux loutres dont chacune 
tient dans la gueule un poisson; on lit au-dessus des bêtes nageant 
dans le Nil le mot ENYAPIC (fig. 7) 


Herodotus Book II edited by W, G. TL addel, Londres, 1989, p. 190. 

( 2 ) Voir Alfred Wiedemann, Herodots Zweites Buch mit sachlichen Erlautcrungen. 
1890,p. 3 1o. 

Pour tous les détails voir mon étude intitulée Quelques représentations raris¬ 
simes de mustélidés conservées sur des bas-raliefs de VAncien Empire , 1. — La loutre 
(Entra sp .), dans Etudes d'égyptologie, fasc. iv, Le Caire 19A2, p. 1-10. Voir éga¬ 
lement en ce qui concerne notre figure 4 W. Wreszinski, Bericht über die photogra- 
phische Expédition von Kairo bis Wadi Haïffa . . ., 1927, p. 101-102 et surtout 
Wreszinski, Atlas III, Schafer, Graber des Alten Reiches, pi. 100 c. 

7l) D’après la figure 3 de mon étude sur Quelques représentations rarissimes de 
mustélidés citée dans la note précédente. 

(5) La bibliographie sur la mosaïque du Palazzo Barberini à Préqeste (Pales- 
trina) étant très grande, je me borne à renvoyer à Andréas Rumpf, Die Denkmaler. 
Der griechisch-italische Kreis seit dem 1. Jahrtausend v. Chr. bis zum Ausgang der 
romischen Kaiserzeit. dans Handbuch der Archàologie . . . begründet von II. Otto , . . 
Jortgefiihrt von R. Herbig , 6 e livrais. (i rc livrais, du A e voL), Munich 1953, p. ig 3 , 
note 4 (« . . . das grosse barberinische Mosaik in Praeneste ... Es schildert 
Aegypten wâhrend der Nilüberscbwemmung . . .»). 

D’après D. Santi Pi er au si, Osservazioni sul Musaico di Palestrina, Rome 18 58 ; 
voir également Julius Zichen, Die Darslellung der Tiere in der antiken Kunst(Bericht 
der Senckenbergischen Data rfirsch end en Gesellschafl in Frankfurt a. 1 /.), 1910, p. 270, 



Fig. 4.— Loutre dévorant un poisson. Tombeau de Merérouka, Saqqarah (VI fi dyn.). 




















l\ 62 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE, 



Fig. 6. — Ichneumon dans les marécages de Cyperus papyrus 
L. Tombeau de Merérouka, Saqqarah (VI e dyn.). 



Les loutres (« enhydris») de la mosaïque nilotique de Préneste (datant 
probablement de l’époque de Septime-Sévère, i 93-9 1 1). 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» D’HÉRODOTE. 


463 


Quelle belle justification pour la véracité d’Hérodote. 

3 ° Hérodote II, 92 (18-2/1) : Tïjv Sê fiuê'Xov t rjv ènéieiov yivopévtjv èn tsolv 
dvoLCTTrtxaoaŒi ex 7 Ôüv è\éoôv, tol f isv ctvo) oLvrfjs dnroTapivovTSç ês aXAo t t rpe- 
7 Tovort , to Sè kolto) XsXsipiévov 0(jov T£ in\ zsvyyv Tp'joyyovcrt xai Tffoikéovcri . 
oi Sè âv xai xapra j 3 ouXùJvrau Xprj&lp t p / 3 éëX^ xpaoSou, èv xXfÉaW SiaifycLvéï 
vrrtÇoLvTes ovto) Tproyovat. 

« Quant au papyrus ( Cyperus papyrus), qui pousse tous les ans, ils 
l’arrachent des marécages. On en coupe la pointe que l’on rejette et 
ce qui reste et qui est à peu près de la longueur d’une coudée, on le 
croque ou (1) on le vend. Mais les gourmands ne le mangent qu’après 
l’avoir passé au four» ( * 2) . 

Le papyrus a disparu depuis longtemps de l’Egypte sans que l’on 
puisse exactement fixer la date de son extermination. Les monuments 
de 1 Egypte antique montrent très souvent parmi les comestibles amassés 
sur les tables d’offrandes des tiges de Cyperus papyrus ; les paysannes, 
marchant dans les processions dites des domaines, les portent égale¬ 
ment, soit dans la main, soit placées dans de vastes paniers. Ces tiges 
de Cyperus papyrus sont parfois intactes, comme elles sont arrachées des 
marécages, mais on les a généralement ou souvent déjà privées de leur 
ombelle, de manière que l’on voit surtout leur partie inférieure comes¬ 
tible l 3 L Plusieurs égyptologues, se sont déjà occupés de la question^. 

fig. 2 (d’après Pieralisi) et surtout Salomon Reinach, Répertoire de Peintures grec¬ 
ques et romaines (. RPGR ), Paris 1922. important pour la bibliographie; on ajou¬ 
tera pourtant G. Maspero, Etudes de Mythologie et d’Archéologie IV, p. 122 à 126. 

(,} Cf. Herodotus Book II edited hy W. G. Waddell , Londres, 19 3 9, p. 200 : 

« xori TswXéooh : Greek joins together the two actions Englishsavs « or sell». . .». 

(2) Bien que ma traduction soit très abrégée, elle correspond au sens du texte. 
Pour les détails je renvoie au commentaire de Waddell, op. cit ., p. 206-206. 

Bons exemples : Margret A. Murray, Saqqara mastabas , I, 1905, pi. X, 4 e 
paysanne (en partant de gauche), tige de Cyperus papyrus intact, 3 e paysanne (en 
partant de gauche), deux tiges de Cyperus papyrus , partie inférieure, ficellées 
ensemble; pl. XII, i er reg. paysans, 2 e reg. paysannes portant des tiges de papy¬ 
rus intactes ou réduites à la moitié. IL Wild, Le tombeau de Ti. Fasc. 11, dans Mèm. 
Inst, franc,, archéol. orient, du Caire, t. LXY, 1963, pl. LXXIII, CVI, CVIÏ, CVIII, 
CTX. 

• 4 On pourrait se référer à Wiedemann, Herodots Zweites Buch , 1890, p. 377; 
















































464 BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 

4° Hérodote III, 3s, raconte les deux versions, grecque et égyptienne 
de l’histoire du meurtre par Gambyse de l’une des ses épouses : Voilà 
la version égyptienne : Tpct7ré^ri 'Gfa.pcocoiTtipiévcov Xotëoucrxv B-ptSxKx Trjv yv- 

VCLÎXCL 'ZSZpi'TÏ'kOLl XCLL ènOLVeipédOcLl TGV avSpa KGTSpOV TSEpiTST l\[xévri ïj Sa £CL 

rj S -pL$<x% êovcra kxWigw, xai tgv (pavai Saaéav, Trjv Sê eIjteïv * Taér Y)v ytévToi 
KO'iè cru Trjv zrpiSaKa épu^rjcraOy tgv KépOL» oikqv an o\f/ l'kaxjas. « Ils [les 
deux, Gambyse et sa femme] se seraient trouvés à table et alors la 
femme aurait pris une laitue et l’aurait dépouillée de toutes ses feuilles 
et elle aurait demandé à son époux laquelle des laitues était plus jolie, 
celle dépourvue de ses feuilles ou celle qui était encore intacte. Il répondit 
celle qui est intacte. Elle répondit : tu as agi exactement comme je l’ai 
fait avec la laitue, lorsque tu as dépouillé la maison de Cyrus». Peut- 
être la laitue ne joue-t-elle nulle part au monde un si grand rôle dans 
la nourriture du peuple qu’en Egypte ou l’on voit partout les gens se 
promener une laitue à la main à laquelle ils arrachent les feuilles pour 
les manger crues. La version du meurtre de la femme de Gambyse donnée 
par Hérodote comme étant d’origine égyptienne paraît donc effective¬ 
ment provenir d’Egypte •'). 

F. À. W4Lker, Herodotus. 11 . As a botanist, dans Journal of the Transactions of the 
Victoria Institute or Philosophical Society of Créât Brilain. t. 3 1 , Londres 1899, 
p. 73-1 08, voir le passage concernant le Cyperus papyrus ; M. A. Murray, Saqqara 
mastabas , I, 1900, p. 3 o, n° 67 : Sir Armand Ruffer. Food in Egypt, dans Mérn. 
Inst . d’Egypte, t. I er , 1919, p. 67 (n’a pas bien compris la question) ; (le chapitre 
Asperge que (i. Jéquier, Matériaux pour servir à rétablissement d'un dictionnaire d ar¬ 
chéologie égyptienne, dans Bull. Inst, franc, archéol. orient, du Caire , t. XIX, 1922, 
p. 2 32-2 33 , a consacré à VAspargus ojjicinahs se rapporte plutôt au Cyperus 
papyrus et à d’autres cypéracées, etc., car nous ne savons rien au sujet de l’asperge 
dans l’Egypte antique) ; L. Keimer, Papyrusslengel als Genussmittel , dans Journal 
of the Society of Oriental Research, t. XI, 1927, p. 1/12-1 4 5 ; Mreszinski, Atlas 111 : 
Schvfer, Die Grüber des Alten Reiches, à partir de 1936, pl. 3 9 R, texte p. 76 
« Papyrosessen » ; Herodotus Book II edited by 11 . G. Waddell, 1939, p. 200-206: 
R. van de Walle dans Chronique d’Egypte , n° 3 1, Janvier ipài, p. 219-220; 
H. J ïjnker, Gîza VII, 19/1/1, p. 176, Abb. 72 3 et 4 , et p. 1 77 ; Vivi TÂckholm et 
Mohammed Drar, Flora of Egypt, t. II, 1900, p. 10/1-106. 

(l) Le citoyen Girard, Mémoires sur F Agriculture et le Commerce de la haute Egypte. 
dans La Décade égyptienne, troisième volume. Au Kaire. An VIII, p. (61) : «La 
laitue ( lactuca sativa. Lin.) est particulièrement cultivée dans la province deThèbes...» 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» D’HÉRODOTE. 465 

Les représentations des tables d ’offrandes égyptiennes contiennent dans 
la plupart des cas une ou plusieurs laitues. Gelles-ci ne sont naturelle¬ 
ment pas effeuillées car, privées de leurs feuilles, elles seraient sans 
valeur, mais les artisans égyptiens indiquent très souvent à la base des lai¬ 
tues les cicatrices provenant des dernières feuilles, déjà arrachées parce 



Fig. 8 . — Table chargée de provisions : laitue, oignons, etc. Stèle funéraire 
du musée du Caire (XII e dvn.). 


(pie impropres à la consommation. Chaque fois quand je vois sur un 
monument égyptien des laitues de ce genre (fîg. 8) h), je pense à la 
version égyptienne de F histoire du meurtre de la femme de Gambyse 
et à la laitue, légume égyptien par excellence, qui aurait été la cause 
de ce meurtre. 


(1) D’après Encyclopédie photographique de l'art. Le Musée du Caire. Photographies 
inédites d’André Vigneau (préface et notices par Et. Drioton), Paris 19/19, fig. 71 . 
Détail de la stèle en calcaire de l’inspecteur des orfèvres Nakht, provenant d’Aby- 
dos, XII e dynastie (vers 2000 av. J.-G.). La table contient en haut à gauche une 
laitue (avec indication des cicatrices), une botte d’oignons, etc. Pour d’autres 
exemples voir L. Keimer, Die Gartenpflanzen im alten Aegypten, I. 192/1, p. 167 el 
p. 79 (Die Formtafel, — Lactuca sativa ). 







BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

5° Hérodote III, 1 1 3 (2-10) : Sûo Ss yévsa b'iw api sali Sciponos dÇioi, 
tx ovSapôOi STsp'jjOt sali • t b fisv ctinvv STepov sysi Tas où pis paxptxs, Tpi'Zv 
Tsuiyswv OÙ K s Xxaaovas, ris sï tis ênsii) a (pi snsXxsiv, sAxsa âv eyoïev iva- 
Tpiëoixsvcov atpbs t ij y fi twv oùpéw vîjv S’ ôinas tis tüv ■aoip.svwv sntaltxTxi 
ÇvXopyssiv ss ToaouTOv * àua^iSas yàp ■âoiîùvTSS CiroSe'ovai aÙTas Tfjai oùpfjat, 
èvbs sxxalov XTtfvsos Ttjv oùpijv sn'i àpuxi'tSx èxdaltjr xonaSéovTSs. 

« Ils (les Arabes) ont deux espèces de moutons dignes d’être admirés, 
et qui ne se voient nulle part ailleurs. L’une a de grandes queues à peine 
moindres de trois coudées, qui, si on les lui laissait traîner, seraient 
couvertes d’ulcères à cause du frottement contre le sol. Mais tout pâtre, 
pour ce motif, sait travailler le bois; il façonne de petits chars et les 
attache sous les queues. Chaque bête a ainsi sa queue sur un char». 
En lisant ce passage, on peut à peine réprimer un sourire, mais il est 
prouvé que les supports sur roues, auxquelles Hérodote a fait allusion, 
ont effectivement existé et existent actuellement encore en Egypte, 
comme nous le verrons tout à l’heure. 

La Mischna (tract. Sabbat V 4 ) contient ce passage ; «Les moutons ne 
doivent pas sortir (le samedi) avec leur voiturette sous leur queue». 
La Mischna constitue, le fait est bien connu, le recueil des décisions 
juridiques sur les textes bibliques, dues aux rabbins, depuis l’origine 
jusqu’au 111 e siècle après J.-C. ; elle forme avec la Gemara, qui la commente, 
le Talmud. Le Talmud Babli (p. 54 b) commente ce passage de la même 
manière qu’Hérodote : les petits chars empêchaient les moutons de bles¬ 
ser leurs queues '*). 

Yâqût al-HamawI, mort 606 H. = 122c) après J.-C., un grec qui, 
en bas âge, fut fait prisonnier par les Arabes, ce qui eut pour résultat 
de le convertir à l’islam, nous a laissé un bien curieux renseignement 
sur les moutons à grande queue existant dans un village situé près de 
Damiette. En parlant, dans son grand dictionnaire géographique, appelé 
Mugam al-buldân, du village d’Al-Bashmour (localité qui actuellement, 
semble-t-il, n’existe plus), Yacout s’exprime ainsi : 


(,) Je remercie cordialement mon ami B. H. Stricker d’avoir bien voulu attirer 
mon attention sur ce passage que je n’aurais, sans lui, jamais connu. 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» DT1ÉRODOTE. 


/i07 


j J jj iSj) \z?J JA**** j 

p / 

y**- ^ (ji viibj c j W& 9 < j»x s 

aax y y ciiL* xisj azj^ y*^- a) y***3 azJ| 

^r'iJàsh AJj. A-jLi* y y? aJ| azJ a!>xx1 \ 

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j * .p 

. A^9 ^ jAz^ ç ^ \'ü J \) J . yvû/9 y&\ At\^* 


«El Boushmour, Kourali d’Egypte, proche de Damiette, comprenant 
des villages et des étendues cultivées ainsi que des vergers. On y élève 
une variété de moutons qui n’ont pas leurs pareils au monde, pour la 
taille, la beauté et la grosseur de la queue ; cette dernière est à tel point 
grosse, que le mouton est incapable de la porter. On est obligé de lui 
faire une voiturette, qui forme un arrière-train avec son corps en avant 
et sur laquelle on fait reposer sa queue. Des cordes relient cette voitu¬ 
rette à son cou, où elles sont fixées. Il traîne ainsi, en allant paître, cette 
voiturette qui porte sa queue» B). 


D’après La géographie de VEgypte à Vépoque arabe par le Prince Omar Toussoun, 
dans Mém. prés. à la Soc. Roy. d'Archéol. d’Alexandrie, t. VI, i ,e partie, Le Caire, 
1936, p. 73 (= Idem , dans Mém. delà Soc. Roy. de Géogr. d’Egypte, t. VIIJ, i rc 
partie, Le Caire, 1926, p. 73). Voir également B. Moritz, Arabien. Studien zur 
physihalischen und hislorischen Géographie des Landes , Hanovre, 1 9 2 3 , p. h 7, note 1 : 
« Bekannt ist Herodots Erzàhlung (III 11 3 ) von den Fettschwanzschafen in 
Arabien, dass ihnen zur Schonung des kostbaren Schwanzes Wàgelchen untergeb- 
unden würden. Genau dasselbe bat sicb Jakût andertbalb Jahrtausende spater 
von Aegyptprn iiber die Baschmûr (im nordiiehen Delta) erzàhlen lassen (Mugam I 
635 )». Voir déjà sur ce sujet mon article sur Les moutons arabes à grande queue dans 
Bull, of the Faculty of Arts, Le Caire, 1900, t. XII, p. 27 et suiv. 














BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


/if>8 

Al-Qazwïnï, mort en 682/1288 * (1) . Voir Etienne Quatremere, Recherches 
critiques et historiques sur la langue et la littérature de VEgypte, Paris, 1808, 
p. 1 65 : «L’auteur d’un dénombrement des villes et bourgs d’Egypte 
place dans ce . . . district la ville de Baschmour (Ms. Arab. Vat. 267). 
Kazwiny, dans sa géographie intitulée Les Merveilles des con¬ 

trées (Ms. S. Germain 9/1), s’exprime ainsi : «Le Baschmour est une 
province d’Egypte cpii contient des bourgs, des champs cultivés et des 
jardins. On y trouve des béliers d’une grandeur et d’une beauté extra¬ 
ordinaires. Leur queue est si grosse, qu’il leur seroit impossible de la 
porter, si l’on n’avoit soin de la soutenir par le moyen d’un petit traî¬ 
neau que l’on attache avec une corde au cou de ces animaux, et qu’ils 
tirent sans peine : si l’on vient à détacher ce soutient, la queue tombe 
à terre, et le bélier reste étendu sans pouvoir se relever, ün ne trouve 
dans aucun pays des béliers de cette espèce.» Les mêmes détails se 
retrouvent en abrégé dans un petit Dictionnaire géographique placé à 
la suite de l’Histoire universelle d 'Ahmed ben-Yousouf (Ms. Arab. Vatic. 
280) ainsi que clans Bakouï ^ (Notices et Extraits des manuscrits, t. IL 
p. 425 ). (Page 166) Au rapport d’Ibn el-Aias (Ms. Arab. Deshautes- 
rayes, 3, p. 96 ) M, Baschmour est un bourg d’Egypte, qui donne son 
nom aux moutons appelés dont la queue est si grosse qu’on 

est obligé de la soutenir sur un traîneau. Chacun de ces moutons se 
vend environ sept aschrefys» ( 5 h 


Cf. ( ieorge Sarton, Introduction lo the History of Science. I. Il, 2, kj 3 i (réimp. 
1 ç) 5 o), p. 868-870. 

<2) Voir également Compendium historiae universalis . . . Ms. arabe du Brit. Mus. 
n° 986, découvert en 1669. Note ajoutée par L. k. 

(,1) Voir G. Sarton, Introduction, etc., t. II, 2, 1981 (réimp. 1900), p. 869 : 
« Ai-Qazwïnl’s Geographv . . . was abstracted in 1 Ao 3 -i h oh bv . . . al Baküwi . . .» 
Note ajoutée par L. K. 

(i) Cf. Ibn Iyas . . ., An account of the Ottoman conques t of Egypt in the year 1 . H. 
922 ( A . D. 1 5 1 6), translatée! from the Arabie bv W. H. Salmon, Londres 1921. 
Note ajoutée par L. K. 

(5> On doit enfin un très curieux passage sur Baschmour (passage écrit en 1886) 
à E. Prisse d’Avennes, voir Excursion dans la partie orientale de la Basse-Egypte, 
dans Miscellanea Aegyptiaca anno MDCCCXLII. Aegyptiaca consociatio litteraturae, 
Alexandrie, p. Ai. 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» D’HÉRODOTE. 


/i09 


Jehan Thenaud qui a visité l’Egypte en 1 5 1 1, décrit ainsi les Moutons 
à grande queue vus par lui au Caire : « Le 1111 e jour après notre venue 
audict lieu du Caire, le Souldan nous envoya presens, c’est assavoir 
moutons à la grant queue; et fault sçavoir qu’il n’est si petit mouton 
dont en la queue n’ait plus de X livres de chair; aulcuns sont de XXV, 
XXX et XL liv res, au porter et traisner desquelles les moutons travaillent 
moult : pour ce, on leur faict petites charettes èsquelles reposent leurs 
queues, qu’ilz trainent par leurs cornes» d). 

D’après G. Wiet (2) , ce passage n’a pas manqué d’attirer l’attention de 



0) D’après Le Voyage d'Outremer ( Egypte, Mont Sinay, Palestine) de Jean Thenaud. 
Gardien du couvent des Cordeliers d Angoulème suivi de La Relation de l Ambassade de 
Dorneniœ Trevisan auprès du Soudan d’Egypte— 1 5 1 2. Publié et annoté par Ch. Schefer , 
Paris, 188A, p. A 3 , et p. 210 (relation du voyage de Domenico Trevisan) :«Les 
moutons ont un goût délicieux ; il y en a dont la queue est tellement chargée de 
graisse qu’elle dépasse le poids de trente 
livres», mais Trevisan 11e mentionne pas les 
voiturettes. Il en est de même du Ritter Arnold 
von Harff dont le voyage a eu lieu de 1A96 à 
1A99 ; voir l’édition du Dr. E. von Groote. Die 
Pilgerfahrt des Ritter s Arnold von Harff, etc., 

Cologne, 1 860, p. 98 : «... desekoeche kochen... 
ouch vil schaeff fleysch mit langen breyden swentzen ind hauen gar lange oren in 
deser gestalt»; voir également la nouvelle édition anglaise intitulée The Pilgri- 
mage of Arnold von Harff. Knight, etc. Translated from the German, etc., by Malcolm 
Letts, Londres, 1 9A6, p. 1 10-1 11 : «... the cooks cook . . .also rnuch sheep’s 
llesh, the animais having long broad tails and verv long ears in this manner» 
(même croquis que celui reproduit ci-dessus ; ce croquis est assez correct sauf la 
barbiche qui est caractéristique de la chèvre). L’éditeur (Mr. Malcolm Letts) dit 
dans une note se référant à ce passage (p. 111, note 1) : « These sheep are de- 
scribed by Ghistele, p. 187, and by Walther, p. 282. Ghistele says they reached 
to a man’s girdle, with the tail hanging to the ground, broader than a foot». 
Voir enfin Pierre Beloin du Mans, Les Observations de plvsievrs singvlaritez, etc., éd. 
Paris, 1 55 A, p. 98-99 : « Les Moutons y [Piere Belon, en Egypte de i5A6-ioAq, 
parle de Rosette] sont gros*et gras, qui ont la queue trainante iusques en terre, 
fort large, et es poisse ». 

Le Caire et les voyageurs européens, dans La Revue du Caire, 7 e annee, 11 0 69, 
août 19AA, p. 869. — Sur le passage de Rabelais, je suis redevable à Monsieur 
Henri Barret, professeur au Lycée français du Caire, une intéressante lettre, mal¬ 
heureusement trop longue pour être citée ici. 















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


/i70 

Rabelais (149/1-1 553 ): «Emerveillez-vous, dit-il de la queue des 
béliers de Scythie, qui pesait plus de trente livres, et des moutons de 
Surie, èsquels faut (si Tenaud dit vrai) affûter une charrette on cul 
pour la porter, tant elle est longue et pesante». 

Jean Léon l’Africain, né à Grenade vers i 483 , mort après 1 53 o, nous 
a laissé également un récit intéressant sur les moutons à grande queue : 
« Ces moutons n’ont autre diference avec les autres, sinon en la queuë, 
qui est fort large : ce que plus étant, mieux ils se cognoissent être de 
haute gresse. Il s’en trouve d’aucuns ayans la queuë du pois de dix et 
vingt livres et cela avient lorsqu’ils s’engressent d’eux-mêmes. Mais 
en Egypte il y en a plusieurs qui s’adonnent à les engresser, les repais- 
sans de son et d’avoine, au moyen de quoy leur queuë engresse de telle 
sorte qu’ils ne se sauroyent mouvoir : et pour cela fault atacher la queuë 
sur un petit char tant qu’ils cheminent plus à l’aise. J’en ay vue une le 
l’un de ces animaux en Asiot, cité distante du Caire cinquante mille, 
et située sur le Nil, laquelle étoyt du pois d’octante livres, et plusieurs 
m’asseurèrent à cette heure-là, d’en avoir veu peser cent cinquante. Tant 
y a que la gresse de ces moutons consiste en la queue seulement : et ne 
s’en trouve autre part qu’à Thunes et en Egypte» (1) . 

Prosper Alpinus, en Egypte de 1 58 1 à 1 584 : « Aegyptia tellus 
maximè ovibus abundat, aganisque optimis, vervecibusque : Praefertur 
ibi caro vervecina omnibus aliis carnibus bonitate. ... Ex iis vervecibus, 
quidam caudas usque adeo pingues, et magna mole auctas habent, ut 
nonnullae ex iis librarum viginiti, et plurium etiam pondéré deprehen- 
clatur. Multi ipsorum caudis, quod egerrimè prae magnitudine earum 
haec animalia incedant, ad juvanclum incessum rotulas ligneas suppo- 
nunt»( 2 ). 

Jean Chardin (1643-171 3 ) a rencontré ces moutons en Perse : «Il 
y a de ces moutons, que nous appelons moutons de Barbarie, ou à grosse 
queue, dont la queue pèse plus de trente livres. C’est un grand fardeau 


(l) D’après Jean Leon Africain, Description de VAfrique, édition do Ch. Scinder. 
1898, p .4 4 o -4 4 1. 

(9) Prosperi Alpini . . . Historiae Aegypti naturalis. Pars prima, édition de 1735, 
p. 228 et 229. 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» D’HÉRODOTE. 471 

que cette queue à ces pauvres animaux d’autant plus qu’elle est étroite 
en haut, et large et pesante en bas, faite en coeur. Vous en voyez souvent 
qui ne la sauroient traîner, et à ceux-là on leur met en quelques endroits 
la queue sur une petite machine à deux roues, à laquelle on les attache 
par un harnois afin qu’ils la tirent plus facilement» ff. 

Job Ludolf (= Leutholf) enfin affirme qu’ils existaient au xvii c siècle en 
Abyssinie. Il nous en a laissé un dessin (fig. 9) et la description suivante : 
« That same sort of Sheep also, so mu ch admired and so well known, 
both in the East, and in Africa, is here very common ; the Tayls of which 
are so fat and ponderous, that the least of thern weigh Ten and Twelve, 
the biggest of them sometimes above forty Pouncl, so that the Owners 
are forc’d to tye a little Cart behind them, wherein they put the Tayl of 
the Sheep, as well for the convenience of Carriage and to ease the poor 
Créature, as to preserve the Wooll from durt and nastiness, and being 
torn among bushes and stones»( 2) . 

Bien qu’il soit difficile de prendre tous ces témoignages pour des 
simples récits fantaisistes, les Moutons à grande queue traînant derrière 
eux une voiturette pour leur appendice caudal m’ont paru toujours 
bien bizarres. Mais tout dernièrement trois Egyptiens m’ont affirmé avoir 
vu ces petits chars à deux roues traînés par des moutons à grande queue : 

i° Mahmoud eff. Hanafy, relieur, rue Mohamed Ali, J^e Caire, tout 
près de la Bibliothèque Nationale, m’a raconté à plusieurs reprises qu’il 
se rappelle très bien de ce curieux spectacle auquel li fut témoin, il y a 
vingt ou vingt-cinq ans. 

2° Mahmoud Ali Hussein, .chauffeur, m’a fourni ce renseignement : 
« J’ai vu vers la fin de l’année iq 48 chez Ali Barakat, le boucher bien 
connu du quartier du Vieux Caire, un gros Mouton avec une très large 
et très lourde queue. J’ai beaucoup ri lorsque j’ai constaté que Ali Barakat 
avait placé cette dernière sur une sorte de petite voiture en bois avec 
deux roues en fer (^> jUjj). Ali Barakat l’enlève chaque soir lorsque 
le Mouton se couche, mais dès qu’il veut marcher, Ali pose la queue 


(l) D’après G. Wiet, Le Caire et les voyageurs européens, etc., p. 369-870. 

' 2) Job Ludolphus, A new History of Ethiopia. . ., Londres, 1682, p. 53-54 et 
L. I.c. 10, de l’édition latine (Iobi Lvdolji. . .Historia Aethiopica 1681). 

Bulletin de V Institut d’Egypte, l. XXXVI. 38 


I 



















472 BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 



Fig 1 . 9.— Mouton à grosse queue placée sur une voilurette. Fin du xvii c siècle. 



Fig. 10. — Mouton à grosse queue placée sur une voiturette. Vers i 85 o. 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» D’HÉRODOTE. 473 

de l’animal sur la planche carrée, formant avec les deux roues ce 
véhicule primitif, le mouton étant incapable de porter la queue». 

3 ° Mohamed Ahmed Hussein, cuisinier et cousin du précédent, m’a 
dicté ceci : «J’ai vu, vers ig 43 , un très gros mouton dans mon pays, 
Choubrah Khalfoun, markaz Chébin el-Kôm, moudirieh Menoufiyyah. 
Un homme, le nommé Sayed Mansour, a posé la queue très lourde (4J) 
de ce mouton sur une voiturette traînée par deux roues». Mohamed 
Ahmed Hussein a fait un petit croquis qui, aussi gauche qu’il fût, prou¬ 
vait qu’il s’agissait réellement de la voiturette représentée au xvn e siècle 
par Ludolf (fig. g) et près de cent soixante-dix ans plus tard (i 854 ) 
dans un commentaire d’Hérodote (fig. 10). J’ai demandé en 1952 et 
en 19 53 à Mohamed Ahmed Hussein d’aller dans son pays, la Menou¬ 
fiyyah, pour essayer de me procurer quelques photographies d’un de 
ces moutons dont la grosse queue est supportée par une voiturette. 

11 est parti à plusieurs reprises et m’a rapporté les photographies, 
évidemment primitives, prises à l’eau, et reproduites aux figures 11, 

12 et 1 3 . 

Fig. 1 1 : photographie prise à Chébin el-Kôm. Le propriétaire du 
bélier s’appelle Hassan el-Mehi . 

Les figures 9 (d’après Ludolf, vers 1680.) fil et 10 d’après un com¬ 
mentaire d’Hérodote de 18 54 (2) ressemblent beaucoup à la photographie 
moderne (fig. 1 1 ). 

Les photographies 12 et i 3 sont prises au village d’Al Shuhadah 
oIa(M enoufiyyah). Le propriétaire des béliers, un commerçant de blé, 
s’appelle Rageb abu’l Ghar jlàll y\ j. Les figures 12 et i 3 repré¬ 
sentent les bêtes se trouvant dans leur étable. Comme on le voit sur la 
figure 1 3 , le chariot est traîné par une corde qui est attachée autour du 


D’après Iobi Lvdoljî aliàs Leut-holf dicti Historia Aethiopica, Sive Brevis & succincta 
descriptio regni Habessinorvm, Francfort s. M., 1681, cap. X (planche). 

D’après The Historical Educator : comprising ancient voyages and travels , . . . 
volume the first, Londres, John Cassell, i 854 , p. iA 5 : «Description of Arabia bv 
Herodotus». On lit au-dessous de la gravure reproduite ici à la planche II : «Large- 
tailed Sheep-ram (ovis aries laticaulata) . — Drawn from a living Specimen in the 
Muséum of Natural History at Paris». Ce livre m’a été signalé par M. Kamel 
Osman Ghaleb. 


38. 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


/i 7 4 

cou cle l’animal. Le chariot comporte, sur quatre petites roues, une caisse 
d’environ 4 o cm. de long et haute d’une vingtaine de centimètres, sur 
laquelle sont parfois disposées de petites tablettes, avec pieds, superposées 
(fig. 1 3 ). « Lorsque l’animal tirant le chariot doit se déplacer à la vue de 
tout le monde, a ajouté le cuisinier Mohamed Ahmed Hussein, le pro¬ 
priétaire retire les tablettes de sorte que l’extrémité graisseuse de la 
lourde queue soit disposée à l’intérieur de la caisse elle-même et échappe 
ainsi au mauvais œil que pourrait lui susciter un spectateur mal-inten¬ 
tionné. Si pour une raison ou une autre la queue ne rentre pas dans la 



Fig. il. — Mouton à grosse queue placée sur une voiturette. Menoufiyyah (1952). 


PASSAGES CONTENUS DANS LES «HISTOIRES» D’HÉRODOTE. 


4 75 



Fig. 12. — Moutons dans leur étable. Menoufiyyah (1953). 

caisse (fig. 1 3), le propriétaire du mouton la couvre d’un sac ( 
afin que l’on ne puisse pas le voir. Parfois la caisse s’adapte à la grosseur 
et à la forme de la queue, dans ce cas le propriétaire n’a naturellement 
pas besoin ni cle tablettes, ni de sac; elle est placée alors immédiatement 
dans la caisse, quand un inopportun s’approche pour jeter le mauvais 
œil sur la précieuse liah . La manière de cacher la queue dépend 












BULLETIN DE I/INSTITTJT D’ÉGYPTE. 


Y 76 

évidemment de la possibilité des pauvres gens de se procurer une caisse 
appropriée. Ce qui importe est le fait d’éviter de montrer en public la 
queue énorme des moutons. Lorsque aucun accident de cette espèce 
n’est à craindre, le propriétaire du mouton peut librement découvrir la 
queue de ce dernier en disposant' de nouveau les tablettes (qui sont 
plus ou moins nombreuses selon que la queue est plus ou moins grosse) 
(fig. 1 3 ), ou en enlevant le sac (Jljà) qui cache la queue (<U )». Tel est 
le récit du cuisinier Mohammed Ahmed Hussein d). 



Fig. i 3 . — Mouton à grosse queue placée sur une voiturette. L’animal qui se trouve encore 
dans son étable (voir fig. 12 à droite) est sur le point de sortir. 


(1) Le budget de L’Institut d'Egypte ne permettant plus la publication d’articles 
dépassant un certain nombre de pages, je suis obligé de m’arrêter ici. J’espère 
cependant continuer mes études sur d’autres passages contenus dans les «His¬ 
toires» d’Hérodote. L interprétation de quelques-uns de ces passages (Hérodote 
II, 4 ; 99 ; 1 45-i46 ; IL 4 a, 46 ; II, 67 ; II, 98 ; II, 11 3 ; III, 37 ; IV, 199) 
était déjà prévue pour la présente étude. 


ALI B. ÏSÂ’S PILGRIM ROAD : 

AN INSCRIPTION OF THE YEAR 304 H. 
(916-917 A. D.) (,) 


BY 

GEORGE G. MILES 

As Harold Bowen observes in his excellent biography of c Ali b. c Isa 1 (2) , 
the source material for the life and times of that good mari, the « good 
vizier» par excellence of 'Abbâsid days, is exceptionally ample. Almost 
every detail of his long and very active public life of 89 vears is known to 
us through the happy préservation of a large number of chronicles and 
biographies. Probably the life of no other Prime Minister of the c Abbû- 
sid caliphs is better documented. And yet I propose in this brief commu¬ 
nication to add one more little detail to his biography : another evidence 
of that faithful man’s practical piety, a deed of « good works» not record- 
ed in the manuscript sources but preserved through the fortunate sur- 
vival of a crude but precious inscription discovered some years ago in 
the Hijâz. 

It is, I think, appropriate that this document should add one more 
item to c Ali b. Msâ’s long list of public benefactions. Whatever his mis- 
takes in state policy (the resuit, it would seem, of an overzealousness on 
his part in restricting the expenditure of state funds), he was never 
rightly accused of corruption, malfeasance or venality. He was, if any- 
thing, too honest, too frugal and ascetic for his âge. His donations to 


(1) Communication présentée en séance du 5 avril 1964. 

(2) The Life and Times of'Ali ibn 'isà (Cambridge, 1928), p. vu. Bowen’s schol- 
arly Avork makes it superHuous to refer to the primary sources in connection with 
most of the biographical details that folloAV. See also Zettersteen’s article in the 
Encyclopaedia of Islam. 










BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


4 78 

charity were generous in the extreme. We are told that when lie was 
out of office, 'Ali’s income amounted to 80,000 dinars a year, and that 
of this he bestowed 5 o,ooo in charity. And when in office, although 
his salary and estâtes brought him as much as 700,000 dinars, he 
increased his private expenditures by only 10,000 a year. He is said 
to hâve provided, at one time or another, pensions for as many as h 5 .000 
scholars and students d). 

We know of several of his spécifie benefactions for the public weal 
in the nature of public works : when Baghclâd was suffering from a par- 
ticularly virulent épidémie of plague, c Ali built a new hospital in the 
Harbiyyah quarter at his own expense, and improved the facilities of 
four others ; he gave instructions for the repair of old mosques and hos- 
pitals and for the building of new ones throughout the empire ; having 
discovered that certain mill-wheels which lie had constructed on one 
of his estâtes took too much water from the fields he converted the build¬ 
ing which housed them into a mosque toward the end of his Vizie- 
rate he deeded most of his fortune to the waqf and freed ail his slaves ^ : 
and it was he who founded the Dlwân al-birr, or Office of Good Works, 
whose funds for the upkeep of the holy places in Médina and Mecca 
were drawn from Baghdâd taxes Mecca, where c Ali spent more than 
one period of exile, was a particular object of his pious affection and 
benefaction. Shortly before the act about which I am about to speak, 
he was instrumental in building a water-system for the holy city (com- 
pleted in 3o2 H., that is g 1 4 /g 1 5 A. D.); he ordered a well dug in 
the Millers’ Market, and opened another spring for the use of pilgrims; 
and he personallv subsidized the caravans of donkeys and camels that 
brought Avater from Jiddah to Mecca (5 k 

It was undoubtedly c Ali b. c îsâ also who, at about this time, urged 
various improvements and renovations in the sacred enclosure and the 
Great Mosque, including the replacement of wooden by stone columns 
in the north wall of the mosque and the construction of the Bâb Ibrâhîm (G) . 
In gratitude for the kindly réception he received in San'â during his 


(1) Bowen, op. cil., p. 1 33 . — (l) (2) Ibid., p. 197. — (3) Ibid., p. 1 49 . ^ Ibid., 
]). 129. — (5) Ibid., j). ia8. — 6) Ibid., pp. 128-199. 


AN TRANSCRIPTION O F THE YEAR 304 II. 


479 



later exile there, he budt an aqueduct in that city and arranged for a 
well to be dug in the débris of the famous Himyarite castle of Ghumdân 
The énumération of these good works provides the background for 
the document with which this paper is concerned. In .lune, 19/11. 


(l) Ibid., pp. 9 34-9 35. Mas' um, Murûj , IV, p. 5 o, says : 

JJ 1 Jo J^j Iâi 






BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÊGYPTE. 


h 80 

there rame into my possession a photograph of a stone inscription fourni 
in the old tailings of the gold mine known as Mahad Dhahab l) in the 
Hijâz, 246 miles from Jiddah This inscription, engraved in Kufic 
characters on an irregularly shaped block of stone measuring about 
45 by 60 centimeters is dated 3 o 4 H. and reads as follows : (Fig. 1). 

Text : 

ju j*\ ( \ 

j ax>* ( Y 

\)\ Jj)\ ÔAi <J\W <JU*jU ( £ 

> «io' ^ ù'. Je- (>A' ( 0 

£*Ü~ 6 ( *1 

j ^y (3iô* ^ ^ 

y Cf, ^ ^c- lSj^T ( 4 

P) Properly Mahd Dhahab, « Cradle of Gold»; popularly spelled in English, 
Mahad Dahab. 

(*î The photograph was given to me by my friend Mr. K. S. Twitchell, then active 
in the Saudi Arabian Mining Syndicate, Ltd., a subsidiary of the American Smel- 
ing and Refining Company. In April, 19/17, I presented orally the substance of 
this inscription at a meeting of the American Oriental Society in Washington, D. C., 
but this communication was never written or published. Mention of its existence 
was made in my Rare Islamic Coins (American Numismatic Society Notes and 
Monographs, n° 118, New York, iq5o), p. ai. Subsequently Mr. Twitchell has 
published a photograph of the inscription in the second édition of his Saudi Arabia 
(Princeton, 19 53 ), opposite p. 77, together with a translation of the text with 
which I furnished him. May I take this opportunitv of thanking Mr. Twitchell for 
his kindness in placing the inscription atmy disposai. The stone is, I believe, still 
in the office of the Mahad Dhahab mine. It was, incidentally, Mr. Twitchell who 
provided me with a photograph of a still earlier Islamic inscription from the Hijâz, 
that of Mu'âwiya’s dam, dated 58 H. (cf. George C. Miles, « Early Islamic 
Inscriptions near Tâ’if in the Hijâz», Journal of Near Eastern Studies, VII (19/18), 
pp. 236-2/12). 

W I a ni informed that the particular varietv of stone is called andésite. 

These dimensions are only approximate ; no scale accompanies the photograph. 
and Mr. Twitchell was able to recall the size only approximately. 


AN TRANSCRIPTION OF THE YEAR 304 H. 


481 

SI jj j ^ 1 

. ^ y AaC Cf y \ ( \ • 

Cf, (\\ 

. iuu j (>X 

The last line, containing the date, is carved in relief ; that is, the back- 
ground is eut away, so that the letters stand out in black against a gray 
background, in contrast to the rest of the inscription in which the engra¬ 
ved letters appear in gray against a black background. 

Translation 

1. In the name of Allah, the Compassionate, the Merciful : 

2. ordered 'Àbdullâh, 

3 . Ja'far the Imam al-Muqtadir bi’llâh, Commander 

4 . of the Faithful (may Allah prolong his life), the Vizier abii- 

5 . al-Hasan c Ali b. c Isa (may Allah perpetuate his glory), 

6. to build a broad highway for the Pilgrims of the House of Allah 

7. (with the hope of meriting a rich reward in Allah’s sight) ; and 

8. [this work] was administered by the Judge Muhammad b. Mû- 

9. sa (may Allah exalt him); and this was executed by 
1 o. abu-Ahmad b. f Abd al- c Azïz, al-.. ..i (1) 2 3 , 

1 1. and Mus c ab b. Ja'far al-Zubayri; 

12. in the year 3 o 4 ... W [916/917 A. I).] 

CoMMENTARY 

Line 1 : the customary introduction. 

Lines 2-4 : 'Abdullâh is the usual epithet preceding the name of the 

(1) I hâve been unable lo decipher the nisbah . There appear to be two «teeth» 
(that is, two letters such as bâ 3 or tà 3 , etc.), foliowed by hâ 3 (?) and another letter, 
and the final ya . 

(2) This final word is curious. Il may possible be sanah repeated. 

(3) See below why we cannot be more spécifie about the date in terms of the 
Christian era. 


















BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


4 82 

Caliph. Strictly speaking, al-Muqtaclir (995-820 H. : 908-982 A. D.) 
ordered the work doue, but this is purely protocolary formality; lip- 
service had to be paid to the Caliph, although in ail prohabilitv the under- 
taking owed nothing to his initiative. 

è 

Lines 4-6 : Note tliat the Vizier’s name is in the accusative ( abâ, in- 
stead of abù), but as 1 hâve said, it was doubtless r Ali that conceived the 
work and set it in motion. The kunyah abidl-Hasan is preserved also in 
liraz inscriptions, for example in one of the year 3o2 W. There are other 
textiles bearing 'Ali b. c Isâ’s name as Vizier t2) , but, so far as I know, no 
other inscription carrying his name has been published. For this rea- 
son alone, the inscription is valuable. 

Line 6 : lariq al-jâddah li-hüjj bayt Allah : obviously the meaning 
intended is a very big road, and therefore 1 bave translated «a broad 
highway». As my late very distinguished friend Ernst Herzfeld (to whom 
I showed the photograph of the inscription in 1 q 4 1, and who helped 
me with several illurninating observations) remarked, it means « a road 
of many miles». Can we hope to identify the road itself? After a careful 
perusal of P. Casanova’s very learned discussion (3) of the pilgrim routes 
in north-western Arabia m connection with the Ma dm Banu Sulaym, to 
which I shall refer again in a moment, I hâve concluded that it would 
be best to abandon the attempt. The network of historical roads and 
by-passes and short-cuts related to the pilgrim routes from Médina to 
Mecca and from Baghdâd (or Basrah) to Mecca in this area is exceedingly 
complex ; and their identification with existing routes niakes the task 
even more difficult. 1 can only suggest that c Ali b. 'Isâ's road was either 
an improvement of the pilgrim road from Médina to Mecca built at 


Répertoire, n° 96/4. The kunyah, abüM-Husayn, on another lirâz of Misr of the 
year 3oi (. Répertoire, n° 960) must be a mistake, either of the artisan or of lhe 
decipherer of the inscription. 

(2) Cf. Répertoire, n os 909, 967, 968, 97 5 , 976. 

U) P. Casanova, Une Mine d'or au Hidjdz, in Bulletin de la Section de Géogra¬ 
phie (Comité des travaux historiques et scientifiques), vol. XXXV, Paris, 1921, 
pp. 69-12,5, especially pp. 81 IL 


AN TRANSCRIPTION OE THE YEAR 304 11. 


483 


Zubayda’s (Harün al-Rashïd’s wife’s) behest, the üarb al-Sharqi that 
Burton foliowed ; or else a part of the great Baghdâcl-Mecca route d). 
Without having visited the area I can contribute nothing new to the topo- 
graphy. Mr. Karl Twitchell has told me that he and his pilot once obser¬ 
vée! from the air near Mahad Dhahab the traces of a broad highway, per- 
haps 5 o meters wide ; it was abandoned and lay some 3 o kilometers 
east of the présent Medina-Mecca road. But to attempt to correlate this 
and Casanova’s assemblage of historical material with the présent in¬ 
scription is beyond my compétence. 

Reverting to the text, I would like to read li-hujjàj («for the pilgrims») 
in place of li-hnjj, which strictly speaking is not correct ; but while the 
inscription is rather obscure at this point, there is, in my opinion, no 
room here for a second jim , and the reading as I hâve given it is the only 
possible one. According to Ibn-Jubayr, the phrase li-hâjj bayt Allah 
occurred in an inscription at the Ka c bah dated 167 HJ * 2) (l) * ; another, 
according to al-Fàkihi, relating to certain water works in the Haram at 
Mecca, dated 194 H., reads ou #lL/ 3 4 k 

It is of interest to note that with the exception of the Umayyad Caliph 
c Abd al-Malik’s milestones our inscription is, so far as I know, the 
earliest epigraphical record of Islande road-building. 

Line 7 : This is one of the earliest recorded epigraphical uses of this 
type of pious phrase, and, so far as I hâve been able to détermine, the 
earliest in this particular form ^ 5 k 


(l) See particularly Casanova, op. cit., pp. 89, 1 14 , 119, and lhe sketch inap 011 

the latter page. 

(3) Cf. Répertoire, n° 48 ; Creswell, Early Muslim Architecture , II, p. 38 a. Inciden- 
tally Lane ( Modem Egyptians, 5 th ed., London, 1871, T, p. 168) remarks 011 the 
use of liajj as a collective noun, meaning « pilgrims». 

(3; Cf. Répertoire, n° 38 ; Creswell, op. cit., p. 384 . 

(4) Répertoire , n os 14-17. 

(5) We hâve o!j>- o ^.Sâpj in 1 55 H. at Ascalon ( Répertoire, 11 0 4 2); 

«uU aüI cjly in a 4 i H. in the Créai Mosque at Gdrdoba (Lévi-Provençal, 
Inscriptions arabes d’Espagne, n° 1 ; Répertoire, n° 878); «v»l y in 25 o H. 

in the Great Mosque at Elvira (Lévi-Provençal, p. xliv ; Répertoire, n° 5 o 4 ) ; 
and very similar and almost contemporary, «üJ 1 y in 3 18 H. on the 














BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


484 

Line 8 : wa-jarra c alâ yaday : this is the usual phrase preceding the 
name of the principal functionary who was put in charge of a given 
piece of construction. Epigraphically it occurs as early as 172 H. on a 
cistern at Ramla but aside from this there is, unless I am mistaken, 
only one other instance pre-dating the inscription under discussion—on 
the copper sheets in the Qubbat al-Sakhrah, dated 216 H. 

Lines 8-9 : Àl-Qâdi Muhammad b. Musa : the literary sources inform 
us that Muhammad b. Müsâ was governor of Mecca in 3 06 IL, but oui* 
inscription makes it clear that he must already hâve held this office two 
years earlier. It is interesting to note that he was an active builder and 
restorer, and he appears to hâve been associated witli ‘Ali b. ‘Isa in 
the architectural alterations that took place in Mecca in 3o2 H. Two 
years after ‘Ali’s déposition, in the year 3 o 6 H., he is reportecl to hâve 
undertaken further work in the Great Mosque and certain changes in the 
walls and gates 

Line 9 : tawallâ : referring to both the foliowing naines. That the 
highway was indeed a very large enterprise is further attested by the 
use of this administrative verb introducing the naines of two more indi- 
viduals who presumably actually supervised the work in the field. They 
were perhaps wliat we might call contractors. So far as I know this is 
the earliest epigraphical use of this phrase. 

Lines 10-11 : I regret to say that I hâve been unable to identify 
either abü-Ahmad b. c Abd al-Aziz, of unknown or rather undeciphered 
nisbah, or Mus'ab b. Ja‘far al-Zubayri. It is perhaps a reasonable 

tower of the church of Santa Cruz at Ecija (Lévi-Provençal, n° 29 ; Répertoire, 
n° 1 1 3 1). 

(1) Répertoire, n° 53 ; sce also in vol. V, p. 189 ; cf. Creswell, op. cit .. II, p. 16 4 . 

(2) Répertoire, n os 209-210; cf. Creswell, op. cit., I, p. 56 . 

F. Wüstenfeld, Chroniken der Sladt Mekka (Leipzig, 1861 ), various texts in 
vol. I, pp. 327, 344 ; vol. III, pp. 1 48 , 1 60 ; Bowen, op. cit., pp. 129, 23 1 (evi- 
clently Hilal al-SâbF is wrong in calling the Qâdi Àhrnad b. Müsâ). Zambaur 
Manuel, p. 21) gives only the following dates for the governors of Mecca in this 
period : 3 oo, Munis; 3 o 6 , Muhammad b. Müsâ; 317, Ibn-Mukhârib or Mukhal- 
lid. 


AN TRANSCRIPTION OE THE YEAR 304 H. 


485 

assumption that the latter was a descendant of Mus‘ab b. al-Zubayr, 
governor of Médina in 65 H. and of Basrah in 67 H. W, and who inci- 
dentally is mentioned in connection with the legal aspects of the Mine 
of the Commander of the Faithful, to which I shall refer in a moment. 

Line 1 2 : The date : we cannot be more précisé in translating the 
date into the Christian calendar. ‘Ali b. ‘Isa entered upon bis duties as 
Vizier for the first time on the îoth of Muharram, 3 oi H. (Aug. 16, qi 3 
A. D.) ^ ; and his first term of office came to an end with his shameful 
arrest on the 8th of DhüT-Hijjah, 3 o 4 (June 2, 917) * (3) . Since Dliü’l- 
Hijjah is the last month of the year, we can only say that the work was 
linished (probably?) sometime during the year 3 o 4 , and certainly not 
later than the 8th of the last month of that year; in other words, bet- 
ween July, 916, and the beginning of June, 917. 

The epigraphy 

The Kulic is simple and virtuallv unadorned, the only attempt at 
élaboration being in the crochets terminating some of the letters, 
particularly those with tall vertical shafts. The only remarkable 
letter combination is the lâm-alif (occuring twice), which assumes a 
curious harp-like shape : In general one might say that the style 

of tlie inscription as a whole is peculiarly lacking in elegance, consi- 
dering the higli station of the personages namecl and the évident im¬ 
portance of the undertaking. In this connection it shoulcl be remark- 
ed that despite its superficial appearance to the contrary, the stone 
appears not to bave been broken after it was inscribed. Ail the lines 
are complété, or very nearly so. The engraver began with two logically 
balanced lines, but thereafter he simply started each line at the extreme 
right-hand edge and continued until he carne to the irregular left-hand 
contour of the stone, with the resuit that a number of words are clum- 
sily divided between the end of one line and the beginning of the next. 


(,) Zambaur, Manuel, pp. 2 4 and 39.-— < 2) Bowen, op. cit., pp. 1 1 4 -1 1 5 . - 

(3) Ibid., p. i 5 a. 













BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


486 

It is strange that this crudely shaped block shoukl hâve been chosen 
loi* a commémorative tablet of this official nature. Whoever engraved 
the stone could surely hâve trimmed a more présentable and regular 
block for the purpose 

♦ * 

* * 

There is, of course, no way of determining how close the iind-spot 
ol this inscribed block is to the place wliere it was originally set up 
for the pilgrims to read and to acknowledge their indebtedness to their 
benefactors. I hâve already referred to the difficulty of identifying the 


exact route in question. Nor hâve I any suggestion to explain the pré¬ 
sence of the stone among the tailings of the old workings of the gold 
mine. It is, however, not unlikely that the original location was not 
far from Mahad Dhahab, for there can be little doubt that the modem 
mine, with its traces of médiéval as well as of very ancient workings, 
is to be identified with the Ma'din or Harrah Banû Sulaym, famous in 
Umayyad times as the property of the Caliph c Umar b. c Abd al- c Azïz, 
who bought the land from Bilâl b. al-Hârith, to whom the property had 
been given in fief by the Prophet f â h This mine is commemorated on 
certain remarkable gold dinars (fig. 2) of the year io 5 H. (723/724 


(1) In answer to my question whether it would liave been dilficult to find a 
suitable block of stone in the vicinity which could hâve been trimmed to a regular 
rectangular shape, Mr. Twitcheli wrote me that on the contrary there exists a 
well about one mile distant from the site lined with well-cut andésite blocks. 
Balâdhuri, apud Casanova, op. cit ., p. 72; cf. Miles, Rare Islamic Coins, 

pp. * 20 - 21 . 




AN INSCRIPTION OF TUE YEAR 304 11. 


487 


A.DA B) as the Ma'din Amïr al-Mu’minïn rJ) . It was located on the 
route between Baghdâd and Mecca at a point which was estimated by 
Casanova to be roughlv 4 i° 20' E., 23 ° 3 o' N. The actual location 
of Mahad Dhahab is 4 o ü 52 ' 45 " E., 23 ° 29' 52 " N.; the correspon- 
dence is so close in view of the inexact cartographical facilities which 
Casanova had at his disposition about 1920 that one might say that 
the coordinates are virtuallv identical. 

We mav, therefore, I believe, safely conclude that the inscription ori¬ 
ginally stood somewhere near the important way-station of Ma'din Banü 
Sulaym on one of the Mecca pilgrim routes of the earlv 4 th century of 
the Hijrah. 


Miles, op. cit., n° 66. 

Casanova ( op. cit., p. 79) considers lhat there can be no doubt about the 
identity of the Ma din Banû Sulaym and the Ma'din Amïr al-Mu’minïn of the coins. 

(3) Cf. Casanova’s own remarks (op. cit., p. 7 5 ) : «... quand il s’agit de l’Ara¬ 
bie centrale, on ne peut que regretter cette absence ou insuffisance de renseigne¬ 
ments». 

Bulletin de VInstitut d'Egypte, t. XXXVI. 3 9 
























LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE 
DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE (,) 

PAR 

D" HANS HICKMANN 


Le fait qu’une écriture musicale égyptienne, véritable notation 
graphique des sons et des rythmes dans le sens d’une partition mo¬ 
derne, n’est pas connue jusqu’à ce jour, a hypnotisé les musicologues 
au point qu’ils ont renoncé complètement à continuer les recherches. 
Le développement étonnant de l’écriture hiéroglyphique aurait-il épuisé 
le génie des scribes? Pourquoi n’a-t-on pas inventé une série de signes 
puisés dans le riche répertoire des hiéroglyphes pour en constituer une 
écriture musicale rudimentaire? Il semble incroyable que l’Egypte n’ait 
joué aucun rôle dans la lente évolution qui a finalement abouti à notre 
notation musicale ^. 

Or, à notre grande surprise, quelques traces ont subsisté, nous ren¬ 
dant l’espoir de découvrir, à l’avenir, d’autres indications plus précises 
que celles dont nous disposons aujourd’hui. 

# 

I 

Nous avons réussi à déterminer plusieurs séries de signes chirono- 
miques, en usage sous l’Ancien Empire. Ces gestes nous permettent 
d’interpréter plusieurs scènes musicales de cette époque, et d’y re¬ 
connaître un sens sonore, quoique les représentations ne puissent pas 
être lues comme une partition moderne : elles rendent une situation 
au moment de l’exécution d’une sonorité déterminée et unique, 


(1) Communication présentée en séance du 11 janvier 1964. 

(2) J. Wolf, Die Tonsckriften, Breslau 192/1, p. 8. 

3 9 . 




















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


/i90 

mais n’expriment pas la suite succincte d’une série de sons composant 
une mélodie. Les travaux qui nous ont amené à cette découverte n’ont 
pas encore été publiés in extenso faute de fonds, mais le résumé 
en a été communiqué au Congrès de Musicologie, Utrecht îgôa W, au 
Congrès des Orientalistes, Bonn (même année), et dans notre dernière 
communication à l’Institut d’Egypte, intitulée « La musique polypho¬ 
nique dans l’Egypte ancienne» * (2) . D’après notre théorie, deux signes 
principaux ont existé, représentant une sorte de fondamentale et sa 
quinte, les sons intermédiaires étant marqués par des inclinaisons diffé¬ 
rentes du bras par rapport à l’avant-bras. Les scènes musicales de l’An¬ 
cien Empire prennent par conséquent le sens d’une graphie musicale, 
impression qui est renforcée encore par quelques détails icono¬ 
graphiques. C’est ainsi que les artistes égyptiens aimaient représenter 
des ensembles vocaux et instrumentaux se composant de plusieurs 
musiciens avec leurs chironomes (pl. I) 

Or, une simple comparaison avec nos orchestres nous suggère l’idée 
qu’un seul chironome, représenté dans nos orchestres par le chef d’or¬ 
chestre, aurait été largement suffisant pour « diriger» l’ensemble et pour 
donner des indications à tous les musiciens à la fois. Nous reconnaissons 
par contre dans maintes scènes égyptiennes que chaque musicien de 
l’orchestre est représenté avec son chironome particulier. Chacun de ces 
derniers exécute par surcroît le même geste chironomique. Tous les 
musiciens réunis interprètent donc le même son. 

Il faDt admettre que ce procédé semble extraordinaire. Le sculpteur 
égyptien n’aurait certes pas représenté le même geste à plusieurs re¬ 
prises, tout en gaspillant l’espace et son labeur, s’il n avait pas eu une 
bonne raison. Nous ne pouvons mieux expliquer son intention que par 
son désir de représenter un groupe de musiciens qui produisent le 
même son, l’ensemble formant un unisson parfait, tout en précisant de 
quel son il s’agit. D’autres images représentent plusieurs musiciens 


(1) Quelques nouveaux documents concernant le jeu de la harpe et l’emploi de 
la cliironomie dans l’Egypte pharaonique. 

^ Bulletin de VInstitut d'Egypte , t. XXXIV, Le Caire 19 53 . 

Mastaba d’Iymery, Gujzah. 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. /,cjl 

exécutant des sons différents. Nous avons analysé récemment les plus 
importantes ayant trait à l’origine d’une sorte de musique polypho¬ 
nique rudimentaire dans l’Egypte ancienne (2) . 

Dans ces cas aussi, chaque scène musicale a la valeur d’un document 
destiné à communiquer un sens musical par des images. La définition 
de la « musica muta» que nous retrouvons chez les auteurs latins W, 
s’applique donc parfaitement aux scènes musicales égyptiennes, ces der¬ 
nières étant en vérité des figurations symboliques des sons musicaux 
représentés par des chironomes W, ceux qui, d’après l’hymne au Nil, 
«chantent avec la main». 

II 

On a signalé, quant au Moyen Empire, l’emploi des lettres 4 et m 
comme signes graphiques musicaux. On peut remarquer, en effet, que 
les légendes de certaines scènes d’une tombe de Béni Hassan ^ 
comprennent des passages ne se composant que de ces signes alignés. 
M. Mbntet a souligné le premier que les séries des «h» ra ra ru ra ou 
des «i» a % n ^ s ’ t rac és parles scribes près des chanteurs, « visaient 

a exprimer ce que les assistants entendaient.» On est donc amené à 
croire qu’il s’agit d’un essai de transcrire les vocalises d’un chant 
par quelques hiéroglyphes connus. 


Mastabas de Thy et de Ptahhotep (Saqqârah). 

(2) H. Hickmann, La musique polyphonique dans VEgypte ancienne, p. 2 43-2 AA. 

^ O. Fleischer, Neumen-Studien, I, p. 3o. 

La cliironomie n’a jamais cessé d’exister en Egypte. Quelques documents 
littéraires la mentionnent sous le Moyen Empire. Elle réapparaît dans plusieurs 
scènes musicales de la XVIII e dynastie et de la Basse Epoque ; elle est mentionnée 
par 1 Âbbe Pambo, et on peut observer ses traces même dans l’Egypte moderne 
(H. Hickmann, Sur les survivances de la chironomie égyptienne dans le chant litur¬ 
gique copte, Miscellanea musicologica III, Le Caire 19/19). 

^ N° 17? Nord, registre h ( Bulletin de l’Institut français d’Archéologie orientale, 
IX, p. 16 : Béni Hassan II, i 3 ). Un passage des légendes accompagnant la 
grande scene musicale de la tombe d’Idou (Guîzah) fait peut-être allusion au 
même phénomène. 

v ° P* Montet, Les scènes de la me privée dans les tombeaux égyptiens de VAncien 
Empire, Strasbourg 1920, p. 35 p. A. Machabey, Le bel canto, Paris 19/18, p. 8. 




















m 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Le choix de ces hiéroglyphes est assez curieux, ^ étant une consonne 
faible ou semi-voyelle, ra une consonne. Vu la prévalence du conson- 
nantisme sur le vocalisme de la langue égyptienne, il ne fallait pas s’at¬ 
tendre à la présence d’un signe pour « i » (!) si nous considérons ce 
passage comme fragment d’un texte musical. C’est d’ailleurs probable¬ 
ment la grande difficulté dans la conception égyptienne, la formation 
d’une écriture musicale étant facilitée par l’emploi possible de syllabes 
vocalisées, rendue impossible par les moyens de l’écriture en hiérogly¬ 
phes (I) . 

La lettre \ (représentant un roseau) est remplacée, dès le début du 
* Moyen Empire (2) , par le groupe ^ « dans les syllabes finales où l’on 
voulait faire sentir le son «yod», la valeur de \ simple ayant subi cer¬ 
taines modifications (3) . Les groupes de ^ \ doublés peuvent s’employer 
à l’intérieur du mot, mais surtout en finale, remplacés quelquefois par 
le double trait ", déterminatif du duel. L’apparition des \ \ doublés 
ou par groupes n’est donc pas trop surprenante dans un texte du Moyen 
Empire, surtout si nous nous rappelons sa présence dans les exclama¬ 
tions W comme par exemple en ra \ \ ou ra \1 a m 

Le remplacement possible de ^ | par w est par contre significatif pour 
une question de sonorité. Les signes servant aussi de déterminatif au 
duel (m ou " ) voudraient évoquer un son prolongé, doublé en quel¬ 
que sorte. La quantité des ^ alignés dans le texte de Béni Hassan pour- 


(l) Ce n’est que la spéculation gnostique qui pouvait se permettre, beaucoup 
plus tard, de constituer une sorte de gamme des voyelles, grâce aux nouvelles 
connaissances de philologie grecque. 

" 2) G. Lefebvre, Grammaire de VEgyptien classique. Le Caire, 19/10, p. 1 4 . 

Ibidem, p. 26. 

Ibidem, p. 272. 

( 5 ) Cf. □ ^ ^ (hyhy doublé), exclamation employée sous l’Ancien Empire 

et enregistrée dans le mastaba de Merérouka (mur est, salle A i 3 ), dans une 
scène représentant des âniers avec leurs bêtes. D’autres exclamations et inter¬ 
jections sont Irai (W.B., L117), Irai! ou I ra V 11 ^, ra I, rail 

ou ra {W.B., II, /(8a); cf. RÜ M M jfcE M Ifc* 

! ! J (« jauchzen», W. B.. I, 119), et ra ^ jj) Il !1 2) 0,1 

M ^ jauchzen » (W. B., lï, A8 3 ). 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


VJ 3 


raît donc représenter en effet une vocalise terminant le récit d’une 
phrase ou d’unesyllabe finales. Il est possible que cette vocalise soit 
transcrite phonétiquement, comme le suppose M. Montet, mais le 
nombre des ^ représentés peut tout aussi bien indiquer la longueur du 
passage musical W. 

Dans ce cas, nous pouvons ranger, en effet, les groupes de ^ vu leur 
parenté avec \\ et à cause d’elle, parmi les signes d’un tout premier 





( xt - xt 


Xt 


-) 


v~ 

- 


Fig. 


1 . 


essai de notation musicale, d’autant plus que l’inscription de Béni 
Hassan ne semble pas être la seule de son genre. Un «hymne dansé» en 
l’honneur du dieu Min, chant dont le texte est conservé au Bamesseum 
et à Médinet Habou, comprend plusieurs séries de trois Nous 

croyons qu’il est indiqué de compter ces passages également parmi les 
«notations» musicales, et nous rappelons que le même texte mentionne 
ailleurs ® (à part ®, ® ou 

Quant à la présence des lettres ra, répétées également à plusieurs 
reprises dans ce curieux passage, nous ne pouvons l’expliquer que par 
le rôle qu’elles jouent en général dans les interjections se trouvant 
dans les textes de caractère religieux ou magique et dans certaines for¬ 
mules d’appel aux vivants. Traduites par h ’ et précédant un vocatif en 
tête d’une phrase, elles sont écrites ra^, ra^ A ou simplement ra (3) . 
La reproduction réitérée de ce dernier signe indiquerait par conséquent 


(1) On a même essayé d’interpréter ce passage de Béni Hassan comme première 
manifestation graphique d’une mesure à h temps (I. Lexova, Ancient Egyptian 
Dances, Prague ig 35 , p. 43 ). 

(2) H. Gauthier, Les fêtes du dieu Min, Le Caire 19 3 1, p. 189-19/1. 

w G. Lefebvre, op. cit., p. 272. L’étude des interjections promet d’ailleurs 
d’autres renseignements d’ordre musical, à cause de leur caractère sonore. 


































BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


494 

une sorte de répétition rythmisée d’une interjection syllabique, placée 
généralement au début de la phrase, mais employée ici indépendam¬ 
ment d’un vocatif ou d’un autre complément W, autrement dit : dans 
un sens musical Un cas analogue s’est produit dans la musique by¬ 
zantine (fig. i ) dont le style calophonique se sert de syllabes interca¬ 
lées et répétées à plusieurs reprises pour des raisons pratiques et pour 
faciliter l’exécution de mélismes étendus. C’est ainsi que l’on chante le 
mot ... !t* 7, dans notre exemple musical, en insérant trois fois xe-fte- 

X e ■ (3) - 

M. Lefebvre a souligné le caractère religieux et magique des textes 
comprenant ces interjections. Nous devons en effet ajouter cet élément 
a l’interprétation du curieux passage de Béni Hassan, par MM. Montet 
et Machabey : qu’il s’agisse d’une vocalise librement improvisée et tran¬ 
scrite phonétiquement par le scribe, ou que nous ayons devant 
nous une sorte de notation syllabique rudimentaire, la signification 
en était magique. C’est pour cette raison que d’autres savants ont 
voulu voir dans ce texte un alignement de « mots magiques» répétés 

Le problème reste d’ailleurs le même pour l’enquêteur musicologi- 
que, un texte magique étant toujours récité «en musique». On pour¬ 
rait par contre chercher dans les mots magiques et intraduisibles de cer¬ 
tains papyri, un sous-entendu musical ou rythmique, simple renvoi du 
problème qui part du principe que la plupart des mots magiques se 
composent de syllabes dédoublées. Or, toute musique folklorique con¬ 
naît ces dédoublements syllabiques de mots, sans signification précise, 


n) Ibidem , p. 272. 

(2) Sur la notation musicale cunéiforme des Babyloniens, cf. C. Sachs, The Mys- 
tery of the Babylonian Notation (Musical Quarterly, 19/11). L’emploi moderne des 
lettres «h» et «i» (y), comme une sorte de graphie musicale, cf. P. Claudel, 
Jeanne d’ Arc au bûcher. Paris 1961, p. 9/1 (Marguerite, dans le ciel « Hi ! hi ! 
hi ! etc., diminuendo). 

W E. Wellesz, A History of Byzantine Music and Hymnography, Oxford 19/19, 
p. 3 -/i. Cf. sur l’insertion de syllabes, appliquée à des mélodies données, E. Wel¬ 
lesz, Notes on the Alléluia (Compte-rendu du v e Congrès de la Société internationale 
de musicologie, Utrecht 1962), p. h 26. 

« Cf. Pyr. 289 h(^)\ ] D ^ ! e. Pyr. 6 9 4 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


495 

souvent empruntés à une langue étrangère, auxquels la croyance popu¬ 
laire attribue certains pouvoirs magiques. 

Tout en récitant cette poésie folklorique, le sens musical des mots 
magiques devient clair, conférant le motif rythmique principal à l’en¬ 
semble du chant B). 

III 

Nous pouvons ajouter à ces considérations quelques autres documents 
datant du Nouvel Empire. 0 . Fleischer 1 (2) a attiré l’attention sur la 
parenté d’apparence des signes graphiques accompagnant aux Indes les 
chants védiques avec ceux employés dans la musique hébraïque, 
arménienne, éthiopienne, grecque et latine (3) , indiquant un son d’une 
longueur relative, chantée d’une voix tremblante (fig. □ )(*). Nous 


(1) À. Erman, Life in Ancient Egypt, Londres 1894, p. 896; H. 0 . Lange, Der 
magische Papyrus Harris, Copenhague 1927, XII, i -5 (le langage lié de ce docu¬ 
ment, le retour régulier des mots lâTVy), idjsinti et 
la fin et au début des lignes, l’emploi de certaines interjections, la formule finale 
constituent pour nous autant d’indications qu’il s’agit ici, en ell'et, d’une incan¬ 
tation chantée); cf. ibidem, p. 12 À (texte prévu pour être chanté), p. 64-65 0 
(les mots magiques sont p*p c rlkî et p'p'rlwki ), p. 98-9/1 (Y). 

(9) Neumen-Sindien, I, p. 4 2 - 45 . 

(3) Ibidem, p. 46-47. Sur l es accents toniques des récits védiques et leur rapport 
avec d’anciens signes chironomiques, cf. ibid., p. 4 q- 5 o ; sur les accents chinois, 
p. 55 . 

;/1) O11 essaie récemment de rapprocher le quilisma du chant grégorien d’un 
signe analogue apparaissant dans la seconde moitié du vm e siècle (Le nombre musi¬ 
cal grégorien, I, p. 1 53 ). 11 est toujours placé à la fin des phrases interrogatives. 
Son origine serait le signe d’interrogation à Tours. Abstraction faite du double 
changement de signification substantielle et de la forme du signe assez différente, 
et tout en admettant par principe ce rapprochement, nous ne voyons pas pour¬ 
quoi ce signe ne serait pas plutôt une exception et d’une ressemblance fortuite. 

Le signe copte se trouve dans un Missel du xiv e siècle appartenant à la biblio¬ 
thèque du Musée copte du Caire. U se trouve toujours sur la lettre «0». 

Parmi les signes servant à la notation éthiopienne, celui que nous avons choisi 
pour notre fig. 2 évoque un embellissement quelconque, dans l’esprit de la 
musique liturgique orientale. Le nom éthiopien de ce signe est rkrk (rùkrëk ), et nous 
nous rappelons le terme égyptien rkrk ou rrk aux multiples significations dont 















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


496 

pouvons ajouter à cette liste fort suggestive le tremblé de la voix arabe et 
des récits liturgiques coptes, ce dernier marqué par le chantre, par un 
signe chironomique ondulant que nous avons signalé ailleurs (1) . 

La ressemblance des signes communiqués dans notre liste avec le 
hiéroglyphe égyptien (n) est frappante. Nous nous rappelons que 
le chanteur oriental aime appliquer le «tremblé» précisément sur une 


d 

i 

<</ 

ind. 

AV 

quilisma 

g ré g- 

\ 

hébr. 


copte 


wv' 

arm. 

t 

éthiopien 



grec. 




U*/ \ 




%r 

-1 

latin 

Fig. 2. 



consonne, particulièrement un «n» ou J longuement tenu. Nous cro¬ 
yons avoir retrouvé la première référence écrite de cette pratique, dans 
le fragment d’une inscription de la tombe thébaine n° 192 ayant appar¬ 
tenu à Kherouef (fig. 3 ). 

L’ensemble des trois hiéroglyphes J 2 L (hnn) se retrouve deux fois 
dans ce texte fragmentaire qui semble représenter le début d’un chant 
s’arrêtant brusquement au début de la phrase, par manque d’espace. 
Le texte s’adresse probablement au visiteur de la tombe, l’invitant à 
«jubiler», à chanter (scil. mélismatiquement) une jubilation. Le mot 
pour jubiler est écrit, d’une manière inexpliquable, avec deux un, comme 
si l’on avait voulu prolonger le son de la consonne. L’indication finale 


nous retenons celle de «serpent». Il semble indiquer aussi, sous l’Ancien Empire, 
une sorte de jeu, d’après la représentation delà pi. Il se trouvant dans le mastaba 
de Kaem'ankh (Guîzah). Cf. aussi la tombe de Hesy (J. E. Ouibell, Excavations at 
Saqqara 1911-1912, Le Caire 1918, pl. XI) et Annales 19/18, p. 8. 

w H. Hic km ann, Observations sur les survivances de la chironorme égyptienne dans le 
chant liturgique copte, p. h 20. 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


497 



© VN ( S p 9 = deux fois) renforce encore davantage l’impression qu’il 
s’agit d’un texte musical. 

Le fragment de la tombe de Kherouef doit être déchiffré dans ce sens 


que le terme f \ _ fait partie de la section à gauche, ou qu’il sert 
de «titre» général de l’inscription W. Les chanteuses se trouvant à 
droite récitent donc : «Fais avec moi hnn» (suit le début d une nouvelle 
phrase commençant par J-—*). 

Il est impossible de traduire ici le mot hnn par «neigen, beugen» 
Faut-il expliquer hnn par une réduplication du comparable a hnjnj 


Pî D’après une communication de M. le Docteur II. Urunner, Tuebmgen. 
w W. J}.. TI, 4 9A. 
















BULLETIN DE LTNSTITUT D'ÉGYPTE. 


^98 

(Pyr.)?h) Nous croyons y reconnaître plutôt une graphie musicale in¬ 
diquant la manière de prolonger le son. Si le double *—* est supposé 
indiquer que la prolongation s’effectuait sur le « n», à la manière des 
chanteurs orientaux modernes, nous sommes en droit d’imaginer le son 
réel comme une sorte de «tremblé» invariablement exécuté sur un 
prolongé, dans la musique arabe, ce qui nous ramène au tableau synop¬ 
tique précédant, montrant la similitude apparente des signes graphiques 
anciens pour un son tremblé, par rapport au a—a de l’écriture hiérogly¬ 
phique. 

Le même court texte de la tombe de Kherouef comprend l’indication 
sp 2 (© w), « deux fois», « à chanter (ou à réciter) deux fois.» D’après 
M. S. Schott l’expression ® à la fin de la phrase, prend le sens d’un 
point d’exclamation qu’on peut même doubler. L’autre signification est 
plus ancienne. Elle donne à notre terme son sens primitif puisé dans 
la musique magique et cultuelle : «à répéter x fois» (3) la phrase musi¬ 
cale, la strophe, l’invocation ou certains mots pour en augmenter la 
valeur magique ^intrinsèque, pour en intensifier l’expression. Pris 
dans le sens d’une graphie musicale, nous pouvons donc donner à ce 
terme une dernière signification, celle d’un « Da Capo» intégral ou 
d une répétition partielle. Un musicien oriental ne reprenant jamais une 
phrase mélodique sans y ajouter, à la reprise, des improvisations de son 
invention, le chanteur pharaonique comprenait probablement ® 1 ou®\\ 
exactement dans le même sens qu’un artiste du xvm e siècle de notre 

{1) Hypothèse impossible à imaginer, les racines bilitères redoublant générale¬ 
ment les deux consonnes, les racines trifitères redoublant les deux dernières radi¬ 
cales (G. Lefebvre, Grammaire de VEgyptien classique , p. 116). 

; ‘ 2; S. Sciiott, « Zweimal» als Ausrufungszeichen [Zeitschrift filr àgyptische Sprache 
und A Itertums/cunde 79, 1 [196/1], p. 5 h - 6 5 ). 

On répète généralement deux ou quatre fois, dans les formules, récits litur¬ 
giques et litanies, dans les incantations des charmeurs de serpents aussi bien que 
dans les chants d’amour ou les lamentations des pleureuses. On répète aussi 
six (G. E. Sander-Hansen, Die religiôsen Texte aaf dem Sarg der Anchnesneferibre , 
p. 1 3 9, h) ou sept fois (S. Schott). Le plus grand nombre de répétitions possible 
est 16. 

(/,) Sur les formules répétées des incantations magiques chez les peuples primi¬ 
tifs, cf. p. e. F. Bose, Musikalische Yolkerkunde , Freiburg i. Br., 1963, p. i 65 , 3 . 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


m 


ère : répéter le trait mélodique précédent, tout en improvisant une ou 
plusieurs variations sur l’air donné. Il ne faut pas oublier no p plus que 
la scène accompagnée par la légende mentionnant ©w représente deux 
groupes de musiciennes, chantant probablement alternativement, le 
second groupe répétant le même passage interprété d’abord par le pre¬ 
mier (fig. 3 ). Le signe pour la répétition 
a donc ici une valeur musicale toute par¬ 
ticulière. 

Retenons que «l’hymne dansé» en l’hon¬ 
neur dé Min dont nous avons parlé ci-haut, 
comprend toute une série de ces indications 
musicales ("Ç -1 ® et * ® p. e.) dont nous 
avons mentionné déjà et ®. 

J n 11 \w 

Il sied d’en différencier ^ 
rrj (de même, pareillement), expression 
que nous aimerions réserver comme terme 
technique pour le chant alternant ( op . cit., 
p. 89, 188-190). 

Ce signe le plus ancien pour la ré¬ 
pétition anticipe, d’après ses éléments 
graphiques, les signes de la musique 
occidentale, ancienne et moderne, ayant 
la même signification. L’ancien accent 
grave doublé (w) est remplacé dans les 
manuscrits de St. Gall par un double punctum (écrit). La note étant 
doublée, on ajoute un «i» (= « iusum») pour indiquer que la se¬ 
conde descend. On écrit «ij» ou « iij» pour faire répéter un pas¬ 
sage, dans la pratique du chant grégorien. Le signe de répétition, 
dans la musique moderne, se compose de traits verticaux et de deux 
points. 

Coïncidences? H y a évidemment, pour tous les signes énumérés, des 
explications historiques et philologiques plausibles. Il reste néanmoins 
le fait surprenant qu’ils se composent tous des mêmes éléments : le 
double trait, l’emploi des lettres « i» et « j» (« y») ou leurs équivalences 
graphiques, et un ou plusieurs points ou dessins ronds (fig. 4 ), 


0 

Q\\ 

II 

• 

X 

x: 

:|| 

4 


X 

w 

» i 

• 0 

A 

• * « 

W 


Fig. 4. 




















500 


BULLETIN DE L’INSTITtJT D’ÉGYPTE. 


éléments graphiques apparaissant pour la première fois dans les 
écrits égyptiens. 

Nous mentionnons enfin le signe pour «maison» ([]) employé pour 
marquer graphiquement la fin d’un chapitre, et le terme Q ^ ^ pour 
«chapitre» W. Nous signalons, qiiant à cette expression, quelques 
curieuses coïncidences avec d’autres langues * (2) , particulièrement avec 
plusieurs expressions de la langue arabe. Le mot JxW signifie «habi¬ 
tation» ou «cercle», «maison» et «cercle»; enfin se traduit, 

dans l’Egypte moderne, également par «cercle» ou par « étage» (3 h 
Or, le terme jjX )\ (ad-dôr) se trouve aussi dans la terminologie 
musicale Un « dôr» est la partie d’un morceau de musique vocal 
et instrumental pourvu d’une sorte de refrain, ou ce morceau en 
entier (pars pro toto). Le « bachraf » ( ), forme musicale du 

répertoire instrumental turc, est d’ailleurs aussi subdivisé en quatre 
parties dont chacune représente une «khanah» (iîW-), terme emprunté 
évidemment au même complexe d’idées, tout comme un vers, dans 
la poésie arabe, est connu comme Ou («maison»). La subdivision 
d’un texte en chapitres dont chacun est une «porte» (<ol), l’évo¬ 
cation d’un édifice, le sous-entendu musical et l’idée d’un «retour 
périodique», complexe d’idées différentes, mais désigné par le même 
mot, constitue un ensemble assez suggestif par comparaison au hiéro¬ 
glyphe représentant une maison ( [] ). Ce dernier réunit en lui au moins 
plusieurs des associations d’idées énumérées : édifice, retour pério¬ 


H. Grapo w, Sprachliche und schriftliche Format)g agyptischer Texte, Giückstadl 
19 3 6 , p. 5 3 . 

(2) Ital. : stanza. Cf. V. M. Blackman, The Use of the Egyptian Word ht « House» 
in the Sense of « Stanza », Orientalia Vît, 1-2, 19 38 , p. 6/1-66. Les Sumériens 
utilisaient également, sous l’influence égyptienne, le terme «maison» (p. e. 
«é»-i, «é»-2 etc.), pour les fins de chapitres, et l’expression «stanza» serait, 
d’après le même auteur, une simple traduction médiévale de bêt (arabe). 

W Cf. le terme égyptien pour la «maison ou la terme du omdah» (jljoji), 
les «douars» marocains ainsi que Annales 19 43 , p. 218. 

^ ^ , cf. J. P. M. Land, Tonschriftversuche and Melodieproben ans dem 

muhammedanischen Mittelalter, SaturneIbàndefür vergleichende Musikwissenschaft 192*2, 
1 , p. 80); «daïra», «dôr» et «dour», cf. J. Rouanet, La Suite dans la musique 
musulmane, Revue musicale VIII, 8, 1927, p. 286 et 288. 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


501 


dique et chapitre. Le fait que [J ^ est employé surtout pour des textes 
poétiques, £□ encadrant les strophes du poème, semble indiquer qu’il 
avait aussi, dans l’Egypte ancienne tout comme dans l’Orient moderne, 
une signification musicale. Il est très probable qu’il fasse allusion à 
une forme musicale que nous avons identifiée, d’après les textes des 
chants et d’après les représentations, comme une sorte de « dôr» 
antique. Ce dernier serait donc le prototype d’un morceau de musique 
vocale, accompagné par les instruments, disposé en forme de rondeau, 
aux divers couplets présentés d’abord par un soliste, puis par l’un ou 
l’autre des choristes jouant simultanément d’un instrument à cordes, 
et au refrain constamment répété par l’ensemble des musiciens G). Cet 
arrangement se retrouve dans la musique et dans les textes cultuels 
et liturgiques, dans les hymnes, les litanies et incantations, ainsi que 
dans la musique profane, les chants d’amour, les danses chantées, les 
chansons de travail (2) . 

Une discussion à propos de la forme musicale n’est pas à sa place 
dans cette communication, et nous devons nous contenter de ces quel¬ 
ques allusions. Plusieurs des chants des harpistes inscrits dans 
les tombes thébaines montrent un sens aigu de la construction et d’une 
belle symétrie : il s’agit en effet d’un vrai refrain, dans le sens d’un 
«refrain de rondeau», dans le chant du harpiste de la tombe thébaine 
n° 106. Après une longue introduction (A), ce refrain apparaît la pre¬ 
mière fois en s’adressant à Paser, propriétaire de la tombe (6 1 ), pour 
se répéter encore 6 fois (6--6 7 ). Les couplets intercalés entre ces refrains 


(1) Recueil des travaux du Congrès de musique arabe (1932), Le Caire 193/1, p. 167. 

(2) Afin de donner une idée concrète d’un dôr moderne, nous en communiquons 
le schéma structurel, d’après un exemple glané au hasard dans notre bibliothèque. 
Les chiffres indiquent le nombre de mesures. Les parties soulignées sont exécu¬ 
tées par l’orchestre. En comparant les parties vocales et instrumentales et en 
exceptant l’introduction, on constate que toujours 6 + 2 mesures sont suivies par 
3 + 2. Nous soulignons enfin la symétrie des sections pour chant solo, formant 
des groupes A B A. 


Introduction 


(*) 

D. C. 

( 2 ) 

D. C. 

( 3 ) 

ü. C. 

3 mesures 

3 +3 + 2 

3 4 - 2 4 3 

3+2 

3 + 2 f 3 

342 

3 (-2 + 3 

3 + 2 

























502 


BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


variés (la fin du motif change en effet chaque fois) sont de longueurs 
différentes. Dans le schéma : 


A 


A b' c b ' 2 d 


B 


1 

-#- 


h ?) e 

i '■ (=b- r ) 

fv 


A 


G b {> h b 1 i 


les parties longues sont écrites par des lettres majuscules, contrairement 
aux parties courtes. Nous reconnaissons dans cette analyse de la forme, 
une certaine régularité, à condition que le chant s’arrêtât vraiment de 
la manière indiquée par l’inscription. Tout en supposant les 
deux parties longues et développées (probablement chantées par le 
soliste) suivies chacune de deux refrains et de deux couplets (A 4 1 e b - d 
au début, G b {) h b 7 i à la fin), une partie centrale se dégage. 

Elle est entièrement symétrique, commençant et se terminant par un 
refrain (à * 3 * et 6 3 ) et centralisée en b\ Ce dernier refrain est d’ailleurs 
la réplique d’un des refrains précédents, répétition qui semble prendre 
ici une signification particulière, vu que le refrain b'' (= b -) représente 
l’exacte moitié de l’hymne. 

Cette disposition en une sorte de rondeau ayant la forme générale A 
B A est assez extraordinaire et semble voulue. Madame Lichtheim 
juge, d’après nous, trop sévèrement cet hymne, d’après la grande 
variété des motifs, motifs d’emprunt par surcroît. Si nous prenons en 
considération la forme qu’adopte le rondeau, dans la musique de tous 
les peuples, nous devons admettre que plusieurs motifs apparaissent 
généralement dans les couplets, pour créer justement une diversion ar¬ 
tistique par rapport à la rigidité stéréotypée du refrain. Ces observations 
s’appliquent aussi bien au texte qu’à la musique, et si dans ce chant 
plusieurs motifs apparaissent, ce fait ne représente point un défaut du 
poème, mais une nécessité, conséquence de la forme musicale 
de l’œuvre Car nous ne doutons pas que l’auteur de ce poème l’a 


(l) M. Lichtheim, The Songs of the Harpers (.Journal of Near Eastern Studies, IV, 

3 , i9 45 , p. 2o 3 - 2 o h). 

^ J. Roi) ANET, op. Clt., p. 279-291. 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


503 


conçu en suivant une mélodie ou un schéma mélodique préexistants, 
d’après la tradition orientale, forme musicale bien symétrique B). Nous 
reconnaissons dans le schéma de ce dernier poème, en particulier, deux 
éléments structurels superposés : les principes du rondeau et du dôr 
étant appliqués de manière que l’ensemble forme un A B A tout «clas¬ 
sique» dans sa symétrie. Cette disposition en dôr apparaît encore dans 
d’autres textes, d’après notre analyse structurelle des poèmes dont nous 
disposons, fait qui explique peut-être aussi la coutume d’inscrire les 
différents couplets devant ou au-dessus des musiciens de l’orchestre 
représentés dans certaines scènes musicales thébaines (i> ). 

Ces quelques rapprochements demandent certainement encore 
d’autres recherches philologiques avant que nous puissions parler 
d’une certitude. Si notre hypothèse, restant pour l’instant encore dans 
le stade d’une simple suggestion, s’avérait exacte, nous aurions identifié 
une des formes musicales les plus importantes de la musique orientale, 
dans l’Egypte pharaonique : les musiciens antiques auraient créé le 
prototype d’une composition servant encore maintenant de modèle pour 
les créations des artistes modernes. Nous avons consulté un spécialiste 
afin de savoir si notre théorie n’est pas contredite par des données phi¬ 
lologiques ignorées par nous. D’après Monsieur M. Rodinson (Paris), 
« nous avons affaire à une racine dwr dont le sens fondamental paraît 
bien être « se mouvoir en cercle, opérer un mouvement circulaire, tour¬ 
ner, entourer». Ceci explique bien les sens des principaux mots déri¬ 
vant de cette racine dans les différentes langues sémitiques : akkadien 
düru «mur d’enceinte, château» (en principe circulaire comme l’étaient 
les villes mésopotamiennes), hébreu et syriaque dur «cercle»; arabe 
dawr «cercle, tour, période»; hébreu dôr, aram. (y compris syriaque) 
dâar « génération» ; arabe dâra « tourner» ; dora 1 «cercle» (et «maison»). 

C’est de ce sens fondamental de cercle, tour, que semble dériver le 
sens d’habitation, soit en partant de l’idée d’habituation circulaire 

- l 

(1) La forme symétrique (< aa bb cd bb' aa') semble ancienne (Setiie, Ein allügyp- 
tischer Zàhlreim, 4. Z., 54, 1918 , p. 2 5). 

(5) S. Schott, Altàgyplische Liebeslieder, Zurich 1950, p. 37 : hymne au soleil 
levant (M. E.), dans lequel le couplet (une seule ligne) alterne régulièrement avec 
le refrain («Rê' l’aime»). 

Bulletin de T Institut d’Egypte, t. XXXVI. /io 



























504 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


(mot akkadien cité plus haut ; tente circulaire comme dans le mot 
hébreu dôr, Isaïe 38 , 12), soit de celle de circumambulation avant la 
fondation d’une maison, soit enfin que des verbes signifiant «habiter» 
aient été de simples dénominatifs de substantifs désignant une habita¬ 
tion circulaire. Ainsi nous avons le verbe hébreu dur, « habiter» (aussi : 
«entasser du bois, scil. en couches circulaires») (l) , le judéo-araméen 
dura, syriaque dayrâ (d’où arabe dmjr «couvent») «habitation»; syriaque 
d'ara, dârtâ, judéo-araméen dàrtà «cour, atrium»; arabe dur «cour, habi¬ 
tation», dura! «maison, cercle» (2 \ 

Il est vrai que souvent en sémitique, les mots étrangers sont forte¬ 
ment assimilés et artificiellement rattachés à une racine sémitique dont 
ils deviennent ensuite inséparables. Mais pour supposer que dâr «mai¬ 
son» est un emprunt étranger assimilé, il faudrait que nous ayons un 
mot non sémitique auquel le rattacher dans les langues voisines (iranien, 
grec). Mais je ne vois rien de semblable. D’autre part, la dérivation du 
sens de «cercle» ne paraît nullement invraisemblable. 

Pour le sens musical de dawr (prononciation habituelle en arabe 
parlé : dôr), il me semble à première vue, qu’il s’agit plutôt d’une 
métaphore originale en arabe que d’un terme technique grec.» 


IV 

Un autre aspect du problème de la notation musicale mérite d’être 
signalé. A partir du Nouvel Empire, les scribes égyptiens ont pris l’ha¬ 
bitude de marquer les stiques des poèmes écrits en hiératique par des 
points rouges, signes de ponctuation complétés par —* à la fin 
des strophes ou du poème (3) . Ce dernier signe est, de toute évidence, 
un rappel des signes chironomiques mélodiants et rythmants, 

(,) Aussi en araméen biblique. 

(3) Cf. Dozy, Supplém. aux dictionnaires arabes , t. I, p. 473-478 () : «ronde, 
visite qui se fait la nuit autour d’une place, ... pour observer si tout est en bon 
état. . . — strophe, couplet en parlant d’une mowachaha ou d’un zadjal (formes 
strophiques post-classiques de poésie arabe). . . — ronde, chanson de table. . . 
— étage (encore en dialecte égyptien)». Cf. Aghâni 8, 4 « on a composé sur ces 
paroles, un grand nombre d’airs» ( cS"jS 'jjï 

W G. Lefebvre, op . cit m y p. 46. Cf. Annales 1 g/i3, p. 84, 85. 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


505 


1) d’après la position de la main frappant la cuisse, paume en bas, 
ou faisant des signes déterminés (voir ci-haut p. 490), ou 

2) d’après l’inclinaison de l’avant-bras par rapport au bras. 

Le choix de ce signe pour marquer la fin des strophes ou du poème 
entier ne dépend certainement pas d’un hasard. Une étude plus appro¬ 
fondie nous renseignera s’il marquait le début d’un intermède instru¬ 
mental, d’un frappé rythmique s’intercalant entre les strophes (comme 




il est en usage chez divers peuples) ou s’il avait une autre signification 
qui nous échappe encore. 

11 est incontestable que plusieurs des signes chironomiques analysés 
par nous ont servi de modèle à une série de hiéroglyphes et que, par 
contre, ces derniers ne représentent strictement que les mêmes poses 
des mains du musicien observées dans les scènes musicales. 

Le fait que l’écriture hiéroglyphique comprend des «signes d’idées» 
et des « signes de sons» G) serait une précieuse indication pour saisir 
les hiéroglyphes représentant un bras ou une main (2) . 

Que ces derniers puissent servir de déterminatif, est la preuve qu’ils 
correspondaient à une donnée visuellement perceptible, à un modèle 
que la vie quotidienne fournissait. Vu la signification des mots déterminés 


Chamfolliojn, Grammaire égyptienne, 1836 , p. xvm. 

W. S. Smith, A History of Egyptian Sculpture and Painting in the Old kingdom, 
Londres 1946 , fig. 123. 


















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


500 

par les signes, le modèle ne pouvait être que le musicien-chironome. 

Nous pouvons éliminer de nos considérations les signes », et 
même si le poing, au pouce visiblement écarté, nous est connu 
aussi par le musicien battant la mesure (fig. 5 a ) et comme signe chi- 
ronomique des chorégraphes égyptiens (fig. 5 b). Quant aux: deux va¬ 
riantes des signes pour la main, elles sont significatives par le fait que 
l’on distinguait de visu plusieurs poses 4 la main tendue et vue de dos, 
la main ouverte, vue de profil (l) 2 . 

La plus grande variété frappe notre imagination si nous examinons 
les divers hiéroglyphes composés par l’épaule, le bras et la main. Les 
exceptions, les incorrections des scribes et les négligences des copistes 
modernes ont eu pour résultat que les signes sont souvent pris l’un 
pour Lautre, et qu’une certaine confusion règne dans leur choix. 
Maigre ces difficultés, nous pensons que quatre groupes de signes 
peuvent être constitués, d’après leurs significations et leurs formes. 

Le premier groupe (fig. 6) comprend deux variantes de hiéroglyphes 
montrant la main recourbée, dos en haut, paume en bas. Ce geste 
rappelle le battement de la mesure sur le genou, ou si l’on préfère, la 
position normale d’un chironome, avant ou après l’exécution du 
morceau^. Epaule et avant-bras forment soit un angle aigu (fig. 6 
soit un angle droit (fig. 6 a) W. 

Le signe de fig. 6 b, le «bras» ou «l’épaule», est employé comme 
déterminatif pour «mouvement des bras» ou «cessation du mou¬ 
vement» ( 5 L C’est dans ce sens que —*, se distinguant du texte par 


S. Schott, Hieroglyphen. Untersuchungen zum Ursprung der Schrift, Mainz ig 5 o, 
2 4, p. 18 l *2 , 

(2) Nous ne l’avons rencontré qu’une seule fois comme geste d’un chironome 
en action, dans la tombe de Kaem'ankh, Guîzah. 

(,1) Cf. le porteur du dieu (de la barque sacrée, le x — prêtre (W.B., 11. 
p. 42 o, 3 ). 

,7j) Employé pour les termes signifiant «s’incliner, plier», le signe représente 
encore le même geste, celui de poser la (ou les) main (s) sur les genoux. Cf. 
H. Müller, Darslellungen von Gebarden auf Denkmàlern des Allen Reiches, p. g 2-9 3 . 

(5) G. Lefebvre, op. cit., p. 12, 22, 386 . Cf. la signification de ce signe comme 
déterminatif pour grh, terminer, cesser. 


507 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


la coloration, est employé au Nouvel Empire comme signe de ponc¬ 
tuationcomme si la fin d’un paragraphe, d’un vers, d’une phrase ou 
d’un récit et le début du suivant étaient marqués par un signe symbo¬ 
lisant la cessation d’un mouvement et le début d’un autre mouvement 
Le choix d’un signe représentant le bras du récitant ou du chironome 
est significatif en soi (3) * 5 . On peut donc envisager encore une autre 
possibilité d’interprétation, celle de l’emploi du rubrum dans le 



a Fig.6 4 



a ~Fitj. J' 4 


sens d’un signe de ponctuation M indiquant peut-être une sorte de 
pause ^ (comptée?) ou un court intermezzo instrumental. Rappelons que 
la chanson d’amour du pap. Harris 5 oo emploie, dans le même texte 
et à coté de , encore et ce qui peut signifier «une et cinq 
fois » mais aussi «Klappern» et «klappern». La musique exotique 
utilise souvent les instruments de percussion, dans les silences du 
chant (7 >. La comparaison avec les coutumes des tribus américaines est 


H. Grapow, Sprachliche und schriftliche Formung agyptischer Texte , p. 53 . 

(2) Ce signe apparaît pour la première fois en Pyr. 533 e, et dans certains textes 
de la première époque intermédiaire (cf. p. e. De Buck, Egyptian Cojfin Texts, I, 
h 5 ) ; il marque la fin d’une strophe ou du chant entier, les vers étant séparés par des 
points rouges (E. Brunner-Traut, DerTanz irn allen I gypten, Glückstadt, 1 9 38 ,p. 1 7). 

W E. Brunner-Traut, op. cit., ibid. 

(4) Les signes de ponctuation rouges séparant les parties des versets dans les 
manuscrits coptes, cf. Mgr. J. Muyser, Un « P sain) acrostiche copte (Le Muséon, LXVT, 
ig 53 , p. 32 ). 

r>) fy[ me Brunner-Traut semble de l’avis contraire (op. cit., p. 17), malgré l’appa¬ 
rente similitude de ces « posituræ» (ou « pausationes») avec les gestes chirono- 
miques. On saurait trouver difficilement une autre explication à un emprunt aussi 
évident de l’écriture aux usages musicaux. 

H. Grapow, op. cit., p. 53 . La proposition de voir en une transformation 
de -.(-g) nous semble improbable (A. M. Blackman, op. cit., p. 64 - 66 ). 

À. Schaeffner, Les Kissi, une société noire et ses instruments de musique, Paris 
J 901, p. 6t. 































508 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


encore plus saisissante, le battement des mains étant le signal pour 
arrêter un chant. D’autres terminent les strophes du chant en frappant 
la terre avec un bâton B h 

Le fait que —* est souvent remplacé, surtout en hiératique, par —«, 
ne change pas son importance comme déterminatif de toutes sortes d’ac¬ 
tions musicales. Malgré que le texte de la tombe d’Idou (Guîzah) 
emploie couramment le signe hiéroglyphique correspondant à notre 
figure 8 a, il réserve —* pour les termes musicaux | P ~ , p j 

et^J~ dans les légendes inscrites au-dessus de l’orchestre^. 

Dans la fig. 6 a, la partie supérieure du bras est verticale. Ce 
nouveau signe sert d’idéogramme pour la mesure de longueur, appelé 
coudée (mh), mais il apparaît dans un autre idéogramme employé pour 
un chef d’orchestre aux fonctions de chironome-rythmicien (dhn), dans 
un papyrus dramatique mentionnant i ^ • • • . Déjà sous l’Ancien 
Empire, est employé à côté de —i comme déterminatif pour \ P 
et pour p^j. La Basse Epoque connaît encore le signe —^ (épaule et 
avant-bras formant un angle) comme déterminatif pour l’action du chi- 
ronome-rythmicien, le bas-relief bien connu de Bubastis l’employant 
dans sa légende —*■ pour les musiciens battant la mesure, 

derrière les deux joueurs de tambour W. 

Le second groupe de hiéroglyphes (fig. 7) se compose du signe chi- 
ronomique de la main tendue descendante, pliée à la hauteur du poi¬ 
gnet. Nous avons vu le premier (fig. 7 a) dans une double significa¬ 
tion musicale comme déterminatif pour | P ^ ^ et connue déterminatif 


(l) Th. A. Seder, OU World Overtones in the New World , p. 7 et 12. 

' (l) 2 3 4 5 ' Une analyse détaillée des inscriptions et scènes musicales se trouvant dans 
cette tombe est en préparation et paraîtra prochainement dans les Annales du Ser¬ 
vice des Antiquités. 

(3) Devant le défunt, au même mur, le signe remplit les mêmes fonctions, 
mais toujours en rapport avec la musique. 

(4) C. Sachs, Die Musikinstrumente des alten Agyptens , Berlin 1921, fig. l\ 2 . La 
même pose apparaît encore parmi les signes que M. Müller classe parmi les « gestes 
d’appel» (op. cit.y fig. 9 et 10). 

(5) Tombes de Sechemnefer (Guîzah), Thy (Saqqârah), Inti (Deshasheh), In- 
Snefrou-ichtef (Dahchour). 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


509 


d’un terme pour les planchettes entrechoquées Malgré que le geste 
soit assez fréquemment représenté dans les scènes musicales chirono- 
miques, et tout en remplaçant évidemment dans le terme |PJ^ le signe 
—a par il nous semble que ce dernier hiéroglyphe ait représenté, 
pour le spectateur égyptien, plutôt une planchette qu’un véritable bras 
humain. 

Déjà dans le mastaba d’Iymery (Guîzah) notre hiéroglyphe 
est figuré exactement comme une planchette en forme de main, quoi¬ 



qu’il s’agisse du terme hs^h D’après une communication orale 
que Monsieur Sainte Fare Garnot a bien voulu nous faire, ce même 
signe est représenté une fois, d’une façon fort curieuse, avec deux bras, 
comme si le sculpteur avait voulu faire allusion au fait qu’il faut deux 
mains ou deux planchettes en forme de main pour battre la mesure. Ce 
détail parle donc en faveur de notre hypothèse. 

La même image de la main descendante se retrouve en fig. 7 b^. 
De nouveau l angle du bras diffère du signe précédent. Isolé une fois 
dans le mastaba de Kadoua (Guîzah) l5) , ce hiéroglyphe sert générale¬ 
ment comme déterminatif du mot | p ^. 

Les signes du troisième groupe (fig. 8) sont les plus répandus. Ils 
sont soigneusement représentés sous l’Ancien Empire quand il s’agit 


O H. Hickviann, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Carre. 
Instruments de musique , Le Caire 19/19, p. 3 . 

(2) B. Porter-R. L. B. Moss, Topographical Bibliography of Ancienl Egyplian Hiero- 
glyphic TeætSy Reliefs and Paintings, Oxford 1981, vol. ÏII, p. 16-17. 

(3) W. S. Smith, op. cit.y fig. 122, D Ai. 

(4) Mastabas de Nenkheftka, dTymery, de KacrrCankh. Cf. Flinders Petrïe, 
Deshasheh, pl. XII. 















510 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


de scènes ou d’inscriptions musicales (l) , ou du signe pour c . Les 
textes plus récents, par contre, négligent (à part quelques ex¬ 
ceptions) le dessin exact des signes pour c . Il en résulte une multi¬ 
tude de variantes (fig. g) différentes par la position de la main, tenue 
horizontalement, ou du pouce. Celûi-ci est parallèle aux autres doigts, 
écarté en biais, ou forme une sorte de dessin semblable au signe de 
fig. 7. Le détail que les diverses formes ont en commun est le fait que 
la ligne de la main et du bras ne forme qu’une seule ligne droite. 



Le geste des déesses Mérit sans doute des déesses musiciennes 
a engendré une dernière forme de notre hiéroglyphe (fig. 1 o a ) géné¬ 
ralement rendu par —• (la ligne de la main descendant plus bas que 
la ligne du bras). 

C’est encore le geste du «directeur de chorale» (~-i ^•••) * * (5) , Em¬ 
ployé comme déterminatif pour ainsi que pour % il ne nous 

semble néanmoins pas probable qu’il ait représenté à priori une plan¬ 
chette comme 1» ni qu’il ait son origine dans un geste chirono- 
mique. Nous n’en avons pas découvert, parmi les scènes musicales ana¬ 
lysées. Il est vrai que certains textes récents semblent faire allusion aux 
planchettes^. C’est dans une inscription du temple de Kawa que 
ce signe (fig. 11) apparaît très tardivement, dans une légende musi- 


(,) Mastabas de KhoufoiTankh (fig. 8 a) et de Kadoua (fig. 8 h). Cf. W. S. Smitii, 

op. cit., fig. 122, 1 ) 36 , 

S. Schott, Hieroglyphen (op. cit.), pi. XI. 

W A General Introductory Guide to the Egyptian Collections in the British Muséum, 
Londres 1980, p. 192. 

^ J. Vandier, Les Antiquités égyptiennes an Musée du Louvre. Paris 19/18, p. 9.5. 
(r,) E. Brunner-Traut, op. cit., p. 53 . 

Ibidem , p. 16. 

' 7) H. Hïckmann, Cal. gén., op. cit., p. 3 ( X\‘ ) 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 511 

cale (1) , mais nous avons l’impression qu’il s’agit d’une substitution mal 
comprise d’un des signes précités, par —1. 

Un autre raisonnement vient à l’appui de notre hypothèse. Nous 
avons pu observer que les signes des premiers trois groupes formaient 
toujours deux variantes bien distinctes, montrant le bras en un angle 
droit ou en un angle aigu, comme s’il s’agissait de différentes poses 
des signes chironomiques (fig. 12). Il n’y a que le signe ^—/ pour lequel 
nous n’avons pas trouvé une pose correspondante. C’est peut-être pour 



cette raison que —1 et —* (fig. 1 o b) ont pu se remplacer occasionnel¬ 
lement 

Nous revenons donc au même problème que l’analyse des gestes chi¬ 
ronomiques nous avait posé une première lois : devons-nous chercher 
un sens caché dans l’angle différent des bras? En considérant tous les 
signes chironomiques comme gestes destinés à régler la mesure, cette 
particularité du bras plié n’a aucune signification, mais si nous essa¬ 
yons d’interpréter certaines poses comme signes chironomiques ayant 
rapport aux sons, la seule hypothèse permise doit prendre son point 
de départ dans ce détail, la pose de la main n’étant que de peu de se¬ 
cours. 

Quoiqu’il en soit, l’écriture imite, dans l’emploi simultané des deux 
variantes « angle droit-angle aigu» ce qu’il y a de plus frappant dans 
le répertoire des signes chironomiques. Cette répétition des mêmes 
phénomènes peut s’expliquer certes par le souci d’un bel ensemble 


(1) H. Hickmann, Les harpes de C Egypte pharaonique. Essai d'une nouvelle classifi¬ 
cation, Le Caire 1953 (tableau annexé, annotation 10). 

C. Lefebvre, op. cit... p. 386 . 





























512 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


calligraphique, mais il peut avoir encore une signification plus profonde, 
qu’il soit question d’un son plus haut ou plus has par rapport à la 
note centrale chez les chironomes, ou qu’il s’agisse, dans l’écriture, de 
signes graphiques variés quant à l’élément «musical» du langage, la 
prononciation ou la vocalisation représentant en effet un problème de 
sonorité proprement dit. L’écriture musicale primitive, dans les mul¬ 
tiples aspects que nous lui connaissons chez d’autres peuples (accents, 
signes prosodiques, signes ekphonétiques rudimentaires), n’a pas pro¬ 
cédé autrement (l) . 

V 

Les cercles ou points rouges marquant, à partir du Nouvel Empire, 
les stiques des poèmes écrits en hiératique, ont été généralement inter¬ 
prétés comme signes de ponctuation. Quelques observateurs n’ont pas 
manqué de les comparer aux «puncta» du Moyen-Age occidental, indi¬ 
cations qui ont été développées par la suite (plus exactement au cours 
du vi e et du vu 6 siècle de notre ère), en « positurae» neumatiques ^ 
malgré qu’ils n’aient à l’origine aucune autre signification que les points 
rouges des scribes égyptiens. Nous nous rappelons que le «stygma» 


C. Sachs, The Rise of Music in the Ancrent World , New York 19/18, p. 1 58 
(sur le système de l’accentuation des récits védiques). Cf. le système chironomique 
des Chinois, se basant sur les modifications des sonorités et de la vocalisation 
(ibidem, p. 1Y1). Quant aux survivances de la chironomie dans la musique byzan¬ 
tine, cf. E. Wellesz, A History of Byzantine Music and Hymnography, p. 5 h , 93 /1 - 
2 35 , 2Y2). Il serait intéressant d’analyser dans ce meme ordre d’idées les signes 
pour les récits coraniques, développés en une véritable science, malgré qu’ils ne 
semblent pas avoir de rapport avec un ancien système chironomique. Cf. le sys¬ 
tème de notation musicale des Grecs, renversant ou penchant quelques lettres de 
l’alphabet pour indiquer le changement qu’a subi la note, modification qui 11’est 
au fond qu’un changement de sonorité. Rappelons le fait que les signes ekphoné¬ 
tiques prennent leur origine dans le système alexandrin des signes prosodiques. 
Est-ce que les savants gréco-romains continuent simplement une tradition 
égyptienne proprement dite? E. Wellesz, Early Byzantine Neûmes, Musical Quar- 
terly, XXXVIII, 1, iq 52 , p. 76). 

W E. Brunner-Traut, op. rit ., p. 17(5) ; P. Wagner, Gregor, Melodien II (Neu- 
menkunde, p. 82). 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


513 


grec a indiqué à la fois la chute de la voix et son arrêt, sorte de pause 
ou de silence M. Il est à présumer que les points rouges des scribes 
égyptiens tout comme ceux des manuscrits coptes médiévaux avaient à 
peu près les mêmes significations : celle d’un silence compté (donc un 
sous-entendu rythmique), et celle d’une chute de la voix (au sous-en¬ 
tendu mélodique) (2) * 4 . 

Nous avons insisté sur le caractère changeant et néanmoins similaire 
des points rouges dans l’écriture égyptienne, copte, latine et byzan¬ 
tine. pour délimiter un autre problème se posant à ce propos, grâce 
à la découverte de quelques manuscrits de provenance égyptienne 
entièrement couverts de dessins géométriques, représentant des cercles 
de grandeurs et de couleurs différentes (:î) . 

Pour ne pas anticiper sur l’ancien propriétaire de ces précieux do¬ 
cuments qui en prépare la publication intégrale, nous nous conten¬ 
tons de rapporter ici quelques extraits d’articles et d’autres publica¬ 
tions préliminaires que M. H. Aram Gulezyan, New-York, a bien voulu 
nous autoriser à utiliser pour cet ouvrage. 

On remarque sur les six parchemins, à part les curieux dessins géo¬ 
métriques, quelques rares textes en grec, copte W et persan^, la note 
écrite dans cette dernière langue étant probablement beaucoup plus 
récente (xm e ou xiv e siècle) que le reste fies annotations. Les documents 
datent probablement du v e au vu e siècle de notre ère. 

La première des feuilles (pl. III) ^ est par surcroît décorée vers le 
côté supérieur de huit figures humaines (dont deux très endomma¬ 
gées), distribuées en deux groupes, à droite et à gauche du parchemin. 
Au centre, une inscription [symphonia pneumadikos) semble tenir lieu de 
titre, un peu plus bas, à gauche, une autre [hagios hymnodos) indique 

(I) A. Machabey, La notation musicale, Paris 1962, p. 29. 

Remarquons que nous devons à la présence des points rouges la découverte 
du système syllabique des hymnographes byzantins (E. Wellesz, A History of 
Byzantine Music and Hymnography . p. 3 -Y. 

t 3) Diamètre : de o cm. 5 o à 2 cm. 5o. 

(4) D’après les expertises du D r L. Bull, du D r G. Steindorff et du D r G. Sobby. 

t5) D’après le Prof. Worrell, de l’Université de Michigan. 

(fl) Nous suivons le numérotage de M. Gulezyan. 










BULLETIN DE LTNSTITIJT D’EGYPTE. 


5 \ h 


le début, nous rappelant les premières phrases stéréotypes des chants 
(les harpistes, sorte de parodie sous le signe du christianisme. 

A gauche, un groupe de 7 + 5 cercles colorés et arrangés en deux 
colonnes verticales, des deux côtés d’une ligne centrale, porte également 



Fig. i 3 . 

quelques inscriptions. Nous reconnaissons en haut le mot copte ujoujt 
(clef), en bas cmtg (fondement). Au-dessus du premier cercle de la 
première ligne horizontale, se trouve un mot que nous pouvons inter¬ 
préter comme 2htc pour indiquer le début, peut-être en rapport avec 
les mots hagios hymnodos qui se trouvent à côté, un peu plus haut. 

Nous remarquons enfin, à l’extrémité de la dernière ligne, l’indication 
n.x.cuK (fin). 

Les feuilles 2 et 3 (fig. i3 et i4) ne contiennent aucune indication, 
à part les cercles colorés et quelques figures humaines. Trois de ces der- 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


515 


nières sont représentées à droite, en haut de la feuille 2 , deux vers 
le côté gauche du bord supérieur, en feuille 3 (fig. i4). 

La quatrième feuille (pl. IV) comprend de nouveau quelques cercles 
colorés, dont le plus haut placé n’apparaît qu’en partie, une inscription 



Fig. i4. 

en caractères arabes (probablement en langue persane) et au centre de 
la feuille, le mot APXArTE AOY. d) 

suivi par mxukdm 2N gpm(?)hnia GTOyxxB; «le livre des inter¬ 
prétations sacrées»' 1 2 h 

La cinquième feuille (pl. V) attire notre attention par le ternie cuoy 
(temps), inscrit en face d’un grand cercle contenant quatre autres, de 


(1) Le second A est remplacé par un a copte. 

(2) D’après le D r Steindorff. 

















516 


BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


dimensions réduites. La sixième enfin, est marquée en haut, vers le 
côté droit, d’un curieux signe rappelant le serpent ^ à la queue en¬ 
roulée (fig. 1 5), sorte d’ouroboros des alchimistes de cette époque W. 
Il est indiscutable que les quelques annotations forment dans 



Fig. i5. 


1 ensemble un sens musical. C’est pour cette raison que l’on a essayé 
d’interpréter ces documents comme une sorte de notation musicale, tout 


(1) L’ouroboros est un symbole représentant allégoriquement « l’unité et la 
continuité du tout». Le serpent «qui mange sa queue» est accompagné souvent 
de la formule : « Un est le tout; par lui est le Tout; en lui est le Tout». « Il se 
retrouve sur les sarcophages comme symbole égyptien de l’éternité» (J. Dorresse, 
Alchimie byzantine . alchimie antique et alchimie médiévale , Revue des conférences fran¬ 
çaises en Orient , mars î 9 5 î, XV, 3 , p. 117 et 12 U). 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


517 





en partant de l’idée que le groupe de signes vertical de la première 
feuille (pl. III) représente en quelque sorte «la clef» de ce document 
énigmatique. On a donc substitué une gamme chromatique moderne 
qui, en partant d’en bas du dessin, analogue aux touches d’un piano- 
forte, correspondrait à une série de sept sons avec les 2 + 3 altérations 
connues (fig. 16 ). Comme chacune de ces « notes» 
correspond à une couleur déterminée on n’aurait 
eu qu’a déchiffrer le morceau, d’après ce guide. 

La mesure et le rythme seraient indiqués, d’après 
les mêmes interprètes, par le dessin en haut de 
la feuille n° 5 représentant schématiquement les 
valeurs des rondes, blanches, noires, croches et 
double-croches. * 

Ces résultats 11 ’étaient pas satisfaisants, vu que 
le procédé de substituer quelques données thé¬ 
oriques de la musique moderne à ces dessins, ne 
prend pas assez en considération les éléments de 
la musique de l’Orient ancien. L’idée d’une gamme 
de douze sons tempérés nous semble inacceptable, 
d’après tout ce que nous savons de la théorie mu¬ 
sicale et des instruments de musique des anciens 
peuples. C’est pour cette raison que nous inclinons 
plutôt vers l’interprétation de M. E. Werner et de 
M. A. Machabey (2) . Elle cadre mieux avec la con¬ 
ception musicale antique, qui tout en marchant 
encore sur les traces de la théorie ancienne, héritage millénaire, tache 
de s’approprier quelques nouvelles idées puisées dans la philosophie 
grecque et dans la doctrine chrétienne. 

« Etant donné que les voyelles grecques correspondaient à cette 
époque aux notes et aux planètes, il est possible que ces cercles 


© 

s 

© 

© 

© 

© 






*A 


Fig. 1 G. 


U) Do : jaune; do dièze : rouge clair; ré : brun-foncé; ré dièze : brun 
rougeâtre; mi : bleu outre-mer; la : vert; la dièze : brun-jaunâtre; sol : noir; 
sol dièze : orange; la : rouge; la dièze : gris; si : bleu clair. 

W La notation musicale , Paris 1962, p. 22-28. 

























518 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


symbolisent aussi les unes et les autres.» (Machabey). Il nous semble 

c|ue les documents se rattachent aux spéculations musicales et cosmo¬ 
logiques, et ce n’est que dans ce sens qu’ils représentent une notation 
musicale. La «gamme» des cercles colorés serait, d’après E. Werner, 
la représentation graphique (le la « Harmonia mundi» de Pto- 
lémée, avec ses cycles et épicyles et les 7 + 5 cercles du début (pi. III), 
une interprétation musicale du zodiaque. Il est connu que le Moyen 
Âge se plaît dans l’élaboration de systèmes cosmiques dans lesquels les 
planètes et les modes sont mis en corrélation, suivant certaines tra¬ 
ditions grecques et babyloniennes 

Ptolémée et Aristides Quintilianus élaborent des systèmes d’harmo¬ 
nie cosmique, tout en s’appuyant sur certaines idées fondamentales de 
Nicomaque de Gérasa. Les cieux et les instruments de musique forment 
également un ensemble, d’après Philon d’Alexandrie, et les sept pla¬ 
nètes sont comparées aux cordes de la lyre. Notre manuscrit serait donc 
une sorte de synthèse, illustration ou description graphique d’une théo¬ 
rie réunissant les idées cosmoiogiques-musicales de Ptolémée avec les 
conceptions égyptiennes-chrétiennes, dans une époque pénétrée de 
[ idéologie gnostique. 

Vu sous cet angle nouveau, et avec les réserves que nous venons de 
faire, le manuscrit aux cercles colorés représente en effet l’essai d’une 
notation musicale. Il faudra attendre l’identification des différentes cou¬ 
leurs et des cercles aux diamètres variables, par rapport à leurs cor¬ 
respondances cosmologiques de l’époque, pour comprendre le sens de 
ce message problématique. 

Si cette théorie se confirmait, les auteurs arabes n’auraient donc pas 
emprunté aux philosophes grecs les spéculations sur la corrélation entre 
couleurs, planètes et modes musicaux. Ils auraient continué, au contraire, 
une tradition millénaire et purement orientale. M. E. Werner^ envi¬ 
sage en elïet, l’origine égyptienne ou babylonienne de l’idée de l’har¬ 
monie des sphères, point central de la cosmologie pythagoricienne, 


(1) R. IIaase, Musik und Astrologie (Musica XI 1, iy5i). 

(2) The Phdosophy and Theory of Masic in Judaeo-Arabie Literature, Cincinnati 
19/11, p. 288-29a. 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


519 


hypothèse qui confirmerait les écrits de l’illustre égyptologue Maspero 

II est vrai que ces conceptions cosmiques se reflètent déjà dans les 
hymnes de l’époque d’Akhnaton. Nous les reconnaissons dans la Basse- 
Epoque et plus tard, dans quelques hymnes en l honneur des dieux, 
en particulier de IJathor : 

« Le ciel et ses étoiles résonnent en ton honneur , 

Le soleil et la lune chantent tes louanges, 

Les dieux te célèbrent, 

IjCs dresses chantent pour toi . » 

De toute évidence, les manuscrits dont nous venons de parler, ainsi 
que les considérations s’y rapportant, ne concernent que la fin de l’his¬ 
toire, mais les idées qu’ils interprètent semblent plonger leurs racines 
dans le passé, à en croire prince Sarenpout l (Moyen Empire), disant 
de lui-même avoir dansé comme les planètes du ciel ( O J J \ 

D ^ — 

R .VMW( | | | W % 

Nous avons donné consciemment une certaine importance à ces pro¬ 
blèmes. L’attention générale est concentrée de plus en plus sur la 
civilisation égyptienne, et si l’hypothèse de l’origine égyptienne des 
théories cosmologiques et harmonicales se confirmait, 1 importance de 
ces quelques parchemins parsemés de cercles colorés ne serait que plus 
évidente encore M. 

Est-ce une simple coïncidence, si nous trouvons déjà aux époques 
antérieures certains dessins géométriques accompagnant les scènes mu¬ 
sicales? Le musicien accroupi de pl. VI joue d’une harpe à six cordes 
et six chevilles; six cercles de couleur foncée, brunis par I âge, sont 
peints au-dessus de sa tête. Nous ne saurons expliquer ce document qui 


w Cf. p. 523 . 

S. Schott, Altagyplische Liebeslieder, p. 79 (18). 

E. Brunner-Traut, op. cil., p. A6. 

‘ Une survivance de ces spéculations serait encore le système de Zosimos de 
Panopolis (Akhmîm), mais d’autres auteurs affirment qu’il s’agit d’un apport 
tardif byzantin (G. Reese, Masic in the Middle Ages , p. 85 - 86 ). D’après une lettre 
de Monsieur A. Gulezyan, quelques documents conservés à Beyrouth pourraient 
apporter de nouvelles lumières quant au déchiffrage correct de ces dessins colorés. 

Bulletin de T Institut d'Egypte, t. XXXV1. h i 



















5 20 


BULLETIN DE INSTITUT D'EGYPTE. 


date du Moyen Empire d), le manque absolu de toute inscription rendant 
l’analyse impossible. Nous signalons néanmoins cette étrange représen¬ 
tation, par rapport au document précité, à cause de la similitude des 
éléments et malgré la très grande différence d’âge séparant ces deux 
témoignages isolés. 


VI. 

L’idéologie gnostique, dans sa forme scientifique et philosophique, 
et sa contre-partie pratique se réflétant dans les liturgies d’une 
nouvelle religion syncrétiste et même dans l’incantation magique de 
cette époque, a engendré une dernière branche musicale : le chant des 
sept voyelles grecques (2) . C’est encore en Egypte ou dans la partie 
méridionale de la Palestine que les recherches récentes établissent la 
provenance originale de cette théorie 

Mich preisen die sieben Buchstaben der Urlaulc als... 

Urvater . . . Ich, des Weltenbaues unzerstorbare Leier, 
habe die Singstimmen der Drehungen des Himmels geordnel 
zum Einklang . 


(,) Musée du Caire, Cal. gén., n° 45 o 65 . Ces quelques dessins ronds repré¬ 
sentent peut-être des pains, vus de lace. Sur l’écriture «demi-cryptographique 
utilisant le pain rond vu de face 0 à la place du même pain, vu de profil ~». 
cl. Et. Drioton, Diotes diverses [Annales du Service des Antiquités, 19 45 , p. i 3 ). Nous 
avons relevé le même signe dans la légende d’une scène musicale de l’Ancien 
Empire (Kaem'ankh, Guîzah) : J à la place de J / ' (harpe). 

Cf. l’article portant ce titre, par Ruelle (Revue des études grecques 1899); 
du même auteur : Le Chant gnostico-magique des sept voyelles grecques [Congrès 
intern . d'histoire de la musique, Paris 1900); Dictionnaire d’archéologie chrétienne 
(art. alphabet); F. Dornseiff, Das Alphabet in Mystik und Magie, Berlin 1926; 
E. E. Poirée, Formules musicales des papyrus magiques [Congrès d’histoire de la musique, 
p. 28) ; A. Gastoué, Les origines du chant romain [Bibl. musicologique I, 1907, p.a 4 - 
3 i); Leclercq, Alphabet vocalique des Gnostiques [D.A.C .L., I, 1268); G. Reese, 
Music in the Middle Ages, p. 85-86 ; E. Wellesz, A History of Byzantine Music and 
Hymnography, p. 56 . 

(3) E. Werner, The Origin of the Eight Modes of Music, Hebrew Union College 
Animal XXI, 1948, p. 242 - 244 . D’après les savantes déductions de cet auteur, 
le terme « Oktoechos» aurait été utilisé pour la première fois dans un monastère 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


521 


C’est ainsi qu’un hymne égyptien (]) établit le contact entre les cycles 
cosmiques, le chant des sept voyelles, l’instrument de musique et l’har¬ 
monie des sphères — idée aussi poétique que grandiose. 

À première vue, les voyelles correspondent donc, d’après la théorie 
gnostique, à quelques notes musicales déterminées et représentent un 
autre aspect de ce même système cosmologique que nous avons 
cru reconnaître dans les documents mentionnés ci-dessus. L’école gnos- 
tique a gardé en effet tant de choses de l’ancienne religion égyptienne 
qu’il ne serait pas étonnant que quelques éléments liturgiques se 
soient introduits dans leurs incantations. Si un tel emprunt a eu lieu, 
nous ne devons pas le chercher du côté des jubilations chantées en 
finale des hymnes matinaux mais plutôt parmi les interjections qui 
possèdent toutes les qualités requises. Elles se rencontrent dans les 
textes religieux ou magiques et possèdent indiscutablement cet élément 
mélodique (« Sprachmelodie») qui en fait des éléments sonores par 
excellence, d’un récit, d’une incantation. 

Nous pensons particulièrement à [ archaïque ivy (copte oyoei), 

employé dans les invocations s’adressant aux dieux ( P 
ou aux exclamations \ | y («en vérité»), MYv y j (copte ggig) 

OU employés déjà sous l’Ancien Empire ( ' j) . 

Cette agglomération de sons liés en un seul ressemble en effet déjà au 
asrjiovoo des manuscrits gnostiques, avec la différence que le jeu consiste 

près de Gaza, par des moines égyptiens (iv e siècle). L’idée primitive des huit 
modes serait d’origine mésopotamienne, d’après les documents hittites, babylo¬ 
niens ou hébreux. Quelques éléments de cette doctrine se seraient conservés en 
Grèce, peut-être même avant Pythagore. Quelques-unes des spéculations se 
seraient perpétuées, d’autre part, en Egypte [ibidem, p. 245 ). Les idées de 
l’Ogdoas et des voyelles magiques ne sont que des parties du même complexe 
musico-cosmologique. 

U) Gité d’après A. Jeremias, Handbuch der altorientalischen Geisteskultur, 1929, 
p. 182 (l’hymne est indiqué sans références). 

W A. Erman, Die Religion der Àgypter, Berlin 1934, p. 178 et 43 1. 

W G. Lefebvre, op. cil., p. 272. Quant aux gestes accompagnant ces exclama¬ 
tions, cf. H. Muller, op. cit., p. 69 et 73. 

( /J ) A. Erman, Reden, Rufe und Lieder auf Graberbildern des Allen Reiches, Berlin 

1 9 1 9> P• 3o - 

4 1 . 










522 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


maintenant dans le mélange des voyelles fI) , généralement résumé à la fin 
en une figure symétrique (lavai) ou en une combinaison de voyelles à 
sous-entendus mystiques (2) : .... Iaw : ovey : tau : ovs : eiov : olïjoü : 
erjov : erjov : \<xo) (3 h 

Dégagées de toute sorte de contexte, les voyelles inscrites sur un frag¬ 
ment de papyrus peuvent enfin servir à la confection d une amulette A) : 

a a a a 
0 0 0 0 0 
V U rj 

i 11 t i i 

OQOOOOO 
V V O V 
O) O) 

D apres le pseudo-Démétrius de Phalère, connu lui-même pour avoir 
composé les hymnes en l’honneur de Sera pis (5) , les prêtres égyptiens 
auraient célébré (vuvoü&i) les dieux par le chant des sept(?) vovelles (6 L 
INicomaque de Gérasa a établi d’autre part un système développant l’an¬ 
cienne doctrine cosmologique d’Anaximandre et la conception pythago- 
réenne de l’harmonie des sphères, en attribuant à chaque sphère un 
son déterminé, ces derniers dénommés par les sept voyelles 

Se basant sur ces écrits et sur ceux des auteurs gnostiques, Ruelle, 


(1) r)wi : wzy : iclm : iyjo : eo : ai; : sv : le. D’après C. Wessely, A eue griechische 
Zauberpapyri , Vienne 1898, p. 27. 

(2) D’après pap. W. (Leyde). 

(3) Cf. le compte-rendu de E. Wellesz, op. cit par E. Werner ( Musical Quarlcrly 
XXXV, 19^19, 4 , p. 6/17). 

(4) E. Wellesz, op. cit., p. 56 (d’après C. AXessely, op. cit,, p. 72). 

(5) J.-PL. Lauer, Les statues grecques du Dromos du Sérapeion à Saqqarah décou¬ 
vertes par Mariette en 1 85 1 (Bull, de TInstitut d’Egypte, t. XXXIV, Le Caire 19 53 , 
p. 21/1). 

(#) Rhetores graeci (éd. par L. Spengel), 1956, III. p. 278. Cf. A. Machabey 
(Polyphonie 7-8, p. /17). 

• 7) Mus. script, graeci (éd. C. Jan), p. 276-277. Une vue d’ensemble des auteurs 
antiques, cf, A. Machabey, La notation musicale, p. 21. 


- : > 


LE PROBLÈME DE L.4 NOTATION MUSICALE. 


523 


Poirée A) et Gastoué 1 (2) ont essayé de substituer un sens mélodique à 
certains groupes de voyelles. Ges solutions de notre problème ont été 
réfutées par E. Wellesz qui invoque les corrélations entre les sons, les 
voyelles et les nombres, symbolisant d’une manière inaudible et mys¬ 
tique la nature immatérielle de Dieu et de la création (3) , mais pour 
E. Werner qui s’en est occupé le dernier, le sens musical de ces écrits 
est hors de doute A). 

Quant à l’origine probable du «chant des voyelles» en Egypte, se 
rattachant à certaines invocations mélismatiques (ou symboliques?) des 
prêtres, cette controverse n’est que de peu d'importance autant que 
le problème représente en soi un intérêt considérable du point de vue 
musical l5) 5 . Si nous arrivons à établir la filière, la solution se présentera 
probablement sous cette forme, que la version spiritualisée, hnmatéria- 
lisée et mystique, transmise par les écrits gnostiques correspond à une 
façon plus pratique et plus sonore des prêtres de l’Egypte ancienne, 
d’appliquer ce «chant des voyelles», dont nous avons cru observer les 
traces dans certains rares documents hiéroglyphiques. Ges observations 
confirment en quelque sorte l’opinion de Maspero disant que «cette 
doctrine et l’usage des vocalises sont fort antérieures à l’ère chrétienne» 
et qu « on en découvre la racine en Egypte dès la XII e dynastie» (6) . 

Il est entendu que le nombre des voyelles qui est de sept, chiffre 
sacré, est un apport grec. Nous n’avons pu invoquer d’ailleurs dans nos 
citations de quelques interjections et d’exclamations, que les trois 
signes ^ et ^ dont le caractère de «consonne instable» (3) et de 
seini-vovelle ou de « consonne faible » (/ et ir) exclurait toute com¬ 
paraison, si les termes coptes équivalents ne permettaient pas un 


(l) Chant des sept voyelles , p. 80-87. 

W Les origines du chant romain, p. 29. 

W Op. cit., p. 59-61. 

M The Conflict between Hellenism and Judaism in the Music of the Early Christian 
Ckurch, Cincinnati 1947, p. U 1 3 - 4 1 4 . 

r,) M. A. Machabey a voulu interpréter encore tout récemment ces chants de 
voyelles comme une première manifestation antique du chant mélismatique (Le 
bel canto, p. 8). 

A. Machabey, La notation musicale , p. 21. 

























524 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 




j : ; ''v 





rucm 

nvin\ _. .... , 

wtf^STyp'Snrîoyn'Mi 

4ntimmmp 

^rmMÊÊèMmnepjty# 


Fig. 17. 


rapprochement phonétique. Si une sorte de « chant des voyelles » a réel¬ 
lement existé dans l’Egypte ancienne, comme Démétrius de Phalère le 
rapporte, on peut difficilement imaginer un autre moyen graphique 
pour le fixer sous forme d’une inscription hiéroglyphique (cf. WM 
«Lohpreis», W.B., I, p. 98). 

VII. 


Nous pouvons nous contenter d’une simple mention quant à la pré¬ 
sence de la notation grecque sur le sol égyptien (notation par lettres), 
vu qu’elle ne représente pas un apport autochthone à l’histoire de la 
théorie musicale (l) , malgré l’indéniable importance du fragment d’Oxy- 

(l) L’hymne d’Oxyrhynque, éd. par À. S. Hunt et H. St. Jones (cf. Hünt-P. H. 

Grenfell, The Oxyrhynchos Papyri XV, Londres 1929). A propos de ce fragment, 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


525 


rhynque comme premier témoignage oriental de musique chrétienne O. 

W. E. Crum a publié plusieurs manuscrits coptes qui portent les 
traces de notations encore inexpliquées, documents qui prouvent que 
certaines tentatives dans cette direction ont été faites en Egypte au cours 
du x” et du xi e siècles, indépendamment de l’influence grecque ou 
byzantine l2) * . 

Nous remarquons parmi les manuscrits enregistrés par W. E. Crum, 
quelques fragments marqués au début par l’indication de la for¬ 
mule mélodique ou du ton ($xos) sur lesquelles ils doivent être chan¬ 
tés. Le troparion n° 36 porte la mention o cm KpANioy (fig. 17). 
L’indication modale du fragment n° 4 q (fig. 18) r fait allusion au 

ftyos Ttkâyioi y (3) , deux des hymnes du n° 47 aux modes r et ,,x 1,1 
qui se rattachent évidemment aux signes graphiques correspondants de 
la notation byzantine (6) . Les indications techniques de deux autres 
hymnes, également en n° 47, sont moins claires (n.\u)np et neyxr) (c! . 
Le premier s’inspire peut-être des taamîm du chant hébraïque ( 11 \u) 11 p 
<Îî 3 = pazer) i7) . Le « pazer» est un des taamîm symbolisé par le signe 
|\ Il signifie textuellement «dispersé, éparpillé» et on l’interprète 
dans le rite achkénazi comme une sorte d’accord arpégé (fig. 19 n- 4 ) (8) . 
Les traditions séphardiques étant plus intéressantes pour notre étude 
(d’autant plus qu’elles s’appliquent au récit et à la prononciation l!,) de 

cf. les notes bibliographiques en O. Ursprung, Die katholische Kirchenmmilc (p. 6) ; 
E. Wellesz, op. cil., p. 1 2 5 ; R. Wagner ( Philologus LXXIX, 1928). 

Ci W. Vetter, Ost und West in der Musikgeschichte (Die Musikforschung 1948, I, 
9-8, p. i55). 

( ! ) Catalogue of the Coplic Manuscripls in the Collection qf the John Rylands Lihrary, 
Manchester 1909. 

Fig. 18, I. 16. 

' Cf. n. 45 . 

'.»> E. Wellesz, op . cil ., p. ■!4 9 ; Musik in Geschichte und Gegenwart, p. 091 . 
■*' Cf. n“ 38 (niutkgt). 

(’) \. Hemsi, La musique de la Torah, Alexandrie 1929, )>• 7. 

* S. Nxl’mburg, Agoudath Schirim, Paris 1876, cité d’après E. Dwm-VI. Lcssx, 
Histoire de la notation musicale, Paris 1882, p. 6. 

;•) Les taamîm ont en plus de leur signification musicale une sorte de sens 

grammatical. 













la Torah) puisque correspondant davantage aux caractéristiques et au 
« climat» de la mélopée orientale, nous rapportons quelques autres ver¬ 
sions du pazer interprétées différemment en Espagne et au Portugal 

(l) D’après Lavignac, Encycl. de la musique. Les valeurs rythmiques des deux 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


527 


\ 


(fig. 19 Malgré les différences assez remarquables (si l’on ne 

considère que le graphique des notes écrites), un air de parenté indé¬ 
niable se dégage de ces diverses interprétations du pazer, se manifes¬ 
tant moins dans le motif du trait mélodique ascendant que dans la façon 



de chanter, l’intonation de la voix et l’ensemble de l’exécution. Der¬ 
rière les variantes et celles que l’on pourrait ajouter en réunissant 



Fig. 20 . 


toutes les formes du pazer, se cachent évidemment celles qui correspon¬ 
daient aux nxcQHp de notre manuscrit copte. 

La présence des lettres o, t, x, 0 et x inscrites au-dessus du texte (2) 
rappelle la notation grecque ou certains signes byzantins. Le fragment 

exemples ont, été doublées pour faciliter la comparaison avec les exemples suivants. 
Fig. 19 J est la version employée lors du service des fêtes de pénitence. 

(l) D’après une communication orale de M. À. Hemsi, directeur de la chorale 
du Grand Temple d’Alexandrie. 
c*> N os 34 , 36 , 38 , 45 et 4 9. 


4t.. 

















































528 BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 

n° 02 par contre (fîg. 20) est absolument indéchiffrable; il s’agit évi¬ 
demment d’une notation neumatique dont quelques signes semblent 
apparentés à ceux de la musique byzantine (I >, mais dont les autres ont 
toutes les caratéristiques d’une notation individuelle. 


Fig. 22 . 

E. Wellesz, op. cit .. p. 2/1/1-2/15. 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


529 


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Un curieux fragment est aussi le n° 4 o, le texte étant garni 
d’une première série de signes prosodiques, de ponctuation et d’accen¬ 
tuation se composant de points groupés par deux, trois, quatre et cinq, 





















530 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


et d une autre formée par deux ou trois lignes horizontales ou obli¬ 
ques D) placées entre les paroles (fig. 21) ou au début et à la lin d’un 
groupe de mots comme le sont les signes ekphonétiques. 

Un dernier système de notation semble se manifester dans les cinq 
documents n os 2 5 à 29. On y reconnaît de nouveau une série de traits 
obliques, isolés ou groupés par deux, trois, quatre, cinq et six ( ‘ * 2) 
(signes mélismatiques), une seule fois le signe \\ dans le fragment n° 28 
(fig. 22 (3) 4 ), une sorte de circonflexe ( A ) et la lettre ? (fig. 23) (/,) . 
Tous les signes sont notés au-dessus des syllabes du texte (5) . 

Il est difficile de dater ces divers documents qui peuvent être aussi 
bien d’une époque précédant la notation palaeobyzantine (du x° au 
xi c siècles) que contemporaine de la notation hagiopolite (du xi e au 
xv e siècles). Il n’est pas aisé de décider si elles représentent des em¬ 
prunts aux signes primitifs de Byzance (A. Machabey) (6) , ou au 
contraire, un apport égyptien aux divers systèmes de signes ekphoné¬ 
tiques et de neumes mélismatiques, si parfaitement adaptés aux exi¬ 
gences de la lectio solemnis orientalis, avec sa cantillation et ses cadences 
mélodiques (7 L 

Partant des gestes des chironomes et des représentations musicales 
de l’Ancien Empire, des quelques vestiges de l’emploi de certaines 
lettres de l’alphabet ou d’autres signes graphiques, rare sous le Moyen 
Empire et plus fréquent à partir de la XVIII e dynastie, de la signi¬ 
fication musicale possible des exclamations, invocations et interjections 


Deux traits obliques : n ,,s 34 , 36 , 4 7. 

(2) Comparables à certains signes similaires d’un manuscrit de St.-Biaise 
(xiv e siècle). Cf. Gerbert, De cantu et musica sacra , L774, II (X, 2), cité d’après 
E. David-M. Lussy, op. cit ., p. 47. 

^ Cf. les hvo K£VT7j(j.(xra de la notation byzantine (E. Wellesz, op. cit., p. 233 ). 

(4) N° 26. D’après nos renseignements, ç n’aurait pas une signification musicale 
(ç = KOLl =j). 

' 5) À. Machabey, La notation musicale, p. 42 - 43 . 

b) Les manuscrits seraient, d’après cet auteur, des copies d’originaux plus 
anciens, « et nous donnent ainsi une forme fossilisée, non encore très évoluée, de 
la notation byzantine embryonnaire» (op. cit.. p. 43).* 

E. Wellesz, op. cit.. p. 2 23 . 


LE PROBLÈME DE LA NOTATION MUSICALE. 


531 


des textes religieux ou magiques aux cercles colorés d’un symbolisme 
cosmologique et musical, nous avons réuni un assez grand nombre de 
graphies. Ces dernières ne nous donnent pas encore la certitude que les 
Egyptiens ont connu et développé une écriture musicale, justifiant la 
théorie du musicologue belge Eétis, qui a voulu chercher, comme tant 
d’autres, l’origine de la notation musicale (ou au moins des signes neu- 
matiques inspirés par les gestes des chironomes) dans l’Egypte pharao¬ 
nique W. Il n’est pas juste, par contre, de nier complètement l’exis¬ 
tence de signes graphiques à signification musicale. Il est vrai que la 
mémoire prodigieuse des musiciens d’Orient rend presque superflue 
une écriture adaptée aux sons et aux rythmes. Il est fort possible aussi 
que les chantres se soient opposés, par instinct ou par principe, à une 
notation quelconque, par crainte, peut-être, de divulguer des secrets 
d’école, ou simplement afin de ne pas négliger l’exercice de la 
mémoire. Platon rapporte cette légende, d’après laquelle Thot se ren¬ 
dit à Thèbes chez le roi et se mit à lui faire valoir l’utilité de ses inven¬ 
tions. Lorsqu ils en arrivèrent à l’écriture, Thot dit : « Gette invention, 
ô roi, rendra les Egyptiens plus savants et de meilleure mémoire», et 
le roi de lui répondre : «Etant le père de l’écriture, tu lui attribues 
un effet contraire de celui qui est en son pouvoir. Elle ne produira que 
l’oubli dans les âmes en faisant négliger la mémoire.» 

Si telle était l’attitude des chantres et des musiciens égyptiens, le fait 
resterait néanmoins inexplicable qu’on n’eût point utilisé quelques 
signes mnémotechniques. Le fait qu’ils ont existé (nous rappelons les 
gestes du chironome) prouvent suffisamment qu’on était loin de ces 
considérations et nous espérons qu’une fois ( attention des égyptologues 
et philologues attirée sur ce problème, la découverte d’autres signes, 
d’autres graphies ou d’autres textes nous amènera à compléter un jour 
l’énumération encore très courte que nous avons entreprise aujour¬ 
d’hui. 


(l) Histoire générale de la musique T, p. 298. 























PI. I 





















PI. II 


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PI. IV 



PI. V 















PI. VI 




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534 


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DISCOV KH Y 


OF A NEW STEP PYRAMID ENCLOSE HE 
OF THE T H IRD DYNASTY AT SAQQARA (1) 

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M. ZAKA1UA (iONEIM 

CIIIEF IXSPECTOR OF ANTIQUITIES, SAQQARA 


Wliile undertaking a minute exploration of the Necropolis of Saqqara 
in September 19 5 1, I notecl a vast, oblong artificial terrace which lies 
at a distance of about i 4 o in. to the south-west of Djoser’s enclosure and 
extends from north to soutb. This terrace is situatecl in the south-east 
corner of the area bounded on the east by Djoser’s western enclosure 
wall and the Pyramid of Unis and 011 the west by the great enclosure 
fourni bv Jacques de Morgan and subsequently worked on for one season 
after the recent war by the late Àbdessalam Hussein. 

The peculiar character of the terrace, covered as it was with fragments 
of worked limestone and with occasional outcroppings of rubble masonry, 
induced me to make trial excavations to find its limits, and the outlines 
of a great, rectangular enclosure were soon revealed with a nortb-south 
axis of about 55 o m. and an east-west axis of about 900 m. 

Further excavations in tlie northern area of the rectangular terrace 
revealed several rubble walls, running parallel to one another in an 
east-west direction and joined together by means of small cross walls, 
also of rubble, the wliole strikingly resembling sonie of the embankments 
and iillings in Djoser’s Step Pyramid Enclosure. 

Directly to the north of these structures we came across large blocks 
of fine limestone so arrangée! as to form a flight of steps built at the 


W Communication présentée en séance du 3 mai 190/1. 












560 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 



An air photograph of part of the Saqqara Necropolis Showing the outlines of the New Step Pyramid 
Enclosure (1) in relation to the Djoser Enclosure (2) and de Morgan’s Enclosure ( 3 ). 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


561 


western end of a massive wall and designed to facilitate the exploitation 
of tins wall as a quarry. Tliis wall is composed of a thick, regularly built r 
inner core of local limestone, faced outside witli dressed white limestone. 



Fig. 2. — Plan of the New step Pyramid Enclosure. 
(Scale 1 : 5 ooo). 


The whole outer face of the wall was panelled and it was constructed with 
bastions and curtains. This magnificent wall présents exactly the saine 
design as Djoser’s enclosure wall. The redans hâve the saine breadth 
and depth. The bastions and curtains bave the same measurements with 
Bulletin (le VInstitut d’Égypte, t. XXXVI. 45 










































562 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


equal spaces in tlie larger bastions for carving imitation closed double 
gates. However, there are two essential différences to be noted in the 
structural disposition of the stones. The dimensions of tlie blocks are 
much larger tban those of Djoser’s enclosure : in the new wall tlie height 



Fig. 3 . — The unfinished northern enclosure wall. 


of the course is 5 o -52 cm., wliile it is only 24-26 cm. in the lower part 
of Dj oser’s wall. On the other liand, the fine limestone was employed 
much more thriftily in the casing : the thickness of the fine limestone in 
Djoser’s wall varies between 2.3om. and 4.70 m., wliile in the new 
wall it is reduced to the breadth of one course, i. e ., 3 o -35 cm. These 
two details are important for the dating of the monument. It is certain 
that already in Djoser’s reign there had been a tendency to increase the 
size of stone blocks, as the builders ultimately came to learn that an 
increase in size meant an economy in the work of cutting out the stones 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


563 


and lent more strength and a greater degree of cohésion to walls (l) . 
Therefore, the size of the stones and the way in which tliey were used in 
this new wall suggest a date later than Djoser, although still Third Dynasty ; 
the economy in the facing, also suggests a more rational, lience more 
developed method of construction. But the wall had been abandoned 
during construction and the northern limit of the enclosure had been 
moved 198 m. further north. That it was abandoned during construc¬ 
tion is proved by the fact that the tops and fronts of the blocks in the 
sixth and uppermost course had not been dressed and had been left 
rough. llere, then. we hâve conclusive proof that these sides were dres¬ 
sed after tlie blocks had been laid. In addition, the surfaces of the wall 
had not been smoothed but still bear numerous quarry and masons’ 
marks as well as levelling Unes and workmen’s drawings or scrawls, in 
red ochre or lampblack. These drawings represent men, animais, birds 
and boats. One of them, representing a Libyan holding a bow, shows 
well the Libyan type, with the characteristic long hair, thick beard and 
flowing robes. This in one of the earliest known représentations of a 
native of Libya. This wall had been embedded in a mass of dry masonry 
composed of rubble cross walls built at intervals over and against its 
bastions and curtains, tlie gaps being filled up with débris. Owing to 
this, the wall was found intact to the length of 46 m. and a height of 
3.10 m. at the very stage when its construction was broken ofL probably 
because of an alteration in the architect’s design. The fine limestone 
used in the facing of this wall is of the saine quality as that used in 
Djoser’s enclosure, i. e. y 4 hard and rather brittle limestone, full of fine 
veins of flint and fossil sliells’. The mortar is mostly composed of pow- 
dered limestone. The dressing of the stone is fine. The regular strokes 
of the copper chisel can easily be discernecl everywhere on the faces, 
and the track of the chisel is smooth and free. It seems that crescent 
flints were not used on this wall. Even the upper faces of the blocks, 
which had never been dressed, bear no marks of crescent flint borers 


(1) S. Clarke and R. Engelbach, Ancient Egyptian Masonry , the Building Craft, 
Oxford ig3o, p. 8 ; J.-P. Lauer, Le Problème des pyramides d'Egypte, Paris 1962 , 
p. 1 63. 
































564 _ BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE . 

such as conical pits. This may indicate that such tools were not used in 
the dressing of the Avall and that the old llint drill was completely replaced 
by the copper chisei in this process. 

An interesting feature of this wall is the marking, in red or black, of 
guide Unes for masons and stone-ciltters. At the foot of the wall, across 
its whole length, a horizontal base line was traced in red and indicated 
by a word which mav be nfrw perhaps ‘zéro’. Similar lines were traced 
at different heights above this line to indicate successive levels. Other 
vertical lines were also traced in red on the fronts of some of the panels, 
near their borders, to guide stone-cutters in reducing them to the 
required breadth. From preliminary measurements based on the spacing 
of these lines, we gathered that the unit of measurement used in the wall, 
and probably also in the whole enclosure, was the Royal cubit as had 
been used in Djoser’s enclosure, i, e., a unit of approximately 52.4 cm. 
This wall lias a batter which is 8 cm. on a heiglit of 3 m. 

The northern extension of the monument consists of a vast terreplein 
built up against the unfinished wall and surrounded with a similar 
girdle wall. The level of this elevated platform is more than 3 m. higher 
than that of the original monument, and, until it is properly excavated, 
it is diflicult to account for this extension. 

The site chosen for the new enclosure is the south-east corner of the 
great dépréssion which lies to the south-west of Djoser’s enclosure and 
extends northwards. Here the dépréssion is very low. This accounts 
for the fact that the new monument was built on a high platform, the 
purpose of which was to raise the monument in order that it miglit 
become conspicuous from afar. 

A number of flints, consisting chiefly of scrapers and lunate-shaped 
implements used for drilling holes in stone, was found on the site. 
Some limestone blocks with trial holes made with flint borers of the second 
type were found also. 

The site was used for burial in much later periods. Some late Egyp- 
tian, Ptolemaic and Roman coflins were uncovered. In addition, a consi¬ 
dérable number of skeletons, shrouded in mats of palm ribs, reeds, 
rushes or papyrus stems tied with cords, was found. 

Refore closing the field for the î ç )5 î-1 g 5 9 season, an attempt was 


NEW STEP PYR4MID ENCLOSURE. 


565 


made to locate the central édifice of this immense enclosure. A trial pit 
sunk in the central area of the main rectangle soon uncovered a structure 
composed of a sériés of independent skins of masonry leaning one on 
the other and inclining inwards at an angle of about 7 5 degrees, with 
the beds sloping inwards. Six such layers, each 2.70 m. thick, were un¬ 
covered in that season. The outermost wall forms part of the Southern 
side of the structure. It was this fact which enabled us, later on, to find 
the limits of the whole structure. As will be shown below, walls at such 
an angle and in such formation could only be part of a step pyramid. 
After this discovery it was obvious to me that I was clearing a monument, 
perhaps unfinished, but of similar character to the pyramid complex of 
Djoser. 

With this knowledge obtained, excavation was closed clown in May 
iq 5 s, to be resumed in November 19 53 , attention being concentrated 
at first on the central area of the enclosure. Here the foundations and 
core of the new step pyramid structure, measuring approximately 120 m. 
square, were soon revealed. The base thus presented is larger than that 
of Djoser. In its unfinished State, this édifice, which is a truncated 
pyramid, has a maximum height of about 7 m. There is, however, rea- 
son to believe that it was originally more than 10m. high and had been 
reduced to its présent height by quarrying in later times. No traces of an 
outer casing were found, and it may be assumée! that only the core of the 
structure had been begun but was never finished. Thisis a square layer- 
structure consisting of probably fourteen skins of masonry which dimi- 
nished in height from the centre outwards and leaned on a central 
nucléus at an angle varying between 71 and 75 degrees, with the beds 
at right angles to the facing lines. The accretion faces were lelt in the 
rough. Assuming that each pair of these skins was désignée! to form one 
step, as is the case in Djoser’s pyramid, we may infer that the New 
Pyramid was intended to hâve seven steps in place of Djoser’s six. Had 
this pyramid been finished, it would probably hâve stood to a height of 
about 70 m. It stands directly 011 the rock and was built of local, coarse 
grey limestone. The blocks are roughlv squared and are set in a mortar 
composed of soft clay (tafl), obtained from the tunnelling of underground 
passages, mixed with limestone chips. The stones were generally laid in 


















BULLETIN DF. L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


506 


alternate courses of headers and stretchers. The courses are level and 
parallel, and the bedding joints are much wider than the rising joints. 
A fragment ol a boundary stela bearing the naine of Djoser vvas found 
re-used in the masonry. 

This kind of structure is charactèristic of the so-called step pyramids. 



Fig. 4.—The north-west corner 
of the step Pyramid structure showing tvvo layer walis. 


Both the Step Pyramid of Djoser and the Layer Pyramid of Zawiyet el- 
Eryan are of the saine formation (12 layers, inclining at an angle of 
74 degrees, in the first and i 4 layers, inclining at an angle of 68 
degrees, in the second) M. The Meidum Pyramid has also the same for¬ 
mation in the first and second stages of the super structure (7 and 8 
layers, respectively, and an incline of about 7/1 degrees) ( 3 L Djoser’s ori¬ 


(1) J.-P. Lauer, La Pyramide à degrés, 1 /Architecture, t. I, 1936, p. 317, in 
the sériés, Fouilles à Saqqara (Service des Antiquités de l’Egypte). 

(2) G. A. Reisner in : Bulletin of the Boston Muséum of Fine Arts, dec. 191 1 , p. 56 . 

(3) W. M. F. Petrie, Medum, p. 6. 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


567 


ginal mastaba at Saqqara, which formed the initial core of the super¬ 
structure, was built in indepenclent layers of horizontal courses G). But 
when the design of a « stepped pyramid» was adopted, inclined courses 
were used in both the four-stepped and six-stepped pyramids No 
mastabas are known to hâve been constructed with inclined courses. 
Presumably, this disposition was an innovation introduced by Imhotep, 
Djoser’s famous architect, to ensure solidity in the newly designed pyra¬ 
midal structure t3 L And here we hâve a huge, central stone édifice, built 
of indepenclent layers with inclined courses, on a square plan, and 
surrounded by a great enclosure wall of fine limestone. This leaves 
little doubt as to the nature of the monument. 

Because of the slope of the rock base, it was necessary to build up 
the surface in places to secure a level platform on which the pyramid 
cou!cl be constructed. The resuit was that the level of the pyramid is not 
the same as that of the unfinishecl northern enclosure wall. The diffé¬ 
rence in levels at the N.-W. corner of the pyramid is 4.79 m. and at 
the S.-E. corner, 1.81 5 . 

Traces of what appear to be constructional embankments or ramps 
hâve been noted during the course of the excavations, and it is hoped 
that further work in this area mav perhaps yield important evidence on 
methods used in pyramid building. It seems, however, that ail four 
sides of the structure hacl entirely been covered with foot-hold embank¬ 
ments, composed of chips of soft clay (tafl) from the débris of the original 
subterranean excavations and a very broad supply-ramp, of rubble, was 
constructed against the western side. This supply-ramp at its end against 
the pyramid wall rises higher than the actual pyramid wall and this 
fact suggests that the pyramid structure—although probably unfinished— 
originally rose to a height greater than is now the case. 

The dimensions of the unfinished pyramid structure having been 


{1) J.-P. Lauer, op. vit ., p. 916. 

(2) J.-P. Lauer, op. cit .. pp. 17-19. 

* 1 2 3) J.-P. Lauer, Eludes complémentaires sur les monuments du Boi Zoser à Saqqara 
(i cr fascicule), p. 9 5 , in the sériés, Supplément aux Annales du Service des Antiqui¬ 
tés de l’Egypte, Cahier n° 9. 


















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


508 


determined, a systematic search was commenced for anv possible entrance 
to tlie burial chambers, and the main efforts were directed to the cen¬ 
tral area on the north side of the pyramid structure. Excavation in tkat 
area soon revéaled the remains of what might be a mortuary temple, 



Fig. 5. — The south-west corner of the step Pyramid structure. 


but unfortunately considerably ravaged by quarrv work. Nevertheless, 
tins convinced me of the near proximitv of the entrance to the sub¬ 
structure. On and February iq 54 , at a distance of about a4 m. from 
the north side ol the pyramid structure, my workers struck the edge of 
the walls of the outer approach to the substructure, which proved to be 
a long, open, rock-cut trench enclosed by massive supporting walls. 
This approach was blocked at intervals with thick masonry and the gaps 
lilled up with loose stones. It contained an incline sloping down from 
the north and leading to a doorway, i .93 m. wide and a.34 m. high, 
eut m the living rock at a depth of 5 .91 m. from the rock level and 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


569 

s'ealed with masonry. This is the doorway leading into the substructure 
of the pyramid. The door-block was built in two parts which entirely 
fdled up not only the doorway but alsoa considérable lenglh of an inner 



Fig. 0. — The outer approach to the substructure of the 
Pyramid showing the intact door-block. 


corridor to which it gave access. The left section of the blockage was 
made of régulai* masonry whereas the right section was roughly built. 
It was the second portion which was removed on gth Mardi. Consider- 
ing the fact that the door-block was found absolutely intact we may 
well infer that the owner of the unfinished step pyramid and enclosure 
had actually been buried in the substructure. We may equally assume 
that the left side of the doorway, as well as that of the fîrst part of the 














570 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 



tOr 7* Anolher view o( lhe outer approach, showing lhe reniains 
üf the mortuary temple (in the bnck ground). 


inner corridor, had been blocked before the ovvner died, and the right 
side left free to serve as a passage-way for the introduction of the mummv 
on the day of burial. Eventually, this was closed in its turn after buriai. 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


571 


The first part of the inner corridor descends for î i. 3 o m. to a rock- 
cut archway, î ,8g in. wide, i ,o 5 m. deep and 4 m. high, which is prob- 
aI)Iy unique in early Egyptian architecture. This part of the corridor 
is 9.o 4 ni. wide and has a very high fiat ceiling. Past the archway, the 
descending passage continues for 6.20 m. at the same slope but it grows 
a little wider and the ceiling inclines downwards and is curved. The end 
of this part of the corridor is exactlv in line with the north side of the base 
of the pyramid structure. Here the passage widens to a breadth of 9.90 ni. 
and the slope becomes steeper. Traces on the walls of the corridor indicate 
that they were originally coated with plaster. À few métrés further on, 
our progress was blocked bv rubble which filled the corridor from fioor 
to ceiling. ün examining the roof, a hole through which the rubble had 
issued from above was found. Work on the passage was consequently 
stopped, and the superstructure above was examined for the cause of 
this occurrence. A shaft, eut partly in the masonry of the superstructure 
and partly in the rock, was found to descend vertically into the corri¬ 
dor at a distance of 33 .1 5 m. from the entrance of the substructure. 
This shaft is contemporary with the pyramid. It measures 9.70 m. 
square in section and is 10 m. deep. It. seems to hâve been sunk in the 
course of the construction of the sloping corridor, probably in order to 
remove the débris of the original excavations, the material eut away 
being lifted vertically, through the shaft, instead of by means of the 
corridor. Shafts of this kind are sometimes found in tombs of the 
Third Dynasty. In certain examples of these tombs, they were used 
for portcullis blockings. The best parallel is the tomb of Sanakht at Bet 
KhallafO. In other examples, they were sunk in order to gain greater 
depth for chambers ( ->. It is possible, however, that this shaft was also 
devised for ventilation in the course of the work. 

The mouth of the shaft opens in the pyramid structure at a distance 


!l) .1. (’iarstakc, Maliama and Bel Khallaf, London 190,3, pl. XVIII. 
m (I. A. Reisner, The development of the Egyptian Tomb down to lhe Accession of 
Cheops , p. 186. For instance, the tomb of Hesy-Re at Saqqara. See, plan, pl. L 
in J. E. Qi'ibell, 7 lie tomb of Hesy (Service des Antiquités, Excavations at Saqqara, 
19 1 1-1912). 


















Fig. 8. — The first part of the main corridor, showing the archway 
and the nibbte from the shaft. 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


573 


of 7 m. south of the nortli side, on the central axis. As a resuit ot quarry 
work in later times, the surrounding area was transfonned into an enor- 
mous cavitv which gradually fiHed up with débris and sand. Àt a much 
later date, probably in the Saitic period, that spot was used as a ceine- 
tery for sacred animais. Several cubic métrés of bones and horns of 
oxen, rams, goats, gazelles, dogs and other animais were found in a pit 
which had been dug in the filling of the shaft. Tliese remains had been 
put in layers, and some of tliem were wrapped in linen. Between each 
layer of bones was a layer of line sand. Many horns show signs of having 
been eut with a saw and some of tliem hâve marks engraved on their 
sides. Some faience amulets and wooden animal ligures were fourni with 
the remains. Sixty-two Demotic papyri, several of which are fairly large 
sheets, were found in the bottom layer. 

The lowermost parts of the sides of the shaft, together with a considér¬ 
able portion of the roof of the corridor, to the north and south of the 
shaft, had fallen down. Moreover, numerous long cracks were produced 
across the ceiling and down the sides of the passage. Consequently, a 
great deal of consolidation work had to be done before yenturing to 
proceed further in the corridor. 

At the bottom of the shaft, the corridor was obstructed by large blocks 
of stone which had deliberately been thrown down from the moutli by 
the builders of the pyramid. A huge blockage, 5 m. thick, was thus 
formed. This was the second blockage in the corridor. When this mass 
of stones had beenremoved, we realisedthat the bottom layer stood on a 
thick bed of soft clay which stretched over one métré beyond the blockage 
on the north side. A magnificent surprise awaited us here. When the 
lloor of the passage was cleared. a set of jewellery was found beside 
the east wall. This collection includes 21 gold bracelets, varying 
between 5.2 and 7.3 cm. in diameter, and a hollow, sickle-shaped gold 
wand, 38 cm. long, whose core, now perished, was of wood. But the 
gem of the collection is a small box for cosmetics made of embossed gold 
in the form of a bivalve shell. It is composed ol two identical concave 
leaves fastened together with rivets, and is of exquisite workmanship. At 
the top of the lid, is a loop by means of which the box is opened. In addi¬ 
tion, we found a pair of tweezers and a needle, both of electrum, and a 










BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 



l 8* 9 - — 


Some of the stone vessels as found in the main corridor. 



10 * — The gold jeweliery and heads as found in the main corridor 
Left : bowl ofmottled biack and white porphyritic rock. 


NEW STEP PYRAM1D ENCLOSURE. 


575 


great number of beads. inade of gold, earnelian and faience. The whole 
collection shows the high degrce of workmanship attaincd by the métal 



Fig. 1 1 . — The gold jeweliery. 


workers of the Third Dynasty. This jeweliery secms to Iiave been arrang- 
ed in a wooden casket, now perished. which was probably covered with 
gold foil, some fragments of which we recovered on the spot. r Pliese 
deposits had probably never been disturbed since they liad been laid. 
They might hâve belonged to a lady of the Ring s household. This is 












BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


5 7 0 



Fig. 12 .— The sarcophagus-chamber. 

the only jewellery which hacl been preserved from the Third Dynasty, 
and so little gold jewellery bave been preserved from the Old Kingdom 
that this collection is virtually unique. 

Ilundreds of bowls, ol mottled black and white porphyritic rock, cups 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


577 


and dishes of alabaster and diorite were uncovered in that part of the 
main corridor, beneath the bed of clay. Considérable numbers of such 
vessels still await removal. They had been put in lavers. The bowls are 
generally not large, but they are heavy and slightly hollowed out. They 
were evidently made for funerary purposes only. Ail of them hâve small 
unperforated handles. Some of the vessels were broken. As these were 
to be found only in the uppermost layer, it seems that the break was 
caused by the crushing weight of the blocking stones. 

What was more important, was the recovery of small, conical, bulT- 
coloured pottery jars the clay sealings of which, bearing impressions from 
cylinder-seals, give the name of a hitherto unknown king, Sekhem-Khet. 
The same name appears seven times on five sealings. It is a Horus Name. 
On one sealing, the group of signs forming the name is almost complété. 
It reads I^J ( Shm-ht ) Sekhem-Khet. In tlris impression, the falcon, the 
upper right corner of the frame and the panelling are missing, but the signs 
in the frame are so perfectly preserved and so clear that no doubt is left as 
to their values. The second sealing is a large cône on which the same 
impression appears three times. The fîrst two signs of the group, as well 
as the frame, are still almost intact in the three impressions, but the falcon 
and the panelling were obliterated. On the third sealing, the name is 
almots entirely preserved, only the top of the second sign is missing. 
The falcon and the uppermost part of the frame were obliterated. Only 
the fîrst two signs and part of the frame are preserved on the fourtli 
sealing. On the fifth, the falcon is preserved but its head was destroyed. 
On the frame and the name, only the uppermost parts remain. The 
most plausible reading of this name is Sehem-het, but it is surprising 
to find the phonetic s written before the sekhem-sign. At this period, 
and especially in a royal name, one would expert the sehem-sign alone^. 


(l) This king is almost certainly to be identified with the monarch who appears 
on a sculpture on the rocks of Wady Maghara, Sinai (Gardiner-Peet, The Inscriptions 
of Sinai , vol. I, pl. I). Owing to a confusion between two signs (the sceptre | 
sehem and the chisel ^ mer), the name of this king has, for long, been misread 
Semerkhet and has thus been confused with the king of that name who reigned in 
the First Dynasty. 

Bulletin de VInstitut d’Égypte, t. XXXVI. 46 
















578 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


In the western wall of tlie main corridor, at a distance of 3 i m. from 
the entrance of the substructure and at a height of about one métré 
above the floor of the corridor at that point, a small doorway, 1.42 m. 
wide, opens into a low side passage, 5 . 3 o m. long, which leads to a 
T-shaped gallery containing 120 storerooms. The vertical arm of the 
T runs parallel to the main corridor and is 4 a. 10 m. long and 1. 5 o m. 
wide, but the horizontal arm, which runs North-South, is about 200 m. 
long and 1 .63 m. wide. The compartments are eut in both sides of the 
horizontal arm, in a staggered fashion, so as to permit the living rock 
to give support to the roof of the complex. The compartments on each 
side of the gallery are at régulai* intervals, and ail of the 120 compart¬ 
ments are approximately of the same dimensions. This complex resem- 
bles that of the Layer Pyramid at Zawiyet el-Eryan, but it diflers in that 
the compartments here were eut in both sides of the gallery, while in 
the Layer Pyramid they were eut in one side only. Some stone and pot- 
tery vases were found at the entrance to the side passage. The whole 
complex is still filled up to about two thirds of its height with débris 
and lias not yet been cleared. 

Past the shaft, the main corridor continued to descend into the depths 
beneath the pyramid. At a distance of 72 m. from the entrance of the 
substructure a blockage of dry masonry, 3.33 m. thick, filled up a 
doorway which opens into a large chamber eut in the living rock in the 
centre of the pyramid b). The chamber is rectangular with a north-south 
axis of 8.90 m. and an east-west axis of 5.22 m. It is about 5 m. high. 
The floor was covered with a thick layer of soft clay. In the approximate 
centre of the chamber stood a magnificent sarcophagus of veined, trans- 
lucent alabaster, pale gold in colour. It is 2.37 m. long, 1 .i 4 m. broad 
and 1.08 m. high. The sarcophagus proved on close examination to be 
intact. Its opening was abnormally in one end. It had been closed by 
means of a sliding panel with projecting ribs running down each of its 
sides and across the bottom edge ; these ribs fit into corresponding 


(,) The sarcophagus-chamber was only found on the 3 1 st May 19 54 , t. e., four 
weeks after this communication was presented. It is therefore considered appro- 
priate to add here an account of its discovery. 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSE RE. 


579 


grooves in the edges of the rectangular opening in the front of the sarco¬ 
phagus. The ribs were fixed firmly into the grooves by means of a mix¬ 
ture of gvpsum plaster and glue. The upper part of the panel lias two 
vertical holes connected together, at the bottom, with a cross perfora¬ 
tion. Through these holes, a rope had probablv been inserted in order 



Fig. i3. — Another view of the sarcophagus-chamber 
showing the blockage of the entrance doorway. 


t,o facilitate the process of raising and lowering the panel. On the top 
of the sarcophagus, near the front end, the decayed branches of a shrub, 
which lias not yet been identifîed, were found. When this sarcophagus 
was opened, it proved to be empty. It was obvious that it had never 
been used for the real burial of the King, ail the evidence being that the 
tomb had not been plundered. The sarcophagus is probably a dumrny 
one which was used for a mock burial ceremony in the course of the Heb- 
sed feast (1) . Having been placed in the centre of the pyramid, the normal 


i‘) I wouid like to point out that this is a theory without definite proof, but wc 
must consider a possibilily. The chamber is here compared with Djoser’s Southern 

















BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


580 

position for a real tomb, this sarcophagus might also bave been employed 
to decoy tomb-robbers. 

Examples of such « ritual tornbs» are known. At Saqqara there is 
tbe dummy tomb-cbamber beneath Djoser’s Southern enclosure wall. In 
the Tlieban Necropolis there is tlîe «cenotaph» of Neb-hepet-Re Ment- 



Fig. i4. — The sarcophagus showing the sliding panel and floral 
ofTering laid on top of it. 


buhetep in the court of bis pyramid-temple at el-Deir el-Bahari. Ilere, 
an empty wooden sarcophagus was found by Howard Carter in 1900, 
together with a statue of tliat king whicli represents him wearing the 
heb-sed. dress. The real tomb lies farther west beneath the clilf. 


Tomb. It has also been suggested that this last tomb was designed to serve as a 
«Buto-tomb» for Djoser (Cf. H. Ricke, Bemerkungen zut àgypiischen Baukumt des 
Alten Betches, II, p. io 5 , as his Ka-tomb [op. cit., p. ia5], as the actual burial- 
place °1 lus entrails or placenta and as an Abydenian cenotaph for him [J.-P. Lauer 
op. cit.y pp. 26-97]). 


NEW STEP PYRAMID ENCLOSURE. 


581 


In the middle of both the east and west sides of this chamber is a ver¬ 
tical niche. 2.10 m. deep, which runs down the wall. The chamber 
had never been fînished, and is surrounded by an unfinished complex of 
galleries which has not yet been explored. 

Titus we bave the remains of an intended rival to Djoser’s Step Pyra- 
mid complex, presumably of slightly later date. It would seem, therefore, 
that one of Djoser’s successors, whose Horus Name was probably 
Sekhem-Khet and who equally reigned in the Third Dynasty, intended 
to erect a pyramid complex on similar lines to that of Djoser, but that 
the work was abandoned before the proposed design had reached 
completion, probably on account of the prématuré death of the king. 

It remains now to search for the real hurial-chamber which, I fîrmly 
believe, is still to be found within the enclosure, ail the evidence being 
that the King had actually been buried here. 

Only a very small part of this great monument has, as yet, been 
cleared, and whether we find the intact burial of the King or not, the 
fact remains that its complété excavation must yield extremelv valuable 
evidence in regard to the history and architecture of the Third Dynasty. 
Moreover, there is everv indication that detailecl observation may give 
us vital dues regarding the methods of pyramid construction, for 
although on this subject we hâve many théories, concrète evidence is 
sadly lacking. 



















TERMINOLOGIE MUSICALE 
DE L’ÉGYPTE ANCIENNE 10 ' 

PAR 

dm. h. hickmann. 


Il semble inutile de souligner l’importance d’une terminologie cor¬ 
recte, outil indispensable pour tout travail scientifique. Il sied pour¬ 
tant d’attirer l’attention sur le répertoire des termes concernant la mu¬ 
sique et les instruments sonores antiques : certaines négligences dans 
l’interprétation des textes entraînent quelquefois des malentendus con¬ 
sidérables. La connaissance d’un style musical déterminé et de 
ses caractéristiques permet au savant de se pencher sur la vie intime, 
sur la pensée et la sensibilité d’un peuple à jamais disparu. 
Or, le manque de précision dans le choix des termes peut avoir des 
suites désagréables et nous amener à nous faire une fausse idée d’une 
culture musicale et, à travers elle, d’une civilisation entière. Qu’il nous 
soit permis de citer deux exemples puisés dans nos souvenirs : 

Nous avons assisté, il y a longtemps, à une conférence traitant de la 
philosophie antique et de la conception artistique hellénique. Désireux 
de montrer jusqu’à quel point les anciens Grecs tenaient à aboutir à un 
parfait équilibre de la nature humaine, le conférencier cita un passage 
mentionnant que leurs musiciens militaires ont joué de l’aulos avant la 
bataille. Les hoplites, avant d’attaquer l’ennemi, s’adonnèrent donc, 
d’après lui, au plaisir de l’art musical, et le son aimable de la « flûte» 
leur procura des sensations artistiques, inimaginables pour un combat 
moderne dans notre époque déséquilibrée. 

Cette interprétation complètement erronée est due à la fausse traduc¬ 
tion du terme «aulos». Loin d’être une flûte, aux caractéristiques d’un 
instrument pastoral et lyrique, l’aulos hellénique était pourvu d’anches 


(,) Communication présentée en séance du 3 mai j 9 54. 
Bulletin de VInstitut d’Égypte, t. XXXVI. 


*7 

















584 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


comme le mizmâr ou la zoummârali de l’Orient moderne. Or, grâce au 
battement des anches, tous ces instruments ne sont aucunement « ly¬ 
riques», mais d’une sonorité plutôt excitante, orgiaque, violente. Nous 
savons aujourd’hui que la civilisation hellénique se composait de plu¬ 
sieurs éléments culturels correspondant aux conditions ethniques, his¬ 
toriques ou géographiques. Nous trouvons particulièrement dans 
la musique, certaines influences venant de l’Asie Mineure, et ce sont 
précisément ces données qui nous font découvrir un nouvel aspect dans 
la musique, dans le timbre des instruments et dans la conception musi¬ 
cale des Grecs. En ce qui concerne notre exemple, la traduction incor¬ 
recte du terme «aulos» a donc faussé notre imagination. Elle a été le 
point de départ de plusieurs déductions erronées que l’on aurait pu 
éviter. 

L’autre exemple que nous aimerions évoquer nous touche de plus 
près encore. Dans une publication récente, par ailleurs très scientifique 
et d’une grande valeur, réunissant quelques chants de l’Egypte pharao¬ 
nique, le texte de 1 un des poèmes mentionne la harpe et un autre ins¬ 
trument de musique ( kho c ). Le choix de la harpe, instrument à cordes 
délicat et très répandu en Egypte, a incité l’auteur à interpréter le 
second terme comme « luth» et le lecteur pense, malgré lui et par une 
association d’idées excusable, au troubadour médiéval ou au chanteur 
arabe jouant de cet instrument de sérénade. Il n’en est pourtant pas 
question et les faits eux-mêmes s’y opposent : nous ne devons pas 
oublier que la scène à laquelle le poète fait allusion, se passe dans la 
Haute-Egypte, en Nubie, aux confins d’un pays où le musicien préfère 
s’exprimer par le rythme plutôt que par la mélodie. Le ternie kha 
signifie en vérité «tambour». Le fait qu’un instrument de percussion 
soit associé à la harpe ne doit pas nous surprendre, les scènes musi¬ 
cales sont catégoriques à ce propos et nous y reconnaissons à plusieurs 
reprises la harpe, particulièrement la harpe angulaire, jouée de concert 
avec le petit tambour en forme de barillet (fig. 1) û). C’est donc tout un 
autre monde, une autre expression sonore, un autre élément spirituel, 


(l) Bas-relief provenant de la tombe de Thanefer (iv e siècle av. J.-C.). Musée 
d ’ Alexandrie. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


585 



qui se reflètent dans ce texte, grâce à la traduction correcte d’un terme 
qui est pour nous plus qu’un vocable : symbolisant une sonorité, un 
son vivant et éminemment caractéristique pour celui qui l’a employé, ce 
terme exprime, par l’évocation d’un instrument de musique déterminé, 



Fig. i. 

une donnée réelle du goût, du style et de la mentalité d’une époque, 
d’un peuple ou d’un individu. 

La nécessité d’une terminologie correcte étant en principe admise, 
pour des raisons dont le problème philologique ne représente qu’un 
seul aspect parmi d’autres, nous nous sommes mis à la tâche d’éplucher 
les textes à la recherche de tout vocable ayant trait aux instruments 
sonores, à la musique et à l’exécution musicale W. Nous présentons au¬ 
jourd’hui la première partie de notre travail tout en saisissant l’occa¬ 
sion de remercier tous ceux qui ont bien voulu y collaborer, au cours 


(1) Un premier essai de grouper les noms des instruments, a été tenté par 
C. Sachs, Die Namen der altàgyptischen Musikinstrumente (Zeitschrift fur Musihvis- 
senschaft, 1 , 1919, 5 ). 



































586 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


des dernières années, en nous signalant des termes éparpillés dans les 
documents écrits de l’Egypte pharaonique 


Les Idipphones. 

Nulle part mieux qu’en Egypte, l’« origine corporelle» de la musique 
instrumentale se laisse observer plus clairement. 

If 1 ' - ' —! Y 



C est pour toi qu elles (les âmes de Pc) se frappent leur poitrine (leur chair), 
C est pour toi qu elles battent leurs mains, 

C est pour toi qu elles s’arrachent leurs cheveux, 

C est pour toi qu elles frappent leurs jambes ^. 

Nous avons, dans cette énumération, le relevé presque complet de 
tous les battements rythmiques corporels qui précèdent, en principe, 
l’invention des premiers instruments sonores 1 2 (3) . Parmi ces derniers, 


(1) Les seuls termes qui n’ont pas encore été identifiés, sont JT—HH 
et nth (natihi, d apres Albrigiit, The Vocalisation of the Egyptian Syllabic Orthogra- 
phy ; cf. nat’ache, d’après C. Sachs, Real-Leæikon der Musikinstrumente). Mentionné 
dans le pap. Anastasi (IV, 12, 2-3), le mot ^ 1 ® ^ désigne un instrument 
en bois, probablement un instrument à cordes. Vu le parallélisme des deux premières 
lignes parlant d’instruments à vent ( wdny et wr) appartenant peut-être à la même 
catégorie des instruments à anches, les lignes suivantes semblent aligner deux ins¬ 
truments à cordes, la lyre du type du kinnor, et le nth. Il n’y a que deux possibi¬ 
lités d’interprétation : de voir dans ce dernier instrument a) un autre type de 
lyre (on en connaissait en effet plusieurs), ou b) un luth. 

(2) Pyr. 197/i. 

(3) On distingue, dans l’Espagne moderne, entre le son «bas» et «haut», 
d’après la manière de frapper les mains l’une contre l’autre à plat ou en formant 
un creux. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


587 


nous comptons comme les plus primitifs et néanmoins les plus impor¬ 
tants de la vie musicale et sociale des époques les plus reculées, les ins¬ 
truments idiophones connus sous le terme de « planchettes entre¬ 
choquées.» Remplaçant le battement de la mesure exécuté par 
quelques musiciennes que l’on reconnaît dans toutes les scènes 
de danse depuis l’Ancien Empire, l’entrechoc des baguettes rythmiques 
a la même signification musicale que le frappement des mains, mais 
aussi le même sens magique. 

Plusieurs formes de planchettes entrechoquées sont connues. Les plus 
simples et les plus anciennes sont en forme d’un angle, d’autres sont 
droites ou recourbées comme un boomerang. Ces dernières sont con¬ 
nues par le terme -—» ^ M, et les textes des pyramides men¬ 

tionnent les mi>wt^, probablement une autre variante de la même 
catégorie d’instruments (k-Hk-vni). toujours à effet apo- 
tropéique. 

Deux scènes provenant de Saqqârah (Ancien Empire) représentent un 
usage particulier des planchettes entrechoquées : à l’intérieur d’un cer¬ 
cle, deux musiciens accroupis accompagnent une scène de pressurage 
voisine du battement rythmique d’une paire de planchettes entrecho¬ 
quées < 3) . Dans le tombeau de Herneferptah ("f J*) on lit à l’inté¬ 
rieur du cercle la légende -J^ (%• 2 ) qui ne peut avoir d’autre 
sens que «rythmer au son des deux baguettes.» Dans le mastaba de 
Merérouka (fig. 3) on lit à l’intérieur du cercle la légende _!jj»—«('‘b 
Bien que le verbe ml h avec le déterminatif « puisse avoir le sens de 
«rythmer en battant les deux mains l’une contre l'autre»! 51 , il est 
évident qu’il a ici le même sens que chez Herneferptah, d’où la 


ll) Pap. du Ramesseum (cf. H. Junker, Der sehende und blinde Golt, Munich 1 9A2, 
p. 5 a). 

( â) Pyr. 908 c. 

H- Hickmann, Catalogne général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire. 
Instruments de musique. Le Caire 19A9, p. 3. 

(4) The Mastaba of Mereruka, The Saqqarali Exped., vol. 3 9, Oriental Inst. Publ., 
Chicago, t. II, pi. 1 i 3 . 

t5) W. B., II, 3 o. E. Brunner-Traut, Der Tanz im alten Àgyptcn, Glückstadt 1 9 38 , 
p. 16 et 83 . 










588 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


possibilité d’envisager une équivalence entre le déterminatif représentant 
deux baguettes entrecroisées et celui de *—». Le terme mUi avait donc, 
en tant que verbe, deux significations : «ldatschen» et «klappern», 
frapper les mains l’une contre l’autre W, et d’autre part produire un 
bruit par l’entrechoc de deux planchettes rythmiques. 

Les planchettes entrechoquées en hois ou en ivoire, épousant la forme 



(1) Battre les mains : ÿ jj (depuis la IV e dynastie, cf. Morgan, Fouilles à Dahchour 

en 1894-1895, Vienne 1903, pi.XXV) ou ÿ jj. Le terme — o ou - © -__ 

est en tout cas trop vague pour être évoqué ici. Il ne semble viser aucune des 
actions musicales en particulier, tout comme le verbe s’applique en arabe 

à 11’importe quelle sorte d’exécution musicale, quoiqu’il ait pu servir aussi, à 
l’occasion, comme terme pour le battement des mains. Il est d’ailleurs possible 
que nous devons le réserver pour l’action décompter les temps et la mesure sur 
les doigts. Le pap. Leyde (T. 3 a, col. 5 , 1 7) mentionne enfin qm, terme générale¬ 
ment réservé au jeu des instruments de percussion, particulièrement des tambours : 

a ^ 1 J ' = ÜZTl 2 ) I ( • • • « die Taktschlagenden, wenn sie takt- 
schlagend dabeistehen», d’après S. Schott, Mélanges , p. 457). L’auteur du texte 
pense ici évidemment au battement de la mesure, par l’entrechoc des mains. 
Athénée d’Alexandrie parle du %etpoxT\)Tros. En copte enfin, plusieurs termes exis¬ 
tent (ta.\ï 6 et tcx) pe) pour « frapper des mains ou des pieds», termes qui s’ap¬ 
pliquent aussi au jeu des instruments (W. E. Crum, A Coptic Dictionnary, Oxford 
P* 4 a 5 et 43 g). Cf. aussi cl;u)cd<yc, xxk, pcmxk, xaaxg. 

Les musiciennes exécutant le battement des mains, sont les <=> ÿ jj _ _ _ 1 

(d’après une inscription du mastaba de Merérouka). 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


589 


de mains et de bras humains, représentent une étape plus évoluée de 
ces instruments. Elles existent depuis l’Ancien Empire D). Les deux ins¬ 
truments sculptés en ivoire d’hippopotame et représentés en fig. 4 ont 
été découverts a Tell el-Amarna. Ces objets étaient enveloppés comme 
une momie et déposés dans un petit sarcophage, l’ensemble enseveli 
dans la cour du palais royal 

Selon deux textes parallèles que M. le Docteur Ét. Drioton m’a 



Fig. 4 . 


aimablement signalés, il semble que les anciens Egyptiens ont simple¬ 
ment nommé ces dernières planchettes entrechoquées, d’après leurs 


(,) L’instrument le plus ancien, découvert à Abydos, date de la I rc dynastie 
(C. Suais, Die Musikinslrumenie des alten Àgyptens, p. 18). Une autre planchette 
de 1 Ancien Empire se trouve au British Muséum (n° 63 1 14 ). Elle fut découverte 
à Mostagedda. 

( ) J.D.S. Penmæbijrry, The City of Akhenaten, Londres ig 5 i, UT, 2, pi. LXXÏY 
(9 el 10) et CIV. 






































590 


BULLETIN DE L'INSTITUT D'ÉGYPTE. 


formes, 1 2 * 4 1 ou ^ «les deux avant-bras» W. On lit en effet sur une 
base de Béhague ( 1 . 56 - 57 ) P^ irase suivante 


i üü— • >,, i. «. 8 e ^- j 'ur ,i 

1 lÏL — m J . T il© $ . I . 

r/jt!Mûzs^*rf7i 

(version parallèle : stèle de Metternich, 1. 2 46) 


A 

« O 


nourriciers qui êtes à Pé, qui battez des mains et frappez des [avant-] 
bras en Vhonneur de ce Grand apparu au milieu de vous»®\ 


Comme on ne voit jamais, sur les représentations de scènes musicales, 
des musiciens frapper leurs avant-bras l’un contre l’autre, mais seule¬ 
ment les deux mains, le terme ne peut s’appliquer qu’à des objets 
ayant la forme d’avant-bras (3 b 

Nous constatons donc que les Egyptiens choisissaient des termes 
génériques pour certains instruments de musique ou désignaient les 
instruments d’après leur forme. Nous rencontrons ce même phénomène 
encore ailleurs, quant aux cymbales et aux tambours dont les termes 
correspondent à d’autres objets de l’usage quotidien. Nous devons 
supposer qu’on appliquait le même procédé aux bijoux-bruiteurs (les 
«colliers» des hymnes à Hathor), ainsi qu’aux «menât», aux grelots et 
aux hochets. Seuls ces derniers semblent connus sous un ternie spécial 
faisant allusion de nouveau à la forme de l’objet («œuf en poterie») W. 

Le sistre, hochet sacré des prêtresses de Hathor et objet du culte au 
même titre qu’un instrument musical, est connu sous plusieurs tetmes. 


(1) H. Hickmann, op. cit., p. 3 . 

(2) Ét. Drioton, Le théâtre égyptien, Le Caire 1 gAs, p. 3 o. Berne de VEgypte ancienne 
II, 1929, p. 19/1. 

Ce même terme s’appliquait probablement aux castagnettes, représentant, 
d’après l’ancienne définition, une sorte de «soulier» ou de botte, mais qui ne 
sont qu’une transformation de l’ancienne planchette entrechoquée en forme de 
bras, formant angle. 

Ces termes apparaissent déjà dans les textes des pyramides, toujours en rap¬ 
port avec la danse : -—• ^ (JPyr. 863 a), ^ ^ iPyr. 884 a), (Pyr. 2o 1 4 a], 

(4) H. 0 . Lange, Der magische Pap. Harris . Kopenhagen 1927, p. 53 - 54 . 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


591 



Le f (sss-t) est le sistre en forme de naos (fig. 5) (,) , terme se 
rattachant au verbe sss signifiant le bruissement des tiges de papyrus 
qu on cueillait rituellement lors de certaines fêtes en l’honneur de 


(I) H. Hickmann, op. cit.. n° 69824 (pl.LVïII). 












592 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Hathor^. D’autres vocables sont ihm (Po^=|) et ih J|), réservés 
aux sistres cintrés (fig. 6) ^. 

Un mot pour cymbales ne nous a été signalé que récemment, fait 
d’autant plus étonnant que le jeu rituel et funéraire des cymbales est 

connu depuis la XVIII e dynastie (fig. 
Clément d’Alexandrie rapporte encore que l’on 
faisait des libations en buvant dans les cym¬ 
bales et que l’on mangeait des repas rituels 
offerts sur des tambourins (èx Tvynrdvov é(p<xyov, 
êx xvfxëdXov hriov). Le portier d’un temple 
d’Amon, un nommé ‘Ankh-hep (^f jl) 
dont la momie est conservée au British Mu¬ 
séum, était d’ailleurs cymbalier^, et il faut 
donc supposer que ces instruments ont joué 
un certain rôle dans les croyances et les 
coutumes des Egyptiens. Un texte dont nous 
citons ici un passage (il s’agit de l’inscrip¬ 
tion d’un cercueil) fait allusion à ces instru¬ 
ments : «Les deux airains (/v\ ou //) 
que frappent Isis et Neplithys, et qu’entend 
le défunt» 1 * 3 * (5) 1 . C’est donc par le terme / 
que la cymbale était connue aux Egyptiens, 
parallèlement aux «airains» dont parle la 
Bible. 

En cherchant dans les textes anciens, pour trouver un terme égyptien 
pour la clochette, nous nous sommes arrêté à quelques expressions 



(1) L. Keimer, Bemerkungen und Lesefrüchte zur altàgyptischen Naturgeschichte 
(Kêmi II, 1999, 100). 

( 2) H. Hickmann, op. cit ., n° 69B15 (pi. L). 

(3) Tombes thébaines, n os 100 et 181. Cf. H. Hickmann, Cymbales.et crotales dans 
VEgypte ancienne , Le Caire 19^9, p. A 7 2-/17 3 . 

(/1) H. Hickmann, op. cit v p. 458. 

(5) À. de Buck-A. H. Gardiner, The Egyptian Coffm Texts, Chicago 1935-1988, 
I, 7/1 g , 5*48 b ( bjî - mj ). 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


593 


tardives D) qui auraient pu servir à désigner notre instrument. Nous avons 
retenu ^ ^ * ou fcîkV * signifiant «calice de lotus» ou 

«lotus en bronze» sans qu’aucune preuve ne puisse être invoquée pour 
étayer cette suggestion. Tous ces termes ne s’appliqueraient d’ailleurs 
qu’à une certaine catégorie de clochettes épousant précisément la forme 
d’une fleur de lotus (fig. 8) ^ 2) . 

Grâce à une communication de M. le D r H. de Meulenaere, nous pou- 



Fig. 8. 


vons dorénavant ajouter un nouveau terme pour la clochette. Se basant 
sur une inscription se trouvant dans le cercueil de ‘Ankhnesnefer- 
ibrê c(3 ), mal interprétée précédemment, M. de Meulenaere explique la 
scène décrite comme une allusion à un cortège funéraire où interviennent 
des divinités « faisant de la musique» en frappant un objet !îbh à coups 
de « dents de fer». 

On connaît le verbe (corrigé à tort par Sander-Hansen en 

dsds), eaeü ou xnxh en copte, signifiant «jouer de la cymbale, faire 
de la musique, chanter.» Le déterminatif du mot kbh indique ensuite 


(1) D’après quelques inscriptions relevées à Kawa. Cf. J. Leclant et J. Yoyotte, 
Notes d'histoire et de civilisation éthiopiennes (Bull, de VI.F.A.O., LI, p. 11, 12 
et 13,7). 

(2) Musée du Caire, Clochettes 69598-69596. 

C. E. Sander-Hansen, Die rehgiôsen Texte auf dem Sarg der Anchnesnefer-ibre, 
Kopenhagen 1987, p. 28 (b). 



















594 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


qu’il s’agit d’une sorte de récipient, d’un vase. Ce dernier était évidem¬ 
ment en métal puisqu’on le percutait avec une (ou plusieurs) « dent (s) 
de fer» qui ne peuvent être cjue des baguettes ou des battants métal¬ 
liques. Or, il n’y a que deux types d’instruments correspondant à cette 
description : les clochettes et les cymbales à manche. 

Une rubrique du Missel de Claudius Labib ® signale l’emploi d’un 
instrument appelé (an-nâqoûs), à la fin de la prière de 

« l’Action de Grâces» (Office de l’Encensement) jj> ç&j. Ce terme 
est souvent traduit, à tort, comme «clochette» ou «cymbale», et la 
«cloche en bois» ou d’autres claquettes et sémantères utilisés dans les 
monastères (2) * * sont désignés quelquefois par ce même mot. Le nâqoûs 
est en réalité une sorte de cloche ou cymbale à manche®. L’instrument 
est percuté, au cours des cérémonies, par une baguette métallique. 

Le nâqoûs est un instrument relativement récent. Il serait donc 
étonnant que le texte hiéroglyphique mentionné ci-haut en parle au vi e 
siècle déjà, et nous devons conclure que le terme kbh, objet frappé à 
coups de « dents de fer» et utilisé lors des funérailles, désigne une sorte 
de clochette et son battant 

Les Membranophones. 

Plusieurs catégories de membranophones sont connues grâce au 
hasard des fouilles. Le tambour en forme de barillet (fig. 9 ) (5) est 


(l) Edition de l’année 1907, p. 34 . Cf. le Missel actuel, p. 23 (^rj 9 ^)* 

À. S. Atiya, The Monastery of St. Catherine, p. 35. 
f3) H. Hickmann, Miscellanea Egyplologica (The Galpin Society, Journal IV, 1 9 51 ) ; 
Cymbales et crotales dans T Egypte ancienne, p. 5 10. 

( 4 ) On connaît l’expression J J | (j \ '—' (I e c i e l kbhw) et on ne peut s’em¬ 
pêcher de penser à la forme de la clochette imitant la coupole du ciel. 
Rappelons enfin les noms des «fils d Horus», Amsit â tête humaine, le cyno¬ 
céphale Hapi, Douamoutef à tête de chien et Kebehsennouf le faucon. Ces 
quatre génies funéraires protègent les vases-canopes. Les motifs décoratifs des 
clochettes évoquant précisément les têtes du chien et du faucon, nous devons 
voir peut-être dans cette dernière l’image de Kebehsennouf, la forme de la 
clochette ressemblant à la partie supérieure d’un vase-canope. 
w Musée du Caire, n° 6 q 35 o. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


595 


mentionné pour la première fois dans l’inscription d’une stèle du 
Nouvel Empire et c’est le nom de « qmqm» qu’il porte à ce moment : 

« Je passais des années à frapper du tambour ® chaque jour.)) ® 



Fig- 9- 


Ce même terme apparaît encore plus tard ( 1 1 V ^ niais il 
n’est plus uniquement réservé au Tambour puisque le kgmkgm 
copte est une cymbale. Un autre terme pour le même instrument est 
0lJ _* , v ^ ® et le d’une inscription d’Edfou (aux 

variantes tardives de [Ira^ "nT ou *_ü_) ne P evi ! être qu’une 

autre forme du qmqm, probablement le petit tambour en forme de 


(1) Cf. Et. Diiioton (Le théâtre dans Tancienne Egypte, Revue d'Histoire du Théâtre, 
Paris 1954, I-If, p. 4 o) qui traduit a ^ 1 ^ malheureusement par «tamtam», au 
lieu de «tom-tom», ou mieux «tambour». 

• 2) Et. Drioton, Le théâtre égyptien, p. i5. 

^ 11. Junker, Die Onurislegende, p. 121. 

Temple de Kawa. 

(5) Pap. New York (L 2379.3, col. 5 , i 4 ). 

P ' 1 Et. Drioton, Le texte dramatique d'Edfou, p. 34 - 35 . 









590 


BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


barillet, dont le Metropolitan Muséum et le Louvre possèdent un 
exemplaire (l) . 

Le tambourin rond ( , lj\x )\) est le ibn (-J — s ^ 0 ’ * cr £EEE3 ) • 

Ecrit avec le déterminatif représentant un tambourin rond (o), il 
s’applique à ce dernier, l’orthographe ~ J signalée par V. Loret, au 
tambour en forme de barillet. Il semble donc que ce terme, tout comme 
« tambour» en français, en arabe, est employé dans le langage 

courant pour n’importe quel instrument à membrane. 



Les inscriptions mentionnent par contre un autre terme (sr) pour le 
tambourin rond. Ecrit [1*^" depuis la XIX e dynastie (fig. 10 ) connu 
aussi comme * 5 % ou ^ il est même employé comme 

verbe flX (VPT- 

Aucune inscription ne mentionne le tambourin rectangulaire (fig. 1 1 
Nous rappelons les termes des langues sémitiques (tob tuppu, a-da-pa, 
dub, qui entrent en considération pour tout membranophone, 

mais surtout pour ceux à profil rectangulaire. Nous supposons (sous 


(1) Identique peut-être au «douhoul» moderne (H. G. Farmer, article «Tabl» 
Enzykl. des Islam 1988, p. 23 1), au «dhol» indien (Ibid., p. 3 3 2) et au «dohol» 
iranien. Cf. Spiegelberg, Sonnenauge, col. 19, 32 - 3*3 (Haroëris quand il joue du 
qmqm, le seigneur de la barque, quand il chante à la harpe). Il s’agit évidemment 
d’un (petit ?) tambour en forme de barillet. 

(2) Musée du Caire, Journal d’Entrée, n° 3 20 1 b. 

Museé du Caire, n n 69 355 . 

4 IL Hickmann, Le tambourin rectangulaire, Le Caire 19,01, p. 328. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


597 


toutes réserves d’une vérification ultérieure) que le verbe —-*—J 
(« battre») (1) aurait servi, par analogie, à former le ou les termes ayant 
a faire au jeu de cet instrument. 

Le tambour sur vase était probablement connu comme qmqm ( 2) , ou 
(en Nubie) comme Y ce dernier signe (3) représentant un tambour sur 
vase africain très répandu (/4) . IJn dernier terme pour le jeu des membra- 
nophones apparaît dans certaines inscriptions tardives, tout en s’appli¬ 
quant aussi au sistre : @ ^ (ihj) m ( sh ) jouer du tambour^. 



Fig. 11. 


Les Aerophones. 

La flûte de Pan n’apparaît en Egypte qu’à partir de l’époque gréco- 
romaine. Un terme proprement égyptien n’est pas connu. Elle s’appelle 
en copte par son terme grec (zxNcypirï) ou par l’expression chbg 
signifiant a la (ois « flûte», « clarinette», « syrinx» et ces mêmes 

récipients de kohl en forme d’instruments à vent que l’on trouve 


( U G. Lefebvre, Grammaire de VEgyptien classique, p. 2o3. Cf. H. G. Farmer, 
Enzykl. des Islam , 19 38 , p. 231-233 : la «tabdaba», un tambour tripolitain. 
Cf. sur « dabdab(a) » aussi H. G. Farmer, Early References to Music in Western 
Siidàn, Journal de la Royal Asiatic Society, octobre 1939, p. 570 et 5 7 5 . 

^ H. Hickmann, La Daraboukkah (Bull, de VInstitut d’Egypte, XXXIII, Le Caire 
1952,p. 239-240. 

(3) J. Leclant-J. Yoyotte, op. cit., p. 12. 

African Music Transcription Library (Catalogne) , juillet 1953, p. 2 (tambours 
royaux, Uganda) et p. 4 (tambour sur vase, Uganda). 

^ H. Junker, Bas Gbtterdekret über das Abaton, Vienne 19 1 3 . Cf. aussi ^ ^ 
jouer du tambourin ou, en général, jouer d’un instrument membranophone 
(q j ^ J ÎV J JY V d’après H. Junker, Die Onurislegende, p. 121). 






























































598 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


souvent dans nos Musées. C’est précisément la présence de ces objets 
imitant des instruments à vent, particulièrement la flûte de Pan (fig. j 2 ) 
qui nous fait croire que ce dernier instrument a existé en Egypte bien 
avant l’époque gréco-romaine. 




Un instrument égyptien est la flûte longue (fig. i3)W, jouée en 
position oblique ou droite ® et rappelant le ou la aMac mo- 


Du mastaba de Meliou (Saqqârah). 

(2) À. Schaeffner, Sur deux instruments de musique des Data (Journal de la Société 
des Africanistes XTIT, 19A 3 ). 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’EGYPTE ANCIENNE. 


599 


dernes Son nom est ou Ce terme est d’origine 

égyptienne, apparenté probablement à m\w-t, pour bâton, dont le terme 
pour la flûte serait une variante. Le déterminatif 
montre toujours clairement une flûte en roseau, 
dont on peut reconnaître les divisions par 
entre-nœuds. Contrairement au (en arabe) 
qui a changé de signification au cours des siècles, 
le terme ne s’applique qu’à la flûte, un 

terme spécial existant pour les clarinettes. 

L’expression j ^ est employée verbalement 
et signifie «souffler dans un instrument à vent.» 

Par extension ggkg (ou ciiki) devient «flûte» 
en copte, dans le sens de c-waï, h\i ou sim¬ 
plement ^ mais aussi de flûte de Pan ou même 
de Si* f 1 * 3 * 5 L Le processus de cette transformation 
du terme J et de ses variantes s’est proba¬ 
blement accompli déjà dans la Basse-Epoque, 
d’où l’origine de certaines confusions dans l’an¬ 
cienne littérature égyptologique. Le pap. Leiden 
I 3a, 5, 17 mentionne le jeu des instruments 
à vent (et peut-être de la flûte), en employant 

le terme P J 1 ï V J 2)- 

Le terme pour la clarinette (fig. i4)^ est 
J- En règle générale, le déterminatif re¬ 
présente clairement une double clarinette. Vu que l’emploi des prépo 
sitions et la distinction des verbes transitifs et intransitifs sont loin 



Fil?. iA. 


(1) H. Hick'vunn, The Egyptian ' Uffatah-Flûte (,Journal de la Royal Asiatic Society, 
octobre 1962). 

E. Brunner-Traut, op. cit., p. 17-18; P. Montet, Les scènes de la vie privée 
dans les tombeaux égyptiens de TAncien Empire, Strasbourg 1925, p. 362. 

(3) H. G. Farmer, Studies in Oriental Musical Instruments, Londres 1981, 
p. 66-67. 

C. J. Labib, Dictionnaire copte-arabe. 

(5) W. E. Crum, op. cit., p. 320 b. 

(fl) Musée du Caire, n os 69837 et 69 838 . 













































600 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


d’être réglés une certaine confusion a résulté quant aux termes 
s’appliquant aux instruments à vent. Les expressions 
I P ^ ^ c—j e t 1P ^ ~ ^ 1=3 mentionnent la flûte (faire des 

signes pour la llûte), et à plus forte raison encore, J ^ \ ~ 

J^>J’ \J ( ou j 40 >J> \JVlkP signifient « souffler» 
(jouer par insufflation) dans une llûte («Flote blasen»). 
t Les expressions | P ^ ^ ^ - ! • j\ et yj ^ ^ ^ ^ ne peuvent 
s’appliquer qu’à la clarinette 

Comme pour la llûte et la llûte de Pan, le terme verbal 
( jouer d un instrument par insufflation) est devenu par extension en copte 
le nom pour la clarinette. Mais cm kg signifie aussi «récipient pour le 
koljl » (Ü>sX*), ces derniers objets imitant en effet assez souvent la forme 
d’une double clarinette l3) ou d’une flûte de Pan, selon le nombre de 
«tubes» qui le composent. Il est évident que ces boîtes à fard ou à 
kohl, à deux compartiments, imitent intentionnellement la double clari¬ 
nette puisque les rubans qui assemblent les tubes ainsi que les trous 
latéraux sont clairement indiqués. 

M. E. Otto que nous avons consulté au sujet du terme mm-t, nous 
a très aimablement communiqué que, d’après lui, la réduplication pour¬ 
rait avoir, dans ce cas, deux significations, que le vocable soit formé 
dans le même sens que qmqm, par exemple, ou qu’il ait un sens dimi¬ 
nutif (mm-t «la clarinette» = une sorte de «petite llûte»). Nous nous 
demandons s’il ne s’agit pas simplement d’un terme descriptif, la cla¬ 
rinette se composant toujours de deux tuyaux égaux et parallèles. 

Les scènes musicales du Nouvel Empire n’étant plus pourvues de ces 
courtes légendes qui nous permettaient d’identifier philologiquement les 
différents instruments apparaissant dans les scènes de l’Ancien Empire, 
aucun terme ne nous est parvenu pour le hautbois. Il est néanmoins pro¬ 
bable que nous devons interpréter au moins l’un sinon les deux termes 


(,) P. Montet, op. cit., p. 36 h. 

(2) E. Brunner-Traut, op . cit., p. 18. Cf. j ^ ^ ^ (avec le déter¬ 

minatif pour J montrant un clarinettiste), d’après une inscription dans le 
mastaba de llernebkau (Saqqârah). 

^ Musée du Caire, Journal d’Entrée n os 09679 et 46 i 3 i. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


601 


employés par le pap. Anastasi IV (12, 2-3) comme étant des vocables 
pour les hautbois. V. Loret et C. Sachs interprètent les expressions 

comme flûtes de Pan (t) . Ce dernier 
instrument 11’apparaît, par contre, qu’à l’époque gréco-romaine. D’autre 
part, le choix du déterminatif peut tout aussi bien s’appliquer aux haut¬ 
bois qui sont toujours en roseau. Le parler populaire se serait contenté 
d’appeler l’instrument par un terme synonyme de «roseau» tout comme 
l’instrument à vent devient « calamus» en latin, en arabe. Il est encore 
plus probable que l’on aurait appelé ces instruments simplement d’après 
le nombre des trous pour les doigtés, comme c’est l’usage dans l’Egypte 
moderne pour certains instruments à vent. 

Le terme wdny-t apparaît dans un autre document : le décret de l’A- 
baton de Philæ le mentionne en défendant l’emploi de cet instrument 
(évidemment fait de roseau), dans l’enceinte sacrée. Il serait peu logique 
d’empêcher le jeu de la flûte dans un sanctuaire d’Osiris, ce dernier 
instrument étant considéré comme sacré et inventé par ce dieu. Or, le 
décret de Philæ défend le jeu de wdny-t, de la harpe et du tambour, 
énumérant donc les instruments inaptes au culte d’Osiris. Il s’agit, par 
conséquent, d’une double clarinette ou d’un double hautbois, instru¬ 
ments de musique plutôt profanes, et en tous cas peu indiqués pour être 
joués au lieu de sépulture d’Osiris (â L 

Les trois mots ( wdny , vodnyt et wr ) semblent s’appliquer au même 
objet dont on aurait connu plusieurs variantes. Si on les traduit par 
«hautbois», ils représenteraient trois différentes sortes de cet instru¬ 
ment. Or, nous savons en effet que les musiciens en emportaient 
plusieurs, dans un carquois, et qu’ils étaient différemment accordés. 

La flûte et les instruments à anches, d’origine égyptienne ou asia¬ 
tique, n’existent qu’en partie dans l’Egypte gréco-romaine. La llûte 
oblique et la double clarinette ont survécu aux siècles et font partie de 


Jl Loket, Les flûtes égyptiennes antiques (Journal asiatique 1889, p. i 33 ); 
E. Sachs, Die Musikinstrumente des allen Agyptens. 

(2) H. Junker, üas Gôtterdekret iiher das Abaton, Vienne 1913, p. ai et 3 i. Un 
passage parallèle chez Strabon (ibid., p. 78) mentionne le joueur d'aulos ce qui 
confirme notre hypothèse qu’il s’agit d’un instrument à vent à anche(s). 














BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


002 

la musique folklorique moderne. Le double hautbois, par contre, a 
complètement disparu de la vie musicale égyptienne, comme si le sub¬ 
conscient du peuple n’admettait pas, à la longue, l’apport étranger. 
Nous notons néanmoins quelques nouveaux instruments à vent, 
apparaissant sous les Ptolémées et* sous l’influence grecque : la flûte 
traversière et les différentes sortes d’aulos. 



Fig. i 5 . 


La présence de la flûte traversière sur le sol égyptien mérite d’être 
signalée à part G). Très peu de représentations antiques de cet instru¬ 
ment étaient connues jusqu’à l’heure actuelle, et on comptait parmi les 
plus anciennes quelques monnaies d’Asie Mineure (fîg. i 5 ) datant du 
11 e siècle de notre ère ainsi qu’une représentation étrusque (n e siècle 


(1) H. Hickmann, The antique cross-Jlule (Acta musicologica XXIV, fasc. 11 I-IV), 
Lopenhagen 1962. 

(2) Nous devons les photos de fig. i 5 , grâce à l’aimable intervention de M. le 
D r George C. Miles, à l’American Numismatic Society. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’EGYPTE ANCIENNE. 


603 



av. J.-C.) AL Or, le Musée d’Alexandrie possède la statuette d’un musi¬ 
cien jouant de la flûte traversière, représentation qui nous semble 
antérieure aux références précitées, et qui date probablement de l’épo¬ 
que ptolémaïque (fig. 16). Elle nous confirme dans notre théorie que 
cet instrument à vent “n’était pas inconnu 
dans un pays où la flûte a joué un très 
grand rôle dans la vie musicale depuis 
la préhistoire. Il était connu par les 
termes «calamus obliquus (ad auream 
porrectus dextram)» 1 (2) , «plagiaulos» ou 
«bombyx». Cette dernière expression s’ap¬ 
pliquait d’ailleurs à tout instrument à 
vent pourvu d’un mécanisme de transpo¬ 
sition et d’accordage reconnaissable dans 
la statuette de fig. j 6 M. Les bagues ou 
anneaux obturateurs, bouchant selon la 
volonté du musicien quelques-uns des 
trous pour les doigtés, divisent le tube, 
pour le spectateur, en plusieurs compar¬ 
timents qui font ressembler l’instrument 
(qu’il s’agisse d’une flûte ou d’un aulos) 
à certains lépidoptères dont une espèce 
est le ver à soie (bombyx). 

Le terme olùaos, employé aussi au pluriel, 
semble désigner l’aulos double M, le «mo- 


Fig. 16. 


naulos» représentant un contraste voulu. Parlant de l’aulos phrygien 
employé au culte de Cybèle et aux rites funéraires, ou de l’aulos lydien 
des amusements publics (Apulée), les auteurs pensent à cette époque 
tardive, aux modes plutôt qu’à des instruments différents. On emploie 


H. Hickmann, op. cil,, p. 111. 

(2) Apulée, L’âne d'or XI, p. 929 de l’édition anglaise, Londres 1881. 

• 3) H. Hic km ann, op. cit., p. 112. 

(4) Albert A. Howard, The ÀvAés or Tibia ( Harv . Stud. in Class. Phil., 
IV/p. 20). 

Bulletin de V Institut d } Egypte, t. XXXVI. A 8 













604 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


pourtant les termes « auloi elymoi» pour des auloi dits «phrygiens» 
aux tubes de longueur différente (1) * . 

Le «choraulos» employé au culte de la grande déesse syrienne, est 
peut-être un aulos à effet bourdonnant, que l’un des tubes serve de 
bourdon ou que l’instrument en entier soit utilisé dans ce sens, pour 
accompagner les chants liturgiques^. Les «auloi chorikoi» servaient, 
d’après C. Sachs, à l’accompagnement des dithyrambes^. 

Le monaulos (pôvavXos') est, d’après la tradition grecque, d’origine 
égyptienne. On ne voit pas bien lequel des instruments à vent a servi 
de modèle, tous les instruments à anches de l’Egypte étant joués par 
paires. On a essayé de rattacher le monaulos à «mom» (de i) (4) 5 > 

mais l’explication du monaulos de «monos» et «aulos» semble bien 
plus logique. On reconnaît le monaulos sur certaines statuettes^ qui 
datent de l’époque gréco-romaine. Mais aucune représentation de l’An¬ 
cien ou du Nouvel Empire ne nous est parvenue. On est donc en droit 
de se demander si certains souvenirs vagues des Grecs ne s’attachaient 
pas simplement à la flûte longue des Egyptiens, en appliquant à cette 
dernière une expression courante de la terminologie musicale grecque. 

Athénée emploie le terme p 6 vclv\o$ en ajoutant qu’il s’agit d’un 
instrument particulièrement répandu à Alexandrie (6) , d’un caractère 
doux et sentimental, description qui s’applique parfaitement à la 
llûte (7) . D’après Juba, cet instrument, tout comme la photinx, serait 


{I) Une représentation du double aulos, le tube long étant recourbé, a été récem¬ 
ment découverte en Egypte. 

(2) Apulée, Métamorphoses VIII (XXVI). 

G. Sachs, Real-Lexikon der Musikinstrumente, Berlin 1918, p. 2 3 (d’après 
Pollux IV, 81). 

< 4) Ibidem, p. 261. 

(J) G. Michailidès, Considérations sur les jeux gymniques et scéniques en Égypte, 
à propos de quelques monuments inédits (Bull, de VInstitut d’Egypte, t. XXXI, 
Le Caire 19A9), pi. VIII (i) et X (c). 

(6; Deipnosophistes IV, 174. 

(7) Soit une flûte longue et oblique, du type du nây, soit la 'ullatah plus trapue 
ou la flûte droite, ces trois genres ayant existé dans l’Egypte pharaonique et gréco- 
romaine. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L'ÉGYPTE ANCIENNE. 


605 


inventé par Osiris, assertion qui nous ramène de nouveau plutôt à la 
flûte qu’à un instrument à anches. Les définitions et références qu’Athé- 
née énumère par la suite dans son ouvrage (Deipnosophistes IV, 
1 yô-i 76), sont toutes dans le même esprit, parlant d’un instrument au 
timbre doux et fait en roseau. C’est pour cette raison que nous croyons 
reconnaître une llûte égyptienne dans le xaÀaptof?, l’aulos véritable étant 
très rarement en roseau, mais surtout en bois. 

Kalamos et monokalamos peuvent donc représenter des flûtes 
droites ou, par extension, des hautbois simples bien que ces derniers 
11’apparaissent pas dans l’iconographie musicale. Comme dans le cas du 
monokalamos (fjtovoxaXapos), la comparaison avec la llûte de Pan est 
invoquée par Athénée (la llûte de Pan à un seul tube serait l’in¬ 
vention de Hermès). Nous aurions pu trouver là un autre indice pour 
l’interprétation de «flûtes» que nous proposons. Néanmoins, le terme 
kalamos est de ceux qui prêtent le plus à confusion, les auteurs l’em¬ 
ployant même pour l’aulos. 

La trompette égyptienne (fig. 1 7) (3) est connue, d’après les documents 
écrits, par l’expression hib “ J ou mil (^) "jfUne 

inscription du temple de Kawa de l’époque de Taharqa, mentionne 
notre instrument sous le terme de Ulil jT^ i • ou I1I1I ^ en em¬ 
ployant un déterminatif nouveau. Le signe ^ ne représente pas une 
trompette comme le suggère M. F. Laming Macadam, aucun instru¬ 
ment ayant cette forme n’étant connu, à l’état de nos connaissances 
actuelles. Les auteurs alexandrins traduisent correctement en em¬ 
ployant le terme (jd\ 7 riy^^\ nom qui a survécu dans la langue copte 
(cAxnirx) 

Le terme pour le cor, instrument très rare pour l’Egypte pharao¬ 
nique, n’apparaît que comme mot étranger dans la correspondance entre 


(1) Athénée, op. cit., IV, i 84 . 

( 2) D’après la terminologie de M. A. SchaefTner. 

' 3J Les trompettes de Tout c Ankh Amon (Musée du Caire, n os 69860 et 69861). 

H. Hickmann, La trompette dans l’Egypte ancienne, Le Caire 1946, p. 5 i. 

(5) Athénée, op. cit., XIV, 626. 

[6) W. E. Crum, op. cit., p. 425 , a. 


48. 

















606 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


le roi Tushratta et Aménophis IV-Akhnaton. L’Egypte gréco-romaine le 
connaît, et les auteurs parlent du xépzs W ou de la yyovn 

Un ostracon gréco-romain, découvert à Pselkis, l’actuelle Dakkeh, 



Fig. i7. 


ancienne garnison de l’armée romaine, mentionne enfin l’existence d’un 
Kopvt £ militaire ^. 


' l) Le xépas serait, d’après Athénée (IV, 18/1), d’origine étruscpie. 

(2) Eustathius, ad. II. XVIII, 496. G. Sachs a montré la possibilité que le mot 
%vovyj 11e serait autre chose que la forme grecque du terme égyptien snb, pour Ja 
trompette (The History of Musical Instruments, New York 19/10, p. 100). 

C. Préaux, Ostraca de Pselkis de la Bibliothèque bodléenne (Chronique d’Egypte 
XXVI, 5 1, p. 1 43 ). 







607 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 

Nous devons un dernier apport instrumental à la présence des lé¬ 
gions romaines en Egypte : lituus, cornu, tuba (fig. 18) ^ et buccina 
(fig. i<)) 1 (2) . Nous mentionnons enfin, dernier instrument à vent, l’orgue 
hydraulique, invention alexandrine, afin de compléter cette vue d’en¬ 
semble des instruments aérophones connus. 



Fig. 18. 


Les Gordophones 

Parmi les instruments à cordes, lyres (fig. 20) ^ et luths sont d’im¬ 
portation étrangère, apparaissant en Egypte depuis la XVIII e dynastie 
seulement. La lyre a gardé le souvenir de sa descendance lointaine, le 


(1) Musée du Caire, Journal d’Entrée, n° 02993. 

(2) Rhyton et buccina (ou cornu ) votifs. De la collection de l’auteur. 
Musée du Caire, n° 69417. 























608 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

terme par lequel elle est connue étant un nom d’emprunt 1 

| « du «kinnor» sémitique Une lyre de la XXII e dynastie ^ 

se rapproche du èvrect^opSov cité par Athénée (4) . L’Egypte gréco-romaine 
distingue soigneusement la KiOdpcL (kioa|>a en copte) à boîte carrée 



Fig- * 9 - 


(fig. 55 1) ou rectangulaire, de la Xvpot (ou %éhjs)W faite d’une sébile 
de bois ou d’une carapace de tortue (fig. 22) (7 b Pectis et phorminx W 


Pap. Anastasi, IV, 19, 9. 

(2) Cf. al-kinnàrah (arabe). 

W Stèle du Musée du Caire, Journal d’Entrée, n° 866/17. 

(4) Athénée, op. cit., XIV, 636 - 637 - 

(5) La statue de Pindare du Dromos du Sérapeion à Saqqârah (photo M me A. 
Jabès). 

(6) Athénée, op. cit., XIV, 639 .. 

(7) Paysan de la Haute-Egypte, jouant de la lyre (termes populaires : as-simsi- 
miyah et at-tanboûr). D’après un tableau de M me J. Ilickmann. 

(8) Athénée, op. cit., XIV, 635 - 636 . Cf. J. W. Schottlander, Über die Tonali- 
tatskreistheorie auf die Musik der orientalischen Hochkulturen und der Antike 
(.Zeitschrift fur vergleichende Musikwissenschaft III, 3 - 4 , p. 60). 

( 0) Athénée, op. cit., XIV, 697-698. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


609 


représentent des variantes du même type d’instrument, ainsi que la 
lyrophoinix d’origine égyptienne (?) M. Le / 3 dpënov * (2) enfin correspond 
de nouveau a une lyre symétrique qui possède, d’après quelques repré- 



Fig. 9 o. 


sentations grecques (3) 4 5 6 7 8 , une boîte arrondie, malgré que, plus tard, cer¬ 
taines formes du luth aient pris ce nom par une fusion de l’ancien 


(1) Athénée, op. cit., IV, 176. 

Ibidem, IV, 176, 189-183 ; XIV, 635 - 636 . 

Die Musik in Geschichte und Gegenwart, p. 899. 

(4) H. G. Farmer, Reciprocal Influences in Music 'twixt the Far and Middle 
East (Journal de la Royal Asiatic Society, 1934, p. 328 et 33 o); Encycl. of Islam IV, 
985 ; Turkish Instruments of Music in the Seventeenth Century, p. 4 i ; The 
Minstrelsv of the Arabian Nights, p. 96. 


















610 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 



terme grec avec j pour le luth ou la pandoura «barboût» (pahl.) ou 
«barboul» (pers.) (1 b 


O) H. G. Farmer, The Instruments of Music on the Tâq-i Bustân Bas-Reliefs 
(Journal de la R. Asiatic Society , 1988, p. 4 o 5 - 4 06). C. Sachs, Real-Lexikon der 
Musïkinstrumente , p. 3 1. 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPJE ANCIENNE 


Cil 


Une variante très particulière est la lyre géante (fig. 2.3) ^ connue 
en Egypte seulement sous le règne d’Aménophis IV. Instrument éphé¬ 
mère, il a laissé néanmoins une trace dans les documents écrits, le 
terme ne pouvant faire allusion qu’à cette lyre à cause du 

déterminatif caractérisant l’objet. 

Le luth égyptien (fig. 24 ), apport étranger également, le t piyopSov^ 



ou la navSovpcL (de sum. pan-tur) ^ des Grecs, et survivant dans 
le moderne, est resté pendant longtemps sans un terme spécial. 

Les inscriptions faisant allusion au luth ou au nom d’un célèbre luthiste, 
se contentent de représenter l’instrument. C’est ainsi que la stèle d’un 


(1) Fragment de bas-relief découvert à Karnak. De l’époque de Tell el-Àmarna. 
ha photo a été mise très aimablement à notre disposition par M. Chevrier. 

(2) Athénée, op. cit. 

[A) On trouve aussi 7ra vlovpis, iT*i>hovpor ou 7 ravSovpo>, en copte MiixN.xoyrx. 
























012 


BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


luthiste conservée au FitzWilliams Muséum, Cambridge, donne le nom 
et les titres de Pedikhens, fds de Mesemkhebet, chef des luthistes de 
Khons, en écrivant ^7 pour «chef des luthistes» (l) . 

On a abandonné depuis longtemps l’interprétation du signe pour nfr 
comme image du luth Notre hiéroglyphe est toujours marqué d’une 
ou de deux lignes transversales vers l’extrémité supérieure du «manche» 
( l ou J). Or, le luth égyptien n’a jamais possédé de chevilles, le signe 
nfr existe bien avant l’apparition des luths en Egypte, et les représen¬ 
tations ne mentionnent presque jamais une décoration semblable, à 
l’exception d’une scène dans une tombe à Tell el- f Amarna (3) . On ne 
saurait expliquer cette représentation autrement que par une fantaisie de 
l’artiste voulant donner au luth l’aspect du signe nfr , allusion à la 
qualité du son de l’instrument de musique qu’un autre artiste de 
l’Ancien Empire avait faite à propos d’une harpe 

Une expression tardive u u ] 1 ^ représente peut-êlre un apport 
linguistique africain, certains luths signalés récemment portent comme 
nom gingirou ou ginginou Il reste à prouver si ce terme s’appliquait 
déjà aux luths plus anciens du Nouvel Empire. 

Nous avons traité récemment in extenso des termes pour les diffé¬ 
rentes harpes et consigné le résultat de nos recherches dans notre der¬ 
nière communication faite à l’Institut d’Egypte 1 7 U Il est donc inutile 
de reprendre ici le problème dans toute sa complexité et il suffit de 
mentionner que deux termes ont existé, J ^ et pour 

désigner les variantes de la harpe. D’après la liste que nous publions à 
la fin de l’ouvrage mentionné, les harpes cintrées en forme de pelle, 


Nous avons pu étudier ce document intéressant grâce à quelques photos que 
le D r H. W. Muller, Munich, a très aimablement mises à notre disposition. 

& Contrairement à H. G. Farmer, Oriental Studies : mainly musical, p. à9- 5 o. 
W L. I). III, 106, À. Cf. E. Brunner-Traut, op. cit.. fig. 38 . 

(/1) D’après une inscription de Dahchour (Musée du Caire, n° 1778). 
r ’ W. B. V, p. 177. 

(B) M. Griaule-G. Dieterlen, La harpe-luth des Dogon (Journal de la Société des 
Africanistes. XX, 1 9 5 o ). 

(7) Les harpes de l'Egypte pharaonique. Essai d une nouvelle classification 
(Bull, de VInstitut d'Egypte XXXV, Le Caire 1953). 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


613 























































614 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


les harpes en forme de louche, la harpe naviforme portative, la harpe 
à caisse horizontale et quelquefois le trigone étaient désignés par J " ' 
(fîg. 2 5 ) (l) . Le terme d\d\(t) était réservé aux grandes harpes naviformes, 
aux instruments en forme d’arceau ou de croissant (</>) et à certaines 
variantes de harpes angulaires apparaissant dans les scènes musicales 
de Kawa (fîg. 26)^. 


(1) M. Jean Sainte-Fare Garnot, Directeur de l’Institut français d’Archéologie 
orientale, vient de nous signaler, au moment où notre étude va sous presse, un 
détail philologique de toute première importance; nous nous empressons de 
communiquer intégralement cette information, d’autant plus qu’elle a des con¬ 
séquences historiques inestimables et qu’elle vient à l’appui de notre théorie, 
que la harpe cintrée de l’Ancien Empire est un instrument d’origine égyptienne 
(H. Hickmann, Les harpes de VEgypte pharaonique , op. cit., p. 35 1); «Le nom de 
la harpe cintrée est a transcrire, non pas bn.t, mais bin.t. L’existence d’une 
seconde radicale yod est prouvée par les formes coptes roing (S.) [Crum] : 
oycDmi (B.) = bôin.è(t) et les exemples rares, mais très anciens, où elle est 
exprimée par Rappelons que la notation d’un yod médial en contact direct est, 
dans les textes hiéroglyphiques, facultative. Cf. (avec le bilitère mn) corres¬ 
pondant au copte MX6i r 1 (S., A.) = mâin.(éw).» 

Nous sommes arrivé à notre conclusion par des déductions et par des recou¬ 
pements d’ordre organologique et musicologique. Le seul obstacle était le fait 
que l’on avait toujours essayé de rattacher le terme J au sumérien Pan ou 
Ban (ihid., p. 3/19). 

En supposant qu’une migration du terme et de l’instrument aurait eu lieu 
au début de l’Ancien Empire, 011 était arrivé à croire que la harpe était d’ori¬ 
gine sumérienne. Le fait de l’apparition d’un terme comme J (apparenté 
à un mot sumérien quelconque), ne signifie pas, par contre, qu’il s’agisse aussi 
d’une migration de l’instrument. Si nous devons dorénavant considérer J | ' ' 

comme terme basique de la lignée des instruments à cordes les plus importants 
de l’antiquité, terme qui est donc essentiellement différent de sum. Pan, nous 
pouvons clore définitivement toutes les discussions concernant l’origine étran¬ 
gère de la harpe cintrée, en forme de pelle, pourvue d’une caisse de résonance 
dès sa première apparition, sous l’Ancien Empire (IV e et V e dynasties, peut-être 
déjà de la I rp dynastie, cf. J.-Ph. Lauer, Travaux et découvertes à Saqqdrah , Bull, 
de la Société française d’égyptoloffie, 1 5 , 19 54 , p. 16). Cet instrument est, d’après 
ses données organologiques et d’après le terme par lequel nous le connaissons, 
un objet sonore purement égyptien. 

(2) Cf. W.B.. V, p. 533 : dldlwj «harpiste» (XX e dyn.). 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


615 


Objets 

Termes 

égyptiens 

Termes 

grecs et latins f 

Termes 

coptes et arabes 


I 

1 

1 



1 . Instruments idiophoncs. 


Planchettes entrechoquées ( 7 S ) ^ ou 
droites. 


O î ) 
01 
-V) 


Planchettes entrechoquées en 

forme de boomerangs ou en 

forme d’un angle. 

Planchettes entrechoquées 
d une forme indéterminée. j j ^ 

Planchettes entrechoquées en ou -—• 

forme de mains. Castagnettes. I 

Planchettes entrechoquées cour- (-^- 
bées et décorées d’une tête 
de gazelle. 

Hochet. 


Sistre en forme de naos. 
Sistre cintré. 


Partie supérieure du sistre en 
forme de naos. 


Cymbales. 


cf. p. 5 qo 

shm ou ib 
(P © ^ ou 

Uf) 

9 \\ ou 9 9 


(7SICTTÇJ0V 

sis tr uni 






cymbala (aéra, 
vasa aerea, 
vasa aenea). 


K6MKGM 

(moderne) ou 

K y MRXXX 

)\ (jl_ 

m _,î 


(1) Cymbales plates. 

v2) Cymbales en forme de coupes. 



































016 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


Objets 

Termes 

égyptiens 

Termes 
grecs et latins 

Termes 

coptes et arabes 

Cymbale à manche. 



^ » 'A ■ ■ J 1 

Crotales. 


xporaÀa 

crotala 


Cymbalettes. 

Clochette. 


HpëfjijSaÀa 

KÛhtoV 

(tintinnabula, 
nola). 


\I!t 


Clochette en forme d’une fleur 
de lotus (à base hexagonale 
ou carrée). 

ou feî ¥ 
>"*(?) 



II. Inst 

ruinent» membram 

ophones . 


Grand tambour en forme de 
barillet. 

ou rarement 


K6MK6M 

J- Ji 





Terme plus récent pour le même 
instrument. 

Petit tambour en forme de baril¬ 
let. 

-L-(fZ) 

jL«*P ra ¥ 



Tambourin rond. 

^PT<¥ 

/ a ** ^ 

U 0 • * 0 ’ 

TVfJLTTXrOV 

tympanum 

2 CD 6 - 


s ) 



Tambourin rectangulaire. 

(>)— J—J(' ? ) 


(hébr. : toph) 
ÔsXll 

Tambour sur vase. 

T (wO 


.x) î ( 1 ) 


(l) Cf. al-Zehr (C. Sachs, Real-Lexikon, p. 372 b). 


TERMINOLOGIE MUSICALE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE. 


017 


Objets 

Termes 

égyptiens 

Termes 
grecs et latins 

Termes 

coptes et arabes 

III. 

Instruments aéropi 

hones. 


Flûte de Pan. 


(TvpiyÇ 

(2xu)cy pir£ 




o 

+S <JI—i-x.w 





Flûte longue. 

>.iAL. 

pôvavXo> 

&L?Uuil, ^Ljü! 


>= 

(xaXxpos) 


Flûte traversière. 


Calamus obli- 




quus, tibia 




obliqua. 




77A aytzvXo* 


(Flûte traversière avec anneaux 


(j 2 ôp( 2 v^) 


obturateurs). 




Double clarinette. 

^ | 1 ^ ^ 


&2 i . . J1 


H! VV* 




1 1 



Double hautbois. 





(OM=) (1) 




ou V 

-ÆY 1 




1 1 1 



Pipeau, sorte de flûte populaire 

^ ^ m t 


iuUJI 

(« Rohrflôte »). 




Aulos. 


avXôs 


(Aulos avec anneaux obtura¬ 


((BôpfivÇ) 


teurs). 


1 


Trompette. 


crotX 7 uyS (tuba) 

cxxmrx 




y K i —À - Il 

1 

J 




1 • * J 

h’ira j. T1 

1 



Aussi ^ ^ ^ et 








































618 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


0 b j e t s 

Termes 

égyptiens 

Termes 
grecs et latins 

Termes 

coptes et arabes 

Cor. 

Terme connu 

cornu (lituus) 

0 J --11 


seulement par 
les auteurs 
grecs : yyoùrf 

xèpis 


Buccin. 


buccina 


Orgue hydraulique. 


tiâpavAfs 



IV. Instruments cordophones 


Lyre- 

| — \ ^ <® 

xtôdpoL, Àépa 
(XfXvs). Va- 
riantes : pec- 
tis, phorminx, 
èvveà%opàov 

Kyexpx 
(hébr. kinnor) 

if —à—C—J i 

Lyre géante. 

Atltn 


(éthiop. 

bagana) 

Luth. 

U U "j j 

Tpi%ophov, 

TTQlvhovpZ 

MfUNXOypA 

Harpes (cintrées, en forme de 
pelle, de louche, naviformes 
portatives). 

y —'(1) j—^(2) 



Harpes angulaires et harpe an¬ 
gulaire à caisse horizontale. 

J - (J, y—) 

t piycovov 

(vann) 

Harpe naviforme de grande 
taille et harpe en forme d’ar¬ 
ceau. 




Harpe en forme de croissant. 

4 i 



Harpe angulaire tardive. 

LL 


i il 

Petite harpe angulaire. 

sambuca. 



(l) Suivi d’un déterminatif représentant une harpe en forme de pelle. 

Suivi d’un déterminatif représentant une harpe cintrée en forme de louche, posée 
sur un tabouret. 


L’ART SACRÉ 


CHEZ UN PRIMITIF MUSULMAN 1 2 ' 1 

PAU 

BISHR FARÈS 


I. POSITION 

Le Kitàb al-Aghânï ou Livre des Chansons, l’une des œuvres les plus 
étoffées de l’ancienne littérature arabe, a été composé par AbuT-Faradj 
al-Isfahânï, durant la première moitié du x e siècle. Parmi les nom¬ 
breuses copies que nous en possédons, une seule est enluminée. Calli¬ 
graphiée en 61 4 de l’hégire/ 1217-1218 de l’ère chrétienne par 
Muhammad ibn Abl Tâlib al-Badrï, dans une région qui nous demeure 
inconnue, elle comptait vingt volumes à l’origine. Quatre sont conservés 
à la Bibliothèque nationale du Caire ; ce sont les II e , IV e , XI e et XIII e {2) . 
Ce dernier, amputé au début et à la fin, se trouve dépouillé de la minia¬ 
ture qui l’ornait ainsi que du colophon. En tête des trois autres se voit 
une miniature en pleine page, exécutée à la gouache. Les images des II e 
et I\ e volumes avaient été publiées par A. Mousa en iq 3 i ( 3 b Celle du 


(1) Communication présentée en séance publique du lundi 8 février 1954, à 
l’Institut d’Egypte. 

(2) Dâr al-Kutub, adab Quelques feuillets appartenant au III e volume 

avaient glissé parmi ceux du IV e ; ils forment maintenant un fragment à part. 
Pour la description bibliographique du manuscrit, voir Farès, Miniature religieuse, 
infra, chap. 1, 11. 

(3) A. Mousa, Zur Geschichte der islamischen Buchmalerei in Aegypten, le Caire 1 9 3 1, 
pi. XI, XII; texte, p. 38 - 4 o. 

Bulletin de VInstitut d’Égypte 3 t. XXXVI. 


4 9 



































620 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


XI e volume, tirée de l’oubli par moi-même (1) , fit l’objet d’un Mémoire de 
l’Institut d’Egypte^ et permit d’approcher deux courants divergents 
dans l’iconographie arabe-musulmane (3) . Figurant le prophète de l’Islam 
en dispute théologique avec l’évêque et le préfet de la ville chrétienne 
de Nadjrân, elle reproduit un épisode religieux de la première heure. 
Sauvée des multiples catastrophes abattues sur le monde arabe, elle par¬ 
vient jusqu’à nous comme le seul échantillon d’art sacré, antérieur au 
cycle de la peinture persane. 

M. Holter avait signalé, en 1987, deux autres volumes du Kitnb al - 
Aghàrii, le XVII e et le XIX e Recueillis par une bibliothèque d’Istam- 
boul, l’un et l’autre sont également enrichis d’une image liminaire^. 
M. Holter inclinait à les restituer, par voie de comparaison graphique, 
à la copie du Caire. D’après sa no!ice, sur les deux images, le personnage 
principal porte un double brassard où se déroule cette inscription : 

| Xp (jj JJ jX « Badr al-dln Lülü [ibn c Àbd-Allâh]», ce nom 
étant celui de l’atâbek Lu’lu’, administrateur du royaume de Mossoul, 
au moment de l’exécution du manuscrit. 

Comparant le style des cinq miniatures avec le faire de quelques objets 
en cuivre, rangés par les historiens d’art sous la rubrique « Ecole de 
Mossoul», M. Holter, invoquant par ailleurs ladite inscription, assignait 


(1) B. Farès, Une miniature nouvelle de VEcole de Bagdad, datée 61 h hégf 1217- 
1218, figurant le prophète Muhammad, in Bulletin de VInstitut d’Egypte, XXVIII 

(ig 45 -ig& 6 ), p. 259-262, pl. i- 3 . 

(2) Idem, Une miniature religieuse de l’Ecole arabe de Bagdad; son climat, sa structure 
et ses motifs, sa relation avec l’iconographie chrétienne d’Orient, in Mémoires de l’Institut 
d’Egypte, LI, le Caire 19/18. 

(3) Idem, Distinction des deux tendances syrienne et iranienne dans la miniature de 
l’Ecole de Bagdad, in Actes du XXI e congrès des orientalistes, tenu à Paris en juillet 
19/18, Paris 19/19, p. 332 - 333 . 

(4) K. Holter, Die islamischen Miniaturhandschriften vor i 35 o^ in Zentralblatt für 
Bibliothekswesen, LIV, 1/2 (1937), p. i 5 , n° 36 . Idem, Die Galen-Handschrift 
und die Makamen des Hariri der Wiener Nationalbibliothek, in Jahrbuch der kunsthis- 
tonschen Sammlungen in Wien, N. F ., XI (1937), p. 3 7- 3 8, pl. VI (reproduction 
des deux miniatures publiées par À. Mousa). 

(5) Millet Kütüphanesi Feyzullah, n os 1 565 (vol. XIX), i 566 (vol. XVII). 


L’ART SACRÉ. 


621 


au manuscrit une provenance mossoulienne (1) . Mais non sans réserve, 
puisqu’il remarquait une similitude entre les miniatures et certaines ver¬ 
reries agrémentées de figures, attribuées aux ateliers d’Alep (2) . 

Hélas! M. Holter ne fut pas autorisé à publier un spécimen de la cal¬ 
ligraphie des deux volumes d’Istamboul, encore moins les deux images 
qui les décorent. Il était donc hasardeux d’inscrire dans le cadre de mon 
Mémoire ces documents tenus sous le boisseau, d’autant plus qu’ils ne 
renferment ni la date d’achèvement ni le nom du scribe, tous deux mention¬ 
nés dans le colophon du XI e volume, et l’un d’eux, le nom du scribe, 
dans celui du IV e . N’ayant pu, à l’époque, en obtenir des reproductions, 
je me bornai à les signaler ( 3 ), attendant le jour où ils sortiraient de 
l’ombre pour se laisser confronter avec les trois volumes du Caire. 

Peu après, M. Ritter, qui avait attiré l’attention de Holter sur les 
deux volumes d ’Istamboul M, les aborde à la lumière de la notice de 
Holter. Non seulement il les rattache à la bibliothèque de l’atâbek Lu’lu’, 
mais encore il affirme, sans preuve à l’appui, que Lu’lu’ est représenté 
sur les deux images ( 5 L 

A son tour, M. Kiihnel, rendant compte de mon Mémoire, se référé 
aux indications de Holter et va tenir pour certaine la dédicace du manus¬ 
crit à Lu’lu’. Allant plus avant, il suggère ceci : « En face des trois autres 
compositions (les miniatures des IV e , XVII e et XIX e volumes), on se de¬ 
mandera tout simplement si le frontispice du vol. XI (avec Mahomet et les 
deux chrétiens de Nadjrân) ne présente pas, lui aussi, l’atâbeg zenguide 
Badr ad-dîn Lu’lu’, recevant deux dignitaires (6) 7 ». Je pense avoir établi 
la gratuité de cette suggestion, au cours d’une Réponse à M. Kiihnel ^ 7) . 

Puis voici M. Rice qui entre en scène avec une précieuse contribution. 


(,) Holter, Galen, p. 35 , 38 , 42 - 43 . 

(2) Ibid., p. 44 - 45 . 

(3) Farès, Miniature religieuse, p. 6, n. 2. 

(4) Communication de Holter. 

(5) H. Ritter, Philologika, XIII, Arabisehe Handschriften in Anatolien und Istanbul, 
in Oriens, II, 2 (1949), p. 278. Entre temps M.S. Dimand, A Handbook of Muham- 
madan Art, New-York 1947, p. 27, reprenait brièvement la thèse de Holter. 

(6) E. Kühnel, in Oriens, IV, 1 (1951), p. 171-173. 

(7) Farès, in Oriens, V, 2 (1952), p. 36 1- 364 . 

* 9 . 















622 


L’ART SACRÉ. 


623 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

A l’occasion d’un long article consacré au dit Mémoire , il publie les deux 
miniatures d’Istamboul On ne peut que l’en remercier vivement. 
S’inspirant de la déduction de Holter, M. Rice avance ceci : « They (les 
cinq miniatures) were in ail probability made at Mosul where Badr 
ad-dïn Lu’lu’ ruled»; puis il s’empare de la suggestion de Kühnel, afin 
d’atteindre à cette assertion : « It may be assumed that four out of the 
five surviving frontispiece miniatures of the kitàb al-aghônï depict the 
ruler of Mosul (and probable owner of the manuscript), Badr ad-dïn 
Lu’lu’, surrounded by his foliowers» 

Enfin, il est remarquable, aujourd’hui, de voir M. Holter lui-même, 
promoteur de toutes ces hypothèses, celles de Ritter, de Kühnel et de 
Rice, reviser sa propre opinion. En effet, c’est avec discrétion qu’il 
vient d’attribuer le manuscrit à la bibliothèque de Lu’lu’ : apparemment, 
« anscheinend» écrit-il, les volumes parvenus à nous appartinrent à ce 
prince 

11 faut bien soumettre à un éclairage définitif ces miniatures qui re¬ 
flètent admirablement l’art arabe-musulman de la haute époque. L’heure 
est venue, car maintenant qu’elles sont bien alignées sous nos yeux et 
que, par ailleurs, une photocopie des deux volumes d Istamboul est 
enfin accessible au Caire, il est sûr que tous les cinq volumes illustrés 
ressortissent à une seule copie : même disposition et justification^, 
même main (pl. I) technique picturale identique. 


(I) D. S. Rice, The Aghânï Miniatures and Religions Painling in Islam } in The 
Burlington Magazine, XCV (avril î 953), p. 128-1 3 A, pl. 18, 19. 

‘ 2) Ibid., p. i 34 , col. 1 ; 1 33 , col. 1 ; cf. i 3 o, col. 2. 

3) K. Holter, Der Islam, in Ilandbuch der Bibliothekswissenschaft, 2 e édit., Wies- 
baden, 1963, III, 212. Néanmoins, dans une récension de cet ouvrage ( Oriens, 
VII, 1 [1954], p. i 3 o), Ritter refuse la discrétion de l’auteur, pour s’en tenir à 
son opinion première, sans fournir, cette fois encore, une preuve quelconque. 

( ' J) Les dimensions et le nombre de lignes à la page m’ont été communiqués 
par R. Mantran. 

XN ï[° vol., f° 179 b, à Istamboul; à confronter avec trois pages appartenant 
aux IV e et XL volumes, au Caire : F ares, Miniature religieuse , pl. I, II, III. En 
outre, dans Rice, p. 1 33 . confrontation de deux pages liminaires. 


Aussi est-il indispensable, en premier lieu, de scruter la thèse de 
M. Rice, à la fois aboutissement et déroulement des impressions for¬ 
mulées par ses devanciers. En bref, à son avis (p. 1 33 -1 34 ), les cinq 
miniatures sont originaires de Mossoul selon toute probabilité; quatre 
d’entre elles représentent l’atübek Lu’lu’, entouré de ses gens (sur la 
cinquième, celle du II e volume, apparaissent seulement des femmes) ; 
enfin le manuscrit est dédié à Lu’lu’, qui en aurait été le propriétaire. 
D’où, l’image du XI e volume ne traduit point un thème religieux. 

Les arguments de M. Rice se ramènent à des interprétations de don¬ 
nées apparentes : le renom du dédicataire présumé : l’atâbek Lu’lu’ ; le 
nom du scribe : al-Badrî; l’inscription des quatre coins du XVII e volume, 
évoquant en partie le nom du dédicataire; ce même nom, apparais¬ 
sant sur les doubles brassards. Arguments, à première vue, séduisants; 
dans le fait, en surface. 

D’autre part, M. Rice n’a pas manqué de discuter ma présentation de 
la miniature du XI e volume. Il s’est efforcé de réfuter sa relation avec le 
chapitre qui la suit immédiatement. Convaincu que les frontispices con¬ 
nus des ouvrages arabes non scientifiques représentent tous diverses 
scènes « connected with life at court» (1) , M. Rice repousse l’exemple de 
ma présentation, éclairé pourtant par le récit placé à l’entrée du volume. 
Aussi, en face des quatre autres miniatures, celles des II e , IV e , XVII e et 
XIX e volumes, il ne songe pas à parcourir, par curiosité, sinon par scru¬ 
pule, tel premier chapitre. Attitude singulière; le mouvement naturel de 
l’iconographe n’est-il pas de courir interroger le texte calligraphié 
au revers d’une page peinte? 

Ainsi, tout de dehors, l’article de M. Rice m’a amené à rédiger cette 
étude, une analyse externe ; elle se limite à tâter les arguments qui, d’un 
côté se flattent de destiner le manuscrit à Lu’lu’, et d’un autre côté en¬ 
tendent censurer l’exposé de mon Mémoire. 

Une deuxième étude, embrassant les quatre autres miniatures, va 
plus loin. Analyse interne cette fois, elle s’attache à pénétrer les élé¬ 
ments de chaque tableau, à discerner dans leur combinaison, sous la 


(l) Rice, p. 1 33 , col. 2. 




624 


BULLETIN DE L'INSTITUT D'ÉGYPTE. 


rigueur de la technique, un langage : expression de l’ornemaniste qui 
se voit confier un élégant manuscrit ; il en déchiffre les premières pages 
pour fixer, à titre de préface, au moyen d’un vocabulaire graphique et 
plastique, ce qui vient de l’émouvoir, de le hanter. C’est à cette dis¬ 
cipline que je me conformai lorsque je rédigeai mon Mémoire. 

Transgressant les limites assignées à ma communication dans le présent 
Bulletin de notre Institut, cette deuxième étude, également achevée, 
paraîtra bientôt sous ce titre : « Les frontispices du Livre des Chansons, 
enluminé en 61 â de Vhégire». 


Je me hâte d’inscrire ma reconnaissance pour tous ceux qui m'ont aidé au cours de 
1 élaboration de cette étude. Dr. Ahmad Mousa, du «Survey Department, Giza, Egypt», 
à qui nous devons la révélation d’une partie du Kilâb al-Aghànï, s’est appliqué sur ma 
prière, avec un infatigable entrain, à photographier les trois miniatures du Caire au 
procédé infra rouge, pour éclairer la lisibilité de leurs surfaces. M. Robert Mantran, de 
l’Institut français d’Islamboul, a mis une grâce exquise à examiner, sur place, les deux autres 
miniatures, pour m’en retracer avec sûreté quelques éléments éloquents, indéchiffrables ou 
vodés sur les reproductions. Mon ami Osman R. Rostem, professeur d’histoire de l’art à 
l’Université d’Héliopolis, a dessiné la plupart des figures, me prêtant l’appui délicat d’un 
artiste peintre. M. George C. Miles, numismate, a bien voulu vérifier telle référence hors de 
ma portée. M. Adolf Grohmann, enseignant actuellement à l’Université du Caire, n’a pas 
hésité à raffermir, par son talent exercé, mes observations paléographiques. Non moins libéral, 
le docteur Süheyl Unver, directeur de l’Institut d’histoire de la médecine à l’Université 
d Istamboul, m’a adressé, à la dernière minute, un rapport minutieux et décisif sur les in¬ 
scriptions des deux miniatures conservées en cette ville (voir Addenda). 


L’ART SACRÉ. 


625 


II. DESTINATION DU MANUSCRIT 

«Toute œuvre d’art se place dans le temps, elle 
est un moment du temps, et, si elle n’est pas 
définie par lui, elle se trouve au moins dans un 
certain rapport avec ce qui la précède, ce qui 
l’accompagne et ce qui la suit.» 

Henri Focillon 


A. Le dédicataire présumé 

En présence de cette inscription : «Badr al-dln Lu lu ibn * Abd-Attali», cou¬ 
vrant le double brassard du personnage principal, figuré sur le XVII e volume, 
M. Rice, après avoir relevé la date du manuscrit : 61 à de l’hégire! 121 7-1 218, 
écrit ceci (p. i 3 o, col. 2) : « It is clear that these volumes were dedicated 
to the atàbek of Mosul, Badr ad-dîn Lu lu » ; puis il se hâte de présenter 
ainsi ce personnage : « This Armenian was captured while quite young and 

was jirst a slave, then an ojf cer, of Nür ad-dîn Arslànshàh I, the Zengid atâ- 
bek of Mosul ( 58 g-607/11 g 3 -i 21 o). He rose very rapidly in the favour 
of his master and became atàbek (« tutor ») of his sons, al-Malik al-Qâhir c Izz 
ad-dîn Masüd II (aged 1 0) and c Imàd ad-dîn Zengî ( who was even younger). 
On their father’s death lie assumed the regency and became the virtual ruler of 
Mosul in 607/1210. In 63 1 /1233 he became a sovereign in his own 
right, and received an investiture from the Abbassid caliph and the title al-Ma¬ 
lik ar-Rahîm. Until that date he was known only by his name Lu lu and 
his honorific title, Badr ad-dîn (« the full moon of religion»), and, like many 
slaves before him, gave the name of his father (whom he probably never knew) 
as 'Abdallah. Both during his « regency» and sovereignty he was the most 
powerful ruler in Upper Mesopotamia.» 

La présentation s’accompagne de ces quelques références : 

Van Berchem, Monuments et inscriptions de Vatàbek Lu 3 lu de Mossoul, in Orienta- 
lische Studien (Festschrift Theodor Noldeke), Giessen 1906, I, 197-210. D. al- 
Celebî, al-Malik Badr ad-dïn Lu lu . . ., in Sumer (Bagdad), I (19Û6), p. 20-28. 
Rice, The Brasses of B. Lu 9 lu 9 in BSOS, XIII, 3 (1960), p. 627-634, pour y 
rencontrer (p. 627, note 2) : Encycl. de VIslam : art. Lu 3 lu 3 par Sobernheim 
(à corriger : «par Zetterstéen»; Sobernheim ayant rédigé l’article suivant, également 













626 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Lu’lu’, où sont présentés deux autres personnages portant ce nom). C. Cahen, 
La Djazîra au milieu du xnr siècle d’après Ibn Chaddâd, in BEI, 19 34 , I, 
p. 109-128. 

Il convient de compléter la bibliographie de M. Rice et de la mettre à 
jour tout ensemble, avant de réviser sa présentation de Lu’lu’. En effet, 
en tête de cette poignée de références, toutes modernes, plusieurs sources 
originales viennent se ranger. Les voici, sans compter celles qui se ren¬ 
contreront plus loin : 

T. Sources historiques, biographiques et littéraires : 

A. Manuscrits : Ibn Wasiï , Mufarridj al-kurüb, Le Caire, B. N., târîkh 53 1 g (photo¬ 
copie), f° i66«-i 674, 891 (sous presse au Caire). Dhahabï, Siijar an-nubala (cf. 
Blochet, Histoire d’Egypte. .. in Revue de l’Orient latin, VI [1898], p. 467, n° 5 s), 
Le Caire, B. N., târîkh 1 2 1 g 5 (photocopie), XIII, p. 996, 968, 690. Ibn al-Furât, 
Târîkh ad-duwal wa’l-mulük, Le Caire. B. N., târîkh 3 igj (photocopie), V, f° 44 a, 
q 5 a-97 a, 111 a-ii 4 b. Ibn Taghrï birdï, al-Manhal as-sâfî, Le Caire, B. N., 
târîkh iii 3 , III, f° 69 6-71 a. (Pour d’autres manuscrits, consulter C. Cahen, 
Les chroniques arabes concernant la Syrie, l’Egypte et la Mésopotamie ..., in REI, 1986, 
IV, p. 339 suiv. Deux ouvrages d’auteurs tardifs, consacrés à l’histoire de Mossoul : 
Manhal al-amliyâ’ et Munyat al-udaba , sont signalés par K. 'Awwâd, in al-Muqtataf 
[Le Caire], 19 44 , XI, p. 384 - 386 .) 

B. Imprimés : (outre les sources indiquées in El, art. Lu’lu’, notamment : 
al-Kamil d’Ibn al-Athïr et Târîkh ad-dawlah al-atâbakiyah [Histoire des atabeks) 
du même, in Recueil des historiens des Croisades , II, 2) : Abu Shâmah, Dhayl ar- 
rawdatayn, Le Caire, 1947 (texte imparfaitement établi, avec ce titre commercial : 

fr'J)* p- 70, 11 4 , 191, 9o3. Ibn Khallikân, Wafayàt, Le Caire, 

1 3 08,1, 79, 77, II, 19 3 , 209. Abü’l-Faradj, Târîkh mukhtasar ad-duwal, Beyrouth 
1 $9°’ P- ^99, 4 o 4 , 4 o 5 , 4 o 6 , 435 , 456 , 489, 486 (le Chronicon syriacum 
d’Abü’l Faradj, traduit en arabe par Ishac Armalé, est en cours de publication à 
Beyrouth, in al-Mashnq). Ibn as-Sâ'ï, al-DjâinC al-mukhtasar, Bagdad 19 34 , 
IX, 299-300. Ibn al-Fuwatï (?), al-Hawâdith al-djâmi'ah . . . fï’l-mi 3 at as-sâbi'ah , 
Bagdad 1 35 1, p. 79, 92, 9 5 , 99, 100, io 3 , 121, 1 36 , i 43 , 190, 289, 271, 
337, 34 o. Ibn at-Tiqtaqâ, Fakhrî, Paris 1894, p. 7, 22, 65 , 86, 100. Ibn 
Kathïr, al-Ridâyah wa’n-nihâyah, Le Caire 1 358 , XIII, 57, 81, 21 4 . Kutubl, 
Fawât, Le Caire 1299, I, 69, 71, 72. Maqrïzl, Sulük, Le Caire 1934, 1936, I 
(1, 2, 3 ), 121, 172, 201 ; 970, 3 o2, 309, 3 1 5 , 320 , 346 , 398, 4o2, 4 io, 
Ù2i, 46 o. Ibn Taghrï birdï, Nudjnm, Le Caire 1986, 1988, VI, 900, 226, 
267, 298, 999, 3 00, 3 o 5 ; VII, i 5 , 4 o, 60, 70,71. Ibn Iyas, Badâ’V az-zuhür, 
Le Caire 1 3 1 1, I, 91. Ibn al-‘Imàd, Shadharât, Le Caire i 35 i,V, 2 4 , 62, i 43 , 


L ART SACRÉ. 


627 


289. Ahsà’ï, Dîwân, Bombay 1 3 1 o, p. 827-389, 344 - 345 , 347-3 5 o, 4 2 3 - 424 . 

IL Sources épigraphiques : 

A. Textes de construction ; inscriptions mobilières : Siouffi, Inscriptions arabes de 
Mossoul..., Ms., Paris, B. N., arabe 5 1U 2 (photocopie, musée de Mossoul), inscrip¬ 
tions n os 539, 54 1, 542 , 543 , 547. Combe, Sauvaget et Wiet, Répertoire chrono¬ 
logique d’épigraphe arabe (où l’on trouvera à chaque pas maint renvoi), Le Caire, 
1941-1943, XI, n os 4 1 8 0, 4229, /l98 9> 4290 , 4992, 4294, 4295; XII, 
n os 4447-4453, 4455 - 4458 . 

Dalïl târïkhî r alü maivàtin al-âthâr fïl-'Irâq, Bagdad 1953, p. 57-60. G. Wiet, 
Objets en cuivre, Catalogue du Musee arabe, Le Caire 1982 (également là, maint 
renvoi), p. 70 (2, 3 ), 79 (6), 180 ( 7 4 , 7 5 , 76), 278 (76 a). 

B. Légendes de monnaies : W. Marsden, The Oriental Coins, Ancient and 
Modem . . ., Londres 1823, I, 1 64 - 1 7 4 . S. Lane-Poole, Catalogue of the Collec¬ 
tion of Arabie Coins in the Khédivial Library, Londres 1897, P* 344 . A. Diyâ, 
Maskükât islàmiyat taqwïmï, Istamboui i 328, p. 12 3-12 4. G. Edhem, Catalogue 
des monnaies turcomanes, Constantinople 1894, p. io5-no, n os îhoa, i4oè, 
1 4 1 , 1 4 2, 1 44 , 1 46 , i 48 , 1 5 1 , 1 5 3 . B. Lagumina, Catalogo delle monete arabe, 
Palerme 1899, p. 60. S. Sâyigh, Târîkh al-Mawsil, Le Caire 1923, I, 225-227. 

III. Orientalisme : Aux références de Van Berchem, Monuments, p. 197, note 4, 
p. 199, note 1, p. 2 o 5, note 1, p. 209, notes 2, 3 , puis de Wiet, Les Riogra- 
phies du Manhal Safi, MIE, XIX, Le Caire 1932, n° 1944, ajouter celles de B. Farès, 
Le livre de la Thériaque, manuscrit arabe à peintures de la fin du xu e siècle, publica¬ 
tions de 1 Institut français d’Archéologie orientale, Art islamique, II, Le Caire 1953, 
p. 9 5 (notes). 


Pour éclairer davantage la montée de Lu’lu’ (ou Lülù, assourdisse¬ 
ment vocalique de Lu’lu’) sur la scène politique, je publie, ci-après, deux 
passages biographiques du Siyar an-nubala (vol. XIII) d’adh-Dhahabr 
(67.3-748 hég.) : 

jkL) . eli« \ CllU (3*0,11 [p. 268] 

» 

ur*- oUj «Lu. j,*) 

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G28 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


• (j*y) jA> ijüaL-H [p. 620] 

jÀ J6 . ^>U [J/fl] S*~j\ ô/i' j y C>\ÜJ 

^a\æ !3 Aâj^ ,jj) LA? • oj>/ oj.2 ^\âm\ 0 ^-Ac iV -L l^ jy ^Dbr 
A*) Us-/ j)j) U*\îî • OA/J 3)^) ^ 

(,) ... jbJ, 

Précisons maintenant la situation de Lu’liU en 6 i 4 de l’hégire, à la 
lumière des sources précitées, principalement celles qui appartiennent à 
l’époque de Lu’lu’, mort en 657, ou à celle qui la suit-immédiatement : 

Nür ad-dln Arslânshâh I, souverain de Mossoul (589-607), ne cessant 
d’accorder ses faveurs à son esclave arménien Lu’lu’, joli garçon, acheté 
par un tailleur (Ibn Kathlr), le nomme jta «majordome de sa 

maison» et l’élève au rang d’émir (I. al-Athïr, Atabeks; Dhahabl). Nür 
ad-clïn, de son vivant, avait désigné, comme héritier, son fds, al-Qâhir 
(I. al-Athïr, Kâmil). Ce prince naquit en 690 (Ibn Khallikân) (2) . En 
606, il se marie [Kâmil). En 607, Nür ad-dln, sentant ses forces dé¬ 
cliner, confirme la succession d’al-Qâhir, reçoit à cet effet les serments de 
tous les serviteurs de l’Etat et nomme Lu’lu’ administrateur du royaume 
[Atabeks; Kâmil). Al-Qâhir régna non seulement de droit mais aussi 
de fait, témoin le chapitre que lui consacre le mossoulien Ibn al-Athïr 
dans Y Histoire des Atabeks Al-Qâhir meurt en 61 5 , âgé de vingt-cinq 


(1) Il s’agit des deux fils d’al-Qâhir : voici le texte d’AmjVFiDA, Mukhtasar, in 
Recueil des historiens des Croisades, Paris 1872,1, 188 : ÂJLu, J dllil 3y Lij 

_U3 yblüJl pli 1^ aJC-LAI ^^ ^ yi-il A> 

J ** jll iiltc -xS J j ; cf. Ibn Khallikân, I, 77, II, 126. 

(9) Al-Qâhir n’avait pas dix ans, comme le dit Rice, mais bien dix-sept, quand il 
monta sur le trône en 607. Une mauvaise lecture dans Kâmil (année 607) a été la 
source d’une erreur assez répandue. On verra que le fils d’al-Qâhir avait dix ans 
en 61 5 . 

(3} A la mort de Nür ad-dln, «al-Qâhir le remplaça et maintint la bonne orga¬ 
nisation de l’empire. Assis sur le trône, il montra tant d’ardeur pour la gloire, 
tant de zèle pour la justice. Ce prince, que Dieu éternise son règne ! présidait 


L’ART SACRÉ. 


629 


ans. Selon Abü Shâmah, il est secrètement empoisonné par Lu’lu’, qui. 
dévoré d’ambition, était cruel, sanguinaire et perfide (Dhahabl; 
Ibn Taghrl birdl, Manhal) <». Le peuple chérissait al-Qâhir; il le pleura 
à chaudes larmes [Kâmil). Sur son lit de mort, al-Qâhir confie à Lu’lu’ 
la régence et la tutelle de son fils aîné Nür ad-din Arslânshâh II, âgé de 
dix ans [Kâmil; Dhahabl). Lu’lu’ prend alors en mains les rênes du pou¬ 
voir, avec l’assentiment officiel du calife abbasside [Kâmil; Abü’l-Faradj, 
Târlkh) ; le jeune roi meurt rongé d’ulcères, dans la même année, et 
son frère, Nâsir ad-dln Mahmüd, âgé de trois ans, est aussitôt placé 
sur le trône par Lu’lu’ [Kâmil; Ibn Khallikân). C’est durant le règne 
«fictif» de ces deux enfants que Lu’lu’ est «tout» JxJ' ; 

seul à gouverner (Dhahabl, cf. Abu Shâmah) ; il est alors «tout puissant» 
J^U^ Uix -/-“"j affirme Abü’l-Fidâ [Mukhtasar). Du reste, Ibn al- 
Athïr, qui n’ose pas le juger, qui l’encense furieusement et lui dédie 
son Kâmil (Ibn Kathïr), ne le nomme maître de Mossoul J*»/l 
qu’à partir de 619, ainsi que l’a déjà signalé Van Berchem Appli¬ 
qué à le magnifier dans son Histoire des Atabeks . il donne pourtant la 
place d honneui a al-Qâhir; car Lu lu « est au service de ce seigneur» 
jâül ciiiil J/J J (p. 374). Et rien dans le Kâmil, au cours des 
événements antérieurs à 6 1 5 , ne trahit la domination de ce serviteur. 

En un mot, c’est bien à partir de 6 i 5 , et non de 607, que Lu’lu’, 
tuteur d’un roi en bas âge, devient « the Virtual ruler of Mosul». D’autre 
part, son pouvoir, quoi qu’en dise M. Rice, ne s’affermit qu’après cette 
date-là, au prix de luttes [Kâmil) Plus tard, s’emparant du trône, 


un jour la cour souveraine, etc. etc.» ( Atabeks, p. 371, traduction française par 
de Slane). 

(1) L’ingratitude de Lu’lu’ envers la progéniture de son maître Nür ad-dïn est 
confirmée par Ibn KathIr, XIII, 2i4 : JQIj j*- ^ Jp Jj, ^ 

âIj -01 et par al-Aynï, dans 'Iqd al-djumàn, ms : oillJ ;>Yj! <Jp f 

p+kü : addition in Ibn Taghrï birdï, Nudjùm, VU, 657, rectifier là la date 
de la mort d’al-Qâhir : 61 5 et non 61 4 , cf. ïbid., VI, 2 25 . 

(9) Van Berchem, Monuments, p. 197, n. 4 . 

(8) Cf. EncycL de l’Islam, édit, fr., III, 4 i- 42 ; comp. Van Berchem, op. cit 
p. 197, n. 4 . 













G30 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


après avoir fait étrangler Mahmüd dans un bain surchauffé, selon Abü 
Shâmah, il accroît son renom, surnommé par les gens de Mossoul : 
^jtXW « tige d’or» (Ibn Kathlr ; Dhahabl)^. 

Le petit coup de pouce de M. Rice a l’ambition de nous suggérer que 
Lu’lu’, omnipotent en 61 4 , se plaît à se faire représenter, en majesté, 
sur des images de dédicace, dans diverses scènes « connectée! with life 
at court » (Rice, p. i 33 , col. 1, 2). 

Passons outre à cette liberté prise avec les données de l’histoire et 
posons cette simple question : Qu’est-ce qui prouve que le nom inscrit 
sur le brassard — argument de base de M. Rice —, à savoir : Badr ad-dln 
Lülïï ibn c Abd-Allâh, désigne expressément le personnage qui adminis¬ 
trait le royaume de Mossoul en 6 i 4 ? Aucune mention, même vague, ne 
le justifie, au cours des cinq volumes entiers qui nous sont parvenus. 
Simple supposition, donc! Or ce nom-là est loin d’être isolé dans l’ono¬ 
mastique musulmane. Ibn Taghrl birdl, dans son recueil biographique 
inédit, au seuil de l’article : «Lu’lu’ ibn c Abd-Allâh» annonce ceci : 
SjvSf 4.) U.A cJl* «Je dis : ce nom a été porté par 

une foule de gens» {2) . Mais comme son recueil ne comprend que 
les individus décédés après l’année 65 o, il se contente, à titre 
d’exemple, de citer quatre personnages, morts avant cette date : 

\sj\ y* o U J ^ (j*J Ja ffi 

. J -L*) y 4 

Mais parmi ceux qui sont décédés après cette date, nous repérons trois 
personnages , morts respectivement en 695, 742 et 821 hég., dotés du 
surnom Badr ad-dln, tout comme notre Lu’lu’. Et ce n’est pas tout; ils 
sont tous émirs et ils ont tous occupé de hauts postes dans l’adminis¬ 
tration mamlouke syro-égyptienne ( (l) * 3 b 

(l) Pour la date de la mort de Mahmüd, apparemment incertaine, voir Van 
Berchem, op. cit ., p. 197, n. 4 . AbûVFaradj, Tàrlkh, p. 435 , place le décès de 
Mahmüd en l’année 63 1 ; cf. de Zambaur, Manuel de généalogie et de chronologie, 
Hanovre 1927, p. 226. 

Ibn Taghrï rirdI, Manhal, III, 69 b. 

(3) Ibid. III, 70 b- 71 a; cf. Wiet, Biographies, n os 1946-1948. 


L’ART SACRÉ. 


631 


Rien n’empêche la présence d’homonymes de 61 4 à 65 o : Lu’lu’ 
[perle) était un nom donné couramment aux esclaves. Quant à Ibn 
c Abd-Allüh, ces mêmes esclaves, voulant se conformer à la coutume arabe, 
« attribuaient presque toujours au père inconnu ce nom musulman par 
excellence»^). Il reste Badr ad-dïn [pleine lune de la religion ), surnom que 
les lecteurs familiers avec les annalistes et biographes musulmans re¬ 
trouvent presque à chaque pas. Enfin, les esclaves, destinés au service 
de l’Etat, étaient appelés à devenir émirs et administrateurs, tout comme 
notre Lu’lu’. Et puis, il n’y a pas que les dignitaires. Ibn Hadjar cite, 
de son côté, trois Lu’lu’ ibn e Abd-Allàh (sans surnoms), tous hommes de 
loi, morts au vm e siècle de l’hégire^. Et l’inscription du double brassard 
a pu être tracée par ou pour n’importe quel Badr ad-dln Lu’lu’ ibn 
c Abd~x 411 âh. En effet, elle se trouve démunie de tout titre distinctif 
d’honneur ou de fonction. La porte est donc largement ouverte à une 
série de conjectures. 

Pour terminer, cette façon de glisser du général au particulier 
sans s’appuyer sur des indices probants, la discipline de l’esprit enquê¬ 
teur répugne à s’en accomoder. 

B. Le nom du Scribe 

M. Rice, sans Vombre d une hésitation, affirme ceci (p. i 33 , col. i) : 
Le scribe s appelle Muhammad ibn Abi Tâlîb al-Badri. Al-Badri, nom-adjectif 
de relation (nisbah), se rapporte « manifestement » à Badr ad-dln, titre honori- 
jujue (surnom) de Lu lu . 

En principe, les relatifs, en langue arabe, forment l’un des chapitres 
les plus subtils de la morphologie. Il convient de les aborder avec pru¬ 
dence, et là j’aime à citer l’exemple de Van Berchem. En présence d’un 
cas analogue à celui qui nous occupe, cet orientaliste scrupuleux, admi¬ 
rablement exercé dans le secteur de la nisbah nous prévient que badrl, 


(î) Van Berchem, CIA, Paris 1903, I, 84 . 

(î; Ibn Hadjar, ad-Durar al-kâminah, Haydar Âbâd Dikin i 348 , III, 274, 
n os 719-721. 

^ Cf. Van Berchem, CIA, I, 76-77, 43 1- 456 . 










632 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


formé sur la première partie du surnom Badr ad-dïn, peut désigner 
un serviteur appartenant à Badr ad-dïn Lu Tu’ et peut se donner tout 
simplement comme « un relatif formel, désignant un personnage quel¬ 
conque appelé badri, forme vulgaire du surnom Badr ad-dln (porté par 
ce personnage)» {1) . Cet argument ne sera pas invoqué ci-après. 

Pour un instant, je veux me conformer à la conception ex abrupto de 
M. Rice, savoir : badri exprime exclusivement une relation d’appartenance : 

Tout d’abord, pourquoi la relation irait-elle au scribe : Muhammad 
et non à son père ; AbüTàlib^? Admettons-le. Notre scribe serait 
alors un esclave ou un serviteur. Or, en l’espèce, rien ne prouve que 
son propriétaire ou son maître soit Badr ad-dïn Lu’lu’, administrateur 
de Mossoul : 

Le relatif badri peut dériver directement de Badr (ou al-Badr), nom 
propre très fréquent dans la société arabe et arabisée depuis l’antéislam 
jusqu’à nos jours, ou aussi d’Abü’l-Badr, autre nom propre, composé 
cette fois ; comme il peut dériver de Badr ad-dïn (je néglige Badr ad- 
dawlah), surnom fort répandu. Et maintenant, faut-il rappeler l’existence 
d’une légion de calligraphes que s’attachaient volontiers, outre le calife 
et ses feudataires, gouverneurs et lieutenants, bibliophiles, savants, 
mécènes et libraires?^. Et dans le tas, que de Badr et d’Abü’l-Badr, 
que de Badr ad-dïn! Je ne veux citer qu’un seul cas. Il tombe dans 
1 année même où fut copié notre manuscrit : Il s’agit de Badr ad-dïn 
Muhammad ibn al-Hakkàrï, l’un des plus éminents émirs de la Syrie 
ayyoubide, mort en ramadan, neuvième mois de l’an 6i4A 4 ). Encore 


(1) Idem, Monuments, p. 206, 11. 1. 

^ Consulter DhahabT, al-Mukhtasar al-muhtâdjilayhi .... Bagdad 19 5 1, n* s 290,296. 

(3) Quelques exemples se trouvent dans Pu. Tarrâzî, Khazâ’in al-kutub al-'arabiyah 
fil-khâfiqayn, Beyrouth 19/18, III, 819-822, 838 suiv., 855 - 857 , 898-900 ; 
K. 'Awwâd, Khazain al-kutub al-qadïrnah JYl-'Iràq . . ., Bagdad 19/18, p. 17 suiv.; 
À. Shàlabï, Târikh at-tarbiyah al-islâmiyah, Beyrouth 1954, 1 45 - 186; cf. Holter, 
Der Islam, op. cil., p. 92-93. Le goût des livres chez les Arabes, épris de culture, 
amena la formation d’«une foule de copistes habiles, de calligraphes distingués» 
(E. Quatre mère, Mémoire sur le goût des livres chez les Orientaux, in JA, 3 e série, VI 
[1 838 ], p. 38 .) 

(4) Abu Shâmah, Dhayl, io2-io 3, 108; cf. Ibn Tagiirï birdT, Nudjüm, VI, 221. 


L'ART SACRÉ. 


633 


plus, cet émir avait fondé, à Jérusalem, en 610, une école appellée, 
d’après la première partie de son surnom, al-madrasah al-badriyah^\ 
et nous n’ignorons pas que les madrasas, s’étendant sur la totalité 
du territoire musulman, dès le vi e siècle de l’hégire 1 (2) , avaient leurs 
scribes (3) 4 . Le nôtre a bien pu œuvrer dans le scriptorium de la Badriyah. 
Peut-on affirmer le contraire? 

Pour qu’al-Badrï se rattachât spécialement à Badr ad-dïn Lu Tu’, 
administrateur de Mossoul en 61 4 , il eût fallu le témoignage d’une 
mention complémentaire^. Le scribe eût pu adopter une seconde relation 
d’appartenance, par exemple : al-lu lu T (serviteur de Lu Tu’). 

Ce deuxième relatif, engendré par le nom propre du seigneur ( 5) , eût ren¬ 
contré un parallèle en un relatif porté précisément par un calligraphe, 
mort en 618, Abü’d-Durr Yâqüt al-malikl (non al-malaki ), ce malikl 
dérivant du nom personnel du sultan seldjoukide Malik-Shâh II, maître 
de ce Yâqüt ( 6 L Ou bien, au lieu de luluî, un autre relatif, formé cette 
fois sur un titre du maître, eût pu figurer, tel que : amlri, Lu Tu’ étant 
amïr (émïr) à cette date, selon Ibn al-Athïr et Dhahabï. Lu Tu’, une fois 
roi, ses serviteurs et fonctionnaires porteront ce double relatif : al-badrl, 
al-malakî, ce dernier se rapportant au titre de malik, c. à d. roi^. 

D autre part, il est de règle qu’un manuscrit exécuté pour un sei¬ 
gneur musulman contienne un ex-libris qui signale explicitement la 


(1) Mudjir ad-dïn, al-Uns al-djalil bi-târikh al-Quds ma’l-Khalïl, Le Caire 1 2 83 , 

II, 3 9 8 . 

(2) Van Bercuem, CIA, I, 260 suiv. 

(3) ShalabT, op . cit., p. i 46 . 

(4) Ainsi, à la même époque, à Damas, on rencontre OjjuJA <>_j aJI 
dérivant de Badr ad-dïn Hasan, surnom et nom (Abu Siiâmah, Dhayl, p. i 34 , 195). 

(5i Dérivation courante, cf. Van Berchem, CIA, I, 76. 

(<S) Ibn Khâllikân, Wafayât, II, 274; Ibn Taghrï birdï, Manhal, 111 , 3 q 5 b; 
Ibn al-Imâd, Shadharât, V, 83 ; Hüart, Les calligraphes et les miniaturistes de VOrient 
musulman, Paris 1908, p. 83 . 

(7 ' Répertoire d’épigraphie arabe, XI, 191-192, n os 4291, 4293; XII, 43 , 
n° 4459 1 MTet, Objets en cuivre, p. 1 79, n° 72 ; Rice, Studies in Islamic Métal Work, 

III, in BSOS, XV, 2 (1953), p. 2 34 (où il faut rectifier al-maliki par al-malaki). 
— Quand le texte de construction renferme déjà le nom de Lu’lu’, seul le relatif 
badri apparaît {Répertoire, XI, 1 53 , n° 4229). 














634 


BULLETIN DE LTNST 1 TUT D’ÉGYPTE. 


destination de l’ouvrage : ... ^j ... ... iîlji* (D # La 

bibliothèque de Lu’lu’, dont nous apprenons l’existence par recoupe¬ 
ment (2) 3 , ne pouvait échapper à cette règle, laquelle, du reste, était 
en honneur au temps de Nür ad-dln Arslânshâh I, maître de Lu’lu’ W. 
Or dans les pages préliminaires" de nos cinq volumes ne ligure aucune 
mention dédiant le manuscrit à Lu’Ju’ ou à quiconque. Elle eût été 
pourtant bien venue au revers de l’une des cinq miniatures. En effet, 
deux manuscrits de l'époque : la Thériaque de Paris, datée 5 99 et un 
Dioscoride de l’an 626, au Musée de Topkapi à Istamboul, portent 
chacun une dédicace venant tout de suite après les frontispices W. 

La mention n’apparaît pas davantage dans les colophons. J’ai déjà 
publié celui du XI e volume ^ ; à la planche I se montre celui du XVII e , 
et voici la formule, de surcroît verbeuse, qui termine le IV e : 

Uj <jr jAlk)\ à]\ j AjJ jg. li-Lw o-\>-j 

fjj\ y jg. J^j]\ y* «Olî 

^ c/ \+k\ J j j j£- lkÀ**u LU. (J\jù d) 

. \J£ 

(1) Les exemples abondent, on le sait, et parfois les manuscrits sont ornés de 
peintures : cf. Arnold et Grohmann, The Islande Book, Londres 1929, pl. 19. 
G. Wiet, Deux manuscrits égyptiens à TExposition d'art persan de Londres , in Bulletin 
de l Institut d Egypte, XIII (1981), p. 99; Binyon, Wilkinson et Gray, Persian 
Miniature Paint in g, Londres 1988, p. 4 2, n° 98; Hitti, Faris et c Abd-al-Malik, 
G arrêt Collection of Arabie Manuscripts, Princeton 1988, n os 63 o, 968, 1066; 
S. Lnver, Istanbulda Dioscorides Eserleri, Istamboul 19/1/1, p. 1 li , fïg. 8 ; Farès, 
Thériaque, p. 8-9, pl. 5 . Consulter le récent catalogue des MSS. arabes photo¬ 
graphiés par les soins de la Ligue Arabe : F. as-Sayyid, Films al-makhtûtàt ah 
'arabiyah . . ., Le Caire 196/1, I, p. 4 o 8 , n° 3s; 499, 71; 432 , 100; 434 , 

1 08 ; 4 35 , 1 21 ; etc. : exemples à profusion. 

( ) Grâce à une allusion chez Abüd-Faradj ; cf. c Awwâd, op. cit., p. 129. 

(3) Un traité sur les poisons, calligraphié pour la bibliothèque de ce prince, 
mort en 607 : C A. Mijkhlis, Kitâb as-sumüm . . in Lughat al-'arab (Bagdad), 
IX (1981), p. 483 ; cf. c Awwâd, op. cit., p. 128. 

Farès, Thériaque, loc. cit. Ünver, loc. cit. 

’’ Farès, Miniature religieuse, pl. II. 


L’ART SACRÉ. 


635 


Il 11’est pas étonnant de découvrir à la fin d’un ouvrage une notice 
qui le destine à un seigneur (l) , ou une indication qui permet d’identi¬ 
fier le maître du scripteur, surtout quand le maître gouverne : Exac¬ 
tement dix ans après l’exécution de notre manuscrit, un scribe achève 
la copie d’un Memento de jurisprudence par ces mots : « Transcrit par 
l’esclave muazzami (= appartenant à Mu'azzam), Ahmad ibn Muham¬ 
mad ibn al-Husayn ibn Tamlm at-Tamïmï, dans la ville de Damas, bien 
gardée tant que vivra son souverain...». C’est là la copie personnelle 
du sultan ayyoubide al-malik al-Muazzam c Isa, qui régna à Damas de 
6 1 5 à 624 (1218-1 227) (-L 

Ceci dit, abandonnons la conception ex abrupto de M. Rice et tour¬ 
nons-nous vers le dynamisme des mots, afin d’apercevoir les divers rap¬ 
ports qu’un relatif donné peut impliquer : 

Badrl n’exprime pas nécessairement une relation d’appartenance. Loin 
de là! Il se présente bien comme un relatif d’origine. En effet, à con¬ 
sulter les recueils des noms-adjectifs de relation, on rencontre à l’article 
Badrl mainte source de dénomination, géographique ou généalogique : 

Le célèbre historien Ibn al-Athïr mort en l’an 63 o de l’hégire/ 
1282, et par là contemporain de notre manuscrit, nous renseigne, 
avec des exemples à l’appui, que Badrl dérive de ces deux localités : 
a) Badr, entre la Mecque et Médine ; b) Badriyah, quartier de Bagdad, 
duquel tirent leur nom ethnique «quantité de gens» \^\ , 

entre autres : le poète Husayn ibn Muhammad al-Badrï acl-Dabbàs, 
mort en 524 de 1 hégire. Je cite, de mon côté, l’ascète hanbalite, 
Yahyà ibn al-Muzaffar al-Badrï, mort en 607, originaire de Badriyah 14 h 


Exemples : Wiet, op. cit., p. 9 4 ; Binyon, W. et G., op. cit., p. 44 , n° 24 . 
Sur un traité d’astrologie, enluminé au xv e siècle, Paris, B. N., arabe 5 o 36 (Hol- 
ter, Islam. Miniat., A, c), la destination du manuscrit est indiquée au début 
et aussi à la fin du volume : dL £)l ... pkUYI dtlll à;1 jL o J ^aJl ©Aa . 

(2) Hitti , F. et A., op. cit., n° 1708. Pour l’adjectif al-mamlük (esclave) qualifiant 
le scribe, voir F. as-Sayyïd, op. cit., I, p. 620, 726; 53q, 84 o; 553, 38 . 

l3) Ibn al-AthIr, al-Lubâb fl tahdhïb ahansàb, Le Caire 1 367, I, 102-108; cf. 
Sam'ânï, Ansâb, Leyde-Londres 1912, p. 68 b. 

(4) Ibn àl-Imâd, Shadharât, V, 3 i. 

Bulletin de lTnstitut d 9 Égypte, l. XXXVI. 


5 o 













636 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Ce lieu existait encore à Bagdad au commencement du vn e siècle/xin e 
de notre ère Il y a lieu enfin d’évoquer cinq autres localités 
appellées Badr®\ auxquelles il faut ajouter Bâb Badr à Bagdad, mentionné 
dans les chroniques de ce temps-là®; toutes susceptibles d’engendrer 
al-badrï . 

Badrl, à interroger encore une fois Ibn al-Athïr, dérive de Badr : 
a ) nom d’un quelconque aïeul, appelé ainsi; b) nom d’un certain clan. 
Ici, il faut ajouter un autre clan de même nom, cité par l’auteur du 
Tâdj al c arüs ; à ce dernier clan appartient le docteur shâfi'ite damas- 
quin f Abd ar-Rahmân . . . ibn Sibâ c al-Badrï al-Fazârï, né en 624 ®. 

Et al-Badrï, relatif d’origine et non d’appartenance à qui que ce soit, 
rejoint les noms-adjectifs de relation qui pullulent dans les signatures 
des divers artisans, sur les objets mobiliers et les constructions. A nous 
restreindre aux scribes, des premiers temps jusqu’à l’aube de la période 
moderne, on rencontre ici et là toutes sortes de relatifs d’origine. Je re¬ 
lève ceux-ci : mi§rï, bâlisï, dimashqf, mawsilï, wàsitï; puis bakrï c alawï, 
'uqaylï ; puis rümï, arinanl, kurdï ; ils appartiennent à la première moitié 
du vii e siècle. 

En résumé, rien ne certifie que notre scribe fût au service de Lu lu’, 
dont le surnom Badr ad-dïn était en circulation dans toutes les contrées 
musulmanes. De plus, on a vu que le relatif badrl est engendré d’abord 
par plus d’un Badr, nom de personne et nom de lieu, ensuite par Badri- 
yah, à Bagdad, etc. Aussi, dire tout simplement : « The nisba of the 
scribe, al-Badrï obviously refers lo Badr ad-dïn, the hononfc tille of Lu lu » 
n’est rien de moins qu’une affirmation gratuite. Hâtive, elle ignore les 
possibilités de l’un des mécanismes de la grammaire arabe, justifiées par 
les données irréfutables de l’histoire. 


(1) Ibis as-Sâï, Djâmï, p. 190, 2*27. Ibn al-FuwatI, llawàdith, p. 2, 89, 90, 128. 

(2) Tâdj al-arüs, III, 3à. 

Ibn as-Sâ'ï, Djâ 7 ni p. 119, 1 45 , 168, 3 3 1 ; Abu Shâmaii, Dhatjl, p. 65 , 
85 . Ibn al-Fuwatî, llawàdith, p. 3 1, 36 . 

(4) Tâdj al-arüs, III, 34 ; Ibn Shàkir, Fawât, I, 260 ; Ibn Taghrï birdI, Manhal, 
II, 284 a; cf. Wiet, Biographies, n° i356. 


L’ART SACRÉ. 


637 


Puisse cette mise au point recommander la précaution en présence 
d’un relatif qui pourrait naître d’un élément de titulature seigneuriale. 
Badrl n’est pas un cas curieux : Sâlihï, Kâmilï, puis Fakhrî, Shamsl, 
par exemple, ne proviennent pas exclusivement des épithètes princières : 
Sâlih, Kami!, ou bien des surnoms honorifiques : Fakhr ad-dïn, Shams 
ad-dïn. On doit particulièrement se défier, lorsque le nom propre qui 
précède un tel relatif ne dénonce pas une origine étrangère, et pareille 
origine ne transparaît pas dans le cas qui nous occupe. 


C. L’Inscription des Quatre Coins 

Après avoir reproduit T inscription du double brassard du XVII e volume : 
« Badr al-dln Lülü ibn 'Abd-Allah » , M. Bice affirme ceci (p . 1 3o, col . 2) : 
« The same text is repeaied in white letters on gold ground in the four corners 
of the ornamented frame which encloses the composition.)) 

Devoir corriger la lecture de M. Rice me fait à la vérité quelque peine. 
Voici exactement ce qu’on lit, de droite à gauche, sur les quatre coins 
du bandeau en forme de tresse (pl. Il, cf. Addenda, fig. 6) : 

( al-d~m) — 2 Û) [Badr) jX —- 1 

( c Abd-Allah) 4$ Xt — 4 [ibn) — 3 

Le coin n° 2 , visiblement taché, et par là ne se présentant pas sur la 
reproduction photographique en une netteté suffisante pour un déchiffre¬ 
ment satisfaisant, je fis appel à la bonne volonté de M. Robert Man- 
tran. Sur place, à Istamboul, il retraça l’inscription entière, pour me 
la faire parvenir, accompagnée de cette note : « Il n’est pas possible 
que ce coin n° 2 contienne à la fois J J et <j. Il faut lire seulement : 

ùM'*- 

Je ne puis cacher mon étonnement. Comment M. Rice, qui, selon sa 
propre déclaration (p. i3o, col. 2 , note 1 ), fréquenta les bibliothèques 
d’Istamboul avant de rédiger son article, a-t-il pu lire le mot lülü, dans 


Ce mot pourrait être lu : bahr ; mais le mot qui lui fait pendant, à savoir : 
al-dln, réclame badr, pour former ce surnom : Badr ad-dïn. 


00. 














638 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


l’un des quatre coins du bandeau, — mot indispensable pour que l’in¬ 
scription de ces coins répète le même texte que celui du double brassard? 

Il ne fait plus l’ombre d’un doute que M. Rice enrichit ladite in¬ 
scription, en ajoutant, de son cru, le mot lülü. Et voilà un second coup 
de pouce, un peu trop sensible cette fois. L’intention de M. Rice, aisé¬ 
ment, se laisse percer : il faut coûte que coûte que le texte du bandeau 
corrobore et authentifie celui du double brassard, lequel renferme : lülü, 
car Lülü est bien le nom de l’administrateur du royaume de Mossoul, et 
sous ce nom-là — M. Rice ne l’ignore pas sans doute —notre homme s’est 
illustré dans l’histoire musulmane du vn e siècle de l’hégire. 

Par scrupule, j’ai fait le tour d’une foule de sources d’information, 
pour dépister « Badr ad-clln ibn f Àbd-Àllâh», sans Lu lu avant ibn. Aux 
sources alignées plus haut, s’ajoutèrent, pour ce faire, deux chroniques : 
le Mukhtasar d’Abü’l-Fidâ et les c Ibar d’Ibn Khaldünh). Eh bien ! à toutes 
les étapes de la longue carrière politique de l’intéressé, je n’ai point 
rencontré cette formule tronquée : ni chez les historiens et biographes, 
dont certains lui sont contemporains et même concitoyens ; ni sur les in¬ 
scriptions mobilières; ni au cours des textes de construction. Voici les 
formules qui reviennent inlassablement : Badr ad-dln Lu’lu’ ; Badr 
ad-dln ou Lu’lu’, maître de Mossoul, ou atâbek ; Badr ad-dïn, tout 
court, ou bien Lu’lu’ ou Lülü, quand le contexte le détermine. La for¬ 
mule tronquée n’apparaît pas une seule fois sur les légendes des 
monnaies frappées au nom de ce personnage, devenu roi en 63 i (2) , 
légendes consignées dans les recueils cités plus haut, auxquels il faut 
joindre maintenant le magistral Catalogue of Oriental Coins in the British 
Muséum de Stanley Lane-Poole. Hors de ma portée, M. George G. Miles, 
sur ma prière, le consulte, pour m’écrire : « I hâve looked up my file 
of the coins of Badr al-dïn Lülü (which includes the Lane-Poole Cata¬ 
logue of the British Muséum, etc., etc.), and I find no occurrence of 
j-k or X*c f jî ». 

Enfin, lorsque, d’aventure, le nom du père de Lu’lu’ est cité' * * 3 *, Lu’lu’ 

(,) Citées in Encyel. de VIslam, article Lu lu 9 . 

(2; Chez certains auteurs : 63 o. 

(3) Répertoire d'épigraphie arabe, XI, n° 4 180; XII, u os 4289, 49.9/1, 4447, 
445 s, 4458 . Ibn TaghrT bird! Nudjüm, VII, 70. 


L’ART SACRÉ. 


630 


le précède toujours; ainsi : Lu’lu’ ibn c Abd-AHâh, ou : Badr ad-dïn 
Lu’lu’ ibn c Abd-Allàh. Aucune exception. 

L’inscription des quatre coins, telle qu’elle doit se lire : Badr al-din ibn 
Abd-Allàh, ne concorde donc pas avec les citations historiques et épi¬ 
graphiques. 

Il est évident que l’auteur de l’inscription avait toute latitude pour tracer 
le mot lülü, dans deux cases au moins. En effet, au lieu d’encombrer le 
coin n° 1 de l’énorme dâl de badr, il aurait pu tracer un dâl normal, 
tout comme celui du mot 'abd au coin n° 4, afin de loger, près de badr, 
le mot al-dm qui occupe le coin n° 9 ; ce dernier coin aurait alors accueilli 
le mot lülü. Ou bien, il aurait pu, sans gêne, inscrire lülü, avant ibn, 
dans le coin inférieur n° 3 et supprimer, selon la règle orthographique, 
Yalif de , gagnant ainsi un espace. D’ailleurs le mot composé abd- 
allah est bien casé, tout entier, sans peine, dans un seul coin (n° 4). 

Voilà pour nous assurer que les quatre mots ne sont pas destinés à 
l’administrateur du royaume de Mossoul. Qui désignent-ils donc? Pour 
le savoir, il faut se demander qui les a tracés. Ce 11 ’est pas le scribe, 
al-Badrï, à comparer l’inscription avec rien que deux ou trois lignes du 
manuscrit (pl. 1). Ce n’est pas, non plus, un calligraphe de métier, car 
nous le voyons prendre quelque liberté avec le style des caractères : en 
haut, jJj est coufique, ^x)\ serait plutôt en nakhî ; en bas, balance 
entre ces deux sortes d’écriture, alors que «iïû -Le vire au coufique avec 
un dâl tout différent de celui de jX>. Il n’empêche que les trois mots 
lisibles accusent une élégance soignée. Sur un fond d’or, me confirme 
M. Mantran, les contours sont tracés à la plume et les corps des lettres 
sont remplis en blanc, à la gouache ; procédé de peintre, que nous re¬ 
trouvons dans les bordures décorées de ce même manuscrit. 

Et voici M. Mantran qui me met définitivement sur la voie : «Les 
inscriptions des quatre coins, m’écrit-il, sont logées dans un espace spé¬ 
cialement aménagé et me semblent originales. Leur emplacement est bien 
délimité à chaque coin du cadre. Le dessin linéaire de la bordure con¬ 
tinue sans rature et il a été fait d’un seul trait.» (Cf. pl. II et fig. 6). 

C’est l’ornemaniste, auteur de la bordure et de l’image entière, qui 
a réservé cet espace, dans le but d’y inscrire un nom. Je dis qu’il a 














640 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


couché, là, sa signature, comme en passant, puisque les coins des ban¬ 
deaux des quatre autres images en sont dépourvus. L’aurait-il apposée 
sur l’une des quinze autres images disparues de ce même manuscrit? (t) 

En effet, une signature de peintre se montre fort rarement dans les 
manuscrits arabes enluminés^. Est-ce parce que l’enluminure a été ré¬ 
duite à servir humblement la calligraphie, art majeur en Islam, ainsi que 
d’aucuns l’affirment? Quoi qu’il en soit, voilà qui, je pense, vient jus¬ 
tifier mon opinion : sur une miniature ressortissant également à l’Ecole 
de Bagdad, j’ai lu, sur la coque d’un navire, la date du manuscrit : 
619 de l’hégire/1 222-12^3, et les lettres, tracées en blanc, à la gou¬ 
ache, sûrement par le miniaturiste, oscillent tout comme celles de notre 
inscription, entre le coufique et le naskhi ^ 3) . Ensuite, sortant de la même 
lignée, une image, à placer au début du xiv e siècle, est surmontée d’un 
large bandeau, où le peintre calligraphie, en un superbe coufique, son 
nom : JLc. L $j\p «façon de Ghâzl, fils de 

c Abd ar-Rahmân, le damasquin». Le procédé ressemble à celui de notre 
inscription : les contours sont dessinés à la plume et les corps des 
lettres reçoivent une couleur qui m’échappe Enfin, le Hariri de 
Vienne, daté 735/1 334 , mérite d’être cité. Sur une foule de brassards 
et de bandeaux de draperie, ce manuscrit exhibe tour à tour une déco¬ 
ration florale et un ornement linéaire. Celui-ci comprend des lettres en 
pseudo-nas&A?" où reviennent avec insistance Valif et le lâm alif. Dues 
au pinceau du miniaturiste (fig. 1, le frontispice), ces lettres s’enlèvent 

(1) Dans un Catalogue des étoiles, rédigé en arabe, achevé l’an 700 en Egypte 
et orné de plusieurs figures (Paris, B. N., arabe 2 583 ), le peintre, Qanbar c Alï 
de Shïrâz, révèle son nom seulement au folio 2 a (Voir E. Blochet, Musulman 
Painting, Londres 1929, pl. 32 ) et au folio 12 b. Un recueil de poèmes persans, 
calligraphié à Bagdad en 798, a neuf tableaux (Londres, B. M., Add. i 8 ii 3 ); 
la signature du miniaturiste, Djunayd Naqqnsh, est apposée sur un seul (Martin, 
The Miniature Painting and Pamters . . Londres 1912, I, pl. 46 , II, pl. 29- 
00; cf. Stchoukine, Les peintures des manuscrits tîmourîdes, Paris 1954, p. 34 ). 

(2) Arnold, Painting in Islam, Oxford 1928, p. 71. 

( 1 2 3 4 ) Paris, B. N., Harïrï, Maqâmât, arabe 60 g A, f° 68 a; cf. E. Blociiet, Les enlumi¬ 
nures des manuscrits orientaux y Paris 1926, p. 54 ; Idem, Musulman Painting, pl. 17. 

(4) Londres, B. M., HarIrI, Maqâmàt, Or. 9718, f° 53 a; voir L. A. Mayer, 
A hitherto Unknown Damascene Artist, in Ars Islamica, IX (1942), p. 168, fig. 1. 




















































BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


64 2 

sur un fond tantôt bleu ou vert, tantôt or; ici, les corps sont délimités 
en noir, là, remplis en or; ils sont cernés de traits noirs U). 

L’emplacement de la signature est loin de nous surprendre : sur 
une plaque de revêtement en céramique, appartenant au xiv e siècle, 
provenant du Mausolée de Sayyidah Naflsah au Caire, la signature 
de l’artiste occupe des cases aménagées dans les quatre coins : 

Cf, J** «œuvre de Ghaybï, fds d’at-TawrlzI». Elle se lit, 
deux fois, de haut en bas (fîg. 2) ( 1 2) . 

Le peintre qui a illustré les volumes de notre Kitàb al-Aghüni s’ap¬ 
pelle ainsi : Badr ad-dln ibn 'Abd-AUâh. Pour négliger d’écrire son nom 
personnel (Badr ad-dïn n’étant qu’un surnom), il devait être connu 
sous cette appellation-là. Le cas n’est point isolé. Les annales et les dic¬ 
tionnaires biographiques nous offrent maints exemples contemporains. 
Cdanons parmi ceux qui offrent le surnom Badr ad-dïn : B. ibn al-Hasan 
t 655 , B. ibn Qarâdjâ t 658 ; B. ibn Mâlik f 686 W. 

L’omission de l’un de ces deux mots : (façon) et L J*c. (œuvre) 

devant le nom de notre miniaturiste est assez familière aux peintres. 
Ln témoignent nombre de signatures sur des céramiques à décors, 
s échelonnant entre le xi e et le xiv e siècle W. 

En definitive, que l’on agrée mon opinion ou qu’on la repousse, il 
n’en est pas moins certain que, d’un côté, les quatre coins ne contien¬ 
nent pas le mot lülü, comme le veut M. Rice, et d’un autre côté, cette 

(1) Le fond des brassards du personnage principal, figurant sur le frontispice, 
est vert. Les lettres, toutes en pseudo-wasMî, se répètent sur les brassards et ban¬ 
deaux de draperie, à l’intérieur du manuscrit, examiné par moi-même (cf. Holter, 
halen, p. 98, fig. 98, p. 99, fig. 3 o). Elles ne procurent aucun nom. Photo 
Nationalbibliotek; Vienne. 

(2) Le Caire, Musée d’art islamique, n° 2077 ; publié par C. Prost, Les revête¬ 
ments céramiques dans les monuments musulmans. M IF (Le Caire), XL (1917), pi. X, 
t, p. 39 (à corriger : Ghaybï, non 'Isa); cf. Baiigat et Massoul, La céramique 
musulmane de l’Egypte, Le Caire 1930, pi. O, n° 1 36 , p. 9/1. Photo dudit musée. 

Abu Shâmah, Dhayl, p. 195 , 907. SafadT, al-Wâfï bi’l-wafayât, Istamboul 
1931, I, 9 o 4 . 

' h) Bahgat et Massoul, op. cil., pi. F, 4 1 ; G, 48 bis; II, 5*2 ; K 84 bis; L, 88 bis, 
90 bis; XIV, 2 bis, 3 bis; XV, 1 bis; XVII, 3 bis; XXÏL 7 bis : XXXIX, 9 bis. 3 bis; 
XL, 3 bis- XLI, 1 bis; XLII, 1 bis, 9 bis ; pic. 


l/ART SACRÉ. 


643 


formule tronquée : «Badr ad-dïn ibn f Abd-Allâh», sans la «rallonge» 
Lülü, n’apparaît pas une fois dans les diverses sources que j’ai scrupu¬ 
leusement dépouillées. 

D. — L’inscription des brassards 

M. Rice note ceci (p. i 3 o, col. 2 ; p. 1 33 , col. 1 ; p. 129, col. 1 ; 
p. 1 33 , col. 2) : Sur le double brassard du 'personnage principal , on ht : 

XVII e volume (pl. II,'VIII a) : (Lülü ibn'Abd-Allah) Xc, f j) (Badral-dln)ÿ jjl jX 

XIX e volume ( f)1.11T,V111 b) : ( Lülü ) JJi( Badr al-dïn) (J jX 

De plus , le double brassard du personnage assis, dans le XI e volume b) 
offre des traces de lettres : à droite : X , bu et dàl , à gauche, la tête d'un 
làm et la boucle d un ivàir, et l'on peut restituer ainsi f inscription originale : 
(al-dln Lülü) ■ J J — [Badr) jX . 

Quant an personnage principal du IV e volume (fig. 3 )^, son double bras¬ 
sard « mai1 reveal a similar inscription if subjected to infra-red photography ». 
Reste le II e volume; là, seules des femmes se montrent ^ : « An open-air bathing 
parti/ from a harem », aux yeux de M. Rice; en tout cas, point de prince dont 
les brassards accueilleraient son propre nom . 

Pour M. Rice , ces inscriptions-là, non seulement prouvent que le manuscrit 
est dédié à Lu lu (p. i 3 o, col. 2), mais encore elles servent à identifier ce 
prince sur les frontispices, car les quatre images « are probably not meant to 
be realistic portraits of the man; the explanatory inscriptions mai) hâve been 
intended to aid in the identification of slylised, stereotyped figures» (p. 1 3 3 , 
col. 1). 

Avant de peser les deux conjectures de M. Rice, je me hâte de faire 
une mise au point. La miniature du XI e volume, publiée par moi-même 
en 1948, offre sur le double brassard des traces de lettres; rien de 
plus exact. Au moment où je l’étudiais, je pris ces vestiges pour les 


Voir Fares, Miniature religieuse, pl. IV, VIII. 

(2) Relevé de O. R. Rostem sur l’original; cf. Fares, Miniature religieuse, pl. XI. 
Mousa, Buchmalerei, pl. XII; Holter, Galen, pl. VI, 1. 
















644 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 


restes d’un motif d’ornement linéaire, car les brassards, dans l’imagerie 
arabe, ainsi qu’on le verra tout à l’heure, se laissent souvent agrémenter 
de toutes sortes de tracés. Aujourd’hui seulement, la publication des 
deux miniatures d’Istamboul rétablit les faits. Cependant, une photogra¬ 
phie au procédé infra rouge, exécutée, sur ma prière, par I)' Ahmad 
Mousa, n’a révélé rien de plus sur les brassards du XI e volume (pl. IV). 

Ceci dit, je passe outre à l’absence du prince au milieu de son joyeux 
harem (II e volume), dans un manuscrit qui, lui étant dédié, le repré¬ 
sente partout ailleurs selon M. Rice : je passe outre, car cette «histoire de 
harem» est une pure fiction, ainsi qu’on le verra dans l’analyse interne 
annoncée plus haut. 

Agréant la proposition de M. Rice, j’ai prié D r Ahmad Mousa de photo¬ 
graphier la miniature du IV e volume au procédé infra rouge. Aucune 
inscription n’a surgi sur le double brassard du personnage principal; 
bien au contraire, le motif décoratif, visible à l’œil nu et percevable sur 
une photographie panchromatique W, s’est montré avec plus de netteté 

(pl. VI) : 

Ce motif, dessiné en noir sur un fond doré, est bien une suite de 
lignes circulaires pointées presque au centre, occupant le milieu du bras¬ 
sard (fig. 3 ). On retrouve ce motif dans un Dioscoride de l’an 12 24 (* 2) , 
non seulement sur les brassards des personnages et les objets usagers : 
des jarres, un banc, mais encore sur les draperies (fig. 4 , 5 (3 \ pl. AU, 
cf. Addenda ). A une date antérieure, en 1199, ce motif enjolivait déjà 

(l) F ares, Miniature religieuse , pl. XI. 

Pour ce manuscrit voir F ares, op. cit., p. () 5 , répertoire. A, 6 ; Idem, Un herbier 
arabe illustré du Jiv e siècle, in Archaeologica Orientalia m memonam Ernst Herzfeld. 
édité par G. C. Miles, New-York 1962, p. 87, n. i 3 ; Idem, Thériaque, p. i 4 , 
20 ; Stciiockine, La peinture iranienne. Bruges 1986, p. 66-67 ? Dimand, Handbook , 
fig. 1 3 . K. Weitz mann, The Greek Sources of Islamic Scientijic Illustrations, in 
Archaeologica Orientalia .... p. 2 5 4 - 2 5 7. 

3 D’après E. Kühnel, La miniature en Orient. Paris 1924, pl. 5 , 6 (cf. pl. 4 ); 
dessin de O. R. Rostem. Voir aussi F. R. Martin, Miniature Painting, pl. 5 , 6, 7 ; 
Th. Arnold, Survivais of Sasanian and Manichaean Art in Persian Painting. Ox¬ 
ford 1924. pl. 1 4 a; Glïck et Diez, Die Kuiist des Islam. Berlin 1926, pl. XXXVI, 
p. 5 i 4 a. F. Day, Mesopotamian Manuscripts of Dioscorides, in Bulletin of the 
Metropolitan Muséum of Art. VIT, 9 (1900), fig. 4 , 6, 7. 
















BULLETIN DE LINSTITUT D’ÉGYPTE. 


646 

le brassard droit d’une des quatre figures ailées (en bas, à gauche) 
qui meublent les coins du premier frontispice de la Thériaque de Paris 

Voilà qui rend la thèse de M. Rice bien fragile. En effet, il n’y a 
aucune raison pour que le nom de LiVlu’ n’apparaisse pas aussi sur 
le IV e volume, puisque ce prince 'y est «représenté» comme dans les 
autres volumes. S’étonnera-t-on que cette miniature liminaire présente 
les brassards du personnage principal garnis d’une ligne décorative, alors 
que ceux des autres figures sont unis? Que l’on veuille contempler le 
deuxième frontispice de la Thériaque de Paris ® et le frontispice du 
Hariri de Vienne achevé en l’année 1 334 (fig. i)^. 

Il y a lieu maintenant d’examiner l’écriture des brassards. Elle relève 
du cursif commun, un naskhi bien inférieur en qualité et en application 
à celui du manuscrit (pl. I), dont il s’écarte, du reste, par les éléments 
des lettres : têtes, corps et queues, et aussi par l’échelle des proportions. 
Ce naskhi est foncièrement étranger au tracé mi-coufique, mi -naskhi des 
quatre coins du XVII 0 volume, examiné plus haut (p. 689) : il suffit 
de mettre en parallèle le mot 'abd-allâh des brassards avec celui du coin 
n° 4 , puis le nün de dln sur le brassard gauche avec le nün de ibn logé 
au coin n° 3 (pl. VIII a d’un côté, pl. II et fig. 6 de l’autre). L’inscrip¬ 
tion des quatre coins offre, de surcroît, des lettres peintes à la gouache 
en blanc sur fond d’or, bordées de deux traits dessinés en noir à la 
plume. Elles s’opposent ainsi aux lettres des brassards, couramment 
tracées sur fond d’or également. D’où, divorce complet, à considérer le 
style des caractères et le procédé. 

Ce n’est donc ni au peintre (ou à l’auteur de l’inscription des quatre 
coins quel qu’il soit), ni au scribe que nous devons le déroulement 
d’un nom sur les brassards. Une main étrangère s’est introduite là. Je 


Farès, Thériaque, hors texte en couleur, fig. 1, pl. III ; Trem, Le livre de la 
Thériaque, in La Presse médicale (Paris 19.53). n° 44 , fig. 1. 

2 Farès, Thériaque, pl. IV. 

Vienne, B. N., llarlrl, Maqàmât, A. F . 9. f° 1 a. Pour ce manuscrit, voir 
Farès, Miniature religieuse , p. 9 5 , répertoire, 4 , -ai; Stchoukine, op. cil ., p. 9 5 . 
Consulter aussi la reproduction de Hoiter, Galen , pl. III, et celle, en couleur, 
dans Arnold et Groümann, The Islamic Book , Londres 1999, pl. 43 . 


L’ART SACRÉ. 


64 7 

dis que les brassards des XI e , XVII e et XIX e volumes étaient, à l’origine, 
tous unis, comme ceux du II e volume du reste, et comme ceux d’un autre 
frontispice de la deuxième moitié du xm e siècle, où se voit un prince 
entouré de ses gens (pl. IX a) B). 

La main étrangère, arrêtée par le décor linéaire des brassards du IV e 
volume, s’attaque à ceux des trois autres volumes. Cette main est, de 
plus, malhabile. Elle n’a qu’un dessein : exhiber un nom déterminé; 
nul souci artistique, aucun calcul technique, qui décèleraient l’art d’un 
calligraphe ou d’un enlumineur: jXS » 

En effet, les lettres sont posées, ostensiblement, sans plan préalable : 
Sur le XI e volume (pl. IV) le surnom est bien coupé en deux : Badr ici, 
et al-dln là-bas M, alors qu’il eût pu tapisser le brassard gauche. Sur le 
XVII e volume (pl. II, VIII a), la main étrangère, résolue à répéter le nom 
distribué dans les quatre coins, en l’allongeant, comme M. Rice, du mot 
lülü, et, d’autre part, s’obstinant à bien exposer le nom du personnage, 
se heurte aux modestes dimensions du double brassard. Elle a soin tout 
d’abord d’étaler sur le brassard gauche : badr al-dln, tout en laissant 
le nün de (Lin entamer la ligne du bras(!) (constatation approuvée par 
M. Mantran), puis elle installe lülü sur le brassard droit. Mais, là, elle 
se trouve tout à coup coincée, elle expédie alors ibn en un simple trait 
à légère pointe finale, dans le goût de l’écriture populaire, puis elle par¬ 
vient à coucher 'abd-allâh, mais non sans dépasser le cadre du champ 
(constatation approuvée par M. Mantran). Quant à l’inscription du 
XIX e volume (pl. III, VIII b), elle s’écarte de la précédente : ibn 'abd- 
allâh manque; l’écriture est moins énergique; certaines lettres, dâL 
râ , alij, wâw, ont une autre allure ; le lâm et le dâl (Yal-dln ne sont pas 
lies ; 1 évolution de la partie circulaire de la queue du nün de dln se laisse 
arrêter par la ligne du bras au lieu de l’entamer; enfin, les deux points 
du yâ de dln font défaut, alors que sur le ra de badr et sur le lâm c Val 
un point insolite se voit. Cette deuxième inscription n’est pas moins 

v,) Vienne, B. N., Pseudo-Galien, A. F. to. f° 1 a. Pour ce manuscrit, voir 
Farès, Miniature religieuse, p. 9 5 , répertoire, A, 9; Idem, Thériaque ; Stchoukine, 
op. cit ., p. 90-96; Weitzmann, Greek Sources, p. 957-5264. Consulter aussi la 
reproduction de Holter, Galen, pl. I, et celle, en couleur, dans Islamic Book, pl. 3 1 . 

• S) Négligence; cf. QalqashandT, Subit al-a'shâ, Le Caire 191 A, III, 1 5 1-1 5 a. 













648 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


suspecte que la première, rien que parce qu’elle s’en sépare sur plus 
d’un point. 

Un calligraphe ou un peintre eût pu, sans peine, placer agréablement 
et impeccablement, sur l’assiette dorée du double brassard, le nom entier, 
à chaque fois, en usant de lettres moins frappantes, soit en les étageant, 
soit en les entrelaçant, conformément à la perception musulmane. 

Au moins, si cette inscription, en dépit de sa maladresse, rencontrait 
un seul exemple analogue dans la peinture arabe ! Pour m’en assurer, 
non content de feuilleter maint ouvrage renfermant des reproductions, 
j’ai exploré bon nombre de manuscrits, congénères ou contemporains, 
conservés dans les bibliothèques nationales de Paris, de Vienne et du 
Caire, ornés au total de plus de six cents images. Nulle part un nom de 
personne sur les brassards, et presque toutes les figures en sont gratifiées. 

Les brassards se rencontrent alternativement plats ou décorés sur 
un même manuscrit, à l’instar de notre Kitâb al-Aghânï. La décoration 
offre une variété de lignes allant des tracés légers, grêles ou vifs aux tra¬ 
cés à diverses formules décoratives : psewdo-naskhl ou pseudo-coufique, 
entrelacs, chevrons, flots, ondes, cercles, parallèles, etc. Ces formules se 
retrouvent sur les draperies, les détails du mobilier et de l’architecture. 
Aucune règle n’est suivie scrupuleusement. 

Ensuite, à regarder avec M. Rice le double brassard de nos images 
comme un bandeau d’explication, destiné à identifier le personnage re¬ 
présenté, on est vite désabusé en présence de documents inattaquables : 
Les rois, les gouverneurs, les cadis et notamment les héros des récits 
des Séances d’al-Harïrï et des Fables de Bidpaï ne portent aucun nom déchif¬ 
frable sur leurs brassards. Les personnages sont parfois annoncés par 
le scribe ou par le peintre, au-dessus de l’illustration ou dans 
les marges : parmi bien des exemples B) c’est ainsi que sur le Dioscoride 
de l’an 12 24 se présente Erasistrate, alors qu on pouvait tracer son 
nom sur le double brassard occupé par une suite de lignes fantaisistes 

(1) Cf. Ünver, Istanbulda, fig. 1, 3 . Blochet, Musulman Painting, pi. 111 , VI. 
floLTER, Galen, fig. 36 . 

Gluck et Diez, Die Kunst des Islam, pi. XXXVI. 


L'ART SACRÉ. 


649 


Et quand un lecteur se plaît à identifier un personnage, il inscrit son 
nom, quelque part autour de la figure, sur le papier du manuscrit 

Mieux encore : les neuf « portraits» des médecins de l’Antiquité, éga¬ 
lement « stylisés et stéréotypés », figurent dans deux copies du Livre de la 
Thériaque , l’une de l’extrême fin du xii e siècle, l’autre de la deuxième moitié 
du xiii". Dans la première, directement au-dessus de chaque portrait, un 
registre, tapissé d’une arabesque végétale, reçoit le nom du médecin en 
un splendide coufique à deux couleurs alternées : rouge de Venise et bleu 
outre-mer ( 2 h Dans la deuxième, les noms sont tracés, en beau naskhl, 
sur le papier même du manuscrit, verticalement et parallèlement aux 
figures ( 3 h Et les brassards, ici et là, sont unis, donc susceptibles d’ac¬ 
cueillir les noms des personnages. Cette pratique est confirmée par des 
témoignages littéraires : aux xi e et xn e siècles de notre ère, en Egypte, 
c’est bien au-dessus ou à côté de plusieurs portraits cle rois, d’hommes 
illustres et de poètes que se produisent les noms des personnages 
Il en ira de même plus tard : sur un tableau de l’époque timouride se 
voyaient les images de Tlmür, de ses enfants et de ses lieutenants ; 
« près de chaque figure était inscrit le nom de celui dont elle était le 
portrait » . 

Et puisque nous parlons de portrait, on serait bien en peine pour repérer 
avec certitude tel seigneur musulman qui eût pu s’exhiber, à l’époque 
abbasside, sur une miniature de dédicace^, à l’exemple d’un de ces 
princes qui meublent certains frontispices appartenant à l’âge d’or de 

(l Des exemples dans Buchtkal, « Hellenistic» Miniatures in Earhj Is lamie 
Manuscripts, in Ars Islamica, VII, 2 (19A0), p. i25-i33. 

(S) Farès, Thériaque, hors texte en couleur, fig. 4, pl. VII-IX. 

3) IIolter, Galen, pl. II, î; Martin, Miniature Painting, 1, pl. i4; Farès, 
Thériaque, p. 35, fig. 7; Weitzmann, Greek Sources, fig. 18. 

I) après Maqrlzï : Arnold, Painting in Islam, p. 128; cf. Bahgat et Massoul, 
La Céramique musulmane, p. 53. 

:>J Stchoukine, Manuscrits tîmûrides, p. i4. 

6) « It is not impossible that those princes of the Abbassid bouse who had 
their elligies put upon their coins also employed painters to paint their portraits ; 
but no evidence can be quoted in support of such a supposition» (Arnold, op. cil., 
p. 127). Stchoukine, Peinture iranienne, p. 35 et suiv., aborde le problème du 
portrait, notamment dans la civilisation iranienne. 









G 50 


BULLETIN DE L’INSTITUT D'ÉGYPTE. 


l’art byzantin. Les quatre pseudo-portraits de Lu’lu’ offrent de sérieuses 
divergences. En effet, si le visage du Prophète (XI e vol., pl. Va) rap¬ 
pelle, en gros, celui du personnage à cheval du XIX e volume (pl. III), 
il diffère de celui du personnage assis du XVII e (pl. II) et s’écarte net¬ 
tement de celui de l’émir du IV e (pl. VI). Ces ligures ont beau être 
« stylised, stereotyped », il n’est guère possible de ramener toutes les 
quatre têtes à une seule. Par contre, la tête du Prophète et celle du per¬ 
sonnage du XIX e volume s’apparentent à celle du prince buvant sur un 
frontispice du xm e siècle (pl. IXa) ; ce qui nous porte à croire que c’est 
là le résultat d’un procédé d’atelier : un carton sert de modèle. J’y re¬ 
viendrai dans l’analyse interne annoncée. 

A regarder, maintenant, encore une fois avec M. Rice, notre double 
brassard comme un bandeau de dédicace, on se trouve devant un cas 
non seulement isolé, mais encore insolite. Que l’on veuille bien jeter 
un coup d’œil sur un dessin, première partie d’un dyptique, à classer au 
xi c ou au xn e siècle, publié par G. Wiet (pl. IX6)6>. Sur les manches 
des deux soldats qui montent la garde se perçoit une inscription en cou- 
fique robuste, dont on ne lit que « les parties visibles de face» : Allah — 
barakcih (bénédiction); formule courante d’imploration ou de souhait. 
Mais pour tracer la dédicace, le peintre aménage un fronton, où on lit : 

Jli'j «Gloire et prospérité au qâ’id Abu Manfsürj», 
le nom devant s’achever sur la deuxième partie du dyptique, celle qui a 
péri. On est saisi de l’ensemble harmonieux de la disposition : champ et 
ligne d’écriture, «hommage obligatoire au dédicataire» nous dit M. Wiet. 
Un souci plus poussé encore perce sur toute une page réservée à la 
destination de la Thériaque de Paris , datée 5 g 5 /i 199, à la bibliothèque 
d’un haut personnage^. Les titres de ce dernier sont ronflants; autre 
sorte d’hommage obligatoire au dédicataire. Un exemple analogue se 
rencontre dans un Dioscoride de l’an 626/1 228 (,3) . Or aucun titre, même 


l} G. Wiet, Un dessin du 11 e siècle, in Bulletin de T Institut d'Egypte, XIX (1937), 
p. 223-227, pl* I. 

(î) Farès, Thériaque, pl. V, p. 8-9. 

S. Unver, Istanbulda Dioscorides Eserleri, p. 9, lig. 8. 


L’ART SACRÉ. 


651 


pas celui d’émir, porté par Lu’lu’ en 6 i 4 , aucune expression laudative 
comme aucune formule de souhait, rien ne relève le nom sur les quatre 
images de notre Aghânï : discordance au sein du concert étourdissant 
des dédicaces musulmanes de cette époque en particulier. La raison est 
bien simple : l’inscription n’était pas prévue au moment de l’élabora¬ 
tion. Certes, le bandeau supérieur du premier cadre (ou celui, plus 
large, du deuxième, omis sur nos planches), eût pu au moins, être 
affecté à cet effet. 

En outre, les textes de présentation que je viens de produire se sé¬ 
parent du nôtre sur un point capital : la calligraphie. Il est inconcevable 
que le nom du dédicataire soit expédié avec une telle maladresse, une 
telle négligence. Geste inconvenant «à la cour d’un prince musulman». 
Et ce n’est pas à Mossoul, en 6 i 4 de l’hégire, qu’une pareille dédicace 
eût pu être conçue, à Mossoul, pays de 1 ’« incomparable » calligraphe 
Yâqüt, déjà cité; à Mossoul, là où furent frappées des monnaies, par¬ 
mi lesquelles figurent celles de Lu’lu’, avec des légendes en caractères 
coufiques d’un «beau style» M. Enfin, rappelons que le manuscrit ne 
contient nulle part une mention même vague corroborant la prétendue 
dédicace (voir plus haut, p. 633 - 635 ). 

En dernier lieu, envisageons le double brassard comme un liràz, le tiràz 
étant un ruban d’écriture, brodée, brochée, tissée ou imprimée. En ce 
cas, le ruban, au bras du modèle, Lu du’, serait copié par le peintre. Cette 
nouvelle manière de voir n’échappe pas à trois écueils : a) Inscrire le nom 
du prince sur les vêtements était, en principe, un droit souverain de la 
couronne, au même titre que celui de battre monnaie^. Or Lu’lu’ ne 
fut autorisé par le calife de Bagdad à inscrire son nom sur les monnaies 
qu’à partir de l’an 63 1 / i 2 34 W. Du reste, nous n’avons pas connaissance 
que Lu’lu’ possédât un atelier de tissage, un dâr at-tirâz M — b) En 


( D Edhem, Catalogue, p. 116. 

(S) EncycL de VIslam, éd. fr., IV, 829, col. 2 ; 83 o, col. 1, article Tirâz par 
A. Grohmann. 

(3) Ibn al-Fuwatï, Hawâdith, p. 02. 

(4) Cf. R. B. Serjeant, Islande Textiles, in Ars Islamica, IX (1942), p. 91-92. 

Bulletin de U Institut d’Égypte, t. XXXVI. 5i 











BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


052 

général, les rubans d’écriture contenaient, à côté du nom du prince, 
ses titres conventionnels, accompagnés souvent de formules de souhaits 
et d’heureux présages Ù). Ibn Khaklün en témoigne * (2) . Rien de tout cela 
sur nos brassards, ou même quelque part sur le parement du col, le 
bas de la robe, la bordure des manches — c) Les lettres courant sur un 
tirâz ont toujours grande allure, témoin de la fougue calligraphique de 
l’art musulman. Les nôtres sont communes et irrégulières; mal bâties 
par endroits, elles boitent. 

Fermons les yeux sur ces trois écueils, et, pour les besoins de la dis¬ 
cussion, admettons un instant que ce double brassard soit un tirâz, vu 
et retenu par le peintre. Tout d’abord, nous remarquons une saisissante 
similitude entre les trois robes portées par les personnages principaux 
des XI e , XVII e et XIX e volumes : couleur, dessin, plicature (communi¬ 
cation de M. Mantran pour les deux miniatures d’Istamboul) (pl. V a, 
II, III). N’est-il pas étrange de ne point rencontrer une disposition 
identique des mêmes lettres, le tirâz étant la marque d’une manufacture 
princière? Or, la distribution des mots varie avec chaque paire de 
brassards (cf. plus haut p. 647). 

Enfin, notre miniaturiste est fort habile; sa technique est sûre, à le 
voir indiquer avec précision les lignes du corps et évoquer, au moyen 
d’un refouillement subtil, les plis tourmentés du costume : lignes et plis 
épousant à merveille les mouvements et les saillies tout ensemble. Un 
artiste aussi consommé ne peut commettre ni admettre une erreur gros¬ 
sière. En effet, à contempler par exemple la ligne d’écriture du XIX e vo¬ 
lume (pl. VIII à), on constate un désaccord fondamental entre la courbe 
des bras et la rectitude des hampes : 

A interroger divers manuscrits arabes illustrés, on remarque bien un 
respect de la graphie plastique sur les brassards, décorés de lignes ou 
de lettres. Cela est évident, pour citer un exemple, sur le vêtement 
d’un prince, au frontispice d’un exemplaire des Séances de Hariri, 


(,) Grohmann, Encycl. de VIslam, IV, 826, col. 2 ; 828, col. 1 ; ibid., Suppl., 
p. 266, col. 1,2. 

(2) Ibn Khaldun, Muqaddimah, Beyrouth 1900, p. 266-267; trad. de Slane, 
Prolégomènes, Paris 19 36 , II, 67. 


L’ART SACRÉ. 


653 


daté 735 /i 334 (fig. 1). La manche gauche du manteau, en particulier, 
porte d’élégantes lettres en pseudo-wasMï; aucun nom identifiable. La 
ligne d’écriture sur cette manche donne bien l’impression qu’elle com¬ 
mence et.s’achève au dos, sur la bande invisible du tirâz^K Ceci est à 
opposer au déroulement du nom sur les brassards de notre Aghirii, 
où toutes les lettres sont bien posées devant nos yeux, au risque d’enta¬ 
mer les lignes du corps du personnage. Malfaçon absente sur le dessin 
du xi e siècle, présenté plus haut (pl. IX b) où et à droite, 

puis ■, à gauche, se soumettent à la rigueur des bords des brassards, 
en se laissant amputer de leur dernière lettre, savoir le h r i . 

C’est tout cela, et j’en passe, qui a éveillé ma suspicion, en présence 
des brassards du Kitâb al-Aghânl . Craignant de me laisser entraîner par 
ma propre conviction, j’exposai mes vues à M. Adolf Grohmann, qui, 
les reproductions des brassards sous les yeux, m’écrit ceci : 

«Die Inschrift ist auf dem Oberarm auffallend klar, und es.sieht fast 
so aus, als liabe der Schreiber die Aufmerksamkeit des Beschauers ab- 
sichtlich auf sie hinlenken wollen, damit der Name des Fürsten gleich ins 
Auge springt. Das scheint Anlass zu Bedenken zu geben, die die Origi- 
nalitat der Inschrift betreffen. Es sieht namlich nicht so aus, als habe 
der Schreiber eine echte Tirâzinschrift kopiert. Warum batte der Tirâz 
den Namen des Fürsten in zwei Teile getrennt geben sollen? Mir ist 
derlei von authentischen Tirâzinschriften jedesfalls nicht bekannt, soweit 
ich bis jetzt das Material übersehe. Man mochte dann auch annehmen, 
dass die Schriftzüge sorgfaltiger gezogen wàren». 

L’inscription des brassards est simplement une addition. La preuve 
concluante est fournie par le style de l’écriture. Ce style est postérieur 
à la date du manuscrit. Là, j’ai préféré m’en remettre à M. Grohmann, 
dont l’autorité en paléographie est reconnue de nous tous. Je lui 
montrai quelques poteries égyptiennes que je venais de trier au Musée 
d’art islamique du Caire. Et M. Grohmann de choisir deux fragments, 
inédits, de terre cuite émaillée; ils accusent une même facture. Sur l’un 
d’eux, numéroté 1757, on lit : al-dïn ; sur l’autre, numéroté 3854/96 : 

(l) Pour la décoration des brassards de ce manuscrit cf. supra, p. 6 Ai- 64 2. 

51. 








054 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


al-mawlawî. Le premier est signé, au dos, de ^. Ce potier, 
originaire de Abwân, village de la région de Bahnasâ, en Haute-Egypte, 
travaillait entre 690 et 760 de l’hégire/i 29 i-1 358 , vraisemblablement 
à Fostat, selon une étude que lui a consacré M. Mohamed Mostafa, 
directeur du Musée d’art islamique h). La technique de Sharaf connut 
trois manières. De la deuxième se réclame notre fragment. A la planche 
VIII sont mises face à face les lettres des deux poteries et celles des 
brassards. La confrontation (VIII a principalement) se passe de tout 
commentaire. Je me borne à publier l’avis de M. Grohmann : 

«Die Tirâzinschrift am Oberarm weist meiner Meinung nach eher in 
das Ende des XIII. oder erste Hâlf e des XIV. Jahrh. n. Chr. als in 
das Jahr 6 i 4 d. H. (1217 A.D.). Sie ist jedesfalls enge verwandt 
mit der Schrift der beiden Scherben Inv. n° 1757 und 3854/96 des 
Muséums für Islamische Kunst in Kairo, mit den Worten : al-Maulawî 
und ad-Dîn, die dem XIV Jahr. zugeschrieben werden.» 

Voilà qui est dit ! 

E. — Conclusion 

De tout ce qui précède il résulte que l’inscription de nos doubles 
brassards est bel et bien un faux, commis au xiv e siècle, sinon tout à la 
lin du xm e . L imposteur peut être un lecteur naïf: confondant le nom 
réparti dans les quatre coins avec celui de Badr acl-din Lu’lu’ (ou Lülü) 
ibn 'Abd-Allâh, atâbek de Mossoul, il s’empresse d’écrire le nom de 
ce personnage, en ajoutant tout bonnement Lülü. 

J’incline plutôt à accuser un trafiquant peu scrupuleux d’être l’auteur 
de cette addition. Possesseur du manuscrit, il s’ingénie à faire valoir 
la marchandise. En effet, Lu’lu’, qui sut se couvrir de gloire durant 
son règne, était présent à toutes les mémoires. Il suffit de lire le passage 
délirant que lui consacre l’historien égyptien Ibn Taghrï birdî, mort 
en 874/1469 : «Je dis : quel excellent roi! Les hommes ont grand 
besoin d’un monarque tel que lui à la tête de l’univers !» (2 L 


(1) M. Mostafa, Sharaf al-Abwànï, in Mutamar al-âthàr al- arabiyah, Le Caire 
1947, p. 159-164. 

(2) Ibn Taghrï birdî, Nudjïim , VII, 70. 


L’ART SACRÉ. 


655 


Fort de l’inscription des quatre coins, le trafiquant fait honneur de 
l’exemplaire à Lu’lu’, sur les trois doubles brassards innocemment plats ; 
le brassard décoré du IV e volume le désarme; sur le II e volume, il ne 
trouve aucun homme pour lui glisser le nom de Lu’lu’. Ce faisant, notre 
trafiquant était assuré de l’inconscience de son client. Voici un exemple 
bien drôle de cette inconscience : notre Bibliothèque nationale du 
Caire possède une copie du Tahdhib al-lughah d’al-Azharï ; son colo- 
phon indique l’année 633 hég. comme date de collationnement, et l’on 
découvre, au début du manuscrit, une mention selon laquelle l’ouvrage 
est destiné à la bibliothèque du roi al-Mu’ayyad Abu ’n-Nasr Shaykh (1) . 
Or ce sultan mamlouk régna de 8 1 5 à 824. 

Cette dernière mystification suggère une nouvelle hypothèse : le 
trafiquant, ingénieux, a pu vouloir appliquer notre manuscrit, avec ses 
images, à l’un des trois émirs mamlouks cités plus haut, appelés aussi : 
Badr ad-dïn Lu Tu’ ibn c Abd-Allâh. Deux d’entre eux ont occupé de 
hautes fonctions en Egypte ; l’un mourut en 742/1 34 1, l’autre en 821/ 
i 4 i 8 . Et c’est en Egypte que se trouvent cinq volumes sur sept (2) ; les 
deux autres n’entrèrent sans doute à Istamboul qu’après l’année 1 5 1 7, 
date de la conquête de l’Egypte par les Ottomans ^. 

Pour résumer, des rencontres fortuites, encore que boiteuses, ont 
engagé M. Rice à destiner cet exemplaire (Yal-Aghàm à l’atâbek Lu Tu’ : la 
date du manuscrit; la relation du scribe : badrï; l’inscription des quatre 
coins; la ligne d’écriture couvrant les brassards. Néanmoins, cette série 
d’apparences, assistée même de deux coups de pouce, vient de s’effon- 


(l) Fihris al-kutub al'arabiyah al-maivdjûdah bi’d-Dâr, le Caire 1926, II, p. 10. 
(S) Cf. supra, p. 619, n. 2. Deux volumes sont incomplets. 

( 3) Ils y entrèrent très probablement à une date postérieure au 1 5 avril 1573, 
car le dernier feuillet du XIX e volume contient une notice datée 11 Dhul-Hidjdjah 
980, signée de ‘Àlï ibn Ilasan al-Misïrl, ce misïri étant un relatif d’origine, déri¬ 
vant de Misir, nom porté par quatre lieux en Egypte (Tâdj al-'arüs, III, 288). 
En tout cas. le waqf des deux volumes d’Istamboul date de 1112/1700, d’après 
le double cachet visible sur les deux derniers feuillets. Est-ce que les vingt volumes, 
dont treize ont complètement disparu, ont été exécutés en Egypte? Ou bien y 
ont-ils été transportés autour du xiv e siècle ou un peu plus tard? 







650 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 

drer pan par pan, n’ayant pu résister à une enquête entreprise à la 
clarté de faits certains, tirés de ces disciplines : histoire, grammaire, 
épigraphie, paléographie, onomastique et iconographie. 

Si j’ai jugé nécessaire de vérifier pas à pas la thèse de M. Rice, c’est 
bien pour satisfaire aux exigences d’une méthode avide de précision. 
Car, à la franchise, il eût suffi de soumettre en quelques lignes les abou¬ 
tissements décisifs de l’enquête, en ayant soin de renvoyer le lecteur à 
l’analyse interne dont j’ai annoncé la parution au seuil de cette étude. 


F. — Addenda 

Les précédentes pages venaient d’être remises à l’imprimerie, lorsque l’idée 
me vint, par excès de scrupule, d’écrire au docteur Siiheyl Lnver, connaisseur 
accompli de la miniature musulmane aussi bien que de la calligraphie arabe, lui- 
même enlumineur fort habile, pour le prier de formuler son avis sur l’inscription 
des quatre coins du XVII e volume et sur celle des brassards. Je publie ci-après 
la réponse de cet aimable collègue, qui a, de surcroît, calqué le nom inscrit 
dans les quatre coins (fig. 6). 

Depuis, appelé à prendre part aux travaux du 5 e Congrès international des 
Critiques d’art, tenu à Istamboul, au mois de septembre 196/1, j’ai pu, les deux 
miniatures sous les yeux, me rendre compte de l’exactitude des renseignements 
fournis par Robert Mantran et Süheyl Lnver. A la suite de la réponse du docteur 
Unver s’alignent quelques nouveaux faits recueillis sur place. 

* 

* * 


«Istanbul, 10 août 1954. 

« Monsieur et cher Collègue, 

« Je viens répondre à vos questions au sujet de Kitâb al-Aghânî, Millet 
K.-Feyzullnh , n os 1 565 , 1 566 . Après un examen attentif, voici ce que 
je peux vous communiquer : 

«A) N° 1 566 (XVII 0 volume) : 

« Les quatre coins du tableau portent ce nom : Badr (ou Bakr)/al-dîn/ 
Ibn/ Abdullah. Je joins un releve exécuté par moi-même. (Le deuxième 
mot al-dîn est assez endommagé). 


L’ART S VCRÉ. 


657 


« Ces quatre mots sont tracés à la gouache, en blanc sur or, puis 
cernés d’une ligne en couleur noire. Ils accusent une technique pareille 
à celle de la miniature, et je crois bien que c’est le miniaturiste qui les a 
tracés, réservant dans chacun des quatre coins une place pour mettre 
son nom. D’ailleurs, il est visible qu’ils ont été tracés en même temps 
que la miniature a été exécutée. 

« Quant à l’inscription des brassards, je l’estime fausse. Elle a été 
tout d’abord tracée en bleu, mais ce bleu diffère de celui de la robe du 
personnage assis. Puis elle a subi des reprises à l’encre noire. Et cette 
encre noire n’est pas celle du manuscrit. Les reprises ont eu lieu parce 
que, vraisemblablement, la couleur bleue de la première surcharge a 
disparu par endroits. Elle a disparu, car, étant très gommée, et par 
conséquent trop dure, l’or l’a rejetée. Et par là, elle est étrangère aux 
couleurs de la miniature, qui, elles, très peu gommées, sont molles, 
selon l’usage consacré des enlumineurs. La préparation n’est donc 
pas la même. 

« Cette inscription n’est pas de la main du scribe, ni de celle du 
miniaturiste qui a couvert les quatre coins. Elle appartient, d’après sa 
méthode, au xiv e (ou bien au xv e ) siècle. Elle est, de plus, relâchée, sans 
élégance ni ordonnance. 

« Je ne vous apprends rien en vous assurant que plusieurs manuscrits 
arabes contiennent des inscriptions de dédicace ou de présentation, 
postérieures à la date de leur exécution. Nos bibliothèques d’Istambul 
en connaissent bien des exemples. En général, le faux s’explique par 
la malhonnêteté du marchand. 

«B) N° 1 565 (XIX e volume) : 

« L’inscription des brassards est d’une autre main que celle du 
n° 1 566 . L’écriture, à l’encre noire, est d’un tracé encore postérieur. 
Elle est franchement populaire. 

«Le personnage à cheval (n° 1 565 ) et le personnage assis (n° 1 566 ) 
sortent du même atelier, peints par le même artiste. Le visage offre, 
d’une miniature à l’autre, des différences de détail. 

« Le troisième personnage debout, à droite, porte un sac doré sous 
l’aisselle gauche. 







658 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

« J’espère que ces renseignements vous seront utiles, et croyez, cher 
monsieur et collègue, à mes sentiments les meilleurs. 


« Ord. Prof. Dr. A. Süheyl Ünver. 

Directeur de l’Institut d’histoire de la médecine 
à VUniversité d’Istanbul.)) 



L’examen pénétrant du docteur Süheyl Ünver, tout en confirmant mon précé¬ 
dent exposé, apporte cet éclaircissement : il y a eu deux faussaires, non un seul. 
J’ai déjà noté que l’inscription du XIX e volume s’écartait de celle du XVII e . 
Examinant à mon tour les deux miniatures, je puis avancer ceci : Entraîné par 
la présence de Badr al-din ibn ^Abd-Allah dans les quatre coins du XVII e volume, 


LART SACRÉ. 


659 


le premier faussaire trace ce nom, en l’enrichissant de Lülü, sur les brassards 
de ce volume seulement. Il emploie pour cette addition une couleur bleue autre¬ 
ment préparée que celle de la robe du personnage. Le deuxième faussaire, moins 
habile encore, reprend à l’encre noire les lettres bleues, rejetées par l’assiette 
dorée des brassards (la reprise est évidente, pi. Villa), puis il renchérit sur 
l’audace de son devancier et va inscrire le nom rallongé, toujours à l’encre noire, 
sur les brassards du XI e et du XIX e volume. Voici la preuve : 

Ce qui subsiste du nom sur le XI e volume, soit bad (pi. IV), ressortit à l’écri¬ 
ture du XIX e volume (pi. VIII à). En effet, à confronter les mêmes lettres, soit 
les deux b/f et dàl (XI e et XIX e vol.), on observe ceci : le ba a la tête arrondie, 
mais dépourvue du bec qui termine le ba' du XVII e volume (pi. VIII a) ; la queue 
du dàl est courbe, sur le XVII e volume elle est angulaire. De plus, la ligne du 
XIX e volume et celle du XI e sont écrites dès l’origine à l’encre noire et non en bleu. 

Voilà pour les inscriptions. Tournons-nous vers d’autres points : 

Le personnage à l’arc (XVII e vol.) porte une barbe nettement marron et a 
des yeux en amande; le personnage à cheval (XIX e vol.) a la barbe châtain clair 
tirant sur le roux, ses yeux sont plutôt ronds. 

J ai retrouvé les cercles pointés, décorant le double brassard du personnage 
principal du IV e volume (plus haut, p. 644 - 645 , pî. VI, fig. 3 ), sur le fron¬ 
tispice à fond rouge du Dioscoride calligraphié, et non illustré, au mois de Radjab 
621 hég./juillet-août 1224, par c Abd-Allah ibn al-Fadl : 

Quatre jarres, puis les brassards du personnage central, debout, et ceux du per¬ 
sonnage assis à droite ainsi que la queue du turban de ce dernier exhibent le motif 
en question (comp. fig. 4 et 5 , du même manuscrit). Ce frontispice est présenté 
à la planche VII : [Aya Sofya, 3 yo 3 . S. Ünver a publié ce frontispice, endommagé, 
dans son article Istanbulda Dioscorides Eserleri. p. 7-8, fig. 4 ; il y est, hélas! illi¬ 
sible. Sur son intervention complaisante, j’ai pu obtenir une nouvelle photo¬ 
graphie. Ce même frontispice, admirablement reconstitué en couleur par Ünver, a 
paru sur la couverture des Annales de l’Ecole de pharmacie : Eczaci Mektebi, Istam- 
boul, 1943-1944. Coté chez cet auteur ( Istanbulda ) : Ahmet III 2 1 Aj c à Top- 
kapi Sarayi, ce manuscrit est retourné à la bibliothèque d’Aya Sofya. 

Pas une seule fois je n’ai rencontré un brassard portant un nom de person¬ 
nage. A cet effet, non seulement les manuscrits enluminés, répertoriés par Holter, 
Islam. Miniat.y ont été consultés, mais encore d’autres, allant du xii* au xvi e siècle. 
La place me manque pour les présenter aujourd’hui. 

Enfin, j’ai pu m’assurer de l’absence de la formule : «Badr ad-dïn ibn c Abd- 
Allâh» sur les monnaies lu’lu’ides, décrites dans le Catalogue de S. Lane-Poole, 
Londres 1877, III, 200-208. 


















































II ï. LA MINIATURE RELIGIEUSE 


« [.. . Toute œuvre d’art] est une certaine fable, 
qui parle à l’imagination et à la sensibilité des 
hommes, en se servant de personnages et de décors, 
dont il importe de connaître le sens et le nom.» 

Henri Focillon. 

Au cours de la deuxième étude annoncée, les miniatures des II e , IV e , 
XVII e et XIX e volumes sont examinées pour la première fois du dedans. 
Les résultats de cette analyse, enfin interne, démontrent, d’une manière 
positive, que chacune de ces quatre miniatures-frontispices est en étroite 
liaison avec un passage du texte transcrit dans les feuillets préliminaires, 
ceux-ci constituant le premier chapitre dont le titre et le début remplis¬ 
sent le revers de l’image. 

Le point de repère de la liaison est un groupe d’indices évidents 
que ligure le peintre sur certains points de l’image. Us sont appelés par 
le récit illustré et se donnent comme attributs de personnages : attri¬ 
buts permanents, historiques, ou bien occasionnels, anecdotiques; tous 
contrôlables dans les sources littéraires, narratives et religieuses. Voilà 
qui justifie, on ne peut mieux, ma présentation de la miniature-frontispice 
à thème religieux, décorant le IX e volume, expliquée dans mon Mémoire 
en fonction du texte. 

C’est là, ce me semble, une discipline qui restitue les images à la 
réalité, car, coupant l’élan à toute hypothèse qui la défie, elle refuse 
de s’abandonner à un déchiffrement superficiel. En bref, dans toutes les 
cinq miniatures de notre Aghâni, Lu lu’, atâbek de Mossoul, n’a rien 
à voir; tout comme son nom, étalé sur les brassards, est simplement né 
d’une supercherie. 

Dans les lignes qui suivent, seule la miniature du XI e volume est 
exposée. Aussi je prie le lecteur de retenir, là, cet argument : chacune 
des quatre autres miniatures illustre un passage déterminé du premier 
chapitre placé à son dos. 

Il convient maintenant de sonder le raisonnement adopté par M. Rice 
en face de l’argumentation produite au cours de mon Mémoire. Pour ce 


L’ART SACRÉ. 


661 


faire, il est indispensable de résumer, tout d’abord, les éléments de 
cette argumentation, en l’enrichissant de quelques nouvelles preuves, 
munies de leurs références. 

A. — Démonstration 

i° Directement au verso de la miniature est rapportée la dispute théo¬ 
logique survenue en l’anio de l’hégire /63 i, entre le Prophète Muham¬ 
mad et les chrétiens de Nadjrân, cité yéménite. La divinité de Jésus est 
l’objet de la dispute. Cet épisode est connu dans l’histoire sainte mu¬ 
sulmane sous le nom d épreuve, al-mumtahinah. 

Voici le titre du chapitre : ^j Ait ^ jè~ 

«Le récit de l’entrevue des évêques de Nadjrân et du Prophète» ( Mémoire , 
p. 5 , 7-10, pl. I). 

2° Trois personnages ( Mémoire, p. 7-1 3 ) : un splendide seigneur assis 
(Muhammad). Debout, un évêque à turban, capuce et soutane, accom¬ 
pagné d’un personnage, le \lqib (préfet de Nadjrân), tous deux mention¬ 
nés dans le texte. 

3 ° Attributs du Prophète ( Mémoire, cf. répertoire de Viconographie) : 
a) Deux «palmes en aile» symbolisent la grandeur et incarnent le dieu 
de la victoire : le Prophète, selon le texte, désarme ses deux adversaires 
et les confond grâce à la récitation d’un verset qu’AUah vient de lui 
révéler. (Les deux «anges» étendant « l’écharpe» triomphale, poncif 
hérité de l’iconographie du bassin oriental de la Méditerranée, con¬ 
courent à glorifier le Prophète.) — b) La «bague», à l’auriculaire de la 
main droite est célèbre dans la Tradition musulmane; les biographes 
du Prophète lui accordent tout un chapitre * (2) , — c) L’«épée» a une pro¬ 
fonde valeur symbolique: c’est le sayf ul-islâm «épée de l’islam», signe 


(H Tirmidhï-Qàrï, Djarri al-wasailfl sharh ash-shamail , le Caire 1 3 1 7, I, 186; 
Mànâwî, Sharh du même, gloses marginales, I, 178, i 85 . 

(2) L’anneau de Muhammad bénéficie d’une abondante littérature dans les 
Hadith; cf. Wensinck et Abd-al-Bâqï, Miftàh kunüz as-sunnah, Le Caire 198/1, article 












662 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


de la «guerre sainte», menée, à l’extérieur contre les arrogants infi¬ 
dèles (les chrétiens en l’occurrence), à l’intérieur contre les défaillances 
de la foi (la détresse qui envahit Mahomet, soumis à une épreuve, adroi¬ 
tement provoquée par l’évêque). Précisons : le port d’armes convient, 
on ne peut plus, à ce saint personnage, qui était non seulement un 
envoyé de Dieu mais aussi un redoutable guerrier, selon les sources 
islamiques. Encore mieux, selon ces mêmes sources, «il ne quittait 
presque jamais son épée» ^ 

4 ° Le costume de l’évêque est d’une éloquence inestimable. Ne ressem¬ 
ble-t-il pas singulièrement à celui que portaient les évêques de certains 
rites orientaux de la Syro-Mésopotamie, jusqu’à une date peu éloignée 
[Mémoire, p. 19 , 5 o, pi. IX)? Coiffé d’un turban à capuce, l’évêque a 
une soutane indigo unie. Le peintre soucieux, là, de la «couleur locale» 
entend nous fournir un indice qui s’ajouterait aux attributs du Pro¬ 
phète. En effet, conformément aux anciens règlements de l’Eglise 
d’Orient, la robe d’un religieux doit être de teinte plate 
et de couleur noire ou tirant sur le noir (aimable communication de 
Monseigneur Ziyâdé, archevêque maronite de Beyrouth, d’après «les 
lois du Concile libanais»). 

5 ° Les rouleaux, l’un replié dans la main droite du préfet, l’autre déployé 
par l’évêque, illustrent le texte, là où l’évêque répond ainsi au Pro¬ 
phète : « Prétendras-tu que Dieu vient de te révéler que Jésus est créé 
de poussière? Cela n’est point dans le Coran, ni dans nos Livres». 
Voilà un nouvel indice, attribut anecdotique, cette fois ( Mémoire, p. 8). 

6° La psychologie du tableau concorde avec les secrètes intentions du 
passage historié (pi. V a) : assurance et malice de l’évêque; dureté et 
défi du préfet. Inquiétude et douce extase du Prophète, dont le regard, 
encore plus lisible sur l’original que sur la reproduction photographique, 
biaise, tendu vers le côté gauche ; une fuite : l’Envoyé d’Allah guette 
le verset qui l’aidera à démonter son farouche adversaire. Sa main gauche 
semble exiger un répit, prévenir un nouvel assaut, alors que la main 


(1) Manâwi, Sharh, p. 192. 


L’ART SACRÉ. 


663 


droite a tout l’air de faire appel à l’épée : geste de menace. Sous cette 
attitude sculpturale murmure une vie fébrile : attente de l’instant du 
salut, suspension dans la durée [Mémoire, p. 1 4 -i 7, 29). 

7 0 Les visages : Ceux du Prophète et des deux anges notamment ont été 
visiblement grattés ou barbouillés, alors que les visages des trois autres 
personnages principaux des IV e , XVII e et XIX e volumes et ceux des anges 
qui les surmontent ont été épargnés (pi. VI, II, III). Aujourd’hui, 
il y a lieu de mentionner que le IV e et le XI e volume, avant de prendre 
le chemin de notre Bibliothèque nationale, avaient été manipulés par 
les mêmes mains jusque vers is 5 o de l’hégire/i 835 , date de la mort 
de Hasan ibn Muhammad al- c Attâr. Ce shaykh de la célèbre université 
religieuse du Caire, al-AzharÙ), a laissé son nom sous le colophon de 
chacun des deux volumes : jf- y jrvliî^ ouSÜ?^. 

Ainsi, seuls à être éprouvés, les visages du Prophète et ceux de ses 
anges protecteurs nous assurent que le caractère religieux de l’image, 
bien avant mon entrée, n’avait guère échappé à la perspicacité ni au 
vandalisme de tel lecteur farouchement rigoriste. C’est bien sur la figu¬ 
ration sacrée que s’acharnaient particulièrement les iconophobes arabes, 
à partir du xiv e ou du xv e siècle^. Aux documents déjà connus je m’em¬ 
presse d’ajouter une image du Prophète, ravi au Ciel sur la jument 
Burâq, dans une miniature persane inédite, à placer au début du xv e 
siècle, conservée dans un album, à Istambouî. La face de l’Elu est visi¬ 
blement effacée (pi. X) W. En effet, quoi de plus sacré que le visage 


(1) Cf. Chejkho, La littérature arabe au xix c siècle, texte arabe, Beyrouth 192A, 
I, 5 1-62. 

(2) Cf. Aghâni, éd. Dàr al-Kutub, Le Caire 1928, II, p. a et j . 

^ Farès, Miniature religieuse, p. 3 . « Ce serait pour un musulman le plus grand 
sacrilège que de tracer la figure de son Prophète» (M. d’Ohsson, cité par Arnold, 
Painting, p. 91, n. 3 ). 

Topkapi, Khazine 21 52 , f° 68 à. — G. YViet, Miniatures persanes, turques et 
indiennes, in MEI, le Caire 19A 3 , p. A 2 -A 5 , a dressé une longue liste des tableaux 
musulmans traduisant P Ascension au Ciel de Mahomet. Depuis, entre autres : 
Zaki M. Hassan, Moslem Art in the Fouad I University Muséum, Le Caire 1960, I, 
pi. I, IV. Stchoukine, Manuscrits tîmourîdes, pl. LIX-LXIV. 











664 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


du Prophète, démuni du voile qui le masquera sur des miniatures per¬ 
sanes et turques, à une époque tardive, où rien n’échappait à la vigi¬ 
lance des docteurs de la loi, les Fuqaha M. De nos jours encore, en dépit 
du prestige dont jouissent les arts plastiques chez nous, nul n’ose repré¬ 
senter le Prophète ; on n’a pu apercevoir que les pieds de sa chamelle, 
à titre évocatoire, dans un fdm cinématographique récemment projeté 
au Caire : prolongement d’une retenue inspirée par le respect total de 
l’interdit. 


B. — Controverse. 

Pour M. Rice, la scène représente Badr ad-dîn Lu’lu’ accordant audi¬ 
ence à deux fonctionnaires de l’administration civile. Dédaignant le 
texte, conformément à sa méthode, M. Rice méconnait le sens profond de 
l’image. Guidé par des préventions, ou bien s’accrochant aux éléments 
de surface, il discute ma démonstration. Nous allons contrôler son 
raisonnement. 

i ° Le récit illustré : « Tins story, however, does not appear as an independent 
épisode but rnerely as a gloss provoked by the mention of the Kaba of Najrân 
in a verse of the poet al-A'shà » (p. i3o, col. 1). 

Quiconque a vécu dans un commerce familier avec le Kitdb al-Aghânï 
sait fort bien que la rédaction de ce livre se déploie ainsi : le point de 
départ de chaque chapitre est la transcription d’un poème mis autrefois 
en musique et chanté. Les allusions littéraires, les mentions d’un fait 
historique ou légendaire contenues dans le poème, la vie du poète, celle 
du compositeur ou du chanteur, tout cela alimente la marche du cha¬ 
pitre, souvent émaillé de curieuses digressions. Le récit de notre cha¬ 
pitre, sujet de la miniature, vient directement après le poème transcrit 
en tête, composé par A'shâ ; il est suivi d’autres récits suggérés par les 
mêmes vers. L’ensemble des vingt volumes d 'al-Aghànî est une inter¬ 
minable chaîne de «gloses» sur des romances. Pour notre volume, le 


(,) G* a cett e remarque : « Il est curieux de constater que la face du Pro¬ 
phète est découverte dans les documents persans les plus anciens». (Wiet, op. 
cit., p. 44 ). Cf. Arnold, Painting, p. 98. Voir infra, Conclusion. 


L’ART SACRÉ. 


665 


titre, transcrit plus haut, attire l’attention sur le premier récit, lequel, 
du reste, consigne un épisode musulman contrôlable dans une foule de 
sources d’information. 

2 0 L’évêque et le préfet : « However, no fewer than fourty men are reported 
to hâve constituted the délégation from Najrân... Only one per son (the bis hop) is 
specifcally mentioned as the spokesman, not two» (p. 1 33 , col. 2; i34> 
col 1). 

M. Rice, à qui nous devons quelques excellents articles sur les métaux 
musulmans, demeure impassible (p. i 3 o, col. 1) devant le monde 
émotionnel suscité autour du Prophète par la touche d’une angoisse 
supérieure. Il y a là lutte entre deux sortes de connaissance : science 
acquise et science infuse ; érudition de l’évêque contre intuition du 
Prophète. L’imagier est guidé par le sens dramatique. Il campe devant 
son Héros les deux premiers hommes de la délégation : ^ 

• • * y.\j ^ 

Ainsi que je l’ai déjà montré, l’évêque, lumière de Nadjrân, et le *âqib 
(préfet), manifestation de sa puissance, se dressent, armés de rouleaux 
(Mémoire, p. 10) : le premier affronte et cerne, le second le soutient. 
Pour mieux serrer l’action, le peintre supprime les personnages secon¬ 
daires, inopérants. Cette manière n’est pas singulière; je rappelle un 
dessin arabe chrétien du xm e siècle provenant de Mardîn en Mésopota¬ 
mie, où deux juifs, pour les «Juifs», sont plantés devant Hérode (Mémoire, 
pl. A III b, p. 26). Je dirais tout simplement avec Diderot : «que cet 
artiste a de l’esprit !» (2 h Dois-je évoquer maintenant l’art de Giotto dont 
le raccourci ramasse bien l’anecdote, débarassée du superflu, en une 
intensité psychologique, évincée chez un Benozzo Gozzoli par l’étalage 
du pittoresque ? 

Au reste, ces deux méthodes se partagent l’illustration des manus¬ 
crits arabes : La Thériaque de Vienne offre des assemblages moins éten- 


(1) Cf. AgJulnï, Bûlâq 1285, X, i 43 -i 44 . 

(2) Mot de Diderot dans Regrets sur ma vieille robe de chambre, en face d’une Tem¬ 
pête de Joseph Vernet, à qui «il n’a fallu qu’un petit nombre de ligures princi¬ 
pales pour rendre toutes les circonstances de l’instant qu’il a choisi». 















666 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


dus que ceux de la Thériaque recueillie par la Bibliothèque nationale 
de Paris (1) 2 * 4 . En cette même bibliothèque, les Séances (de Harîrï) n° 58 âj 
étalent beaucoup plus de figures que les Séances n° S g 2 g. Sur une enlumi¬ 
nure inédite de cette copie-ci, rien que trois personnages traduisent ces 
mots, dans le texte : ?jÜÜ j i+pA* iuU- « un cercle serré et 

des spectateurs entassés (dans une mosquée)»; mots renforcés par cette 
annonce logée au-dessus de l’image: «(Abu Zavd) entouré par la 
foule» (pl. XI a) M. 

3 ° La barbe, portée par l’évêque et le préfet, pousse M. Rice à dire 
(p. 1 34 , col. 1) : « The bearded men are doubtless meant to represent sonie 
high officiais ». L’évêque est « probably a scribe (who may hâve been a non- 
Muslim) holding a scroll». 

Le port de la barbe est loin de priver et l’évêque et le préfet de leur 
identité. L’évêque, un scribe «non-musulman»? C’est son costume, 
attribut décisif, qui réduit M. Rice à le détacher du cercle islamique. 
Mais pourquoi cette imprécision : «non-musulman»? Serait-ce un juif? 
La raison? Quel détour! C’est bien un chrétien, un évêque, avec son 
turban, sa soutane plate et ce capuce, que M. Rice a soin d’ignorer; 
le récit l’identifie. 

4 ° Attributs du Prophète : le Prophète est semblable au personnage 
principal des autres miniatures. Une seule prérogative : « The additional 
ornament is what appears to be a golden cérémonial chain of office ( tauq )». 
(p. 1 33 , col. 2). 

Au cours de la première partie de cette Analyse externe, nous avons vu 
M. Rice porté aux coups de pouce. Ici, il procède en sens inverse : il 
soustrait mes arguments. Déjà, pour l’évêque, il ne souffle mot du 
capuce. Maintenant, en face du Prophète, il ne veut remarquer de par¬ 
ticulier que le pectoral, le fawq à cinq ornements piriformes ( Mémoire, 
p. 12). Quant aux attributs historiques de Mahomet, il prend garde à 


(1J Fàrès, Thériaque, p. h o-àg. 

(2} Paris, B. N., Harîrï, Maqâmât, arabe 3 g%y, f° 1 klx a. C’est l’illustration de 
la h i c séance où Abu Zayd passe pour un prédicateur . . . ÂaU là ; cf. Sharïshï, 
Sharh maqâmât al-Harïrl, Bülâq i 3 oo, II, 269. 


L’ART SACBÉ. 


667 


11e pas les aborder, alors que je leur ai consacré plusieurs pages dans 
mon Mémoire . J’en ai souligné plus haut le sens profond. Ni la bague, 
ni l’épée, ni les deux palmes en aile ne surgissent sur les trois autres 
miniatures où figure aussi un personnage principal. La bague, sur¬ 
tout, aurait dû se voir, puisque c’est le même seigneur qui est portrai¬ 
turé, au dire de M. Rice. Aussi imposant, l’anneau d’un prince musul¬ 
man, signe de majesté, ne se volatilise pas entre deux poses. D’autre 
part, je rappelle les dissemblances qu’offrent les têtes des personnages. 

5 ° La coiffure du Prophète : c’est le shurbüsh, aux yeux de M. Rice. 
Il est porté également par le personnage principal des trois autres 
miniatures. « The sharbûsh was greatly favoured by the Zengids and their 
successors» (p. 1 33 , col. 2), entendez par «successors» : les Atâbeks de 
Mossoul, Lu’lu’ et son fils Ismîwl. 

Pourquoi le shurbüsh était-il en faveur chez ces princes-là notamment? 
M. Rice nous assure (p. 1 33 , col. 2) que toutes sortes d’objets de 
l’époque zenguide exhibent cette coiffure. Sans compter qu’il n’invoque 
aucun témoignage littéraire M, il semble négliger la présence de la coif¬ 
fure sur des documents non-zenguides ou de provenance inconnue 
De plus, on peut lui opposer ce vers adressé au prince ayyoubide al-Ashraf 
Müsâ (Mésopotamie et Damas, 578-635) : «La pleine lune, dans le 
creux de son shurbüsh, a pour halo la nuit d’une chevelure noireW». 

En l’espèce, je me borne, d’un côté, à reviser T identification du shur¬ 
büsh avec la coiffure qui nous occupe (5 -, et, d’un autre côté, à montrer 

(,) Que le shurbüsh soit «une coiffure distinctive des émirs» (Dozy, infra ) en 
Egypte, sous les Ayyoubides et les Mamlouks Bahirites, cela est dit nettement par 
l’historien MaqrIzï, Khitat, Le Caire 1826, III, 160. Voilà un témoignage. 

(2) Par exemple : Holter, Galen, fig. U 2, p. Ù2. 

Séances de Harîrï, Londres, B. M., Add. ssiâh, xïii c siècle (Mayer, Màmluk 
Costume, pl. VIII, 1 ; infra, outre Aghânî, le Galien de Vienne. La Thériaque de 
Paris offre une coiffure presque identique, moins développée toutefois (Fares, 
Thériaque, pl. XIV, XVI). 

(4) Ibn an-Nabïh (mort 619 h.), Uïwân, Le Caire 1 3 1 3 , p. 16. 

( 5) Mayer, op. cit., p. 27-28, a deux essais d’identification. Rice, avec trop 
d’assurance, s’empare du premier essai, et c’est bien le deuxième qui se trouve 
justifié par le document présenté à la planche XI b. 

Bulletin de VInstitut d’Egypte, t. XXXVI. 52 















G68 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


qu’elle est commune dans les manuscrits enluminés de l’époque : 

a) J’ai rencontré dans une page du Traité sur les Automates d’al-Djazarï, 
daté de l’an 602 hég./i2o6, un shurbüsh nommément signalé dans 
le texte et porté par un ghulàm, c.-à-d. un page ou bien un esclave, 
ainsi qu’on peut l’observer à la planche XI b d). Ce couvre-chef abonde 
en cet exemplaire, dont le prototype autographe avait été exécuté à 
Diyàr Bakr, quelques années plus tôt, pour un prince ortokide, selon 
le colophon et 1 ’incipit tout ensemble Ce shurbüsh se maintiendra 
dans des copies postérieures de cet ouvrage (3 h C’est un bonnet haut, 
de couleur rouge ; la carre porte une parure en forme de petite dague 
dorée ; le bord est recouvert, non d’une fourrure, mais d’un bourrelet 
de tissu velouté, dont le devant est rehaussé d’une plaque triangulaire 
dorée. Cette plaque réapparaît sur la couronne de fourrure cVal-Aghànï 
et sur une autre de plume, visible dans un exemplaire des Séances de 
Hariri, daté de 1322-1223 ^ i} . Enfin, ce shurbüsh se rencontre dans 
une copie des mêmes Séances, à classer au début du xm e siècle ( 5 L 


(1) Istamboul, Topkapi, Ahmet III, Bh r j^, f° 108 a. Stchoukine, qui avait pré¬ 
senté ce manuscrit dans la Gazette des Beaux-Arts, mars 1934, y revient, Peinture 
iranienne, p. 77, pour repousser sa date d’achèvement (602 devenant 662), 
alors qu’elle est exacte. 

(2) Ce document figuré où l’on tombe de surcroît sur quelques noms de vête¬ 
ments, le vers d’Ibn an-Nabïh, ainsi qu’un passage dans Ibn as-Sâ c ï, DjdmP, 
p. 226, et un autre dans Ibn al-FuwàtI, Ilawâdith, p. 77, viennent s’ajouter aux 
références concernant le shurbüsh, mentionnées par Dozy, Dictionnaire des noms 
des vêtements chez les Arabes, Amsterdam i 845 , p. 222; Idem, Supplément aux dic¬ 
tionnaires arabes, Paris 1927, I, 7/12 ; Mayer, loc. cit .— J’écris shurbüsh, et non 
sharbüsh, conformément à la prononciation arabisée ; cf. Addâ ShIr, al-Alfàz al-fà- 
risïyah al-muarrabah, Beyrouth 1908, p. 99. 

(3) Blociiet, Musulman Painting, pl. XXXVII. Mayer, op. cit., pl. XV. 

De Lorey, Le Miroir de Bagdad, in VIllustration, XVCI (Noël 1938), lig. 1 ; 
Buchthal, « Ilellenistic» Miniatures, fig. 6 ; Stchoukine, Peinture iranienne, pl. XXX, d; 
Farès, Miniature religieuse, pl. Va. La plaque agrémente aussi la coiffure, tout en 
or, de certains cavaliers du Livre d’IIippiatrique, illustré à Bagdad en 1209; le 
Caire, Dâr al-Kulub, Khalîl Aglul, tibb 18, f° 46 a, 48 b; cf. A. Taymür et Z.- 
M. Hasan, at-Taswlr c ind al- c Arab, le Caire 1942, pl. i 4 . 

(5) Blochet, op. cit., pl. VII. De Lorey, Peinture musulmane ou peinture iranienne, 
in Berne des Arts asiatiques, XII, 1 (1938), fig. 6. Stchoukine, op. cit., pl. XXX, b. 


L’ART SACRÉ. 


669 


b) La coiffure des personnages principaux d 'al-Aghâriï — shurbüsh ou 
non-shurbüsh, serait-elle même «affectionnée» par Lu’lu’, ses prédéces¬ 
seurs et son successeur — n’est point particulière à un prince, voire 
zenguide. En effet, elle est portée couramment, à tort et à travers, sur 
les miniatures, pour s’arrêter à celles-là. Voici quelques personnages : 
Commençons par notre Aghàni, en voulant bien adopter, un instant, 
l’interprétation de Rice en présence des quatre personnages princi¬ 
paux, qui seraient à tour de rôle l’atâbek Lu’lu’ en personne : IV e vol., 
ici pl. VI : Lu’lu’ et aussi trois hommes de sa suite, «male attendants». 
— XI e vol., ici pl. IV : Lu’lu’ et aussi un fonctionnaire « probably 
member of the administrative — non-military — class». — XIX e vol., ici 
pl. III : Lu’lu’ et aussi deux «attendants». 

On voit bien que cette coiffure n’est nullement l’apanage d’un émir, 
sur nos images. Elle est même affectionnée à la fois par un prince buvant 
et par son rôtisseur, comme on peut le voir sur un autre frontispice, 
celui qui décore le Galien de Vienne (pl. IX a) RL Egalement la coiffure 
que nous venons d’identifier avec le shurbüsh est indistinctement portée 
par un haut personnage et par un homme du commun 1 (2) 3 * 5 . 

Shurbüsh ou non -shurbüsh, dis-je, la coiffure qui nous occupe ne 
parvient pas à prouver que celui dont elle couvre le chef est nécessaire¬ 
ment un émir, un émir zenguide notamment. Le shurbüsh 11’est qu’un 
passe-partout, un des accessoires de l’iconographie arabe de l’époque. 

Un autre passe-partout, c’est le motif des deux anges qui flottent 
doucement au-dessus du personnage principal, en étendant une écharpe 
triomphale. Us ont, par là, une valeur symbolique qui s’ajoute à leur 
saveur décorative; mais loin d’être un attribut exclusif du prince, ils 
sont destinés à glorifier le héros quel qu il soit. Je l’ai déjà dit J’v 
reviendrai, avec un autre dessein, dans l’analyse interne annoncée 
plus haut. 


Farès, Essai sur Vesprit de la décoration islamique, Conférences de VInstitut français 
d'Archéologie orientale. Le Caire 1902, pl. XTL a. 

(1) Cf. Islamic Book, pl. 3 i. 

(2) Mayer, op. cit., pl. XV. De Lorey, Peinture musulmane, fig. 6. 

Farès, Miniature religieuse, p. 38 suiv. 


























670 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


6° L’Ecole de Bagdad : La miniature est attribuée à VEcole de Bagdad 
«without any justification» affirme M. Rice (p. i 3 o, col. 1). 

Franchement, M. Rice a-t-il feuilleté tout mon Mémoire? De la page 
2 3 à la page 58 , et je passe des planches et des figures, je me suis sur¬ 
tout attaché à exposer les diverses analogies offertes par les éléments 
de la miniature avec ceux de nombreux documents appartenant à 
l’école dite de Bagdad : corrélation de style, affinités iconographiques. Inat¬ 
tendue, cette façon de biffer en un tournemain le fruit de longues recher¬ 
ches ! Le mobile de ce geste désinvolte est un innocent parti-pris. 
Préoccupé par Lu’lu’, atâbek de Mossoul (celui-là qui «affectionnait le 
shurbüsh »), en raison du nom inscrit sur les brassards, M. Rice, croyant 
dur comme fer en l’authenticité de cette surcharge graphique, veut 
arracher le Kitàb al-Aghânï à l’orbe de la peinture bagdadienne pour le 
glisser dans la courbe d’une certaine Ecole de Mossoul. 

Avant de disputer sur l’existence de cette école, j’aime à enrichir les 
analogies que j’exposai dans mon Mémoire : Mise en parallèle avec 
une image bagdadienne inédite, du début du xm e siècle, où deux 
personnages s’adressent à un gouverneur (pl.Yè et fig. 7) notre 
miniature présente une étroite parenté de forme : maintien de l’homme 
assis, un gouverneur; l’épée, en or, posée nonchalamment sur la cuisse 
droite ; les deux figures debout. Une épée, appartenant à un gouverneur 
également, posée de la même manière, se perçoit dans une miniature 
dérivant de l’Ecole de Bagdad, attribuée au xiv e siècle * (2) 3 4 . Le motif des 
deux S affrontés, visible sur le banc ( Mémoire, p. 5 i- 52 ), agrémente le 
couronnement d’un édifice dans la Thériaque de l’an 1199^, et la 
vermiculure, thème décoratif, destiné à rendre les plis tumultueux de 
la robe du Prophète ( Mémoire, p. 52 - 55 ) tapisse une plante figurée sur 
ce manuscrit-là W. 

(,) Paris, B. N., Hariri, Maqâmüt , arabe 3 gsg, f° 2 1 b. Le personnage assis, semé 
de taches d’humidité, est rendu ici, à la plume, par mon ami Rostem. 

(2) Lofgren et Lamm, Ambrosian Fragments of an Illuminated Manuscript Containing 
the Zoology of al-Gàhu, Uppsala 1 9/16, pl. T. Le personnage assis est le gouver¬ 
neur de Médine. 

(3) Farès, Thériaque, pl. XVI, p. /19. 

(4) Ibid., pl. XVTTT, p. i/i. 


L’ART SACRÉ. 


671 



Fig. 7 








































BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


G 72 


7 0 L’École de Mossoul : Au bout de son article (p. i 34 , col. 2), 
M. Ri ce écrit : « The Aghcinï miniatures which corne from Mosul. . . » Il avait 
préparé cette assertion finale par un effort laborieux (p. i34, col. 1), 
visant à relier notre miniature à trois figurations gravées sur des cuivres 
dits de l’Ecole de Mossoul. Il en soumet une «for comparison », dessinée 
au trait et renvoie aux deux autres. Je m’empresse de reproduire la 
première (fig. 8) W, en laissant au lecteur le soin d’y découvrir un 
soupçon d’affinité psychologique, une quelconque similitude de forme 
avec la scène de notre miniature. Il n’y a que le shurhûsh, ce passe- 
partout. Les deux autres figurations en sont encore plus éloignées (2) . 
II me semble que des liens autrement étroits rattachent la miniature à 
l’image bagdadienne que je viens de présenter (pi. V b et fig. 7), ainsi 
qu’à bien d’autres représentations musulmanes et chrétiennes, ressor¬ 
tissant de près ou de loin à l’Ecole de Bagdad, toutes signalées dans 
mon Mémoire (p. 25*27, 45 - 46 , 86 bas). 

C’est M. Holter, voilà une quinzaine d’années, qui proposa cette 
rubrique : « l’Ecole de Mossoul» et lui assigna, avec réserve, la manière 
picturale Wal-Aghnnï (3 C A cette Ecole de Mossoul on s’accorde, depuis 
longtemps, à attribuer l’art du cuivre qui fleurit surtout au xii e et au 
xm e siècle. A quel point ce foyer est-il authentique? Il convient de rap¬ 
peler la leçon de prudence formulée jadis par Yan Berchem, en présence 
de cette école. Scrutant les arguments invoqués en sa faveur, cet orien¬ 
taliste, à la méthode impeccable, dit bien : « (ces arguments) n’auto¬ 
risent pas à classer dans une école aussi limitée géographiquement tous 
les cuivres qui présentent les mêmes caractères artistiques ; du moins 
ce terme (école) ne doit-il pas être employé qu’avec une prudente 
réserve» W. 

Depuis, est-ce que cette école a émergé de l’ombre? « We know 


(l) À Baltimore, Walters Gallery. D’après le tracé de ffice. 

{2) Reproduites dans : a) A Survey of Persian Art, Oxford 1988-1989, VI, 
pl. 1880, à) Dimand, Handbook, p. i 46 , fig. 87 ; E. Cohn-YViener, Das Kunstgewerbe 
des Ostens, Berlin, s. d., p. 117, fig. 80. 

^ Holter, Galen, p. h 4-45. 

Van Berciiem, Monuments, p. 910, n. 1. 


L’ART SACRÉ. 


673 


too little about the Saracenic schools of metal-work, and not enough 
even about the Mosul-school, to answer some of the most harassing 
questions», nous dit M. Mayer (1) . Mieux encore, M. Rice lui-même avoue 
ceci : « Only one Islande métal vessel (daté 1282) can be said with 
certainty to hâve been made at Mosul» l * 2) . La présence de cette seule 
pièce, l’aiguière de Blacas, avait été soulignée par Van Berchem (3) 4 5 : 
rien de nouveau au cours d’un demi-siècle ! Voilà pour le cuivre. 

Pour la peinture, j’ai montré dans mon Mémoire (p. 2 2-2 3 ), puis 
ailleurs qu’il est prématuré de vouloir classer de confiance les œuvres 
de la haute époque, selon les pays d’origine ou selon les groupements 
par écoles, car bien imparfaites encore sont nos connaissances sur la 
genèse de la peinture arabe, son développement et son rayonnement; 
en dépit des courants divergents discernables dans la composition et 
des procédés divers révélés par la facture. Aussi, c’est encore sous cette 
appellation commode : « Ecole de Bagdad » (chez quelques auteurs : 
«école mésopotamienne», «abbasside», « seldjoukide») que doivent se 
ranger les premières miniatures, antérieures au cycle de la peinture per¬ 
sane, ornant des manuscrits arabes, originaires non seulement de Bagdad, 
mais aussi d’autres centres du monde islamique. Le cas de la miniature 
byzantine, pourtant autrement riche, plus fouillée, classée tantôt chrono¬ 
logiquement, tantôt paléographiquement milite en faveur de cette 
prudence. La prudence s’impose tout particulièrement en face des 
frontispices, dont il ne nous est parvenu qu’un petit nombre d’échantil¬ 
lons, publiés en partie du reste (6) . 


(,) Mayer, op . cit., p. 8. 

lâ) Rice, The Brasses of Badr al-dïn Lu'lu’, in B S O S, Xlfl, 3 (1960), p. 627. 
Cf. Idem, Studies in Islamic Métal Work, in B S O S, XV, 9 (1953), p. 2 3 1. 

(3) Van Berchem, Notes d’archéologie arabe, III, in JA, 10 e série, III (190 4 ), 
p. 29-3o. 

(4) F ares, Thériaque, p. xn. 

(5) L. Réau, La miniature, Melun 19^6, p. 35 . Cf. J. Ebersolt, La miniature 
byzantine, Paris 1926, p. xn. 

(#) M. Rice n’est que très peu prudent. Il est convaincu que les frontispices 
connus des écrits non scientifiques représentent tous diverses scènes de cour 
[supra, p. 62 3 ). Nous avons vu que, au moins pour al-Aghnn\, Rice fait 









074 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’EGYPTE. 


Enfin, M. Buchthal a lui aussi discuté l’existence d’un foyer pictural 
qui eût pu s’allumer à Mossoul, en revendiquant judicieusement à l’Ecole 
de Bagdad une bonne partie de ses droits * (1) 2 * 4 . Et voici mon ami Boiter 
lui-même, inspirateur de M. llice, qui revient, avec bonheur, sur sa 
première proposition. Dans un article tout récent, il n’hésite pas à écrire : 
«Le legs singulièrement minime de ces manuscrits à peintures de l’épo¬ 
que archaïque nous amène à considérer chaque monument comme tout à 
fait particulier, et l on aurait tort de se laisser séduire par des éléments de style , 
de composition ou d iconographie pour opérer des groupements (« und man darf 
sich weder von stilistischen nocli kompositorisclien noch ikonographischen Ein- 
zelheiten zu Gruppierungen verleiten lassen ^) ». 

Il est d’ailleurs si malaisé, en principe, de morceler la face de l’art 
musulman. Son unité, qui se concilie admirablement avec la diversité 
des goûts autochtones, est dictée par une disposition intellectuelle com¬ 
mune, maintenue par les déplacements incessants des artistes^. 

Pour terminer, je transcris cette pertinente réflexion de M. Louis Réau 
sur la miniature ^ : «Jusqu’à présent on a trop cédé à la tendance 
d’étudier les monuments de cet art dans le cadre factice des nations 
modernes. Il y a là une double erreur ou, si l’on préfère, un double 
anachronisme, car les frontières actuelles des différents pays ne concordent 
pas toujours avec la géographie artistique du Moyen-Age et ce compar¬ 


fausse route. Quant aux frontispices des écrits scientifiques, leur liaison avec le 
texte est possible. Aujourd’hui, je me borne néanmoins à déclarer ceci : le 
frontispice du Galien deVienne, contrairement à ce que croit M. Rice (p. 1 33, 
col. a), est absolument étranger au sujet de l’ouvrage. Il faut s’en remettre là à 
Holter, qui a analysé avec maîtrise ce manuscrit : «La grande image n’a pas 
de rapport avec le texte du manuscrit» (Holter, Les principaux manuscrits à pein¬ 
tures de la Bibl. nat . de Vienne, 2 e partie, Bulletin de la Soc. franç. de reproductions 
de man. à peint., XX, Paris 1987, p. 91). 

(1) II. Buchthal, Three Illustrated Hariri Manuscripts in the British Muséum, in The 
Burlington Magazine , LXXVII (19/10), p. 1 44 -i 5 a. 

(2) K. Holter, Islamische Miniaturen, Problème und Forschungen, in WZKM, 
LU 1/2 (19.53), p. 119-120. 

Cf. G. Marçais, L’art de P Islam, Paris 19/16, p. 6 suiv. Farès, Essai, p. 2 2-2 3 . 

(4) Réau, La miniature, p. 25 . 


L’ART SACRÉ. 


075 


timentage ne tient aucun compte de l’universalité de la civilisation médié¬ 
vale. Pour prendre des exemples précis, qui pourrait se flatter de tracer 
dans la miniature carolingienne du ix e siècle une démarcation précise 
entre les Ecoles françaises et l’Ecole rhénane? Si nous nous transportons 
au xv e siècle', quel critère emploierons-nous pour classer les miniaturistes 
au service des ducs de Bourgogne soit du côté français, soit du côté 
flamand? En présence de ces impossibilités, il faut renoncer aux cadres 
trop strictement nationaux et adopter des divisions chronologiques qui 
nous permettront de saisir l’évolution parallèle des arts dans tous les 
pays, de préciser la part d’originalité de chacun en multipliant les com¬ 
paraisons.» 

G. — Conclusion 

Ainsi, le Kitâb al-Aghânî nous lègue un reflet de l’art sacré d’une 
haute époque. Nous en sommes redevables à cet artiste, Badr ad-dln 
ibn 'Abd-AIlâh, qui parvient à articuler aussi simplement des sentiments 
aussi subtils, sous une admirable rigueur d’exécution. 

Commentaire vivant du texte, la miniature est surtout un enseigne¬ 
ment, où réalisme et idéalisme fusionnent. Il faut savoir lire ce qui se 
dessine au dedans, en déchiffrant ces quelques gestes extérieurs à fausse 
allure de pantomime, issue du caractère même de la primitivité, où un 
métier fixé entraîne un hiératisme de style. C’est lorsque tout, jus¬ 
qu’aux procédés, respire et parvient à saisir que le primitif, en dépit de 
la servitude de son pinceau, dévoile une âme d’artiste. 

Rempli de ferveur, le miniaturiste pénètre le texte à illustrer, pres¬ 
sent le mystérieux entretien de son Prophète avec le Créateur et tente de 
fixer la lueur de l’effusion divine : la révélation. Mais l’élan dramatique, 
soutenu par la sensibilité du trait, fruit d’une foi entière, se voit contenu 
par le double jeu de la facture et du langage : mouvement elliptique ; 
animation sourde ; rendu abstrait, séparé de la brute sensation initiale 
par toute l’étendue de l’esprit qui dépouille le choc du tumulte extérieur. 

J ai retracé ailleurs l’ascendance de cet art (1) . Jaillissant d’une antique 
intention orientale chrétienne, sa loyale verdeur découle du tempérament 


Farès, Miniature religieuse, chap. iv. 














676 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


ethnique : Arabes et Araméens arabisés, les premiers peintres et ama¬ 
teurs de peinture de la Syrie et de l’Irak, se trouvaient foncièrement 
disposés à adhérer à l’esthétique des Eglises d’Orient ; elle parlait à leur 
âme. 

Cette seule œuvre, en charmant no£ regards, en nous émouvant, adou¬ 
cit nos regrets, car d’autres monuments non laïques ont dû périr, hélas ! 
ou souffrir de la fureur iconoclaste. 

Toute seule, elle recule la peinture religieuse, en Islam, de près d’un 
siècle, puisque les plus anciens échantillons glanés dans l’enclos de 
l’enluminure religieuse, avant la découverte de notre miniature, sont 
insérés dans deux manuscrits de l’époque mongole des Il-Khâns, appar¬ 
tenant déjà au climat de la peinture persane. Ils sont datés, l’un de 707 
hég./1 3 07, l’autre de 707-7 14/13o7-13 i4. 

Il y a plus d’un quart de siècle, Thomas Arnold, dont je me suis plu 
à apprécier les études «lumineuses» et « pénétrantes»Û) 5 analysant ces 
échantillons-là, avançait ceci : « Il est peu probable qu’il y eût aux pre¬ 
miers siècles de l’islamisme un essai quelconque de représenter, au moyen 
de la peinture, des épisodes de l’histoire sainte. Quoi qu’il en soit, 
aucun des exemples qui nous sont parvenus n’est antérieur au début du 
vm e siècle de l’hégire/xiv e » (2 L M. Rice insiste à s’en tenir à cette opi¬ 
nion, en la produisant au terme de son article (p. i 34 , col. 2). Et ce 
11’est qu’une opinion, engendrée par le peu de documents connus il y a 
vingt-sept ans. Au reste, Arnold a pris garde de ne pas la rédiger sous 
une forme catégorique. En effet, les découvertes seraient-elles choses 
impossibles, et l’histoire de l’art doit-elle piétiner sur place? Depuis 
quelques décades, combien de trouvailles, rien que dans le domaine de 
l’iconographie musulmane d’avant le cycle persan! Miniatures, fresques, 
poteries, cuivres, tissus, monnaies ! Que de jugements révisés à leur 
clarté ! 

Un témoignage tiré de la littérature justifie la présence d’un art sacré 
dans la peinture musulmane. Il s’agit d’un passage exhumé, il y a trois 
ans, par l’auteur de ces lignes. Il éclaire la question, naguère si obscure, 
de la figuration en Islam. L’auteur Abü c Alï’I-FârisI, célèbre linguiste, 


Ibid., p. i- 3 ; 81, n. A. W Arnold, Painting, p. 92. 


L’ART SACRÉ. 677 

commensal des princes régnants en Syrie et en Irak, mort à Bagdad 
en 987 de notre ère, y affirme que seule la représentation d’Allah est 
interdite aux yeux de la communauté musulmane ; ce qui allait alors à 
l’opposé d’une réaction, soutenue avec une véhémence de plus en plus 
intransigeante par les dépositaires de la Tradition islamique : la « Sun- 
nah» (1) * 3 . De cette affirmation autorisée il résulte que figurer le Prophète — 
être humain, bashar d’après la lettre et l’esprit du Coran — échappe à la 
rigueur de la prohibition. Etre humain, Mahomet sera représenté, tout 
au plus selon la beauté idéale de l’homme : un héros. Ainsi apparaît-il 
sur notre image, et sur les images conçues en Iran il ne dépassera jamais 
cette acception (2 L 

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Voilà la porte ouverte, bien avant la venue de la peinture persane, à 
l’illustration de l’histoire sainte de l’Islam. Avec la décomposition de la 
culture arabe, cruellement éprouvée par la chute de Bagdad, la porte, 
petit à petit, hélas ! se verra condamnée sous la pression d’un rigorisme 
acharnél 3 L Elle hésite aujourd’hui à s’entre-bâiller, malgré l’invention 
hardie de quelques jeunes peintres d’Egypte et d’Irak. 

C’est mal voir que d’explorer l’arc-en-ciel d’une civilisation floris¬ 
sante à travers l’opacité d’une longue époque où tout s’étiole : ardeur, 
pensée, goût. 


(1) Farès, Essai, p. 11, 23 , 26-27. — Voici pourquoi l’effigie divine est incon¬ 
cevable : Dans Ibn al-Djawzî (mort 597/1200), Talbîs Iblïs, Le Caire i 34 o, 

p. 65 , au sujet des idolâtres : «Dieu façonne les choses et n’est pas façonné, ras¬ 
semble et n’est pas un assemblage ; par lui les choses existent et il existe sans elles. 
Le strict devoir de l’homme est d’adorer celui qui l’a fait, et non pas ce qu’il a 
fabriqué.» 

(3) Cf. Arnold, Painting, p. 96. 

(3) L’étude de Lammens, VIslam primitif en face des arts figurés, in JA, 1 i e série, 
VI (1915), p. 239-279, gagne maintenant en éloquence et en autorité. Rete¬ 
nons la conclusion : « Au sein de l’islam postérieur, l’évolution a abouti au vanda¬ 
lisme le plus absolu. Ni le Qoran, ni la pratique de Mahomet et des premières géné¬ 
rations musulmanes n’en sauraient porter la responsabilité» (p. 273). On peut 
y ajouter une page persuasive dans Hautecoeur et Wiet, Les Mosquées du Caire, 
Paris 1932, I, p. 182-183. 

























LISTE DES PLANCHES 


Le document inédit est marqué d'un astérisque; celui qui. est publié d'après une photo¬ 
graphie nouvelle, spécialement exécutée pour cette étude, est marquée de deux astérisques. 
Les dimensions sont données en millimètres, hauteur puis largeur. Les dates de 1 ère chré¬ 
tienne sont uniformément adoptées. Le cadre extérieur de chacune des quatre images d’al- 
Aghânï a été omis, vu Vexiguïté de la planche. 

1 / Isfahànï, Kitàb al-Aghânî (Livre des chansons ), daté 1217-1218; XVII e vol., 

f° 1 9 7 b y ^20 x s 3 o. Istamboul, Millet Kütüphanesi Feyzullah, i 566 . 
Photo Institut d’histoire de la médecine à l’Université d’Istamboul. 

1 U* Aghânï; XVII e vol., frontispice; l’image : 170 X 128. Istamboul, ibid., 
i 566 . Photo de même provenance. (Voir le relevé de S. Ünver, lig. 6.) 
111 ** Aghânï; XIX e vol., frontispice; l’image: 182 x i 4 o. Istamboul, ibid., 
i 565 . Photo de même provenance. 

IV** Aghânï; XI e vol., frontispice; l’image: 190x160. Le Caire, Drïr al- 
Kutub, adab 5 jg. Photo au procédé infra rouge par A. Mousa. 

V a"* Aghânï; détail du précédent. Photo panchromatique par A. Mousa. 

V 6 * IIarIrî, Maqâmât (Séances), début xm e siècle; l’image : 85 x 120. Paris, 

Bibl. nat., arabe 3 gsg, f° 216. Photo de ladite bibliothèque. (Voir le 
dessin de 0 . R. Rostem, fig. 7.) 

\U A Aghânï; IV e vol., frontispice; l’image : 210 x 1 32 . Le Caire, ibid., adab 
5 jg. Photo au procédé infra rouge par A. Mousa. (Voir le relevé de O.R. 
Rostem, fig. 3 .) 

VII** Dioscoride, De la matière médicale; daté 122/1; frontispice, 260 x 186. 
Istamboul, Aya Sofya, 3 jo 3 . Photo Institut d’histoire de la médecine à 
l’Université d’Istamboul. 

Villa** Détail de la planche II. 

VIII i** Détail de la planche III. 

VIII c*, d* Deux fragments de terre cuite émaillée; i rc moitié du xiv c siècle, 

Egypte. Le Caire, Musée d’art islamique, 1767 : hauteur: 16 ; 3854 /gg : 
hauteur : 9. Photo dudit musée. 

IX a Galien, Thériaque; 2 e moitié du xm e siècle; frontispice, détail (registre 

central). Vienne, Nationalbibliothek. Photo de ladite bibliothèque. 

IX b Dessin sur papier ; xi c ou xn e siècle, détail. Le Caire, Musée d’art islamique. 
Photo dudit musée. 

X* Image isolée; début xv c siècle; 320 x 48 o. Istamboul, Topkapi, Khazine 
21 62 (album), f° 68 b. Photo Institut d’histoire de la médecine à l’Uni¬ 
versité d’Istamboul. 

XI a* Harïrî, Maqâmât; début xm e siècle; l’image: i 5 ox 1 5 5 . Paris, Bibl. 

liât., arabe 3 güg, f° îkk a. Photo de ladite bibliothèque. 

XI/;* DjazarT, Automates; daté 1206; f° 108a; l’image : 220 X 100. Istam¬ 
boul, Topkapi, Ahmet III, 3 â r ]%. Photo de l’Institut d’histoire de la méde¬ 
cine à l’Université d’Istamboul. 


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NOTICE NÉCROLOGIQUE 

DU 

D" SAADALLAH MOHAMED MADWAR" 

PAR LE 

D R PAUL GHALIOUNGUI. 


Messieurs, 

Nous déplorons aujourd’hui la perte de notre Collègue, le Doc¬ 
teur Saadallah Mohamed Madwar, l’un des premiers dans les temps 
modernes à faire connaître la science égyptienne à l’étranger, savant 
remarquable qui sut sortir de son laboratoire à l’instant du danger pour 
s’élever aux nécessités de l’action et sauver l’Egypte à deux reprises 
d’un fléau égal aux sept plaies de Pharaon. 

Saadallah Mohamed Madwar est né le 6 juin 1896 à Alexandrie. 
En 1926 il est diplômé M.B.B.Ch. d’Edimbourgh. En 1927 il obtient 
les deux diplômes d’Hygiène Publique et de Médecine Tropicale de 
Londres. En 1980 il passe le Doctorat en Philosophie de Cambridge et 
présente une thèse sur les mouches mycétophilidées, qui mérite d’être 
publiée dans les Philosophical Transactions de la Royal Society de Londres. 

Dans ce grand centre universitaire, avant de retourner en Egypte, il 
poursuit encore deux ans ses travaux dans les laboratoires des Profes¬ 
seurs Keilin et Wigglesworth à l’Institut Molteno. 

Rentré chez lui, devant l’énormité des questions sanitaires à résoudre, 
Madwar dédaigne la clientèle et s’adonne à la recherche pure. Il débute 
comme entomologiste à 1 Institut de Recherches où il partage son temps 
entre son microscope sous lequel il dissèque des journées entières 
mycétophilidés et anophilidés, et les foyers d’infection endémique dont 
il inspecte minutieusement et inlassablement la faune entomologique. 

(1) Notice présentée en séance du 11 janvier iq 5 Zi. 

Bulletin de l’Institut d’Égypte, t. XXXVI. 


53 











680 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Là, en face des problèmes écrasants qui se présentaient vierges encore 
à son enthousiasme, l’idée qui le guidera le restant de sa vie malheu¬ 
reusement trop courte se cristallise : c’est l’impuissance de l’individu 
isolé dans cette lutte, la puérilité des méthodes utilisées jusque là et 
la nécessité absolue de former d’abord des équipes d’attaque et un 
corps de médecins instruits de tous les détails de cette tâche. Poussé 
par cette conviction, il préconise deux mesures dont il persuade son 
chef, notre regretté Collègue le Professeur Mohamed Khalil Abdel Khalek. 
La première est la création d’urgence d’une école où l’on enseignerait 
les mesures insecticides, école qu’il forme et qui est maintenant reconnue 
d’utilité publique par l’Organisation des Nations Unies; la seconde est 
la centralisation de cette lutte au moyen d’un Service indépendant de 
Recherches Entomologiques au Ministère de l’Hvgiène Publique et d’un 
Laboratoire Central de Recherches Entomologiques. La Providence lui 
permit de voir à la veille de sa mort la réalisation à Agouza de ce dernier 
projet, qui fut le rêve de sa vie. Ce jour là, il considérait déjà sa mission 
comme terminée et remettait à ses successeurs le flambeau qu’il avait si 
dignement porté. 

Successivement entomologiste, puis sous-directeur (iq43) de l’Ins¬ 
titut des Recherches, Directeur du Département de Malarialogie au 
Ministère, Directeur du Service d’Eradication du moustique « Gam- 
bia», Directeur du Service de lutte contre les Insectes d’intérêt Médical, 
Directeur Général du Service des Maladies Endémiques, il conduit de 
front ses activités scientifiques et administratives. Membre de la Natu- 
ral History Society de Cambridge, de la Royal Entomological Society de 
Londres, de la Société Entomologique d’Egypte, de la Egyptian Aca- 
demy for Science, outre de votre noble Institut, il a publié d’impor¬ 
tants travaux sur la biologie et la morphologie du développement des 
Mvcetophihdes, de Bolitphila Lyrida, de Phyexia Scabiei, de Dynasta 
fuscicorne, de Macrocera Anglica, des puces et des poux du sol 
d Egypte, et réussit à découvrir le vecteur du Paludisme en Egypte, 
Anopheles Pharaonensis. Cette découverte, fruit de longs mois de dépis¬ 
tage dans les régions insalubres de Gabares et de milliers de patientes 
micro-dissections de moustiques, eut des répercussions importantes en 


DOCTEUR SAADALLAH MOHAMED MADWAR. 


681 


Egypte. L’une de celles-ci fut la Création du Service de Malariologie au 
Ministère, service qui éventuellement prouva son utilité et son effica¬ 
cité en extirpant le Paludisme de plusieurs régions infectées, notam¬ 
ment des Oasis et du Fayoum, et en faisant disparaître du pays l’Ano- 
pheles Sergenti, son principal vecteur dans ces contrées. 

Mais l’œuvre par laquelle ce savant modeste devint du jour au len¬ 
demain célèbre est la lutte victorieuse qu il mena a deux reprises contre 
l’Anopheles Gambiae en Nubie et en Haute-Egypte, en 19/12 et en ig 5 o. 

Rappelons brièvement les faits. Déjà en 1988, Madwar avait signalé 
au Ministère les risques d’invasion par ce dangereux insecte, deman¬ 
dant instamment la prise de mesures protectrices adéquates. En iq 42 , 
en pleine guerre, cette prédiction se réalisé. Le Sud de 1 Egypte est 
envahi. En quelques mois, 100.000 morts et la perte de 3 o% des 
récoltes sont à déplorer. En même temps, sur la frontière occidentale, 
les armées de l’axe sont à Mersa-Matrouh et ne rencontrent guère de 
résistance. En ce moment tragique où les têtes s’égaraient sous la menace 
d’une occupation armée, Madwar, malade, incertain du lendemain, 
quitte famille et enfants et part le premier pour le front méridional. 
Là, en plein Mai torride, il inspecte le territoire depuis les frontières 
soudanaises jusqu’à Assiout ; fidèle à son idée maîtresse, il lève et entraîne 
une véritable armée de 4ooo médecins et techniciens, parmi lesquels 
il répartit ce territoire en 63 1 zones; et au bout de trois ans d effort 
au cours desquels il ne passe pas en tout plus d un mois au Caire, il 
peut annoncer que le territoire est nettoye. Plus tard en 1900, a la 
première nouvelle d’une seconde invasion, d quitte sa maison le sou 
du Baïram, et cette fois revient apres seulement six semaines, n ayant 
pas permis à l’ennemi de franchir plus de 60 kilométrés a 1 intérieur 
des frontières ou de causer une seule mort. 

Le même succès couronne ses efforts contre Aedes Egypti, le mous¬ 
tique vecteur de la fièvre jaune, dont il étudié patiemment les habitudes 
pour le faire ensuite disparaître des alentours des aérodromes, éloignant 
ainsi de son pays le danger amaril. 

Il est hors de doute que l’installation en Egypte de ces deux mous¬ 
tiques, facilitée par l’aviation, aurait fait de cette belle terre, une 
annexe de l’Afrique noire, tombeau des civilisations. Ces deux victoires 

53 . 










682 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


de Madwar, plus fructueuses que celles que l’on remporte sur des champs 
de bataille, témoignent mieux que des discours de sa capacité unique 
d organisation, et de son dévouement à la chose publique. 

Le monde savant n’a pas été lent à reconnaître les mérites exception¬ 
nels du défunt. Chargé de Coufs aux Universités d’Alexandrie et 
d Ibrahim, représentant de l’Egypte à cinq congrès Internationaux, 
Membre Correspondant pour le Moyen-Orient des Commissions du Pa¬ 
ludisme et de Destruction des Insectes de l’Organisation Mondiale de 
la Santé, c’est à lui que le Roi Ihn Séoud fait appel pour étudier le 
Paludisme en Arabie Séoudite, étude qui donne lieu à un travail 
extrêmement important qui établit la distribution des différents Ano¬ 
phèles dans ces régions. 

Voilà, Messieurs, l’hortime qui, le 29 Mars iq 53 , fut ravi d’une façon 
soudaine à sa famille et à l’Egypte alors que, le matin même, il prenait 
part à une réunion scientifique. Son œuvre demeurera après lui dans 
les Services techniques et administratifs qu’il réussit à créer, dans l’es¬ 
prit des élèves qu’il a formés, dans le cœur de tous les foyers qu’il a 
sauvés de lléaux terribles, ainsi que dans la reconnaissance de son 
pays. Je ne crois pas trahir notre savante Compagnie en présentant 
au D r Madwar, notre savant Confrère, ainsi qu’à la famille du regretté 
défunt l’expression de notre profonde affliction, de toute notre sym¬ 
pathie, ainsi que de la part véritable que nous prenons au deuil de 
celui qui lut un grand savant et un grand Egyptien. 



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DOCTEUR SAADALLAH MOHAMED MADWAR. 


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Publications : 


1 . Biology and Morphology of the Immature Stages of Mycetophilidae. Philo- 
sophical Transactions of the Royal Society of London. Vol. 227, pp. 1-110, mardi 
1936 (Monographie Study). 

2. The Biology and Morphology of Bolitphila hybrida, Bulletin de la Société 
Royale Entomologique, année 1933. Fascicule A, pp. 126-1 3 A. 

3 . The Biology and Morphology of Pnyxia Scabiei, Bulletin de la Société Royale 
Entomologique , d’Egypte, année 1933. Fascicule A, p. 1 3 A -1A 8 . 

A. Biology and Morphology of the Immature Stages of Mycetophila marginata 
and Dynastoma fuscicorne. Annals and Magazine of Nature History, London Ser. 10, 
vol. XV, janv. 1933, pp. 108-117. 

5 . The Biology and Morphology of the Immature Stages of Macrocera Anglica. 
Psych. Journal of Entomology, U. S. A., vol. XVII, n° 1, 1935, pp. 25 - 3 A. 

6. Preliminary Note on Anopheles Pharoensis in Relation to Malaria in Egypt. 
The Journal of the Egyptian Medical Association. Oct., 1936, vol. XIX, n° 10. 

7. Note on Period that Lice and Fleas can live in the ground in Egypt. The 
Journal of the Egyptian Public Health Association, Sept. 19A1. 

8. The Transmission of Malaria by different species of Egyptian Anopheles 
Read and Published in the Proceedings of the 3 rd International Congress for 
Tropical Diseases and Malaria in Amsterdam 1938, pp. 222-228. 




684 


BULLETIN DE L'INSTITUT D'ÉGYPTE 


I 


9. Malaria in Egypt (in Arabie). Published in the annual book of the Egyptian 
Institute for Scientific Culture (1987). 

10. Aspects of Entomology. The Journal of the Egyptian Medical Association. 
Vol. XVIII n° 4 , april 19 35 . 

11. Mosquitoes in Relation to Malaria. Lecture delivered to thé Egyptian 
Medical Association. 

1 2. Malaria in Gabaress (in Arabie). Published in the Technical Bulletin of the 
Ministry of Health 1942. 

1 3 . The relation of Aerial Transport to the Spread of certain diseases fin Arabie). 
Annual book of the Egyptian Institute for Scientific Culture (1989). 

1 4 . The Organization for the Eradication of A. Gambiae (in Arabie). Published in 
the Journal of the Egyptian Medical Association (1946). 

1 5 . Invasion of Anopheles Gambiae in Egypt (1946) (in Arabie). Lecture 
delivered to the Medical meeting in Cambridge. 

1 6. Medical Entomology Section in the Annual Reports of the Research Institute from 
1982-1942, etc. 

1 7. Obituary Note of II. R.M. The late Ring Fouad Ist. Published in the Journal 
of the Egyptian Medical Association, 1936. 

18. Obituary Note of Prof. G. II. F. Nuttall. Published in the Journal of the Egyp¬ 
tian Medical Association, 1938. 

19. A preliminary note on the breeding places of Aedes. Aegypti found in Cairo and 
its Suburbs from 1934-1987. 

20. A preliminary note on the Control of Aedes aegypti during the period from 
may 1988 to april 1989. 

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NOTICE NÉCROLOGIQUE 

DE 

MOHAMED MAHMOUD KHALIL 

(1 877-1 950)0 

PAR 

R. CATTAUI 

Lorsqu’en 1900 j’ai eu l’honneur de présenter à vos suffrages la 
candidature de Mahmoud Khalil, je ne pensais pas que, quatre ans après 
m’incomberait le triste devoir de vous faire sa notice nécrologique. 

En effet, c’est le 27 décembre iq 53 que nous parvenait de Paris la 
soudaine nouvelle de son décès, à la suite d’une crise cardiaque. Rien 
ne laissait supposer que sa fin fût si proche, puisque quelques jours 
auparavant, en compagnie du Président de l’Académie des Beaux-Arts, 
qui vient de me l’écrire, il visitait des Expositions, très gai, très intéressé 
par les peintures et formant plusieurs projets d’avenir pour des mani¬ 
festations artistiques. 

Car s’il a été un homme politique, c’est surtout dans le domaine de 
l’Art qu’il a exercé son influence et qu’il a donné le meilleur de lui- 
même. 

Il fit ses études au Collège des Jésuites, puis obtint sa licence de 
droit dans la promotion de feu Ismaïl Sidky, Abdel Khalek Saroit et 
Abdel Fattah Yehia. 

Il commença sa carrière dans la magistrature, puis ouvrit un cabinet 
d’avocat. Sa vive intelligence et ses dons personnels le mirent vite en vue 
parmi ses collègues du barreau. 

Au réveil du mouvement national, il se rallia aussitôt a Saad Zaghloul 
et fut membre du Wafd jusqu’en 1988. 

Dès l’instauration du régime constitutionnel, il fut élu sénateur et il 
devait, pendant six ans, assumer la charge de questeur. 


l,) Notice présentée en séance du t" mars 19 54 . 










086 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Chargé par le Sénat d’une mission d’études, il présenta un rapport 
sur le fonctionnement du régime parlementaire en France et en Bel¬ 
gique, puis en 1926 il fit approuver son rapport sur l’organisation 
des deux Chambres et reconnaître leur indépendance en ce qui con¬ 
cerne leur administration, leur budget et leur personnel. 

Elu vice-président du Sénat en 1986, nommé ministre de l’Agricul¬ 
ture en 1937, il se vit appelé en 1988 à la présidence de la Haute 
Assemblée. 

C’est là qu’il put donner la mesure de ses dons. Grand travailleur, 
il fut l’inspirateur de deux ouvrages importants : Fun sur la procédure 
parlementaire et l’autre sur la Constitution. Dans ces deux ouvrages, 
furent réunis les travaux préparatoires, les différentes études doctrinales 
ainsi que les débats parlementaires relatifs aux questions constitution¬ 
nelles et de procédure. Les décisions prises à leur égard par le Comité 
de Rédaction et par le Parlement de 1924 à 1940 sur les articles de 
la Constitution complétaient cette œuvre en établissant pour l’avenir 
les précédents parlementaires. Il ne se contenta pas, en tant que Pré¬ 
sident de l’Assemblée, de prendre l’initiative de ces travaux et d’en or¬ 
donner l’exécution, mais il en traça le plan, et il en suivit de près les 
progrès, achevant ainsi une œuvre qui a donné à la Constitution royale 
sa forme définitive. 

Ces deux ouvrages de « Commentaires sur les Articles de la Consti¬ 
tution» et la «Constitution et ses dérivés» font autorité en droit consti¬ 
tutionnel et droit parlementaire. 

Sa tache en tant que président du Sénat fut particulièrement déli¬ 
cate car, contrairement à ce qui avait lieu précédemment, la Haute 
Assemblée comprenait une forte opposition, rendant la tâche du gouver¬ 
nement difficile. La vie parlementaire en Egypte, relativement récente, 
n’avait pas derrière elle les traditions bien établies qui, dans des pays 
comme l’Angleterre et même la France, facilitent le rôle des présidents 
des assemblées parlementaires. D’autre part, l’Egypte, maîtresse pour la 
première fois de ses destinées, après de longs millénaires d’occupation 
étrangère et de gouvernements autocrates, devait faire face à des pro¬ 
blèmes d’autant plus délicats qu’elle traversait une période de guerre. 
Grâce à sa vaste culture, à une pratique consommée des grandes affaires 


NOTICE NÉCROLOGIQUE 


087 


et à une connaissance approfondie des questions juridiques, écono¬ 
miques et sociales, Mahmoud Khalil fut à la hauteur de sa tâche, 
faisant preuve d’une activité inlassable, d’un esprit de conciliation et 
de fermeté, ainsi que d’un patriotisme éclairé. Il mena les débats avec 
une maîtrise exemplaire. Les droits de l’opposition furent respectés, 
voire même renforcés et c’est durant sa présidence que l’opposition se 
vit affecter, au sein même de l’Assemblée, une salle et un secrétariat 
particuliers, lui permettant de remplir sa mission dans la plus parfaite 
liberté et avec le maximum d’efficacité. C’est encore grâce à son habi¬ 
leté à mener les débats que ceux-ci purent se dérouler sur un plan 
élevé, loin de toute rancune personnelle et de tout esprit mesquin ou 
partisan, permettant souvent la rencontre de l’Opposition et du Gouver¬ 
nement sur ce plan supérieur qu’est l’intérêt de la Nation. 

Dans le domaine de l’Art, l’action de Mahmoud Khalil s’est exercée 
à un double point de vue, d’abord comme amateur il a su réunir des 
toiles de l’Ecole française du xix e siècle et sa collection représente un 
patrimoine artistique dont le pays peut tirer un juste orgueil, mais sur¬ 
tout comme président de la Société des Amis de l’Art dont il fut un des 
fondateurs, il inspira et dirigea la vie artistique du pays. 

A ce titre il organisa des expositions qui par leur qualité furent en 
Egypte un magnifique enseignement d’art et à l’étranger une propa¬ 
gande pour le pays. Je citerais notamment les «Salons» de peinture 
annuels, l’exposition du livre, l’exposition d’art persan, les expositions 
française, belge, espagnole, etc. 

En 1987, lorsque le Gouvernement voulut faire un Pavillon égyptien 
à l’Exposition internationale de Paris, il nomma Mahmoud Khalil Com¬ 
missaire général. Grâce à sa personnalité il sut mettre le Pavillon égyp¬ 
tien au niveau des Pavillons des grandes puissances. Il voulut montrer, 
comme il l’a dit dans son discours d’inauguration que : 

« si les Egyptiens étaient le plus vieux peuple du monde et le 
plus antiquement civilisé, il était jeune aussi, très jeune même et 
prêt à faire preuve parmi les peuples fraternellement réunis à 
Paris, qu’il ne le cède à quiconque, en aucun domaine d’acti¬ 
vité : artistique, scientifique, économique, agricole, industrielle 
ou sociale.» 








688 


BULLETIN DE L'INSTITUT D’ÉGYPTE. 

En J q^ 8, le Gouvernement crée un «Conseil consultatif des Beaux- 
Arts» et c’est à Mahmoud Khalil qu’il en confie la présidence. 

Enfin, en 1949, il est nommé Membre de l’Académie des Beaux-Arts 
où il siège, à titre de membre étranger, sous la coupole de l’Institut de 
France. Pendant ses séjours annuels'à Paris il ne manquait jamais une 
des séances hebdomadaires, cherchant a intéresser ses Collègues à ses 
projets d’expositions, et surtout a la solution de la question du 
Zodiaque. 

Nous pouvons dire de Mahmoud Khalil que s il fut un Ambassadeur 
de notre culture et de notre art à l’étranger, par sa formation juri¬ 
dique et artistique, il fut aussi le représentant parmi nous de cette 
magnifique culture française dont le rayonnement a contribué non seu¬ 
lement au relèvement de notre pays, mais grâce à ses savants, à la 
connaissance de notre propre histoire et de nos gloires passées. 

Les différents pays devaient reconnaître les mérites de celui qui 
savait créer ces bons courants de sympathie entre leurs gouvernements 
et l’Egypte et il était titulaire des plus hautes distinctions notamment 
des Grande-Croix de la Légion d’Honneur, des Saints Maurice et Lazare 
Léopold, Georges I, etc. 

Au nom de l'Institut d’Egypte, nous présentons à sa famille nos con¬ 
doléances pour la perte de notre Collègue qui en tant qu’homme poli¬ 
tique, juriste, artiste ou ami, sut toujours mettre le meilleur de lui- 
même au service de son Pays. 


EXTRAITS 

DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 


--<X3SE>C>—- 

SÉANCE PUBLIQUE DU 2 NOVEMBRE 1953 


La séance est ouverte à 6 heures i5 p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, Président. 

Ch. Kuentz, secrétaire-général. 

le Dr I. G. Levi, trésorier-bibliothécaire. 

Je Prof. L. K eimer, secrétaire adjoint. 

Excusé : M. le Prof. A.-J. Boye, vice-président. 

Membres titulaires : R. P. G. C. Anawati, MM. Ch. Avierinos, P. Balog, 
K. 0. Ghaleb, J.-E. Goby, M. Jungfleisch, J.-Ph. Lauer, A. Lusena, M. R. 
Madwar, Mohamed Kamel Modrsi, Moustapha Nazif, Ismaïl Ratib, Osman Rifki 
Rostem. 

Membre associé : M. le Prof. A. Grohmann. 

Membres correspondants : MM. Abdel Mohsen El-Khachab, A. Badawy, 
H. Hickmann, Mohamed Mostapha. 

Assistent, à la séance : M mes Arabian, Alex. Badawy, P. Balog, M 1,e Dia 
Abou Ghazi, M. Doss. M me V. Taekholm, MM. L. Christophe. E. Cucci- 
notta. H. Lciwy, Marzini, Moscatelli, 1(. Shawki Moustapha, Sirovic, 
V. Vikentiev et Madame. 











690 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


i 


i 


1. Le Secrétaire général présente le nouveau Bulletin tome XXXIV 
ainsi que des ouvrages, brochures et tirés à part offerts à l’Institut 
par MM. H. I. Bell, A. Cordazzi, Mohamed Drar, H. Hickmann, M. Jung- 
lleisch, H. Mosséri, G. Polacco et A. Toschi. 

Le Président remercie les donateurs. 

2. Le Président annonce le décès de trois membres associés : H. Parodi, 
G. Marro et F. Kenyon. 

On observe une minute de silence en signe de deuil. 

3 . M. le Dr M. R. Madwar lit sa communication « Magnetic Observ¬ 
ations in the Soudan January to February 1952». 

4 . M. le Prof. P. Balog lit sa communication « Quelques monnaies 
islamiques d’Egypte». 

5 . M. V. Vikentiev lit sa communication « À propos de la tablette en 
ivoire portant le nom d’un haut fonctionnaire du roi de la première 
dynastie Wenewty-Ouénéphès, récemment découverte à Saqqarah». 

Le Président lève la séance à 7 heures 4 o p. m. 

L’Institut se forme ensuite en Comité privé. 

Le Secrétaire général 
Ch. Kuentz. 

RÉSUMÉ EN FRANÇAIS DE LA COMMUNICATION DE : 

1. M. le Dr M. R. Madwar. — Observations des éléments du champ magné¬ 
tique terrestre au Soudan Janvier-Février 19 5 2. 

Une commission internationale a été formée en 1948, pour étudier 
la variation diurne du champ magnétique terrestre dans les régions 
équatoriales. Les membres de cette commission de l’Union internatio¬ 
nale de géodésie et de géophysique, réunis à Bruxelles en 1901, m’ont 
chargé, en tant que membre, de faire les observations magnétiques 
nécessaires sur le 3 o e méridien pendant l’éclipse totale du soleil de 
février 1 9 5 2. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 


691 


Les résultats de ces observations montrent nettement, comme l’indique 
la courbe présentée par l’auteur, que la variation diurne de la compo¬ 
sante horizontale atteint son maximum à l’équateur magnétique. 

Des observations analogues ont été faites sous la direction du Pro¬ 
fesseur Coulomb au Togoland, par le Père Romànà dans le golfe de 
Guinée, par le Docteur Giesecke en Amérique du Sud et par le Docteur 
Banerji aux Indes, et montrent nettement que le maximum de la varia¬ 
tion diurne a lieu dans les régions équatoriales et que cela est probable¬ 
ment dû à la variation du courant électrique dans une zone étroite de 
l’atmosphère équatoriale. 


SÉANCE PUBLIQUE DU 7 DÉCEMBRE 1953 

La séance est ouverte a 6 heures p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, président. 
le Prof. A-J. Boyé, vice-président. 

Ch. Kuentz, secrétaire général. 

le D r I. G. Lévi, trésorier-bibliothécaire. 

le Prof. L. K e 1 m er , secrétaire-adjoint . 

Membres titulaires : MM. Ch. Avierinos, P. Balog, R. Cattaui, K. O. Gha- 
leb, P. Ghalioungui, J.-E. Goby, Hamed Zaki, Hurst, Ismaïl Ratib, M. Jung- 
fleisch, Kamel Moursy, J.-Ph. Lauer, M. R. Madwar, Moustapiia Amer, 
Osman Rifki Rostem, Sami Gabra. 

Excusé : M. le Dr S. Mihaeloff. 

Membre associé : M. A. Grohmann. 

Membres correspondants : MM. Alexandre Badawy, H. Hickmann. 

Excusé : M. Abdel Mohsen el-Khachab. 




BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


(>92 


Assistent à la séance : M me A. Grolimann, M ,no et M lle Loukianoff. 
M me Sami Gabra, MM. Aly Shafei, G. Boctor, L. Christophe, F. Debono, 
Furbay et M me , Elhamy Greiss, W. L. Hansberry, Hassan Abdel Wahab, 

Mahmoud Khairy, M. Aly, Miles, Shawki Moustapha. 

* 

1 . Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal du 2 novem¬ 
bre 1953, qui est approuvé. 

2. Le Président annonce le décès de M e Alberto Lusena, membre 
titulaire depuis le 7 mars 1938. 

On observe une minute de silence en signe de deuil. 

3 . Le Secrétaire général présente des ouvrages, brochures et tirés 
à part offerts a 1 Institut par MM. C. Andreae, P. Balog, L. Christophe, 
J.-E. Goby, M. Junglleisch, M. Lôwy, H. Mosséri et Y. Shawki Mousta¬ 
pha. 

Le Président remercie les donateurs. 

4 . M. le Dr John Furbay lit sa communication «Aviation and our 
Global World». 

M. le Prof. Mohammed Kamel Hussein prend la parole pour pré¬ 
senter quelques observations. 

5 . M. le Dr Mahmoud Khairy M. Aly lit sa communication « Prelimi- 
nary Note on the Measures of Emission Coronal Lines at the Total Solar 
Eclipse of 2 5 February 1962, observed by Dr B. Lyot and Dr M. K. Aly. 

M. le Dr M. B. Madwar et M. le Prof. Mohammed Kamel Hussein, 
prennent la parole pour présenter quelques observations. 

6. M. Y. Shawki Moustapha lit sa communication «Contributions to 
Palaeontology (from predynastic cemeteries) Canis familiaris aegyptica and 
Parioxys ferricolus . 

M. le Dr Moustapha Amer prend la parole pour féliciter Fauteur. 

Le Président lève la séance à 7 heures 45 p. m. 

L’Institut se forme ensuite en Comité privé. 

Le secrétaire général. 

Ch. Kuentz. 


PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES. 


093 


RÉSUMÉS EN FRANÇAIS DES COMMUNICATIONS LUES EN SÉANCE 

1. M. le Dr Mahmoud Khairy M. Aly. — Résultat préliminaire des 
mesures des lignes du spectre d’émission de la couronne lors de l éclipse totale 
du soleil, observée par Dr B. Lyot et Dr M. K. Aly le 2 5 février 1952 . 

Dr M. K. Aly membre de la mission égyptienne pour l’Observation 
de l’éclipse totale solaire du 2 5 février 1952 à Khartoum en collabo¬ 
ration avec feu Dr B. Lyot de l’Observatoire de Meuclon, a entrepris 
d’observer le spectre de la couronne intérieure du soleil. Deux spectro- 
graphes ont été construits pour enregistrer les lignes du spectre d’émis¬ 
sion. L’un de ces deux spectrographes a été réservé pour enregistrer la 
zone visible du spectre du rouge au violet, quant au second il a servi à 
enregistrer la zone invisible dans F ultra-violet. Ce programme a été exé¬ 
cuté avec grand succès et conformément à toutes les prévisions faites lors 
de la construction de ces appareils. A part toutes les lignes, qui ont 
été découvertes dans les précédentes observations, seize nouvelles lignes 
spectrales ont pu être mesurées, pour la première fois. Ce bref aperçu 
résume le programme des mesures qui ont été faites, quant à la descrip¬ 
tion des appareils elle a été donnée en détail dans une autre com¬ 
munication. 

2. M. Y. Shawki Moustapha. — Contributions a la Paléontologie : 
Canis Jamiliaris aegyptica du cimetière prédynastique de Maadi, Egypte. 

Les fouilles récentes de Maadi mirent à jour les restes d’un certain 
nombre de chiens qui vivaient et servaient l’homme prédynastique. 
Quoique ces chiens fussent apprivoisés, par la vertu de leur association 
avec l’homme, leur anatomie démontre qu’ils étaient encore sauvages 
du point de vue de la domestication, c’est-à-dire demi-sauvages. Ceci 
prouve que l’égyptien prédynastique était le premier de la race 
humaine qui a apprivoisé le chien. Le chien demi-sauvage ou demi- 
apprivoisé est désigné sous le nom de Canis familiaris aegyptica et est 
identifié par sa mandibule ramus légèrement enflé. Son ancêtre le loup 
est de moindre dimension en général. 












(i«J4 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


D’autre part, l’auteur a donné un bref aperçu sur la structure du 
Parioxys ferricolus et la position systématique du Parioxys et la philo¬ 
génie de l 'Eryopsoid amphibien. 


SÉANCE PUBLIQUE DU 11 JANVIER 1954 


La séance est ouverte à 6 heures i5 p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, président. 
le Prof. A.-J. Boyé , vice-président. 

Ch. Kuentz, secrétaire général. 

le Dr I. G. Lévi, trèsoner-bib liothécaire. 

le Prof. L. Keimer. secrétaire-adjoint. 

Membres titulaires : MM. A. Alfieri, Ch. Avierinos, Abdel Hamid Badawy, 
P. Balog, B. Cattaui, Bishr Fares, K. O. Giialeb, P. Ghalioungui, J.-E. 
Goby, 0 . Gueraud, S. A. Huzayyin, M. Jungfleisch, Kamel Moursy, J.-Pli. 
Lauer, M. R. Madwar, Mansour Fahmy, H. Mosséri, Moustapha Amer, 
Ismaïl Ratib, Osman Rifki Rostem. 

Membre associé : M. A. Grohmann. 

Membres correspondants : MM. Abdel Mohsen el-Kiiachab, Alexandre 
Badawy, Ibrahim el-Mouelhy, A. Fontaine, H. Hickmànn, G. Michaïlidis. 

Assistent à la séance : M me II. Hickmànn, J. Tagher, MM. L. Christophe, 
G. Debien, F. Débono, E. Greiss, Hassan Abdel Wahab, R. Khoury, 
Kremer, Mahmoud Sabee, A. Shual, Souvestre. 

i. Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal du 7 décem¬ 
bre 1953, qui est approuvé. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


695 


2. Le Président félicite M. J.-Ph. Lauer pour son élection, en date 
du 9 décembre 19 53 , comme membre associé de l’Institut Archéologique 
Allemand de Berlin. 

3 . Le Président annonce le décès de : 

a. Mohamed Mahmoud Khalil, membre titulaire depuis le i er avril 
ig 5 o. 

b. Piola Caselli, membre titulaire du 7 décembre 1914 au 
12 mai 1929 et membre associé depuis le i 3 mai 1929. 

On observe une minute de silence en signe de deuil. 

4 . Le Secrétaire général présente des ouvrages, brochures et tirés à 
part offerts à l’Institut par MM. Alexandre Badawy, Hassan Abdel 
Wahab, M. Jungfleisch, G. Miles, H. Mosséri, Robert Mosséri ainsi 
qu’un lot de 45 ouvrages par M. A. Alfieri. 

Le Président remercie les donateurs. 

5 . M. le Prof. P. Ghalioungui lit la notice nécrologique sur Saadallah 
Madwar. 

M. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, prend la parole pour faire 
l’éloge du Dr Saadallah Madwar. 

6. M. J.-E. Goby lit sa communication «Les travaux du premier 
Institut d’Egypte». 

M. le Prof. A.-J. Boyé prend la parole pour présenter quelques obser¬ 
vations. 

7. M. M. Jungfleisch lit sa communication «Contribution numis¬ 
matique a la question des «nomes» (circonscriptions provinciales égyp¬ 
tiennes)». 

8. M. le Dr H. Hickmànn lit sa communication «Le problème de la 
notation musicale dans l’Egypte ancienne». 

M. le Dr Bishr Farès prend la parole pour présenter quelques obser¬ 
vations. 

Le Président lève la séance à 7 heures 3 o p. m. 

L’Institut se forme ensuite en Comité privé. 

Le Secrétaire général , 

Ch. Kuentz. 


Bulletin de VInstitut d’Egypte, t. XXXVI. 


54 



696 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


RÉSUMÉ DE LA COMMUNICATION DE : 

i. M. J.-E. Goby. — Les travaux du premier Institut d’Egypte 

Au cours de sa communication,'M. Jean-Edouard Goby a poursuivi 
la présentation d’un ouvrage entrepris par lui et qui sera intitulé : 
Essai de reconstitution des comptes rendus des séances du premier Institut 
d'Egypte . Le but de ce volume est de donner une exacte connaissance 
des travaux de la société savante fondée au Caire par Bonaparte en 1798. 

M. Goby a d’abord montré combien les connaissances scientifiques 
universelles sur l’Egypte étaient alors incomplètes et incertaines, malgré 
la valeur des œuvres d’un Prospero Alpini, cl’un Forskâl, d’un Volney 
par exemple. L’auteur exposa ensuite dans quelles conditions œuvrèrent 
les membres de l’Institut et rappela leurs idées directrices. Il termina 
en soulignant les importants progrès que le premier Institut d’Egypte 
permit d’accomplir dans de nombreux domaines, progrès qui furent 
encore affirmés et augmentés lors de la publication de l’encyclopédie que 
constitua la Desciiption de l’Egypte. 


SÉANCE PUBLIQUE DU 8 FÉVRIER 1954 


La séance est ouverte à 6 heures p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, président. 
le Prof. A.- J. Boyé, vice-président. 

Ch. Kuentz, secrétaire général. 

Le Dr I. G. Lévi, trésorier-bibliothécaire. 
le Prof. L. Keimer, secrétaire-adjoint. 


(1) Non publiée. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


697 


Membres titulaires : MM. Abdel Hamid Badawy, A. Alfieri, Ch. Avierinos, 
P. Balog, Bishr F ares, R. Cattaui, Hassan Ch. Efflatoun, P. Ghalioungui, 
J.-E. Goby, M. Jungfleish, J.-Ph. Lauer, M. R. Madwar, Ismaïl Ratib, 
Osman Rifki Rostem. 

Excusés : MM. K. 0 . Ghaleb, S. Mihaeloff et Dr Moustapha Amer. 

Membre associé : M. A. Grohmann. 

Membres correspondants : MM. Alexandre Badawy, Ibrahim el-Mouelhy, 
A. Fontaine, H. Hickmann, G. Michaïlidis. 

Assistent à la séance : M me . Bianchi, A. Grohmann, J. Tagher, V. Tàck- 
holm, M lle Aziza Ghazali, MM. L. Christophe, F. Débono, J. Sainte 
Fare Garnot, E. Greiss, Hassan Abdel Wahab, R. Khoury, Kraemer, 
F. Matouk, Sourial Attia. 

1 . Le Secrétaire general donne lecture du procès-verbal du 1 1 jan¬ 
vier 1904 qui est approuvé. 

2 . Le President félicite : 

a. M. Ch. Kuentz, pour le titre de chevalier de l’ordre royal du 
Dannebrog qui vient de lui être conféré. 

b. M. le Dr S. A. Huzayyin, pour sa nomination comme sous- 
secrétaire d’Etat-adjoint au Ministère de [ Instruction Publique. 

3 . Le Secrétaire general présente des ouvrages brochures et tirés à 
part offerts à l’Institut par MM. P. Balog, J. Janssen, M. Jungfleisch, 
L. Keimer, E. Komorzynski, P. Montel et H. Mosséri. 

Le President remercie les donateurs. 

4 . M. le Dr Bishr Farès lit sa communication «Les miniatures du 
« Kitàb al-Aghàni» de l’an 6 i 4 de l’hégire». 

5 . M. le Dr Riad Abdel Meguid Hegazi lit la communication de M. le 
Dr S. E. Nakkady « The stratigraphy and Geology of the Districtbetween 
the Northern and Southern Galala Plateaus (Gulf of Suez Coast, Egypt)». 
































698 BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

6. M. le Prof. L. Keimer lit sa communication «Survivances de 
l’Egypte antique au Soudan moderne». 

Le Président lève la séance à 7 heures 3 o p. m. 

L’Institut se forme ensuite en Comité privé. 

Le secrétaire général 
Ch. Kuentz 

RÉSUMÉS DES COMMUNICATIONS LUES EN SÉANCE : 

1 . M. le Prof. L. Keimer. — Survivances de VEgypte antique au Soudan 
moderne fi b 

L’auteur traite de certains meubles, ustensiles, armes, constructions 
primitives, etc., qu’il a observés, lors de son dernier séjour à l’est du 
Soudan, et qui remontent en ligne directe à l’Egypte antique. Il a essayé 
en outre de situer la patrie du dieu babouin-Thot qui, pour certaines 
raisons dépendant de la géographie zoologique, doit être cherchée entre 
l’Atbara et la mer Rouge (Kassala et Massawa). 

2. M. le Dr S. E. Nakkady. — La stratigraphie et géologie de la région 
située entre le plateau Nord du Galala et celui du Sud (Au bord de VIsthme de 
Suez, Egypte). 

Les formations jurassiques signalées jusqu’ici d’une manière erronée, 
sur la carte du « Geological Survey», comme appartenant au Carbonifère, 
sont reconnues et attribuées avec justification au Rathonien. Elles 
affleurent dans plusieurs localités de la région entre la face de la mer 
Rouge et le Sud-Est, dans les escarpements du plateau Nord du Galala. 

C est une extension méridionale des roches appartenant à cet âge et 
qui est recouverte de plus de 4 o km, par les formations plus élevées du 
plateau du Gebel Galala. La déposition des séries des «Grès de Nubie» 
qui recouvrent des étendues considérables dans cette région, était 


(,) La Communication ne contenant qu’une partie minime des résultats obte¬ 
nus par M. Keimer pendant son voyage (1953) au Soudan, ne paraîtra pas dans 
le Bulletin . 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


699 


accomplie en cinq épisodes : Cenomanien-Jurassique, Jurassique-Car¬ 
bonifère, Senonien-Carbonifère, Inter-Carbonifère et Pré-Carbonifère. 

Les formations carbonifères qui sont en effet confinées aux collines 
situées au centre de Wadi Araba, sont attribuées à la base du West- 
phalien supérieur ou Moscovien. 


SÉANCE PUBLIQUE DU 1 er MARS 1954 


La séance est ouverte à 6 heures p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, président. 

le Prof. A.- J. Boyè ) . 

. ^ r 0 vice-presidents. 

le rroi. Mohamed oobhy ; 1 

Ch. Kuentz, secrétaire-général. 

le Dr I. G. Le vi, trésorier-bibliothécaire. 

le Prof. L. Keimer, secrétaire-adjoint. 

Membres titulaires : MM. A. Alfieri, V. Arangio-Ruiz, M. I. Attia, 
Ch. Avierinos, P. Balog, R. Cattaui, K. 0 . Ghaleb, J.-E. Goby, R. Godel, 
P. Guéraud, Hamed Zaki, Hassan Ch. Efflatoun, Hurst, M. Jungfleisch, 
Kamel Moursy, J.-Ph. Lauer, M. R. Madwar, Mansour Fahmy, Mourad 
Kamel, Moustapha Nazif, Ismaïl Ratib, Osman Rifki Rostem, Sami Gabra, 
Wilson. 

Membre associé : M. G. C. Miles. 

Excusé : M. A. Grohmann. 

Membres correspondants : MM. Abdel Nabi el-Nahas, Alexandre Badawy, 
Hassan Abdel Wahab, H. Hickmann, G. Michaïlidis, Mohamed Moustapha, 
Ibrahim el-Mouelhy. 

Assistent à la séance : M mes Balog, K. 0. Ghaleb, Joliiot, Mohamed 
Mahmoud Khalil et famille, M 11, Dva Abou Ghazi, MM. Ata Afifi et M me , 

































700 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


L. Christophe et Debien, E. Greiss, Herbelin, Mahnine, Richard 
Mosséri, Shawky Moustapha, Shokry I. Saad, Tarraf Ali, Venizelo et 
M me , V. Vikentiev. 

1. Le Secrétaire general donne lecture du procès-verbal du 8 février 
1954, qui est approuvé. 

а. Le President annonce le décès de M. Dunstan, membre corres¬ 
pondant depuis le 1 a avril 1901. 

On observe une minute de silence en signe de deuil. 

3 . Le President souhaite la bienvenue aux nouveaux membres : 

M. G. C. Miles, Associé. 

M. Hassan Ardel Wahar, Correspondant. 

4 . Le Secrétaire général présente des tirés a part offerts a l’Institut 
par M. A. Halawani et M. le Dr H. Hickmann. 

Le Président remercie les donateurs. 

5 . M. R. Cattaui lit la notice nécrologique sur Mohamed Mahmoud 
Khalil. 

б. M. le Prol. P. Balog lit sa communication «Dirhems ayoubites 
inédits du Yémen». 

7. M. Shokry I. Saad lit sa communication «The Effect of Ethvlene 
on Stomata of Pélargonium Zonale». 

8. M. L.-A. Christophe lit sa communication «Les porteurs d’eau 
de Deir-el-Médineh pendant le règne de Ramsès III». 

Le President leve la séance à 7 heures o5 p. m. 

L Institut se forme ensuite en Comité privé. 

Le Secrétaire général , 

Ch. Kuentz. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


701 


RÉSUMÉ EN FRANÇAIS DE LA COMMUNICATION DE : 

t. M. Shokry I. Saad. — U effet de léthylène sur les stomates du « Pélar¬ 
gonium zonale ». 

L’éthylène a un effet connu sur la respiration et le nourrissement des 
fruits. Il accélère l’action de la respiration, en même temps qu’il aug¬ 
mente la quantité de sucre en diminuant celle de l’amidon des fruits. 
On convient que l’éthylène active la diastase et que le gaz a par consé¬ 
quent un effet sur l’action des stomates. 

Pour justifier ce point de vue, on procéda à quelques expériences 
tendant à faire connaître l’effet de l’éthylène sur les stomates du « Pélar¬ 
gonium zonale». Ces recherches ont prouvé que si le gaz existe au 
point 0,1 % il n’a pas d’effet, mais au contraire s’il atteint 1 % il tend 
à fermer les stomates. 

On a remarqué que les autres stomates de la même feuille, même loin 
du gaz, ont été affectés de la même manière. Et de cela on convient que 
la fermeture des stomates est le résultat du «choc» qui atteint la feuille 
dont une partie est exposée à une haute température. 


SÉANCE PUBLIQUE DU 5 AVRIL 1954 


La séance est ouverte à 6 heures p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, président. 

le Prof. A.-J. Boyé ) . 

, _ ,, 0 mce-presidents. 

le Prol. Mohamed Sobiiy J 

Ch. Kuentz, secrétaire général. 

le Dr I. G. Lèvi, trésorier-bibliothécaire. 

le Prof. L. Keimer, secrétaire-adjoint. 


























702 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Membres titulaires : MM. Ch. Avierinos, Abdel Hamid Badawy, P. Balog, 
Bishr Farès, B. Cattaui, L. Christophe, K. O. Ghaleb, J.-E. Goby, E. 
Greiss, H. Hickmann, S. A. Huzayyin, J.-Ph. Lauer, Ismaïl Batib. 

Excusé : M. le Dr Sami Gabra. 

è 

Membres associés : MM. A. Grohmann, et G. C. Miles. 

Membres correspondants : MM. Abdel Mohsen el-Khachab, Abdel Rahman Zaki, 
Hassan Abdel Wahab, Ibrahim El-Mouelhy, G. Michaïlidis, Mohamed Mostafa. 

Assistent à la séance : M me P. Balog, M 1U Dya Abou Ghazi, MM. Combe, 
Creswell, J. Sainte Fare Garnot, F. de la Granja, R. Khoury, Kraemer’ 
Marzini, Rahn, Sirovic, Venizelo et M me . 

1. Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal du 1 er mars 
1954, qui est approuvé. 

2. Le Président souhaite la bienvenue aux nouveaux membres titu- 
laires : 

M. Elhamy Greiss 
M. le Dr H. Hickmann 
M. Louis-A. Christophe. 

3 . Le President félicite : 

a. M. le Prof. A.-J. Boyé pour le titre d’Officier de la Légion 
d honneur qui lui a été conféré par le Gouvernement français. 

b. M. M. Jungfleisch pour sa nomination comme membre corres¬ 
pondant de la Société Américaine de Numismatique de New-York. 

4 . Le Secrétaire général présente le nouveau Bulletin tome XXXV. 
D’autre part, il présente des ouvrages et tirés à part offerts à l’Insti¬ 
tut par MM. A. Alfieri, G. Debien. H. Hickmann, L. Keimer, J.-Ph. 
Lauer et J. Schwartz. 

Le Président remercie les donateurs. 

5 . M. le Colonel Abdel Rahman Zaki lit sa communication « On isla- 
mic Swords in Middle Ages». 

M. le Prof. A. Grohmann, M. G. Miles, M. le Prof. K. Creswell, 
M. le Dr Bishr Farès et M. le Dr Mohamed Sobhy prennent la parole pour 
présenter quelques observations. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


703 


6. M. G. Michaïlidis lit sa communication «La Grande Déesse en 
Egypte». 

7 . M. G. C. Mil es lit sa communication «Ali b. Isa’s Pilgrim Road : 
An inscription of the Year 3 o 4 H. (917 A. D.)». 

Le Président lève la séance à 7 heures 45 p. m. 

L’Institut se forme ensuite en comité privé. 

Le Secrétaire général , 

Ch. Kuentz. 

RÉSUMÉS EN FRANÇAIS DES COMMUNICATIONS DE : 

1. Colonel Ardel Rahman Zaki. — Sur les épées islamiques du Moyen-Age. 

Rien que la poésie arabe abonde en allusions aux armes islamiques, 

le problème technique de l’industrie des lames n’a pas été effleuré 
par les savants musulmans, 

L’auteur a parlé des manuscrits islamiques les plus importants rela¬ 
tifs à ce problème et spécialement des traités écrits par le philosophe 
arabe Al-Kindi sur les épées arabes (801-875) et le savant persan Al- 
Rairouni (973-1 o 48 ). 

L’orateur a aussi traité des diverses formes des épées islamiques 
d’après les manuscrits enluminés du Moyen-Age, comme par exemple, 
la zoologie d’Al-Jahiz, le « Al-Aghani» de Al-Asfahani et les «Makamât» 
de Hariri etc. 

Il a ensuite montré des projections de quelques épées importantes 
du début de l’ère islamique exposées dans divers musées. 

2. M. G. C. Miles. — L’itinéraire du pèlerinage de Ali Ibn Issa : une 
inscription de Vannée 3 o 4 de l’hégire (917 A. D.). 

L’auteur a présenté un texte de 12 lignes d’une inscription coufique 
sur une pierre trouvée, ainsi qu’un commentaire et des projections. 

L’inscription relate la construction d’une route destinée aux pèlerins 
de la Mecque. 





























BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


704 


SÉANCE PUBLIQUE DU 19 AVRIL 195 /i 


La séance est ouverte à 6 heures p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, président. 
le Prof. J.-A. Boyé , vice-président. 

Ch. Kuentz, secrétaire général. 

le Dr I. G. LÉvi. trésorier-bibliothécaire. 

le Prof. L. Keimer, secrétaire adjoint. 

Membres titulaires : MM. A. Alfieri, Moustapha Amer, P. Balog, Bishr 
Fares, L.-A. Christophe. Hassan Ch. Efflatoun, K. 0 . Ghaleb, E. Greiss, 
S. A. Huzayyin, J.-Ph. Lauer, Mansour Fahmy, Mohamed Kamel Moursy, 
Mourad Kamel, Ismaïl Ratib, Osman Rifki Rostem, Sami Gabra, Taha Hussein. 

Excusé : M. H. Hickmann. 

Membre associé : M. A. Grohmann. 

Membres correspondants : MM. Abdel Fataii Helmy, Abdel Mohsen el- 
Khachab, Abdel Raiiman Zaki, Ibrahim El-Mouelhy, Hassan Abdel Wahab, 
Mohamed Mostafa. 

Assistent à la séance : M ra2 E. Greiss, M me et M lle Sami Gabra, M me V. 
Tackholm MM. Abclellatif Rasheed, Ahmed Rami, Ali Ahmed Kohzad, 
Aziz Osman, J. Brugman, Darwish Moustapha El-Far, F. Débono, 
Farid Shafei, Fouad Morabet, Hussein El Lessi, Hussein Fouad, Hussein 
Rached, Kamel El-Masri, Mohamed Hassan, Moustapha Tolba, Rahn, 
Raouf Habib, Y. Shawki Moustapha, N. M. Shoukn, Tawfîk Ratib, Youssef 
Mohamed Youssef, Zaki Nour. 

î . Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal du 5 avril 
1954, qui est approuvé. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


705 


2. Le Président annonce le décès de Albert Geiss, membre corres¬ 
pondant depuis le 18 janvier 1909. 

On observe une minute de silence en signe de deuil. 

3 . Le Secrétaire général présente des ouvrages et tirés à part offerts à 
l’Institut par le Centre National de la Recherche Scientifique et M. le 
Prof. L. Keimer. 

Le Président remercie les donateurs. 

4 . M. Hassan Abdel Wahab lit sa communication «Signature des 
artisans sur les monuments islamiques d’Egypte» En arabe. 

M. le Prof. Mohamed Kamel Hussein remercie l’orateur et présente 
quelques observations. 

5 . M. Elhamy Greiss lit sa communication «Identification anatomique 
des plantes et autres vestiges trouvés au cours des fouilles à i° El- 
Omari, 2 0 Hélouan». 

6. M. le Dr Abdel Aziz Osman lit sa communication « Microstrati- 
graphy of the Upper Cretaceous Formations and Faciès Analysis of the 
Mesozoic Surface and Sub-Surface Formations of the Abu-Roash». 

7. M. le Dr Y. Shawki Moustapha lit sa communication « An Interpré¬ 
tation of Arsinoitherium and the Fayum Fossil Bone Field». 

M. Darwish Moustapha El-Far, M. le Dr S. A. Huzayyin et M. le Dr N. 
M. Shoukri prennent la parole pour présenter quelques observations. 

Le Président lève la séance à 7 heures 55 p. m. 

L’Institut se forme ensuite en Comité privé. 

Le Secrétaire général , 

Ch. Kuentz. 

RÉSUMÉS EN FRANÇAIS DE COMMUNICATIONS DE : 

1. M. Hassan Abdel Wahab. — Signature des artisans sur les monuments 
islamiques d Egypte. 

L’auteur a traité de la naissance de l’industrie à l’époque islamique 

































706 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


et de son rayonnement suivant les progrès et les richesses résultant 
des conquêtes. Cette activité a déterminé la création d’ouvrages et 
la traduction de livres étrangers sur l’industrie, enrichissant la biblio¬ 
graphie arabe d’une collection de livres sur les arts 4 industriels et sur 
les moyens de combattre les falsifications de celles-ci ainsi que des bio¬ 
graphies des artisans. 

Le conférencier a signalé en outre que des femmes se sont consacrées 
aux arts les plus délicats : leur nombre s’élève à deux cents ; il faut citer 
entre autres exemples celui de la princesse Défa Khatoun qui avait réuni 
cent esclaves-femmes qui pratiquaient les arts les plus délicats. 

Il a cité ensuite une sélection de dialogues entre divers artisans 
dans lesquels des termes techniques et professionnels sont employés, 
faisant allusion aux différentes industries en cours en Egypte, à leur 
richesse et à leur variété à cause du grand nombre de ses monuments. 

De même il a mentionné les noms des savants et des princes qui se 
sont occupés des arts industriels, ainsi que la biographie des artisans 
qui ont signé leurs ouvrages aujourd’hui perdus et de ceux qu’on a 
retrouvés dans les livres d’histoire. 

Le conférencier exprime ses regrets que malgré le grand nombre de 
signatures qu’il a relevés dans les différents pays islamiques, leur 
nombre soit minime vu le grand nombre de monuments, et traite 
des raisons qui ont poussé les artisans à négliger leur signature dans 
ces ouvrages. 

Enfin, il a recensé leur nombre en Egypte qui atteint le chiffre de 5 o 
et nous a montré par des projections lumineuses ces signatures et les 
ouvrages qu’ils ont signés. 


2. M. le Dr Abdel Aziz Osman. — Microstratigraphie du Crétacé supé¬ 
rieur et analyse des faciès du Mésozoique de la région d’Abu-Roash. 

L’auteur décrit pour la première fois la microstratigraphie du Crétacé 
supérieur de la région d’Abu-Roash qui se trouve à environ 8 km N.-N. 0. 
des Pyramides de Giza. 


La succession des terrains est la suivante : 


Sénonien 


7. La série des craies blanches. 

6. La série des calcaires à Ostrea plicatula. 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


707 


1 5 . La série des calcaires à silex. 

4 . La série des calcaires à Àcteonella et Nerinea. 
3 . La série des calcaires crayeux. 


Cénomanien 


La série des calcaires à Rudistes. 

La série des argiles et grès. 

Les âges ont été déterminés à l’aide de la méthode de Tromp de la 
microfaune générique quantitative qui, en outre, a permis d’attribuer les 
séries 6 et 7 plus exactement au Santonien, Campanien et Maestrichtien. 

L’analyse des faciès de toutes les formations mésozoiques aflleurentes 
ou rencontrées dans un sondage montre que pendant la Jurassique la 
mer était en général peu profonde. Pendant le Crétacé inférieur la 
région d’Abu-Roash était émergée. Après la transgression cénomanienne 
la mer atteignait sa profondeur maximum dans le Maestrichtien. 


4 . M. le Dr Y. Shawki Moustafa. — Sur une interprétation de l Arsinoi- 
thenum et le terrain d os fossilifère du Fayoum. 

Une étude myologique de cet animal révèle qu’il est peu probable 
qu’il ait mené une vie terrestre. Un mode de vie Amphibien similaire à 
celui de l’hippopotame semble plus probable. 

La distribution et l’association lithologique des fossiles du Fayoum 
donnent une idée claire de la paléogéographie et de la paléocologie de 
la région dans l’Eocène. 


SÉANCE PUBLIQUE DU 3 MAI 1954 


La séance est ouverte à 6 heures p. m. 

Sont présents : 

Bureau : MM. le Prof. Mohamed Kamel Hussein, président. 

le Prof. Mohamed Sobhy, vice-président. 

Ch. Kuentz, secrétaire général. 

le Dr I. G. Lévi, trésorier-bibliothécaire. 

le Prof. L. Keimer, secrétaire-adjoint. 
































708 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


Membres titulaires : MM. A. Alfieri, Moüstapha Amer, Ch. Avierinos, 
P. Balog, Bishr Fares, L. Christophe, Sami Gabra, K. 0 . Ghaleb, P. Giia- 
LIOUNGUI, J.-E. GoBY, E. GrEISS, 0 . GuÉRAUD, HaMED ZaKY, H. HlCKMANN, 
S. A. Huzayyin, J.-Pli. Lauer, M. R. Madwar, Mohamed Kamel Moursy, 
Ismaïl Ratib, Osman Rifki Rostem, Taha Hussein. 

Membre associé : M. G. C. Miles. 

Excusé : M. A. Grohmann. 

Membres correspondants : MM. Ablel Mohsen El-Khachab, Abdel Nabi 
El-Nahas, Hassan Abdel YYaiiab, G. Michaïlidis, Mohamed Mostaphv. 

Assistent à la séance : M lie Dya Abou Ghazy, M Ile Üoss, MM. E. Basta, 
G. Dardaud, Escande, J. Sainte Fare Garnot, H. Lowy, Mahmoud Loutfi 
Kabesh, Mahmoud Saïd Amin, Marzini, R. Mosséri, Ricke, N. M. Shukri, 
Zakaria Ghoneim. 

1. Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal du 1 9 avril 
ig 54 , cjui est approuvé. 

2. Le Secrétaire général présente des tirés à part offerts a l’Institut 
par MM. G. Debien, Ibrahim Gamal El-Din Mahmoud. 

Le Président remercie les donateurs. 

3 . M. Zakaria Goneim et M. J.-Ph. Lauer lisent leurs communica¬ 
tions «A propos de la nouvelle pyramide à degrés de Saqqarah». 

M. le Dr Moüstapha Amer prend la parole pour remercier les auteurs. 

4 . M. Mahmoud Loutfi Kabesh lit sa communication « Some Complex 
Features of Epidiorite of Wadi Mubarak». 

5 . M. le Dr H. Lowy lit sa communication « Theoretical Considéra¬ 
tions Concerning Daubrée’s Dune Phenomenon». 

6. M. le Dr N. M. Shukri lit sa communication « Petrography of the 
Alkahne Volcanic and Pyroclactic Rocks of Yaman (Egyptian Umversity 
Scientilîc Expédition to S. W. Arabia). 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 


709 


7. M. le Dr H. Hickmann lit sa communication «Terminologie musi¬ 
cale de l’Egypte ancienne». 

Le Président lève la séance à 7 heures 3 o p. m. 

L’Institut se forme ensuite en Comité Privé. 

Le Secrétaire général, 

Ch. Kuentz. 


RÉSUMÉS EN FRANÇAIS DES COMMUNICATIONS LUES EN SÉANCE 

1. M. Zakaria Goneim et J.-Ph. Lauer. — A propos de la nouvelle pyra¬ 
mide à degrés de Saqqarah. 

M. Zakaria Goneim, inspecteur en chef des Antiquités de Sakkara, 
fait un exposé détaillé des recherches qu’il a effectuées dans une très 
vaste butte qui avait attiré son attention au sud-ouest de la pyramide 
d’Ounas en septembre ig 5 i. Ces travaux lui permirent de délimiter un 
grand quadrilatère de 55o m. x 1 70 m. où apparut une superbe enceinte 
en calcaire blanc, à bastions et à reclans, semblable à celle du roi Zoser. 
Des sondages effectués ensuite vers le centre du quadrilatère révélèrent 
les vestiges d’un édifice construit en tranches indépendantes et appli¬ 
quées les unes contre les autres avec une inclinaison d’une quinzaine 
de degrés, qui indiquent manifestement une pyramide à degrés. 

Les fouilles interrompues en mai iq 52 ne purent être reprises qu en 
novembre 19 53 . Elles permirent alors de dégager trois des angles de la 
pyramide. Celle-ci était carrée et mesurait 120 mètres environ de côté. 
Un dégagement effectué ensuite dans l’axe de la face nord aboutit a la 
découverte de son entrée en tranchée entre deux beaux murs de soutène¬ 
ment situé au nord des fondations probables d’un temple accolé à la face 
septentrionale de la pyramide. Cette tranchée qui était encore bloquée 
s’enfonce en tunnel sous le temple, puis sous la pyramide où elle est 
recoupée par un puits d’origine qui fut remployé à la basse époque pour 
y enfouir un grand amoncellement d’ossements et de cornes de béliers 
au-dessous desquels fut découvert un papyrus démotique. La raison de 
ce puits et de son remploi n’apparaissent pas encore clairement. Le 
































710 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


déblaiement en cours du sable et des éboulis qui ont coulé par ce puits 
dans la descenderie de la pyramide permettra, lorsqu’il sera achevé, de 
poursuivre l’exploration de celle-ci, et d’atteindre la tombe et les appar¬ 
tements annexes où l’on pourrait espérer trouver des stèles au nom du 
roi ou des chambres ornées de faïences comme sous la pyramide de 
Zoser. 

M. Jean-Philippe Lauer, appelant l’attention sur certaines particu¬ 
larités architecturales de la pyramide et de l’enceinte découvertes par 
M. Zakaria Goneim, les compare à celles du roi Zoser et établit de façon 
précise les raisons qui permettent de situer ce monument funéraire 
royal immédiatement après le règne de ce dernier. La structure de la 
nouvelle pyramide, en tranches indépendantes inclinées et à lits déversés 
perpendiculairement aux parements, est, en effet, très caractéristique 
des pyramides à degrés dont le prototype paraît avoir été conçu par le 
célèbre architecte Imhotep pour Zoser. D’autre part, la nouvelle enceinte 
à redans, qui présente un décor identique à celui de l’enceinte de la 
Pyramide à degrés est construite en blocs beaucoup plus gros, ce qui, 
étant donnée l’évolution de la construction de pierre en Egypte, indique 
un édifice postérieur. Enfin, la situation même des deux ensembles 
royaux dans la nécropole marque avec évidence l’antériorité de celui de 
Zoser, tandis que leur similitude et leur juxtaposition plaident en faveur 
de leur succession immédiate dans le temps. 

2. MM. M. S. Amin et L. A. Kabesh. — Quelques aspects complexes des 
Epidiorites. 

La masse des Epidiorites du Wadi Mubarak, similaire des autres 
épidiorites avoisinants, présente quelques aspects complexes tels que des 
inclusions de reliques d’épidiorites frais, développement de ceintures 
schisteuses dans les épidiorites, et des structures xénolithiques. La 
masse contient également quelques reliques de paraschiste et est envahie 
par des nombreuses injections granitiques. 

Les reliques des épidiorites confirment la relation génétique de la 
roche a celle de son apparenté gabbroique. Les paraschistes dont la 
nature est déterminée par la lithologie et la remarquable structure des 
couches comprend : des granulites caillouteux, des mica-schistes cail¬ 


PIIOCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


711 


louteux et des hornblendes-schistes. Ceux-ci étaient capturés dans la 
niasse d’épidiorites. 

L’Epidiorite et les roches associées sont intensivement injectés par 
des granités qui affectent tant I’épidiorite que le paraschiste. Ces for¬ 
mations furent sujettes à certaines déformations tectoniques marquées 
par le développement d’épidiorites schisteuses et ayant une relation 
avec le hornblende-schiste et qui affecte également le granité. 

3 . M. le Dr H. Lôwy. ! — Considérations théoriques concernant le phéno¬ 
mène de dune de Daubrée , 

Pour l’application hydrologique un système de deux équations diffé- 
rentielles est établi qui décrit le mouvement de liquide évaporant dans 
un système dissymétrique de tube. 

4 . MM. les Drs N. M. Shukri et E. Z. Basta. — Pétrographie des roches 
volcaniques alkalines et pijroclastiques du Yémen . (Expédition scientifique de 
VUniversité Egyptienne au S. W. de VArabie ). 

Cette étude donne les résultats de l’examen microscopique et chimique 
des roches volcaniques réunies durant l’Expédition Scientifique de l’Uni¬ 
versité Egyptienne (actuellement Université du Caire) au Yémen en 19 3 6 
sous la direction du Dr S. A. Huzayyin, expédition dont faisait partie le 
premier auteur de cette étude. 

Deux séries de ces roches volcaniques lurent examinées : 

1 . Le Tertiaire volcanique formant le haut plateau du Yémen, et con¬ 
sistant d’une série de trappe stratifiée. 

2. Le Pleistocène volcanique formant des cônes centraux. 

Les auteur^ purent distinguer les différents types pétrographiques 
variant dans leur composition du type le plus acide, comendite, au type 
le plus basique, ankaramite. Les roches forment une province alkaline 
comparable en plusieurs points avec ceux des contrées avoisinantes dans 
l’Afrique Est. Cependant, les volcaniques du Yémen diffèrent par l’absence 
des felspathoids. Plus de 20 analyses chimiques ont été effectuées et 
les auteurs discutèrent la pétrogénèse de ces roches. 

Bulletin de l*Institut d* g }/p le , l. XXXVI. 55 

































RAPPORT 

SUR LES ACTIVITÉS DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 

SESSION 1953-1954 


Séances. — L Institut a tenu, au cours de cette session, huit séances, 
dont une supplémentaire. 

Publications. — L’Institut a publié, pendant le courant de l’année, le 
Bulletin t. XXXV. 

Echange de Publications. — L’Institut a échangé ses publications avec 
320 sociétés savantes égyptiennes et étrangères. 


Bibliothèque. — La Bibliothèque s’est accrue, pendant la session, de 
3 î 7 volumes par donation et échange ; elle atteint actuellement 
le chiffre de 4 o.i 35 (non compris les périodiques des sociétés 
savantes). 

Nomination. — M. Ch. Kuentz a été désigné pour représenter 1 ’Institut 
à la Section Nationale pour l’Education, les Sciences et la Culture. 

Congres et Cérémonies officielles. — L’Institut s’est fait représenter aux 
Congrès internationaux suivants : 

a ) Congrès international des Mathématiciens, qui s’est tenu à Amster¬ 
dam du 2 au 9 septembre 19 54 (M. Ismaïl Ratib a représenté 
l’Institut à ce Congrès). 


55. 


















714 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


b) «Second World Congress of Cardiology and the 27U1 Annual Scien- 

tific Sessions of the American Heart Association, Inc.», qui s’est 

tenu à Washington, D. G. du 12 au 17 septembre 19 54 (M. le 

Prof. Dr Ch. Avierinos a représenté l’Institut à ce Congrès). 

' * 

c) XXIII e Congrès international des Orientalistes, qui s’est tenu à 

Cambridge du 21 au 28 août ig 54 (M. Ch. Kuentz a représenté 
l’Institut à ce Congrès). 

D’autre part, 1 Institut a été invité aux cérémonies et Congrès inter¬ 
nationaux suivants, auxquels il 11’a pu se faire représenter : 

a) II e Congr ès international de Photographie et Cinématographie 

Ultra-rapides, qui s’est tenu à Paris du 22 au 28 septembre 

i 9 54 . 

b) IIP Congrès international pour la Réglementation Juridique du 

Vol Vertical, qui s’est tenu à San Remo du 24 au 26 avril 1904. 

c) Société Botanique de France, à 1 occasion de son centième anni¬ 

versaire. 

Messages. — L Institut a envoyé les messages suivants : 

a) A l’Université de Columbia, à l’occasion de son Bicentenaire. 

b) Au Journal « As-Sameer» de Brooklyn, à l’occasion de son Jubilé 

d’argent. 

Tableau : — Pendant la session, l’Institut a eu le regret de perdre : 
Membre Titulaire : A. Lusena, Mohamed Mahmoud Khalil. 

Membres associés : Piola Caselli. 

Membre correspondant : W. Dunstan, A. Geiss, Ernst, Stromer von 
Reichenbach. 

L’Institut se compose actuellement de : 

5 o Membres titulaires sur 5 o ; 

4 9 Membres associés sur 5 o ; 

26 Membres correspondants sur 5 o. 


(Voir ci-après p. 718 la liste des membres des trois catégories). 


PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


715 


RÉSULTATS DE L’ANNÉE 1953-1954 
(allant du 1 er juillet 1953 au 30 juin 1954 ). 


Avoir au 3 o juin 1903 


L. E. Mili. L. E. Mill. 


i° En caisse. 10 000 

a° En banque... 1 4 7 7 is 5 

3 ° Dépôt Gie des Eaux... o Aoo 1/187 


Avoir au 3 o juin 19 54 : 

i a En caisse. 

2 0 En banque. 

3 ° Dépôt Gie des Eaux 


L. E. Mili. 
10 000 

9206 5/4/1 

o 4 o o 


2216 9/1/1 


729 4 19 


Recettes. 

L. E. Mili. 

Subvention du Ministère de l’Education et de l’Enseignement. 269/1 000 

Vente de publications. 327 445 

Recettes diverses. 220 000 

Revenu des fonds. 5 930 

Tôt 4L des recettes .... 31/17 ^ 7 ^ 


Dépenses. 

L. E. Mili. 

Personnel. 1096 600 

Impression . 10A1 710 

Achat de livres. 28 996 

Affranchissements. .... • i 58 906 

Téléphone, eau, électricité.. 2 4 6 i 4 

Fournitures. 5 2 2 38 

Reliure. 7 3 1 o 

Aménagements. 3 220 

Frais divers. 0 100 

Impôts sur revenus. 1 110 

Frais sur compte et carnet de chèques. 3 655 

Perte de change et commission.. 4 q 4 


Total des dépenses. 2417 966 

















































710 BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

"— -— -— - -— 

L. E. Mil). 

Recettes. 3 1 U 7 876 

Dépenses. 2417 9^6 


Excédent des Recettes. 729 4 1 9 


Le Censeur, 

D r Fouad Ahmed El-Sawaf. 


Le Trésorier, 
D r T. G. Lé vi. 


Le Caire, le i5 novembre 190 / 1 . 


BUREAU DE L’INSTITUT 

POUR L’ANNÉE 1954 


MM. Mohamed Kamel Hussein, président . 

A.-J. Boyé ) . 

., 0 ( vice - présidents . 

Mohamed oobhy ) 1 

Ch. Kuentz, secrétaire général . 

I. G. Lé vi, trésorier bibliothécaire . 

L. Keimer, secrétaire adjoint . 


COMITÉ DES PUBLICATIONS 


(OUTHB LF,S MKMnilKS DU BUREAU , OUI RN FONT P.4IITIK DK DROIT). 


MM. R. Cattaui. 

0 . Guéraud. 

M. Jungfleisgh. 
Moustapha Amer. 





































LISTE 

DES 

MEMBRES TITULAIRES DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 

AU 30 JUIN 1954. 


La date qui suit le nom est celle de la nomination comme membre de l’Institut égyptien 
ou de l’Institut d’Égypte; le nom du prédécesseur des membres actuels est indiqué entre 
parenthèses. 


r R SECTION. 

LETTRES, BEAUX-ARTS ET ARCHÉOLOGIE. 

LOUTFI EL-SAYED (Ahmed), G décembre 19 i5. (M* r K y HJLLOS Mac* IKK.) 
TAIIA HUSSEIN, 7 avril 192/1. (Ahmed Kamal pacha.) 

KEIMER (Louis), i er février 1907. (J.-B. Piot bey.) 

KUENTZ (Charles), 21 février 1988. (P. Lacau.) 

SAMI GABRA, 20 janvier 19/11. (Ch. de Serionne.) 

GUÉRAUD (Octave), 9 mars 19/12. (F. Peter.) 

JUNGFLEISCH (Marcel), 6 mars 1944. (G. Foucart.) 

CHAFIK GHORBAL (Mohamed), 16 janvier 1947. (Rév. P. P. Sbath.) 
HUZAYYIN (Soliman Ahmed), 20 avril 1947. (Ahmed Issa bey.) 

BISHR FARES, 5 avril 19/18. (Cheikh Moustapha Abdel Razek.) 
MUSTAPHA AMER, 17 mai 19/18. (Rév. P. Paul Bovier-I jAPIERRE.) 
ROSTEM (Osman Rifki), i 4 mai 19/19. (D- Pachündaki.) 

MOL R AD KAMEL, 22 avril 1960. (Togo Mina.) 

ANAWATI (R. P. Georges C.), 3 février 1961. (Abdel Meguid Omar pacha.) 
LAUER (Jean-Philippe), 3 février 1951. (M. de Wée.) 

GOBY (Jean-Edouard), 22 mai 1962. (J.-I. Craig.) 

CHRISTOPHE (Louis A.), 1 mars 196/1. (Et. Drioton.) 

HICKMANN (Hans), 1 mars 1 954. (G. Wiet.) 

MOHAMED MOSTAFA, 3 mai 196/1. (Mohamed Mahmoud Khalil.) 


2 e SECTION. 

SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 

LÉVI (Isaac G.), 4 décembre 1916. (J. Barois.) 

MANSOUR FAHMY, 3 avril 1922. (J. Vaast.) 


LISTE DES M EMBUES. 


719 


BOYÉ (André-Jean), 6 février 1933. (Pélissié du Rausas.) 

ARANGIO-RUJZ (Vincenzo), 6 février 1933. (A. Politis.) 

CATTAUI (René), 10 février i 9 4i. (W. F. Hume.) 

BADAWI (Abdel IJamid), 5 avril 19/48. (Farid Boulad bey.) 

MOHAMED KAMEL MOURSY, 26 mai 1961. (Mon. Khalil Abdel Khaleq bey.) 
IJAMED ZAKI, 12 janvier 1962. ( 0 . H. Little.) 

BADAWY (Helmy Bahgat), 3 mai 196/1. (A. Lusena.) 


3 e SECTION. 

SCIENCES PHYSIQUES ET MATHÉMATIQUES. 

HÜRS T (Harold-Edwin), 6 décembre 1921. (Mohammed Magdi pacha.) 
GHALEB (Kamel Osman), i er février 1987. (M. Ciiahine pacha.) 
SIRRY (Hussein), 21 février 1938. (Ismaïl Sirry pacha.) 

MADWAR (Mohamed Reda), 4 mars 19/10. (J. Cuvillier.) 

RATIB (Ismaïl), 6 décembre 19/18. (A. Mochi.) 

NAZIF (Moustapha), 22 mai 1962. (Tn. de Comnene.) 


4 e SECTION. 

MÉDECINE, AGRONOMIE ET HISTOIRE NATURELLE. 

M ILS O Y (William-Hawkins), 7 décembre 1908. (Commandant Léon Vidal.) 
SOBHY (Gorgi), 3 février 1936. (A. Zaki pacha.) 

ANREP (G. V.), i er février 1987. (W. Innés bey.) 

AVIERINOS (Ciiristo), 6 mars 19/14. (Th. Papayoannou.) 

KAMEL HUSSEIN (Mohamed), 2 avril 19/45. (P. Kraus.) 

SOBHY (Mohamed), 11 mars 1946. (M. Meyerhof.) 

ATTIA (Mahmoud Ibrahim), 4 février 1946. (G. Ferrante.) 

ALFIERI (Anastase), 6 mars 1947. (U. Ricci.) 

MIHAELOFF (Simantov), 2 3 avril 19/17. (A. Azadian.) 

IILSSEIN FAOUZI, 8 mars 19/18. (Ali pacha Ibrahim.) 

MOSSÉRI (Henri V.), 8 mars 19/18. (A. Lucas.) 

GODEL (Roger), 5 avril 19/18. (L. Balls.) 

BALOG (Paul), 19 novembre 1949. (A. Sammarco.) 

EFFLA 10 UN (Hassan Chaker), 3 février 1961. (Ali Moustapha Mosharrafa pacha.) 
GHALIONGUI (Paul), 22 mai 1962. (G. W. Murray.) 

GREISS (Eliumy), 1 mars 1964. (Saadallah Madwar.) 




























LISTE 


DES 

MEMBRES ASSOCIÉS 

AU 30 JUIN 1954 . 


MM. MRÀZEK (Louis), 19 janvier 191/1. 

DE VRÉGILLE (Rév. P. Pierre), i 4 janvier 1918. 

BRUMPT (Émile), 7 janvier 192/1 (Paris). 

BARTHOUX (Jules), 12 janvier 1926 (Paris). 

CHARLES-ROUX (François), 12 janvier 192O (Paris). 

JONDET (Gaston), 11 janvier 1926 (Dreux). 

FLEURI (Gaston), 17 janvier 1927 (Bécon-Asnières-Seine). 
LALANDE (André), 9 janvier 1928 (Asnières, Seine). 
ÀRVANITAKIS (Georges), i 3 mai 1929 (Athènes). 

LOTSY (Gerhard-Oswald), 4 mai 1931 (Casablanca). 

POLITIS (Atiianase G.), 9 mai 1932. 

ROYER (Étienne), 1 er mai 1933 (Mandelicu, Alpes Maritimes). 
BREGCIA (Evaristo), 7 mai 1934 (Rome). 

LAGAU (Pierre), 10 mai 1937 (Paris). 

GHIGI (Alessandro), 21 février 1938 (Bologne). 

IIADAMARD (Jacques), 21 février 1938 (Paris). 

GROHMANN (Adolf), 21 février 1938 (Le Caire). 

ANDREAE (Charles), 21 février 1938 (Zurich). 

CUVILLIER (Jean), 5 décembre 19 38 (Paris). 

BELL (Harold-Idris), 4 mars 19/10 (Aberystwylh). 

DONTAS (Spiro), 4 mars 1940 (Athènes). 

CERULANOS (Marius), 4 mars 1940 (Athènes). 

MINOST (Émile), i 3 mai 19/16 (Paris). 

Van WIJNGAARDEN (Williem-Dirk), 5 février 1947 (Leide). 


LISTE DES MEMBRES. 


721 


MM. GIBB (IIamilton-Alexander-Rosskeen), 5 février 19/17 (Oxford). 
LEFEBVRE (Gustave), 5 février 1947 (Versailles). 

VOLTERRA (Edouardo), 5 février 19/17 (Bologne). 

MASSIGNON (Louis), 5 février 1947 (Paris). 

GARDINER (Sir Alan IL), 5 février 1947 (Oxford). 

GERNY (Jaroslav), 9 février 1948 (Oxford). 

BARRIOL (Alfred), 9 février 19/48 (Paris). 

MONNERET DE VILLARD (Ugo), 9 février 19/18 (Rome). 

BALLS (Lawrence), 5 avril 19/18 (Cambridge). 

FLEURE (IIerbert-John), 4 février 1960 (Londres). 

LITTLE (Otway Henry), 20 mai 1900 (Cape Province). 

WÉE (Maurice de), 20 mai 1960 (Bruxelles). 

DAWSON (Warren Royal), 3 février 1901 (Bucks). 

HASSAN IIOSNI ABDEL WAHAB, 3 février 1901 (Tunis). 

JANSSEN (Jozef), 3 février 1961 (Leide). 

MONTET (Pierre), 3 février 1961 (Paris). 

GARCIA GOMEZ (Emilio), 19 février 1962 (Madrid). 

VAUFREY (Raymond), 19 février 1962 (Paris). 

MURRAY (George William Welch), 19 février 1962 (Aberdeenshire). 
DRIOTON (Etienne), 2 novembre 1963 (Montgeron). 

WIET (Gaston), 2 novembre 1903 (Paris). 

MILES (George, Carpenter), 8 février 190/1 (New York). 

MONTEE (Paul), 8 février 19 54 (Paris). 

PORTEVIN (Albert, Marcel, Germain, René), 8 février 190/1 (Saint 
Germain el-Layer). 

Van DE MALLE (Baudouin), 8 février 1964 (Bruxelles). 






















LISTE 


DES 

MEMBRES CORRESPONDANTS 

AU 30 JUIN 1954 . 


MM. FODERÀ (F.), 9 novembre 1900. 

CALLIMACHOS (Demètre), 9 janvier 1912. 

DALLONI (Marius), 10 février 1986 (Alger). 

DESIO (Ardito), 10 février 19 36 (Milan). 

DOLLFUS (Robert Pii.), 10 février 1986 (Paris). 
LEIBOVITCH (Joseph), 10 février 1986 (Jérusalem). 
DONCIEUX (Louis), i er février 1987. 

MONNEROT-DUMAINE (Marcel), 4 mars 19/40 (Port-Saïd). 
JABÈS (Raymond), 6 mars 19/17 (Paris). 

DORESSE (Jean), 19 février 19/19. 

SEELE (Keith C.), 19 février 1949 (Chicago). 

BRESCIANI TURRONI (Costantino), 4 février i 9 5 o (Milan). 
FONTAINE (Alfred L.), 4 février 1960 (Ismaïlia). 

ABDEL FÀTÀII HELMY, 3 février 1901 (Le Caire). 

ABDEL MOHSEN EL-KHACHAB, 3 février 1 9 5 1 (Le Caire). 
ABDEL NABI EL-NAHAS, 3 février 1961 (Le Caire). 
EL-MOUELHY (Ibrahim), 3 février 1961 (Le Caire). 
MICHAILIDIS (Georges), 3 février 1961 (Le Caire). 
MOHAMED MAHDI, 3 février i 9 5 i (Le Caire). 

SCHWARTZ (Jacques), 3 février 1961 (Strasbourg). 
FRIEDINGER-PRANTER (Robert), 19 février 1902 (Vienne). 
ABDEL-RAHMAN ZAKI, 19 février 19 5 a (Le Caire). 
BADAWY (Alexandre), 19 février 1962 (Le Caire). 
GANDILHON (René), 8 février 196/4 (Chalon-sur-Marne). 
ABDEL WAHAB (Hassan), 8 février 196/1 (Le Caire). 
KOMORZ 4 NSKI (Egon), 8 février 1964 (Wien). 


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724 


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732 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


733 


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734 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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735 


PROCÈS-VERBAUX DES ‘SÉANCES. 

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736 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


737 


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738 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


739 


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740 


BULLE LIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-YEBBAUX DES SÉANCES. 




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742 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


743 

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Bulletin de VInstitut d’Égypte, t. XXXVI. 5 7 

























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744 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


745 


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746 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-YERBAUX DES SÉANCES. 


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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


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BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


755 


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756 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 


757 


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758 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 

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PROCÈS-VKHBAUX DES SÉAXCES. 


7 59 


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Bulletin de VInstitut d’Égypte 3 t. XXXVI. 58 










760 


BULLETIN DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE. 


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TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES 


(FASCICULES 1 ET 2) 

Pages. 

Abd el-Rahman Zaki (Colonel). Islamic Swords in Middle Ages (avec 

7 planches). 3 65 - 38 o 

Via (D r M. K.). Preliminary Note on the Measures of Emission Coro- 
nal Lines at. the Total Solar Eclipse of <?5 February 1962 
observed by D r B. Lyot and D r M. K. Aly (avec 1 planche)... 2B7-2 5 2 

Amin (M. S.) & Kabesii (M.L.A.). Some Complex Features of the 

Epidiorite of Wadi Mubarak. 17-82 

Balog (Paul). Monnaies islamiques rares fatimit.es et ayoubites (avec 

2 planches). 827-8/16 

-Dirhems ayoubites inédits du lfemen (avec 1 planche). 3 /i 7-356 

Bishr Farès. L’art sacré chez un primitif musulman (avec 1 1 plan¬ 
ches). 619-678 

Christophe (Louis-A.). Les porteurs d’eau de Deir el-Médineh pen¬ 
dant le règne de Ramsès Iïl. 38 1-/108 

Fleuri (Gaston). Essai sur le principe de la Masso-Dynamique.... 287-292 

Goneim (Zakaria). Discovery of a new step pyramid enclosure of the 

third dynasty at Saqqara. 009-082 

Greiss (Elhamy A. M.). Anatonncal Identification of Plant Remains 
and other Materials from : (1 ) El-Omari Excavations at Hehvan 
from Neolithic Period ; (2) The Excavations at Helwan from the 
First Dynasty (avec 6 planches). 227-286 

Hassan Abd el-Wahab. jlr ) ^ (avec 19 

planches). 533-558 

Hickmann (D r Hans). Le problème de la notation musicale dans 

l’Egypte ancienne (avec 6 planches). 489-582 

-Terminologie musicale de l’Egypte ancienne. 080-618 

Ibrahim Gamal el-Din Mahmoud. Les céphalopodes crétacés du massif 
du Moghara (Sinaï-Egypte) (Note complémentaire à l’ouvrage 
de H. Douvillé). 221-226 

Jungfleisch (M.). Contribution numismatique à la question des 

«nomes» (circonscriptions provinciales égyptiennes). 817-826 

Keimer (L.). Interprétation de plusieurs passages contenus dans 

les « histoires» d’Hérodote. 460-/176 

Lauer (J.-Ph.). A propos de la nouvelle pyramide à degrés de 

Saqqara h. 357-364 






































7 62 


BULLETIN DE LTNSTITUT D’ÉGYPTE. 


Lowy (H.). Thermal Hystérésis of Electric Rock-Constants_ 33-35 

— Theoretical Considérations Concerning a Hydrologie Dune 

Phenomenon. 3-_/, 0 

Madwar (Mohamed Reda). Magnetic Observations in the Soudan. 

January to February 190*2 (avec une carte). 0-16 

Michaïlidis (G.). Contribution à l’élude de la grande déesse en 

Egypte (avec 10 planches). /1 on-/i 5 4 

Miles (G. C.). c Ali b. c ïsY’s Pilgrim Road : an Inscription of the 

Year 3 o 4 H. (916-917 A. D.). 477-/187 

Nakkady (S. E.). The Stratigraphy and Geology of the District bet- 
ween the Northern and Southern Galala Plateaus (Gulf of Suez 
Coast, Egypt) (avec 2 planches et 1 carte). 9.53-268 

Osman (D r Abdel Aziz). Faciès Analysis of the Mesozoic Surface and 
Sub-Surface Formations of Abu-Roash Rased on Percentages 
of Characteristic Microfaunal Families and Généra (avec 1 
P Iaîlche ). 177-180 

Micro-Stratigraphy of the Upper Cretaceous Formations of 
Abu-Roash (avec 4 planches). 181-191 

Shawki Moustafa (Y.). The Skeletal Structure of Parioxys Ferricolus, 

Cope (avec 9 planches)... 4 1-76 

The AITînities of Parioxys Ferricolus and the Phyiogeny of the 
« Eryopsoid» Amphibians. 77-10/1 

Canis Familiaris Aegyplica from Predynastic Maadi, Egypt... 100-109 

An Interprétation of Arsinoitherium . 111-118 

The Fayum Fossil Rone Field . x 19-1 37 

Shokri I. Saad. The Eiïect of Ethylene on Stomata of Pélargonium 

^ ona ^ c . 269-986 

Shukri (N. M.) & Basta (E. Z.). Petrography of the AlkalineVolcanic 
Rocks of Yaman. (Egyptian University Scientific Expédition 
to S. W. Arabia) (avec 12 planches et 1 carte). 199-16/1 

Classification of the Pyroclastic Rocks of Yaman (Egyptian Uni¬ 
versity Scientific Expédition to S. W. Arabia) (avec 9 planches) 1 65 -i 7 5 

Toliu (M. K.) & G Han em (S. S.). Studieson the Physiolopy of Host- 

Parasite Relations V-VI... 193-990 

A ikentiev (VI.). Les monuments archaïques. VI. — La tablette en 
ivoire d’un haut fonctionnaire du roi de la i re dynastie 
I \enewty-Ouenephes (avec 2 planches). 9 9 3 - 3 16 

NOTICES CHRONOLOGIQUES 

Giïauoungui (I) r Paul). Nécrologie du D r Saadallah Mohamed 

Madwar . G 8 5-688 

(jATnui (R.). Nôcrolo^ip de Mohamed Mahmoud Khalil. 679-68/1 


TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES. 763 


PROCÈS-VERBAUX 

Séance plrliqie du 2 novembre 1963. 689 

7 décembre 1963. 691 

11 janvier 1904. 69/1 

8 février 1954. 696 

1 er mars 19 54 . 699 

5 avril 1964. 701 

19 avril 190/1. 70/1 

3 mai 1964. 707 

Rapport sur les activités de l’Institut (session 1953-1964). 71 3 

Résultats de l’année 1963-195/1 (allant du i er juillet 1963 au 3 o , 

juin 1904). 716 

Bureau de l’Institut pour l’année 1964. 717 

Comité des Publications (outre les membres du bureau, qui en font 

partie de droit). 717 

Liste des membres titulaires de l’Institut d’Egypte au 3 o juin 195/1. 718 

Liste des membres associés au 3 o juin 1964. 720 

Liste des membres correspondants au 3 o juin 196/1. 722 

















































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